‹ La DunciadeChapitre 26 sur 26 · DE L* É D I T E U H · texte numérisé non relu

DE L* É D I T E U H

«voit, je ue rougis pas de l'avouer, être, « au déclin de ma vie , uue pelite ressource « pour moi et pour ma famille. Déjà choisi « par l'Institut même, lorsque j'étais absent « de Paris, pour un de ses associés 11011-rési- « dants, j'avais lieu d'espérer que ma de- « mande serait accueillie, et elle le fut. La « section de poésie m'inscrivit le premier « sur sa iiste ; une foule de suffrages honora- « blés se déclarèrent pour moi le jour de « l'élection : mais Mathieu-Lansberg , aidé « de la malveillance de quelques autres, cau bala puissamment pour m'eulever cette « faible ressource. Il eût eu peu de crédit « pour me servir, mais ou eu a toujours as- « sez pour nuire. Enfin , à cette séance *• même, il se vanta hautement d'avoir cou- « tribué à me faire exclure; et le public ap- « prit , uon sans quelque surprise , .qu'on «-. m'avait préféré le jeune Le Gouvé. Ce « jeune homme l'emporta eu effet de quel- « ques voix : il a du talent et du mérite « mais il pouvait attendicson tour , qui n'eut « pas manqué d'arriver.

« Fidèle à mes principes , et n'ayant « jamais employé pour me défendre que

IÇ4 ANECDOTE

o. l'arme innocente de la plaisanterie, je me t permis contre Mathieu-Lansberg la petite < vengeance que je vous envoie. Je sais que « bien des gens qui ne me connaissent pas, « m'ont accuse' longtemps et très-injuste- « ment de méchanceté'; et Mathieu-Lans- « berg lui-même , à qui je ne répondrai pas , «c va peut-être m'en accuser plus que périt sonne : je lui laisse cette satisfaction. Mais « ceux qui me connaissent , et à qui mes 011c. ouvrages sont un peu familiers , savent « assez qu'à des libelles effrénés et a des ca- <« lomnies odieuses, répétées cent fois, je m n'ai jamais opposé que la gaîté et le raé- « pris. Eu parant d'une main les coups de « poignard qu'on voulait me porter, je ne « les repoussais de l'autre que par des cro- « quignoîes appliquées de mon mieux; mais « il est des gens à qui les croquiguoles cui- ♦< sent, et Mathieu-Lansberg peut avoir le ■ nez plus sensible qu'un autre : eb bien , * on rira de ses grimaces, et, si l'on rit, je « suis absous.

«Je n'avais pas besoin pour vous, mou « ami, de cette espèce d'apologie. Elle m'est « encore moins nécessaire auprès de ceux

DE L' É D I T E U R. * 19.3 « qui ont éprouvé combien l'homme qu'ils * ont entendu tant de fois accuser de mé- « chauceté, par des méchants , a toujours été « prompt à rendre service à toutes les per- « sonnes qui l'estiment assez pour lui deman- « der ce qui peut dépendre ou de ses faibles « moyens ou de son faible crédit. >•

Je repliai la lettre de Palissot. La plupart de ceux qui composaient la société, l'écoutèrent sans l'interrompre , avec quelques sigues de satisfaction et de bieuveillance. Quelques autres (et on les devinera bien) s'écrièrent : Il faut convenir que ce Palissot est un méchant bien adroit, car il a toujours l'air d'avoir raison. Ce sont les mêmes qui ont eu l'art de persuader, en dépit du sens commun , à quelques imbécilles, qu'un valet balourd de sa comédie des Philosophes était évidemment l'éloquent citoyen de Genève , et que, dans cette comédie, Palissot a voulu jouer la vraie philosophie , quoiqu'il ait dit expressément dans la préface de cette pièce , que la vraie philosophie ne peut avoir aV ennemis qu'aux petites maisons : vérité qu'il a répétée plus d'une fois dans

I96 ANECDOTE, etc.

le cours de l'ouvrage , eu assez beaux vers. 11 est doue vrai, comme Palissot l'a dit souvent, qu'une sottise que la me'chanceté appuie , est e'ternelle. Elle ressemble à ces ebausous bétes que tout le monde connaît, que tout le monde me'prise, et qui ont acquis une espèce d'immortalité' par leur bêtise même.

Nous croyons devoir joiudre à cette anecdote une lettre qui la continue , et qui a paru dans le Moniteur du sextidi 26 fructidor, an -. Cette lettre , par les de'tails qu'elle contient, et parla justice impartiale que l'on y rend à plusieurs de nos plus célèbres écrivains, mérite d'être conservée. Elle le mérite, surtout , par l'élégance peu commuue avec laquelle elle est écrite , et qui

prouve que le C. H. du V son auteur,

n'aurait pas obtenu moins de succès dans la carrière des lettres que dans celle des lois.

« Je viens de lire dans la Décade philosophique littéraire et politique, du 20 fructidor dernier, page 493, un article concer-

liant la prochaine élection d'un nouveau membre de l'Institut national. Cet article me paraît d'un homme ze'lé pour la gloire de ce tle compagnie savante , et qui regrette sincère* meut les noms de plusieurs gens de lettres justement ce'lèbres, qui , par une fatalité malheureuse , se trouvent exclus de sou sein.

Parmi ces noms, on cite Saint-Lambert, auteur des Saisons , et à qui l'on fait un titre de gloire d'avoir été contemporain de \ oltaire. Peut-être , pour s'exprimer plus régulièrement , eût - il fallu dire , auteur du Poème des Saisons , et ami de Voltaire : car on peut avoir été contemporain d'un grand homme , et n'avoir rien de commun avec la gloire. Quoiqu'il eu soit, je regrette aussi que ce poète élégant et correct ne soit pas de l'Institut.

On cite La Harpe et Mannontel comme auteurs des deux meilleurs traités de littérature que nous ayons. Je conviens du mérite de ces deux traités, et principalement de celui de La Harpe qui n'a démenti , ni dans ses vers , ni dans sa prose , ( car c'est un de nos écrivains les plus purs ) les principes de goût qu'il a semés dans son cours IL t Le—

raire. On cite encore De Lille et Fontanes , en oubliant que le premier a paru mépriser l'honneur que l'Institut avait cru lui faire en l'adoptant , et que le second ne s'en est guères montré plus jaloux.

Enfin ou arrive à Parny , que l'on de'sigue sous le nom du Tibuïîe français , et c'est en sa faveur, surtout, que l'auteur paraît avoir compose' son article. Je conviens qu'il est plusieurs cordes dans la lyre d'Apollon , et que celle dont Parny a su tirer dans ses opuscules des sons très - agre'ables, en est peut-être une des plus mélodieuses; que par conséquent , quoiqu'il ait un peu affaibli les droits qu'il avait à l'Institut, en voulant déborder mal-à-propos sa réputation opusculatre, il doit certainement prétendre à son tour aux honneurs du fauteuil académique. ".Mais il faudrait, ce me semble, qu'auparavant on les eut accordés à ceux qui ont eu des succès plus nombreux et plus brillants dans des genres plus difficiles , et qui supposent ou plus de génie ou des talents plus élevé'?.

L'auteur de l'article proposé aux jeunes gens qui se trouvent actuellement eu cou-

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currence avec Parny, une très-belle action, sans doute, qu'ils ne feront pas, quoiqu'elle leur fît infiniment d'honneur : ce serait de lui ce'der une palme qu'ils ont le temps d'attendre , et qui lui appartient à plus juste titre. Il invite surtout le jeune poète qui a de'ja obtenu une fois le désagréable honneur de lui être préfe're' par l'Institut , à déployer en sa faveur les plus pressantes sollicitations. Il veut parler du jeune Le Gouve' ; mais il oublie donc que ce n'est pas à Parny que ce jeune homme fut préféré, uiais à Palissot qui avait été inscrit le premier sur la liste , qui avait obtenu beaucoup plus de voix que Parny, et qui semblait les avoir méritées par la carrière honorable qu'il a remplie , et dans laquelle il se soutient encore avec assez d'éclat , pour qu'un jeune rival n'eût pas été humilié de lui faire le même sacrifice qu'on semble desirer qu'il eût fait à Parny.

Ou est véritablement surpris de ne pas trouver, dans cette nomenclature d'auteurs que l'on suppose injustement oubliés par l'Iustitut, le nom de Palissot qui a eu l'honneur aussi , non-seulement d'être un cou-

temporain de Voltaire , mais d'avoir avec lui nue correspondance de plusieurs anne'es , et d'être enhn l'éditeur de ses ouvrages. On ne lui disputera pas une littérature non moins saine et non moins variée que celle de La Harpe et de Marmontel; on poème dont on a fait vingt éditions, et qui n'a produit uu peu de scandale qu'au Parnasse , où ces petites rumeurs sont sans conséquence, et peuvent même tourner au profit des lettres. Mais ce qu'on lui disputera encore moins , c'est d'avoir été le seul qui , dans le genre devenu le plus difficile, parce qu'il a été le plus épuisé par un homme d'un génie inimitable , ait osé tenter de marcher quelquefois sur les traces du divin Molière , avec des succès assez brillants , pour n'être pas si légèrement oublié. Il n'ignore pas que d'autres écrivains (et lui-même les a vantés) ont fait après lui des comédies fort estimables , et justement applaudies : mais ce qui distingue les siennes, je ne crains pas de le répéter , c'est qu'il est le seul qui se soit fait, j'ose le dire , de l'école de Molière , et qui ait été assez heureux pour s'approprier, du moins dans quelques détails, le style et la

manière de son maître. On me permettra d'ajouter ce que ses ennemis mêmes ont souvent reconnu , que sa prose n'a pas moins do correction et d'élégance que ses vers.

J'avoue donc qu'il était un de ceux à qui j'appliquais intérieurement les regrets de l'auteur de l'article , quand il dit qu'on ne peut s'empêcher de gémir des destinées de la France , et qu'il l'accuse de conspirer ellemême contre sa gloire , en écartant du sanctuaire des Muses, par de misérables calculs d'amour-propre , de honteuses considérations politiques, et de puériles malices, des talents qui n'ont pas besoin d'une société savante pour être immortels. Je suis encore plus de son avis, lorsqu'il ajoute que ces sociétés ne s'honorent que par les hommes de mérite qu'elles savent s'associer.

Cet auteur, à qui l'on ne peut refuser des intentious louables, pouvait épouser la querelle des écrivains dont il parle, mais sans être injuste, et surtout sans vouloir donner le change au public sur le vieillard célèbre a qui le jeune Le Gouvé a été préféré. On me croira l'ami de Palissot, et je me ferais honneur de l'être ; je doute cependant que

j'en sois couuu , et je n'ai ici d'autre intérêt que le plaisir que m'out fait ses ouvrages, et le désir de mériter son estime.

H. du V

Si l'auteur nous a permis d'imprimer à la

suite de sou poème les deux pièces qu'on vient de lire, c'est que dans l'une et dans l'autre , mais principalement dans la première , il ne peut être mieux vengé d'une imputation qui , toute absurde qu'elle est, n'a cessé de se reproduire depuis quarante ans , et qui trouve encore ou des méchants qui la répètent sans y croire , ou des imbécilles de bonne-foi, assez dupes de leur confiance pour ne vouloir pas être désabusés. Mais il est aussi des âmes honnêtes pour qui la vérité est un besoin, et qui ne mettent pas moins d'ardeur à la chercher que de courage à la défendre lorsqu'elle leur est connue. C'est pour ces âmes privilégiées que nous joignons encore ici une lettre qui méritait d'être publique, et que l'auteur luimême écrivit à la classe de littérature et

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beaux-arts de l'Institut national, le 18 frimaire, an 6.

Citoyens Collègues,

Honoré de'ja du choix de l'Institut national , qui a bien voulu m 'admettre au nombre de ses membres lorsque des circonstances malheureuses me forcèrent de quitter P;nis, je crois devoir vous présenter la réfutation dune ancienne calomnie qui vient de se reproduire avec audace, au moment où j'aspire à m'attachera vous par des nœuds plus intimes.

Le hasard a fait tomber entre mes mains une feuille intitulée la Sentinelle, datée da i3 de ce mois, dans laquelle je lis avec surprise cette accusation mêlée à de perfides éloges. Je les transcris avec non moins de répugnance que 1 injure :

Car je n'ai mérité Ni cet excès d'honneur , ni cette indignité.

« Palissot , dit l'auteur de cette feuille, «< est un homme de goût , un écrivain pur , «'correct , élégant; mais il fut l'ennemi et

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« le persécuteur des philosophes. On sait le « bruit quefitla faïueuse comédie où il tour- « nait J. J. Rousseau en ridicule. — Sa Dun- « ciade et ses Mémoires littéraires offrent « le même esprit de haine contre les écri- « vains a qui notre siècle doit ses lumières. » Enfin, ce même auteur m'accuse de fanatisme anti-philosophique : il ajoute cependant qu'il y a lieu de croire que je me suis converti.

J'ai fait, je l'avoue, contre quelques soidisant philosophes, cette comédie si longtemps et si injustement calomniée. Les ennemis les plus ardents, les plus implacables de l'ouvrage, étaient un Suard , un abbé Morellet , et quelques-uns de ces prétendus philosophes qui, depuis, ont abjuré si solennellement la philosophie en faveur du catéchisme de nos pères. Apparemment ces messieurs crurent se reconnaître : on peut juger maintenant si leur portrait était infidèle, et si c'était attaquer la philosophie que de démasquer de pareils philosophes. Le but de la pièce est clairement indiqué dès la première ligne de la préface; il l'est, non moins clairement , dans la pièce, par ces

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vers que je ne cite qu'avec le regret d'être oblige' de nie citer nioi-rnénie :

Mais quels sont donc enfin ces rares avantage?

Attachés , dites-vous , au commerce des sages ?

Je ne prends point pour tels un tas de charlatans

Qu'on voit , sur des tréteaux , ameuter les passants

Oui mettent une enseigne à leur philosophie :

De ce vain appareil ma raison se défie.

Il peut en imposer au vulgaire séduit ;

Moi , je suis de ces gens qui font peu cas du bruit ;

Et je distingue fort l'ami de la sagesse ,

Du pédant qui s'enroue à la prêcher sans cesse.

Peut-être e'tait-il difficile de tracer d'une main plus juste la ligne de démarcation qui doit séparera jamais les vrais philosophes de ceux qui osent usurper ce nom respectable.

Mais je veux que pousse' trop loin, ou par l'effervescence de la jeunesse, ou par le ressentiment de quelques injures personnelles, j'aie pu me tromper en mettant dans la classe des charlatans de philosophie , quelques hommes que j'aurais eu le malheur de juger trop de'favorablement. Eh bien ï l'erreur que j'aurais commise sur ces individus , quelque respectables qu'on voulut les supposer, ne serait pas une preuve de haine pour la phi-

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Iosophie. Ce pourrait être aux yeux de Ta postérité une injustice qu'elle aurait à me reprocher; mais elle n'y verrait qu'une erreur, et nullement le fanatisme anti-philosophique dont on m'accuse.

Quant à l'illustre Rousseau, je suis las de le de'feudre d'une injure que ses ennemis seuls ont ose' lui faire , et je ne m'abaisserai point à prouver, non- seulement que mon intention n'a jamais e'te' de le peindre sous le personnage ridicule d'un valet de comédie , mais que la nation assemblée ne ru'eût jamais pardonné cette extravagance. Le public ne vit dans Crispin que Crispiu, c'està-dire, un valet balourd qui s'efforce de parodier son maître assez gaîraeut peut-être pour exciter le rire , mais toujours en singe qui contrefait l'homme. Les éloges que j'ai constamment donnés à Rousseau , dans plusieurs endroits de mes ouvrages ; son article, dans mes JJtmoires littéraires , article que je n'aurais point adopté s'il n'eût été conforme à l'opinion que j'ai toujours eu de ses talents; enfin son parti que je pris ouvertement, lorsqu'il fut persécuté par le fanatisme et par la haine, ne peuvent laisser au-

cnn do.ite sur mes sentiments à son égard. Eh ! qui plus que moi devait se réunir à cet homme célèbre ? Si je m étais permis de m'égayer , dans une pièce de théâtre, au dépens de quelques imposteurs de philosophie, lui, qui les connaissait encore mieux que moi , n'avait jamais cesse' de les foudroyer de sou éloquence; et, dans la préface même de ma comédie , on peut voir combien je m'appuie de son autorité.

Si l'on en croit mou détracteur, la Dunciade et mes Mémoires sur la littérature sont infectés de ma haine pour la philosophie. Qu'il avoue plutôt (car il m'est trop aisé de le confondre) qu'il n'a jugé ces ouvrages que sur parole, et sans les avoir jamais lus. Il eût trouvé, dans ces mémoires qu'il calomnie , les noms de Montaigne, de Charron, de Levaycr, de Descartes, de Gassendi , de Bayle , de Voltaire, de Àloutesquicu , de Buffou, d'Helvétius, de Rousseau lui-même, honorés comme ils le méritent, et partout ceux des anti-philosophes livrés au plus profond mépris. Il eût trouvé dans ia Dunciade un chant entier (celui de la ï'ision} rempli de la plus pure philosophie. Il y eût

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trouvé cet éloge de celai de nos philosophes qui a le plus contribué à éclairer le monde :

O de Ferney sublime solitaire ï

Honneur des arts , Virgile des Français !

C'est toi , surtout , à qui je voudrais plaire.

Tu le sais bien : ton suffrage , ô Voltaire !

Dans tous les temps fut mon plus beau succès , etc. etc.

Ce nom seul de Voltaire, si fréquemment répété dans mes écrits, et toujours avec admiration, ce nom que j'ai révéré dès mou enfance , et dont la gloire occupe eucore mes dernières aimées, ne devrait-il pas me faire trouver grâce aux yeux de tous ces prétendus vengeurs de la philosophie? Ignorent-ils que je viens de publier une édition complète des œuvres de ce grand homme, avec des commentaires qui respirent à chaque page , mon respect pour sa mémoire , ma haine pour les fanatiques qui l'ont persécuté jusqu'au tombeau , et mon amour pour ma patrie, qui , dès l'instant qu'elle fut libre, a vengé par une apothéose sa cendre indignement profanée ? Ignorent- ils que l'Institut national a bien voulu agréer l'hommage des trente-cinq premiers volumes de cette édition ?

11 est vrai que mon détracteur paraît avouer que je me suis converti; mais loiu de moi cette nouvelle injure. !\on, je n'ai jamais changé de pavillon, comme l'ont fait de nos jours , et au grand scandale de la philosophie , tant de beaux-esprits qui , jusqu'alors , avaient paru s'honorer du nom de philosophe. Je donnai , presqu'au sortir de l'enfance , et à l'époque où dominaient encore tous les préjugés, une histoire des premiers siècles de Rome , qui portait déjà l'empreinte de la vraie philosophie : elle est surtout très- remarquable dans la vie de Nuraa et dans un éloge de Bru tus qu'on ne devait attendre ni de mon âge ni du temps où j'écrivais.

Loiu d'être l'ennemi de tous ceux à qui la France doit des lumières, ou sait assez la tendre amitié qui me lie depuis plusieurs années à quelques-uns de nos littérateurs les plus célèbres. J'en appelle au témoignage de Chéniei dont j'ai guidé les premiers pas dans sa brillante carrière ; à celui de François de Neufchâteau, l'un de mes plus chers élèves, et qui lui-même m'en a donné cette preuve honorable que je ne cite que parce

qu'elle fait 1 éloge de son cœur : «Palissot, « dit-il, daus uu poème qu'il a consacré à «. la gloire de sa patrie, est né à Nancy. Il « accueillit avec le plus tendre iutérét les « essais de mou enfance , et c'est un de ceux « dont l'amitié constante m'a souvent encou- « ragé. J'aime à citer ces deux hommes su- « périeurs ( Palissot et Cerutti) parce qu'ils « sout restés fidèles au parti de la liberté, « et qu'un jour ce sera pour eux un éloge « de plus. »

2S'ai-je pas annoncé le premier, dans ces Mémoires littéraires , que mon détracteur n'a pas lus, et le talent distingué de Colliu d Harleville , et les heureuses dispositions que commençait alors à montrer le jeune Andrieux, son ami? Exemple d'autant plus rare, parmi les gens de lettres, que tous deux étaient mes rivaux dans l'art de la comédie.

Quels éloges répétés n'ai-je pas donnés, dans ces mêmes mémoires, au poète de la liberté, au seul émule que Piudare ait eu dans POde, à ce Le Brun, dont j'ai révélé la gloire à la patrie, tandis qu'injuste envers lui-même , il semblait se cacher à la renommée !

Peut-être aurais-je encore d'autres titres à citer qui ne rue seraient pas moins favorables : mais ce que je pardonnerai le plus difficilement à mon détracteur, c'est de m'avoir réduit à la trute nécessité de faire cette dernière apologie , et de parler si longtemps de moi-même, Mais, citoyens collègues, c'est principalement le chois dont vous m avez honoré, eu m'associant à vous, que j'ai cru devoir défendre.

Salut et respect,

Pal i s sot.

Deux lettres que nous avons recueillies dans le temps, et dont il se répandit quelques exemplaires imprimés, vont nous servir à compléter ce volume. L'une , adressée au citoyen Palissot , la veille de la séance de

1'Jnstitut national, parle citoyen S ,

prouve combien ce littérateur estimable était

loin de participera l'esprit de cabale qui se manifesta le lendemain : l'autre est la réponse du citoyen Palissot, daus laquelle il

se montre aussi sensible qu'il devait l'être 7 aux témoiguages d'estime dont l'honorait le citoyen S. . . . , et par le ton de gaîté qui y règne , infiniment supérieur à l'injure que ]\iathieu-Lausberg et ses affide's avaient cru lui faire.

Ce 4 Germinal an 7.

Lettre du citoyen S.... au citoyen Palissot.

Citoyen,

Je vous ai de'ja donné ma voix pour la place vacante dans la classe dont je suis membre à l'Institut. Permettez-moi de vous assurer par écrit que je vous la donnerai encore demain , jour décisif. La critique , la cabale , l'injustice, se tairaient toutes, si chacun avait, comme moi , pour principe d'aller au devant du mérite éminent. Je ne vous connais point de rival dans le double talent d'écrire bien en vers et en prose. Je compte

fort que la grosse de'esse de Pope * aura encore le dessous demain.

Salut , fraternité', estime vraie.

Réponse du citoyen Palissot au citoyen S . . . .

Malgré votre suffrage , mon cher collègue , la grosse déesse de Pope a prévalu , et je ne suis encore que votre collègue étranger : mais de quoi ne console pas votre suffrage ! Je n'aurais pas cru , je l'avoue , que la grosse déesse eût tant de crédit à l'Institut : elle a non- seulement balancé toutes les voix d'élite que je suis bien sûr d'avoir obtenues , mais elle est parvenue à les aunuller. Mathieu-Lansberg Lalande a armé contre moi tous les sigues du Zodiaque , principalement ceux avec lesquels il a le plus d'analogie, tels que le Scorpion , le Capricorne et la Cruche , sous l'influence de laquelle il est né. Il peut se féliciter de son succès : pour moi , je n'en fais que rire avec

* La Stupidité.

2I4 PIECES RELATIVES, etc.

l'excellent traducleur de Perse, qui se connaît en bonne plaisanterie, et de qui je me souviens d'avoir Ju de fort bous vers, dans lesquels il caractérisait très-bien une certaine secte de charlatans à qui j'ai moi-même déclaré la guerre, et qui ne s'en souvient que trop toutes les fois qu'elle entend prononcer mon nom à l'Institut. Àlais ce sera bien certainement la dernière fois que je lui aurai donné ce plaisir , et c'est entre vos mains que j'en fais le serment.

Salut, tendre et respectueux attachement. Palissot.

Page 188, ligne première de la note, Balourd , lisez Baour.

La Bibliothèque

Université d'Ottawa

Echéance

The Libn University of Date du

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