‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 25 sur 93 · Buto et Chemmis · texte numérisé non relu

Buto et Chemmis

Buto, étvmologiquement « la maison de [la déesse] Uto », était, dit Hérodote, « une grande ville située près de la bouche sébennytique du Nil » (2). La place s'en trouve vraisemblablement près du village moderne d'Ebtou, à mi-dis-

(i) II, 172. « Siuph est cherchée près de El Saffeh, localité située au-dessous de Sais, au bord et à l'est de la branche de Rosette ; mais il n'y a en faveur de cette hypothèse que la ressemblance des noms » (Wiedemann, 1. 1., i>. .rK,3).- (2) II, i55.

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tance environ entre Sais au sud et le lac de Bourlos au nord (1). L'historien déclare l'avoir visitée (2).

On y transportait, pour les y ensevelir, les musaraignes et les éperviers (3). Mais ce n'est sans doute pas pour le constater qu'Hérodote s'y est rendu. Il semble y avoir été attiré surtout par la renommée de l'oracle de Léto, qui « méritait qu'on en parlât souvent » (4), et dont il a en effet souvent parlé. C'était de tous les oracles de l'Egypte celui qu'on tenait le plus en honneur » (5), c'était, « pour les Egyptiens, le plus véridique » (6), enfin c'était par excellence « l'oracle de l'Egypte » (7). Et notre auteur cite un certain nombre de réponses attribuées à cet oracle : la déesse avait fait savoir à Phéron par quel singulier moyen il recouvrerait la vue (8); à Mykérinos, qu'il n'avait plus que six années à vivre, pour avoir abrégé la durée des malheurs des Egyptiens (9); à Psammétichos, qu'il serait vengé par des hommes d'airain surgissant de la mer (10); à Gambyse, qu'il mourrait dans Agbatane (de Syrie) (11).

Du temple lui-même Hérodote a fait la description suivante. « Le sanctuaire de Léto dans lequel se trouve l'oracle est grand ; il a des propylées de dix brasses de hauteur. De tout ce qui me fut visible voici ce qui m'a causé la plus grande surprise : il y a dans cette enceinte de Léto une cha-

|i) La détermination de l'emplacement de Buto a donné lieu à des discussions qu'on trouvera résumées, pour la période antérieure à 1891, dans J. de Rougé, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. 33-38, 123-128. La situation de Buto dans la partie nord-ouest du Delta est indiquée par un décret de Ptolémée Lagos daté du règne d'Alexandre II, que Brugsch a étudié dans la Zeitschrift fur àgypt. Sprache, 1871, p. 1 sqq. La désignation du village moderne d'Ebtou (Ibtu), — dont le nom rappellerait celui de Buto, — déjà proposée par Rochemonteix {Journal Asiatique, X, p. i5o; cf. G. Foucard, dans la Revue archéologique, 4e série, VI, 1905, p. 382), a été rendue vraisemblable par les recherches de M. Fl. Pétrie (Ehnasya, 1904- ip,o5, chap. X : The site of Buto, p. 36-38 [26e mémoire de VEgypt Exploration Eund]). Une complète certitude à ce sujet n'est pas possible à cause du peu de résultats des fouilles pratiquées en cet endroit. M. Sethe, s. v. Buto 2, dans la Real Encyclopàdie de Pauly-Wissowa, se contente de déclarer que « le site de la ville est inconnu ».

(2) II, i55 ; cf. i56. - (3) II, 67. — (4) II, i55. — (5) II, 83. — (6) II, i52. .- Il, i55. — (8) II, m. — (9) II, i33. —(10) II, i52. — (11) 111,64.

pelle (naos) faite d'une seule pierre pour la hauteur et la largeur; toutes les faces en ont cette hauteur et cette largeur, qui sont chacune de quarante coudées; le toit est constitué par une autre pierre, dont la corniche fait saillie de quatre coudées. De tout ce qui me fut visible dans le voisinage du temple, c'est cette chapelle que j'ai le plus admirée » (1). A Buto, en l'honneur de Léto, se célébrait une grande panégyrie, la cinquième en importance de toutes les fêtes égyptiennes (2); on se contentait d'y offrir des sacrifices (3).

La cité possédait aussi un temple d'Apollon et d'Artémis (4). Mais il en était un autre d'Apollon plus considérable dans l'île de Ghemmis. L'île de Chemmis (5) est « la seconde des choses les plus étonnantes » qui ont frappé l'historien « dans le voisinage du sanctuaire de Léto » (6). Car c'est « près du temple » de la déesse (7) qu'elle se trouvait, « dans un lac profond et spacieux », celui que Strabon a précisément appelé le lac de Buto (8). Les Egyptiens prétendaient, d'après Hérodote, — Hécatée l'avait déjà dit (9), — qu'elle était flottante, ce qui surprit fort notre auteur, car il ne la vit ni flotter ni remuer, et du reste il était fort sceptique sur la réalité de ce genre d'îles. Quoi qu'il en soit, il y poussait de nombreux palmiers et autres arbres tant fruitiers que stériles, et il s'y trouvait un vaste temple d'Apollon avec trois autels (10).

(i) II, i55-i56. Les proportions indiquées par Hérodote ne sont pas usuelles. Pourtant un naos du temps d'Amasis trouvé près de Tmaï (Thmouis), non loin du site de l'aDcienne Mendès, a 7 mètres de hauteur. Cf. Wiedemann, Herodots zweites Bach, p. 555.

(2) II, 59. — (3) II, 63. — (4) II, i55.

(5) Les textes égyptiens ne connaissent pas l'île de Chemmis, mais des Khobiou, « marais », situés au nord du Delta. Cf. Brugsch, Dictionn. géograph., p. 568 sqq.; J. de Rouge, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. 33.

(6) II, i56 : uepi touto xb îpdv. — (7) Ibid. : rcapà xb ev Bouxoi îp6v. —

(8) Strabon, XVII, 1. 18.

(9) Hécatée de Milet, fragm. 284, dans Muller-Didot, Fragmenta historié, graec., I, p. 20.

(10) II, i56. L'historien cite un vofxbç Xs^mqç (II, i65), dontpar conséquent Chemmis semblerait avoir été la capitale. Chemmis étant une petite île située prèsjdu temple de Léto à Buto (II, i55), il paraît surprenant qu'elle

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Ce triple culte de Léto, d'Apollon et d'Artémis à Buto et à Ghemmis avait sa raison dans le fait suivant. « Léto, l'une des huit plus anciennes divinités, habitait, rapporte Hérodote, dans la ville de Buto où est l'oracle. Ayant reçu d'Isis Apollon en dépôt, elle le sauva en le cachant dans l'île dite aujourd'hui flottante lorsque Typhon survint, qui faisait partout des recherches pour trouver le fils d'Osiris. On raconte qu'Apollon et Artémis sont les enfants de Dionysos et d'Isis, et que Léto les éleva et leur procura le salut ». Cette légende expliquait aux Egyptiens pourquoi l'île était devenue flottante (1) : sans doute sa mobilité l'avait fait échapper aux recherches furieuses de Typhon.

Les données qui précèdent sont assez nombreuses et précises. Elles se rapportent d'abord à la description même des lieux, notamment du temple de Léto. Elles ont trait aussi à l'histoire. Il est vrai qu'elles n'y ont trait qu'à propos d'oracles, mais elles suffisent à nous montrer que les traditions de Buto ont joué un rôle important dans les récits de notre auteur, et qu'il a puisé là peut-être plus qu'il n'apparaît à première vue. Enfin certaines de ces données intéressent la religion. Ce qu'Hérodote a le mieux connu de la mythologie égyptienne, ou plutôt le seul mythe à peu près égyptien qu'il ait connu, est celui d'Osiris; si c'est à Sais qu'il a vraisemblablement entendu parler avec quelque détail de la mort du

ait donné son nom, plutôt que Buto, au nome tout entier. Parmi les commentateurs et géographes, les uns considèrent ce nome comme étant celui de Chemmis en Thébaïde (II, 91) ; les autres, notant que ce nome est mentionné par Hérodote entre celui de Sais et celui de Paprémis, pensent qu'il appartient nécessairement au Delta. Cf. Wiedemann, Herodots zweites Bach, p. 674. On ne saurait pour le moment se prononcer avec assurance. L'ordre dans lequel l'énumération est faite n'a rien de rigoureux, et l'on admettrait sans invraisemblance que le nome chemmite de la Thébaïde représente à lui seul les Hermotybies de la Haute Egypte, comme le nome thébain représente à lui seul les Calasiries de la même région (II, 166). Pourtant j'incline à penser qu'il s'agit ici d'un nome du Delta ; il y a lieu en effet de remarquer que notre auteur, en parlant de la Chemmisdu sud, a pris soin de l'appeler Chemmis de la Thébaïde, et qu'une telle précision manque ici quand la situation des autres nomes énumérés, — tous du Delta, — l'aurait rendueparticulièrement nécessaire, (ij II, i56.

dieu, c'est probablement à Buto qu'il a été plus particulièrement informé du reste de la légende. Il y a donc lieu de penser que sa présence y fût d'une certaine durée : ce n'est guère qu'à Memphis et à Sais qu'il paraît avoir séjourné plus longtemps.

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