‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 27 sur 93 · Busiris · texte numérisé non relu

Busiris

La « ville de Busiris » se trouvait, d'après Hérodote, « au milieu du Delta » (3). Il n'est pas douteux que le site en est

(i) Elle est distante aujourd'hui de io kilomètres de l'embouchure. La mention par Strabon d'une « longue pointe sablonneuse et basse » (XVII, i. 18) à l'embouchure de la branche bolbitine montre qu'il en était à peu près de même dans l'antiquité classique.

(2) Sur la fondation du Mur des Milésiens et son histoire, voir Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte,^. 28-29,32-33, 44-47- Pour Hérodote, les plus anciens établissements grecs d'Egypte étaient « les Camps » de la branche pélusienne (II, i54). — (3) II, 59.

au village d'Abousîr, au sud et non loin de Semnienoîid (l'ancienne Sébennytos), sur la rive gauche de l'ancienne branche sébennytique (1).

L'historien nous apprend que la seconde en importance des grandes panégyries égyptiennes y avait lieu en l'honneur d'Isis (2). On doit voir dans cette panégyrie, malgré une certaine contradiction dans les termes, celle qu'il a déclarée ailleurs « la plus grande fêle de la plus grande déesse » (3). Il décrit à cette occasion avec une extrême minutie le rituel du sacrifice du bœuf. Pendant ce sacrifice, qu'un jeûne précédait, chacun des assistants se frappait en signe de deuil. Les Gariens d'Egypte allaient plus loin : ils se tailladaient le front, ce qui, ajoute notre auteur, montrait évidemment qu'ils étaient des étrangers. En l'honneur de quel dieu manifestaiton ces signes de douleur? Hérodote ne se croit pas permis de le révéler (4).

Ce sont là des détails circonstanciés; néanmoins il n'est pas probable qu'ils soient d'un témoin oculaire. Nous reconnaissons ici la fête qui se célébrait à une même époque, — au mois de Khoïak, — avec les mêmes rites, -- ceux précisément de Busiris, — dans seize villes de l'Egypte, parmi lesquelles Sais est nommément désignée (5). Or nous avons remarqué déjà qu'Hérodote en a parlé à propos de son séjour

(i) Busiris signifie « la maison, le lieu d'Osiris ». Il y avait en Egypte un certain nombre de localités portant ce nom (cf. Brugsch, Dictionn. géograph., 166 sqq., 1187 sqq.) ; mais la situation que lui attribue Hérodote « au milieu du Delta » en fait certainement la capitale du nome busirite de l'époque classique, du 9e nome de la Basse Egypte. Voir J. de Rouge, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. 57 sqq. ; Brugsch, die Aegyptologie, p. 45o; Mùller-Didot, Ptolemaei Geogr. (IV, 5.22), Vol. I. pars 2a (1901), p. 710. — (2) II, 59.

(3) Au chap. 61, Hérodote dit qu'il « a déjà décrit comment les Égyptiens célèbrent à Busiris la fête en l'honneur d'Isis ». La description ne peut être que celle du chap. 4o ; au reste il est manifeste que ces deux chapitres se répètent en partie et en partie se complètent l'un l'autre. — (4) II, 4o,6i.

(5) D'après une inscription d'une des petites chapelles d'Osiris édifiées sur le temple d'Hâthor à Dendérah. Pour le détail, cf. G. Sourdille, Hérodote et la religion de l'Egypte : comparaison des données..., p. 85-86.

à Sais (1). La question se pose donc de savoir si c'est à Sais ou à Busiris que le spectacle lui en a été donné. La réponse ne peut être douteuse. A Sais, il a vu le temple; il en a longuement décrit les abords ; il a pénétré dans le palais royal; il a su qu'une fois par an une génisse de bois y était exposée à la lumière, que derrière le sanctuaire était placé le tombeau du dieu au nom ineffable, que sur le lac sacré on représentait les souffrances divines, que pendant une nuit de la fête on allumait des lampes autour de toutes les maisons, que ces lampes, — il était facile de le constater, — étaient des vases emplis d'une huile salée sur laquelle flottait une mèche (2). A propos de Busiris au contraire, il s'est contenté de signaler une manifestation de deuil et de décrire le sacrifice du bœuf; il n'a pas compris que la fête en était la même que celle de Sais, il a ignoré que les rites en étaient identiques, et que dans l'une comme dans l'autre cité on conservait le corps, c'est-à-dire quelque relique du dieu (3). Quant au bœuf sacrifié, — dont la tête, chargée d'imprécations, était jetée au fleuve ou vendue aux Grecs (4), — qu'on écorchait, — dont on enlevait les intestins après les avoir maudits, — dans le corps duquel on laissait les viscères et la graisse, — dont on coupait les cuisses, le sacrum, les épaules, le cou, — dont on remplissait le ventre avec des gâteaux de farine, de miel, de raisins secs, de figues, d'encens, de myrrhe et autres substances odoriférantes, — enfin qu'on brûlait en répandant sur le feu une grande quantité d'huile (5), tous les détails donnés sont à ce point minutieux, qu'à moins d'être l'aide lui-même du sacrificateur il était impossible à Hérodote de les connaître d'une vue directe. D'autre part, ce n'est pas nécessairement ni vraisemblablement à Busiris qu'il apprit la manière cruelle dont les Cariens,

(i) Voir ci-dessus, p. 5i, n. 6.

(2) Voir ci-dessus, p. 49-5i. — (3) A Sais, on conservait une de ses oreilles (Brugsch, Dictionn. géograpk., p. .^72 ; cf. J. de Rougé, Géographie anc. de la Basse Egypte, p. 26); à Busiris, ses deux mâchoires (Brugsch,

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