C. SOURDILLE
par l'historien. Mais il importe de remarquer qu'aucun de ces adjectifs ne se rencontre à l'état isolé; ils figurent tous dans des énumérations ayant la prétention d'être complètes : catalogue de toutes les branches du Nil (1), catalogue de tous les nomes fournissant des guerriers, avec l'indication du nombre maximum de ceux-ci (2). Ce sont donc là des renseignements qui ont été fournis en bloc et tels quels, soit qu'ils aient été de notoriété publique, soient qu'ils aient été communiqués de quelque autre manière : ce ne sont assurément pas les résultats immédiats d'une enquête personnelle, enquête qui n'eût pu se flatter de n'avoir rien omis. Dans ces conditions, on n'a pas de raison de croire que l'historien ait visité les villes dont mention n'est faite dans son ouvrage qu'au moyen d'adjectifs.
Hérodote n'a pas nommé que des villes ; il a parlé des productions de la campagne; il a parlé des marais; aussi a-t-il distingué l'Egypte marécageuse d'une part (3), et 1' « Egypte cultivée » de l'autre (4). Toutefois sur les productions du sol on a déjà dit combien peu, combien inexactement il nous a renseignés (5). Quant aux parties marécageuses, — elles constituaient presque tout le nord du Delta, — ce qu'il nous rapporte des mœurs de leurs rudes habitants témoigne qu'il n'en eut qu'une connaissance superficielle et fragmentaire (6). C'est dans les villes à peu près exclusivement, comme il est naturel, qu'il a fait quelque séjour.
zaleh ; celles d'Athribis à Tell Atrîb, tout près et à l'est de Benha, vers le sud du Delta, sur la branche de Damiette; Pharbaïthis (Pharbaetos) se retrouve à Horbéît, au nord-est de Zagazig; Thmouis est au Tell Tmouî (el Amdîd), à la hauteur et à l'est de Semennoûd. Les sites d'Aphthis, d'Onuphis et de Myekphoris sont inconnus.
(i) H, i7- - (2) H, i65-iÔ6. - (3) II, 92, 94, 95. - (4) II, 77; cf. 92,95.
(5) Voir ci-dessus, page 17.
(6) Hérodote, II, 92, affirme que les Egyptiens « qui habitent dans les marais ont les mêmes coutumesque les autres Egyptiens». Comme l'observe M. Wiedemann, cette donnée n'est juste que si l'on parle des habitants des villes; elle est inexacte s'il s'agit des habitants mêmes des marais, population grossière et remuante de pâtres, de pêcheurs et de chasseurs, tous plus ou moins pillards, que des textes postérieurs ont souvent mentionnés. Voir à ce sujet Wiedemann, Herodots zweites Buch, p. 371 sqq.