‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 17 sur 93 · T. A L'OUEST DU NIL : 7. NAUCRATIS · texte numérisé non relu

T. A L'OUEST DU NIL : 7. NAUCRATIS

hour, à Kôm el Gaîef, près du village de Tell Nébireh (1).

On a montré plus haut (2) qu'Hérodote, en signalant l'aspect de la plaine submergée et les localités par lesquelles on passait alors pour se rendre de Ganope à Memphis, a décrit son propre itinéraire. A deux reprises il atteste que sur cet itinéraire se trouvait Naucratis (3) : il a donc vu Naucratis.

Il a fait plus : il s'y est arrêté, il y a obtenu des renseignements précis et relativement nombreux. Selon son témoignage, Amasis avait donné Naucratis aux Grecs qui voudraient s'y fixer; à ceux-là mêmes qui n'y séjourneraient que momentanément pour leurs affaires, il avait concédé des emplacements où ils pussent élever des autels et des temples à leurs dieux. Le plus grand, le plus célèbre et le plus fréquenté de ces temples s'appelait l'Hellénion : il avait été bâti à frais communs par quatre villes ioniennes, quatre villes doriennes et une ville éolienne, dont l'historien cite les noms et qui avaient le droit d'y établir des magistrats. Les Eginètes avaient élevé séparément un temple à Zeus, les Samiens à Hèra, et les Milésiens à Apollon (4). Amasis avait attribué à la cité un monopole qu'Hérodote considère comme un privilège, qui en était un en fait, mais qui, dans l'intention du monarque, n'était sûrement qu'un moyen commode de percevoir des droits d'importation (5) : toutes les marchandises étrangères devaient passer par Naucratis, soit qu'elles y arrivassent normalement par la bouche canopique, soit, en cas de force majeure, qu'elles y fussent transportées par les ca-

(i) Il a été identifié par M. Pétrie en 1884. Les résultats des fouilles conduites par lui en i884-i885, et par M. Gardner en i885-i886, à Kôm el Gaîef ont été publiés par Fl. Pétrie, Naukratis, Part /, et Gardner-Griffith, Naukratis, Part II, 3e et 6f- mémoires de YEgypt Exploration Fund. Sur l'histoire détaillée de Naucratis, à la lumière de ces découvertes, voir Mallet, Premiers établissements des Grecs en Egypte, p. 1 45-364.

(2) Pages 8-9 ; cf. p. 32.

(3) « En remontant par bateau de Naucratis à Memphis, la navigation se fait par les pyramides mêmes... En naviguant de la mer et de Canope â Naucratis par la plaine, on passe par Anthylla et la ville d'Archandros ». El, 97.

(4) U> 178. — (5) Cf. Wiedbmann, Herodots zweites Bach, p. G09.

naux du Delta (1). Ainsi Naucratis, — les fouilles de Kôm el Gaîef l'ontconfirmé, — était une ville toute grecque, et même l'un des centres grecs les plus importants, les plus actifs de l'Egypte, quoiqu'elle n'eût point gardé sans doute jusqu'au temps d'Hérodote l'intégralité de ses privilèges. On ne comprendrait pas que l'historien fût venu dans une localité quelconque du Delta sans être allé visiter cette ville célèbre, que son commerce mettait en rapport continuel avec tout le monde grec; a fortiori n'admettra-t-on pas qu'il l'ait rencontrée sur sa route sans y faire un arrêt. A eux seuls le nombre et la précision des renseignements qu'il nous rapporte nonseulement sur son histoire et sa constitution, mais encore sur ses monuments, suffiraient à nous en convaincre: s'il n'en a pas nommé tous les temples (2), pour aucune autre cité de l'Egypte il n'en a mentionné autant. En outre il nous révèle quelque part que les courtisanes de Naucratis étaient, — non pas célèbres, — mais « charmantes » (3) : ce mince détail ainsi présenté ne reposait vraisemblablement pas sur un ouï-dire. Le nom de Naucratis ne se rencontre pas dans son histoire ailleurs que dans les textes examinés cidessus ; toutefois il apparaît bien que certaines données dont il n'a pas indiqué l'origine proviennent aussi de là. Par exemple, il y connut sans doute une partie des aventures de Rhodopis, car c'est à propos de ces aventures qu'il a fait remarquer le « charme » des courtisanes naucratites ; il y apprit encore que tous les ans, « de tous les pays de la Grèce, et aussi de la Phénicie, on importait en Egypte une grande quantité de jarres de vin » (4), et par conséquent c'est là qu'il s'est convaincu de l'absence de vignobles en Egypte (5).

(2) Il a omis notamment de citer le temple d'Aphrodite. On s'en est montré surpris parce qu'on « voit un écrivain naucratite le présenter comme existant dès la a3e olympiade. » (Mallet, 1. L, p. iyo). Mais nulle part Hérodote n'a l'ait une énumération complète de monuments ; ici il a mentionné seulement les temples qui étaient la propriété d'un groupe particulier de colons.

(3) Il les déclare £7ia<pp6ôtToi (II, i35) — (4) III, 0. — (5)11, 77. Cf. Mallet, 1. 1., p. 345 et n. 3.

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