XIV PREFACE
cônséqueat le passé ne se dislingue pas de Tavenir, ce qui est contraire à toute idée d'évolution (i). Pour le moment, le champ de la mécanique semble donc limité à l'étude de certaines catégories de phénomènesbiologiques, les phénomènes réversibles, et Ton devrait renoncer à tout espoir de donner une explication mécanique des faits où interviennent Thérédité et révolution. Jusqu'à ce que cette antinomie soit résolue par de nouveaux progrès de la science, il est pour le moins téméraire de vouloir faire entrer nos conceptions biologiques dans le lit de Procuste d'une mécanique trop étroite.
Si je me suis permis d'insister longuement sur une thèse de doctrine en apparence plus philosophique que pratique et de faire ressortir la différence des points de vue auxquels nous nous plaçons, Lœb et moi, c'est qu'au fond nous sommes absolument d'accord sur les diflférences profondes qui existent entre les conditions des expériences du chimiste et du physicien et celles beaucoup plus complexes qui sont réalisées dans la matière vivante. Et aux réserves que j'ai cru devoir faire, je ne puis donner de meilleure conclusion que ces paroles de Lœb luimême :
« Nous ne devons pas négliger les conditions spécialesqui peuvent intervenir, si nous ne voulons pas aboutir à des conclusions prématurées, sur lesquelles plus tard nous serions obligés de revenir. Quand on a éveillé trop tôt des espérances de ce genre et qu'on doit ensuite les abandonner, ces échecs apparents de la science servent de thème aux pessimistes pour signaler son inanité, aux ennenàis du progrès pour donner à entendre qu'il n'y a
(1) Picard (Emile), Les Principes de la mécanique. Rivist a di scienza^ n» 1, 1907.