‹ La dynamique des phénomènes de la vieChapitre 68 sur 127 · LES CELLULES SEXUELLES · texte numérisé non relu

LES CELLULES SEXUELLES

Le spermatozoïde n'a pas seulement une action « développante » ou fécondante : il est aussi un agent d'hérédité^ il fait passer les caractères paternels aux descendants. Dans le spermatozoïde comme dans Tovule existent cer7 taines substances, — ou, d'une façon générale, certaines conditions, — qui nous permettent de prévoir l'espèce de la plante ou de l'animal qui naîtra d'un œuf fécondé, quand nous connaissons celle du spermatozoïde et de l'ovule. C'est cette relation que nous nommons hérédité. Les expériences de parthénogenèse artificielle ou de fécondation chimique autorisent à penser que l'action fécondante et le transfert des caractères héréditaires sont liés à des éléments différents du spermatozoïde ; Jes plus récentes de ces expériences montrent même que le processus qui détermine le développement n'est pas nécessairement simple, puisque, chez l'ovule d'oursin, la formation de la membrane et les phénomènes ultérieurs peuvent être obtenus séparément.

O. Hertwig définissait, il y a vingt ans, le processus de la fécondation comme consistant dans la fusion du noyau du spermatozoïde et de celui de l'ovule. Cette fusion peut avoir de l'importance au point de vue de l'hérédité ;

LOFB * 21

322 t>E L*HÉRÉDITÉ

mais on ne voit pas comment elle pourrait déterminer les processus du développement. Les expériences de parthénogenèse artificielle montrent nettement qu'un développement peut se produire sans noyau spermatique.

D'autre part, les expériences de mérogonie^ dont les commencements datent précisément d'O. et R. Hertwig, ont montré que le sp^rpiatozoïde peut provoquer un développement sans le concours du noyau de l'ovule. En effet, un fragment de Tovule, ne couten^nt pas de noyau, peut être amené, si un spermatozoïde y pénètre, à se développer en un embryon. Nous verrons plus tard que Boveri a tiré parti de ce fait- pour montrer que le noyau seul transfère les caractères héréditaires. Delage a fait à ce sujet des expériences très étendues chez des Echinodermes, des Annélides, des Mollusques (1) ; il a montré que, si on découpe le protoplasma de l'ovule et qu'on obtienne ainsi des fragments non nucléés, la pénétration d'un spermatozoïde de la même espèce suffit pour que ces fragments se segmentent et se développent en embryons. — 11 a établi, de plus, que ceci ne se produit que si le fragment de protoplasma fécondé provient d'un ovule mûr, ce qui prouve bien que les phénomènes de maturation de l'ovule n'intéressent pas seulement le noyau, mais aussi le protoplasma. — Il y a donc ici une action développante du spermatozoïde, sans fusion de deux noyaux.

Cette fusion des deux noyaux peut n'être aussi qu'un aspect très extérieur des processus d'hérédité. Le problème véritable consiste, ici encore, à trouver les conditions qui font sortir, de l'union de l'ovule et du spermatozoïde, des organismes doués de propriétés morphologiques et physiologiques bien déterminées, et on peut affirmer, presque à coup sûr, que ces conditions apparaîtront comme étant, en dernière analyse, de nature chimique ou physico-chimique.

(1) DfitAtt.E, Arch, de Zool. expérim,, vol. VII, p. 383, 1899,

WÊÊamm

Dans les expériences qui auront pour abjet de nbus rendre maître des processus d'hérédité ; nous devrons avoir présent à Tesprit que Tinfluence des deux cellules sexuelles n'est pas égale au début du développement.

Pour les premiers stades du développement, Tovule semble être entièrement prépondérant, au moins dans les cas où sa masse est un multiple élevé de celle du spermatozoïde. Si on féconde un ovule d'oursin avec un spermatozoïde d'étoile de mer, on obtient une larve d'oursin typique et non une larve d'étoile de mer. L'expérience, ici, peut être faite d'une façon décisive, parce que, après le stade gastrula, l'oursin et l'étoile de mer prennent une forme larvaire très distincte : pluteus chez Toursin, bipinnaria chez l'étoile de mer. J'ai donc observé que la larve hybride qu'on obtient en fécondant l'ovule d'oursin par un spermatozoïde d'étoile de mer prend toujours la forme pluteus et jamais la forme bipinnaria (1). — Des expériences sur l'hybridisation d'espèces plus rapprochées, telles que celles de Driesch, Vernon, etc., sur différentes espèces d'oursins, ont mis en lumière le même fait. — C. O. Whitman, en étudiant les hybrides des pigeons, a constaté que la durée de l'incubation est déterminée exclusivement par l'espèce de l'ovule et non par celle du spermatozoïde. On comprend que, rincubation correspondant à une série de transforma* tions des matières de l'ovule, sa durée dépende avant tout, à température égale, de la masse et de la composition chimique initiale de l'ovule.

Si on considère l'adulte, il semble, au contraire, que le spermatozoïde et l'ovule aient une part égale au transfert des caractères héréditaires. Mendel n'a pu trouver aueune différence entre les hybrides de deux espèces végétales a et 6, en comparant ceux qui provenaient du pollen de a et des ovules de b et ceux qui provenaient du pollen de 6 et des ovules de a. On peut admettre qu'aussitôt que la

(1) LoEB, art. cil.

Page 1