‹ La durée et l'étendue du voyage d'Hérodote en ÉgypteChapitre 56 sur 93 · III. 4°. LARGEURS MAXIM A ET MINIMA DE LA VALLEE · texte numérisé non relu

III. 4°. LARGEURS MAXIM A ET MINIMA DE LA VALLEE

Ainsi s'explique la donnée d'Hérodote que le Nil, dans son plein, c'est-à-dire lorsque son volume lui permet de remplir les canaux jusque dans leur partie la plus éloignée, arrose en plusieurs endroits des terres situées en dehors de la vallée proprement dite pendant l'espace de deux journées de chemin, à droite et à gauche, tantôt plus, tantôt moins. En étendant aussi loin l'action du fleuve, et par conséquent le territoire de l'Egypte, il songeait donc non-seulement aux terres directement couvertes par l'inondation, mais encore à celles qui recevaient les eaux par des dérivations naturelles ou artificielles. Une autre donnée confirme cette manière de voir. Il constate que pendant quatre jours en remontant audessus d'Héliopolis l'Egypte est étroite et confinée entre la montagne arabique et la montagne dite libyque (1) : c'est qu'en effet, aucun canal ne se prolongeant à droite ou à gauche entre la prise d'eau du Bahr Yousouf, à quatre jours d'Héliopolis, et la pointe du Delta, cette partie du pays était constituée uniquement du sol directement inondé entre les deux chaînes, et par conséquent était bien, au point de vue d'Hérodote, la plus étroite de l'Egypte.

Il reste maintenant à parler du minimum de largeur attribué par l'historien à la vallée du Nil. « A partir d'Héliopolis, affirme-t-il, le pays dans la mesure où il appartient à l'Egypte n'est pas considérable ; mais jusqu'à quatre jours de navigation l'Egypte proprement dite n'a pas beaucoup de largeur; entre les chaînes libyque et arabique s'étend une plaine; là où elle est le plus étroite, il m'a paru qu'il y avait deux cents stades, pas davantage » (2). Ces deux cents stades représentent 35 kilomètres et demi (3). Or, entre l'emplacement d'Héliopolis et le point situé à quatre jours au-dessus, soit la prise d'eau du Bahr Yousouf (4), nulle part le maximum luimême n'est de trente-cinq kilomètres : à peine en atteint-il,

dominants, il n'est pas absolument invraisemblable qu'il ait fallu quatre jours pour en accomplir le parcours.

(î) II, 8. — (2) Ibid. — (3) A 177 mètres 60 au stade. Voir ce qui a été dit plus haut à ce sujet, p. 106-107.

(4) Pour la détermination de ce point voir plus haut, p. i3i.

vers Beni-Soûeîf, vingt-cinq, et souvent une marche de deux ou trois heures conduit du Nil, coulant dans cette partie de la vallée tout près de la chaîne arabique, jusqu'à la lisière du désert libyque. La raison qui semble à première vue le mieux expliquer l'erreur d'Hérodote, c'est que l'évaluation en stades faite par lui est ici entachée du même vice que les autres évaluations de cette nature. Elle serait médiate, c'est-à-dire fondée non sur une mesure directe de la distance, mais sur le temps qu'en exige le parcours, sans que la lenteur de la marche, causée par les difficultés ou les détours de la route, fût entrée suffisamment en ligne de compte dans le calcul de notre auteur (1) : or, dans la vallée du Nil, les routes ne sont guère que des levées de terre ou des sentiers au sol inégal, serpentant de la manière la plus capricieuse. Mais cette raison ne saurait être invoquée ici. Même en suivant ces chemins, souvent quelques heures à peine suffisent pour aller d'une chaîne à l'autre; d'autre part, Hérodote, comme on l'a démontré plus haut (2), a visité ce pays dans le temps de l'inondation, c'est-à-dire à une époque où il est plus facile, plus court, par suite plus naturel de circuler sur les eaux, quand toute autre voie n'est pas impraticable (3). La raison d'une évaluation aussi excessive doit être cherchée ailleurs. Qu'Hérodote ait pris pied tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre des deux chaînes, c'est ce dont son témoignage ne permet guère de douter : « J'ai vu, dit-il, qu'il se trouve des coquillages sur les montagnes..., et que seule cette montagne d'Egypte qui est située au-dessus de Memphis [c'est-à-dire la chaîne libyque à partir de Memphis] est sablonneuse » (4).

(ij C'est en réduisant les journées de voyage en stades que les géographes anciens ont évalué les distances. Sur le peu de précision de ces évaluations voir plus haut, page io4, note 2. — (2) C'est ce qu'on a établi au premier chapitre du présent ouvrage . — (3) Voir ci-dessus, page i35, note 3.

(4) II, 12. Le véritable sens de ce passage n'est pas celui qu'on lui a donné jusqu'ici. On fait dire à Hérodote qu'il n'y a du sable en Egypte qu'aux environs de Memphis. M. Sayce (Herodotos I-III, p. i3i, note 4; cf. The Journal of Philolog y, XIV i[885], p. 26G-2G7) en conclut que l'historien grec n'a pas voyagé au-dessus de Memphis. M. Wiedemann (Herodots zweites Buch, p. 76) fait ressortir l'inexactitude de la donnée. Mais croire

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