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DE L HEREDITE

partie du corps de la jeune plante ou du jeune animal qui a été formée par assimilation l'emporte pour la masse sur celle qui provient directement de l'ovule, la prépondérance de l'ovule disparaît.

Nous ne savons pas, jusqu'à présent, quelles sont, dans les cellules sexuelles, les conditions qui déterminent l'hérédité. Il est permis de penser qu'elles sont de nature chimique. Existe-t-il, dans l'ovule et dans le spermatozoïde, des substances variant d'un terme à l'autre de la série animale, en rapport avec la diversité des espèces ? La partie du spermatozoïde qui est la plus importante par la masse, la « tête » du spermatozoïde, se compose d'un sel dont l'acide est l'acide nucléinique, tandis que Télément basique est représenté, chez certains poissons et chez l'étoile de mer, par la protamine,chez d'autres formes, par des histones, substances assez voisines de la protamine. Pour pouvoir dire si c'est l'acide nucléinique ou la prota^ mine qui est le facteur important pour l'hérédité, il faudrait savoir si, dans les espèces où le noyau du spermatozoïde contient de la protamine au lieu d'histone, le noyau de l'ovule contient également de la protamine : car, du moment que l'ovule et le spermatozoïde ont une part égale dans l'hérédité de l'animal adulte, les substances qui jouent un rôle à ce point de vue doivent se retrouver identiques chez les deux. Je ne sais pas si cette question est résolue d'une façon définitive; mais, d'après ce que nous savons jusqu'ici, il ne semble pas qu'il y ait de protamine dans le noyau de l'ovule. D'autre part, il semble qu'il y ait bien plus de variétés isomères d'acide nucléinique que de protamine ou d'histones. Si bien que l'acide nucléinique a peut-être pour l'hérédité plus d'importance que la protamine ou les histones. Mais il n'est pas nécessaire de supposer qu'une substance unique décide de l'hérédité. Peutêtre les substances qui interviennent sont-elles plutôt des combinaisons ou même des mélanges très complexes.

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Avec les nucléines, on trouve dans le spermatozoïde des albumines et des globulines, — plutôt, à vrai dire, dans la « queue » que dans la « tête » ; on trouve encore dans la « queue » de la lécithine, de la cholestérine, de la graisse. Mais dans la « tête », il semble qu'il y ait aussi une substance contenant du fer ; Miescher s'occupait d'isoler cette substance, lorsqu'il mourut prématurément. Comme la « tête » du spermatozoïde est beaucoup plus volumineuse que la « queue », et qu'elle prend part au développement de Tœuf auquel elle fournit son « noyau spermatique », tandis que le sort de la « queue *> est difficile à préciser, Boveri a énoncé l'idée que, dans Povule aussi, le noyau seul et non le protoplasma joue un rôle dans Phérédité. Pour vérifier cette hypothèse, il a fait Texpérience très intéressante qui consiste à féconder un fragment non nueléé de l'ovule d'un oursin par un spermatozoïde d'un oursin d'une autre espèce. Si l'hypothèse était juste, on devait voir se développer, à la suite de cette expérience, non une forme hybride, mais une larve présentant uniquement des caractères paternels. Il n'est pas nécessaire de faire remarquer que l'exécution de ces expériences offre de grandes difficultés de technique. Boveri, d'après celles qu'il a faites jusqu'ici, croit que la fécondation de fragments d'ovule non nucléés de Sphœrechinus par des spermatozoïdes d'Echinus peut aboutir à des pluteus typiques d'Echinus ; pourtant, il ne considère pas la question comme définitivement résolue (1). — D'après mes expériences sur la fécondation d'ovules d'oursin par des spermatozoïdes d'étoile de mer, je suis porté à admettre qu'il est difficile de trancher la question dans le sens de Boveri, au moins en ce qui concerne les premiers stades du développement, car les formes de ces premiers stades semblent être déterminées uniquement par l'ovule et non par le spermatozoïde.

(l) Boveri, xXrch. f. Enlwickelungsmech., vol. II, p. 394, 1896.

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Qu'il y ait lieu de substituer, dans ces questions, le point de vue physico-chimique au point de vue purement cytologique, c'est ce qui ressort, en particulier, des travaux de Landois sur la transfusion du sang. On croyait autrefois que, dans les cas de pertes de sang abondantes, on pouvait sauver la vie du sujet en lui injectant le sang d'un animal. Les expériences de Landois montrèrent qu'en procédant aiasi, on obtient le plus souvent une destruction des globwles rouges du sang injecté, 11 étudia systématiquement le phénomène et trouva que son intensité est dans un rapport remarquable avec la parenté des animaux. Il formule ainsi ce résultat : «... les animaux les plus rapprochés dans la série par leurs caractères anatomiques sont aussi ceux dont le sang se ressemble le plus, en ce sens que, si on fait la transfusion de l'un à l'autre, la vitesse de destruction du sang injecté est minimum.

« Ainsi la transfusion pourrait être un moyen pour reconnaître, dans les cas douteux, la parenté des animaux. De simples variétés peuvent échanger leur sang, des espèces très voisines ne détruisent que très lentement le sang injecté, et en supportent de grandes quantités ; mais, plus les animaux sont éloignés dans la série, plus les réactions auxquelles donne lieu le sang étranger sont violentes, et plus faibles les quantités de ce sang que les animaux supportent dans leurs veines (1). »

La destruction des globules rouges d'un animal par le sang d'un autre animal est, naturellement, déterminée par des conditions chimiques ou physico-chimiques. Les expériences de Landois montrent donc que les différences entre les espèces sont proportionnelles à des différences chimiques ou physico-chimiques dans la composition de leur sang. — Récemment, cette idée a été reprise par

(1) Landois, Die Transfusion des Blutes. Leipzig, 1876, p. 289.

Friedenthal (1), Gmnbaum, Nuttall (2), avec la méttede nouvelle découverte par Bordet et connue sous le nom de « réaction des précipitines ». Si on injecte plusieurs fois à un animal d'une espèce donnée, — par exemple à un lapin, — du sérum d'un animal d'une autre espèce, il suffit, ensuite, d'ajouter une petite quantité du sang de cette dernière espèce au sérum de ce lapin pour obtenir une précipitation» Le sang d'espèces Voisines de celle dont on a. injecté le sahg provoquera la même réaction dans le sérum du lapin. P'riedenthal et Nuttall ont tiré parti de cette réaction pour déterminer le degré de parenté de diflérents animaux! Nuttall a trouvé, par exemple, que si on injecte à un l&pin du sérum de chien, le sérum du lapin donne une précipitation avec le sang de huit Canidés différents, mais non avec celui d'aucune autre espèce.

Ces expériences expliquent peut-être la mortalité si élevée que j'ai observée chez les hybrides d'oursin et d'étoile de, mer. Il Semble que le spermatozoïde d'étoile de mer, en tnême temps qu'il exerce sur l'ovule d'oursin une action « développante », y introduise des substances ou, d'une façon plus générale, des conditions qui ont sur l'ovule une action toxique (3). Ne serait-ce pas une circonstance de ce genre qui mettrait une limite à la possibilité d'obtenir des hybrides entre espèces éloignées ? c'est ce que des expériences nouvelles pourraient seules nous apprendre.

Parmi les naturalistes qui ont été amenés par l'influence de Darwin à étudier le mécanisme de l'hérédité, s'est trouvé Gregor Mendel, dont le travail a été méconnu pendant plus de trente anS, avant d'être arraché à l'oubli par

(1) Friedenthal, Engelmanns Archiv^ p. 494, 1901. — Berliner klinischiherapeutische Wocfienschrift, 1904.

(2) Nuttall, Blood Immunify and Blood Relationship. Cambridge,

(3) LoEB, Pflugers Archiv, vol. CIV, p. 325, 1904.

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