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Fig. 140. — Croquis tectonique des Alpes Franco-Italiennes, d'après W. Kilian {Aperçu sommaire de la Géologie, de l'Orographie et de l'Hydrographie des Alpes Dauphinoises, In-8°, Grenoble, 1909, pl. I).
d'un côté jusqu'aux terrains anciens du Pelvoux et de l'autre jusqu'à la plaine italienne. D'anciennes conceptions pouvaient suggérer l'idée que ce long éventail était un axe de soulèvement autonome. C'est en réalité une zone de refoulement latéral {Zone der Stauung),
Pour le moment, nous devons examiner ses relations avec les sédiments plus récents entre Briançon et le côté oriental du Mont-Blanc. Sur toute cette longueur, nous serons guidés par les travaux très étendus de Kilian \ auxquels s'ajoutent, dans le Sud, les études de Termier, au Nord et au Sud de la ville de Briançon *.
Dans cet espace, très allongé mais plutôt étroit, se montre la zone interne du Flysch. Elle indique que la mer occupait encore cette région pendant l'Oligocène supérieur. Sur le versant oriental du Pelvoux, Kilian a rencontré le Flysch reposant normalement sur le gneiss. Il s'étend également en transgression sur des couches mésozoïques plissées, mais il a été plissé lui-même et atteint l'altitude de 3 514 mètres dans les Aiguilles d'Arves, non loin du Pelvoux, au Nord.
Dans les couches mésozoïques des Alpes Suisses, on a l'habitude de distinguer un faciès helvétique, un faciès briançonnaîs et un faciès piémontais.
Le faciès piémontais est caractérisé par la prédominance des Schistes lustrés et par la présence de roches vertes basiques. Le Trias est représenté par des quartzites, des gypses et des marbres. Les Schistes lustrés, qui appartiennent pour la plus grande partie au Lias et au Jurassique, se rencontrent aussi à l'Ouest de l'éventail houiller, par exemple au Col de la Seigne; il en est de même pour les roches vertes, qui se montrent au Col de la Seigne et sur d'autres points. Nous aurons également l'occasion de mentionner, plus au Nord, des lambeaux de recouvrement qui ont été transportés du Sud-Est vers l'Ouest, pardessus la zone du Briançonnais, ou qui en proviennent. Nous serons
1. W. Kilian et J. Révil, Études géologiques dans les Alpes Occidentales. Contributions à la géologie des chaînes intérieures des Alpes Françaises, I. Description orographique et géologique de quelques parties de la Tarentaise^ de la Maarienne et du Briançonnais septentrional (Mém. pour servir à Texplic. de la Carte géoL dét. de la France. In-i", xi-627 p., 11 pi. dont 3 cartes, 1904 [et II (1*" fasc). Description des terrains qui prennent part à la constitution géologique des cônes intra-alpines françaises (terrains anté-jurassiques), 373 p., 11 pi. dont i carte de la répartition des dépôts carbonifères dans les Alpes Françaises à 1 : 1000 000, par W. Kilian, 1908]); nombreuses autres publications plus courtes.
2. P. Termier, Les Montagnes entre Briançon et Valloaise {Écailles briançonnaises^ Terrains cristallins de VEychauda, Massif de Pierre-Eyrautz, etc.) (Mém. pour servir à l'explic. de la Carte géol. dét. de la France). In-4«, viii-t87 p., 13 pi. phot. et coupes, 1 carte géol. i\ 1 : 50 000, 1903) ; et Sur la nécessité d'une nouvelle interprétation de la tectonique des Alpes Franco-Italiennes (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4" sér., VU, 1907, p. 174-190, pi. IV-V : coupes). Sur ce point, voir aussi les remarques de S. Franchi sur le • faciès mista • (La zona délie piètre verdi fra VEllero e la Bormida e la sua continuità fra il Gruppo di Voltri e le Alpi Cozie; Boll. K. Comitato Geol. d'Italia, XXXVII, 1906, p. 89-il7), qui sont instructives pour l'intelligence des caractères accessoires.
en outre obligés, avant d'aborder l'étude des Alpes Orientales, de préciser un peu mieux la notion de faciès. Il résultera de tout cela que les caractères du faciès piémontais, à savoir la présence des roches vertes et le métamorphisme plus intense des terrains successifs, constituent des caractères accessoires. Us se sont manifestés plus tard et sont étrangers au faciès original. Termier a reconnu depuis longtemps qu'ils s'accentuent vers la plaine lombarde.
La ville de Briançon elle-même repose sur le terrain carbonifère. Dans l'éventail houiller sont inclus également des synclinaux mésozoïques.
Comme représentants du Trias aux environs de Briançon, Termier cite des quartzites, ensuite des schistes verts avec bancs de dolomie et de calcaire, des cargneules, du gypse et des marbres phylliteux, puis des calcaires à Gyroporelles et à Crinoïdes, dont l'épaisseur atteint jusqu'à 300 mètres. Le Lias se présente sous forme d'une brèche (Brèche du Télégraphe) * ; mais il peut affecter aussi un développement différent et comporter, en particulier, des dalles calcaires foncées à Pentacrines; comme on a signalé des schistes calcaires noirs à Avicula contorla, la série comprend également le Rhétien. Vient ensuite le Jurassique (Calcaire de Guillestre) à PAj/Woceras, Aptychus, etc., se présentant souvent sous forme de calcaire à Globigérines. Par endroits, toute la partie supérieure de cet ensemble est transformée en marbre en plaquettes, qui comprend peut-être également le Crétacé et qui atteint jusqu'à 700 mètres de puissance.
Cette série diffère de la série helvétique. Les calcaires à Gyroporelles et les calcaires à Aptychus rappellent beaucoup plutôt certaines parties des Alpes Orientales. Mais dans le faisceau serré de plis et d'écaillés compris entre l'éventail houiller et la zone du Mont-Blanc, les différents termes, autant qu'on peut en juger, ne se montrent pas simultanément et suivant une limite précise, de telle sorte qu'il peut y avoir des séries à caractères mixtes.
Si nous comparons un fragment typique de la série helvétique externe avec une coupe typique de la zone du Briançonnais, par exemple avec celle d'un lambeau de recouvrement charrié de loin, nous constatons de notables différences; mais dans l'espace, originairement large et aujourd'hui très réduit, à travers lequel le charriage s'est effectué, il a existé des transitions.
L'alignement en quinconce des massifs gneissiques de la zone du Mont-Blanc prend maintenant sa signification.
[i. Voir W. Kilian et P. Lory, Sur ^existence de brèches calcaires et polygéniques dans les montagnes situées au Sud-Est du Mont-Blanc (G. R. Acad. Se, CXLU, 1906, 1«' sem., p. 359-360; reprod. Travaux Laborat. Géol. Fac. Se. Grenoble, VIII, 1905-1907, p. 25-27).]
Le résultat final est que la Chaîne deBelledonnevaseperdre, vers le N.E., dans la région helvétique, et que les Grandes-Rousses, ainsi que les synclinaux qui les accompagnent, se continuent sur le versant Nord du Mont- Blanc, dans les intrications synclinales qui terminent ce massif. Des plis mésozoïques compris entre Belledonne et les Grandes-Rousses proviennent les hautes montagnes calcaires des Diablerets, du Wildhom, etc. ; et les choses se présentent comme si les Grandes- Rousses, peut-être aussi une partie du Pelvoux, en y joignant le Mont-Blanc, avaient été affectées par une surélévation postérieure.
Le terme de « zone du Briançonnais » a été employé tantôt dans un sens large, tantôt dans un sens restreint. En fait, il résulte des données si instructives fournies par Kilian la coupe transversale suivante: 1. Plis helvétiques externes; 2. Roches anciennes de la Chaîne de Belledonne; 3. Plusieurs faisceaux de plis mésozoïques, entre lesquels le Mont-Blanc, le petit Massif du Rocheray près de TArc et les Grandes-Rousses, peut-être aussi le Pelvoux se surélèvent suivant un alignement commun; 4. La zone interne du Flysch (zone des Aiguilles d'Arves); 5. Une nouvelle zone mésozoïque (faisceau du Galibier, Kilian); 6. L'éventail houiller, avec bandes mésozoïques, plissées comme leur substratum. Jusquelà, la chaîne était déjetée vers suEss — m.
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rOuest; à partir de ce point, le déversement se produit vers TEst: 7. Encore une zone mésozoïque (faisceau du Chaberton); 8. Schistes lustrés et Alpes Piémontaises.
On rencontre par conséquent deux fois les chaînes gneissiques (Belledonne et Mont-Blanc).
On peut prendre comme limite de la zone alpine interne soit la Chaîne du Mont-Blanc, soit la zone interne du Flysch, soit Téventail houiller. Kilian fait commencer sa zone du Briançonnais avec le Flysch; dans cette acception, elle embrasse également la bande du Galibier (5). En revanche, une limite tranchée se place entre 7 et 8.
Nous considérons, ainsi que nous l'avons dit, la zone du Flysch (4) comme formant la limite externe de la chaîne alpine interne ou chaîne piémontaise, bien que sa continuité ait été détruite subséquemment; mais nous devons répéter que cette délimitation n'est ni analogue ni équivalente soit à la limite dinarique, soit à la limite des Alpes Orientales.
Les Alpes Piémontaises s'étalent largement vers le N.E. et vers l'E. On peut y citer comme exemple la série de Trias, schistes verts, serpentine et schistes des Grisons, que Preiswerk a rencontrée dans la Vallée du Rhône, entre Viège et Brigue. La serpentine a pénétré dans le Trias et dans les schistes des Grisons, sous forme d'un magma du groupe de la diabase et du gabbro, et a provoqué par endroits du métamorphisme de contact. D'autres poussées eruptives se sont solidifiées sous forme de wehrlite et de dunite^ Ce sont là les représentants des roches vertes du Piémont. Les schistes des Grisons tiennent la place des Schistes lustrés.
Dans cette même zone est comprise également la bande puissante de Verrucano, Trias, Schistes lustrés et micaschistes calcaires que Heim a observée près d'Olivone, entre le gneiss de l'Adula et le versant méridional du Saint-Gothard ^. Toute la largeur des Alpes du Valais [et du Tessin] jusqu'à l'Adda en fait partie.
Lambeaux de recouvrement. — Tandis que les synclinaux que nous venons de mentionner peuvent, en s'étendant à travers la zone du Mont-Blanc, se développer en chaînes calcaires puissantes, les choses se présentent autrement vers le Sud.
Entre le Mercantour et le Pelvoux, la zone du Mont-Blanc offrait une grande lacune; et, à travers celle-ci, comme par une porte, les
1. H. Preiswork, Die metamorphen Peridotite und Gabbrogesteine in den Bändner Schiefern zwischen Visp und Brieg (Verhandl. d. Naturforäch. GeseUsch. Basel, XV, 1004, p. 293-316).
2. Alb. Heim, Geologische Begutachtung der Greinabahn {Geologische Nachleset Nr. 16; Vierteljahrsschr. d. Naturforsch. Gesellsch. Zürich, LI, 1896, p. 378-396, 1 pl.).
montagnes refoulées se sont avancées vers l'Ouest, tout à fait de la même manière que de Teau ou de la glace force un profil resserré, en labourant le fond du défilé correspondant (II, p. 371, fig. 106, et p. 573, fig. 107).
Nous commencerons Tétude du phénomène dans le Sud-Ouest. Pour la partie française de la région, nous suivrons les travaux de Léon Bertrand * ; pour les montagnes situées au Nord de Menton et de Bordighera, ceux de Franchi*.
Le Var forme un coude à angle droit, en passant de la direction W.-E. à la direction N.-S., et arrive à la mer près de Nice. Il reçoit du Mercantour la Tinée, venant du N.N.W., et la Vésubie, venant duN.
Dans sa partie méridionale, le Massif du Mercantour s'incurve vers le Col de Tende, c'est-à-dire vers le S.E.; mais Léon Bertrand a constaté que le bord du Mercantour projette sur la Vésubie, et par conséquent assez loin à l'Ouest du Col de Tende, un long éperon de Permien et de Trias qui s'avance vers le Sud. Cet éperon constitue une limite importante. Les plis du côté E. et S.E. du Mercantour entourent la terminaison méridionale de ce massif et s'étendent jusqu'à l'éperon. Là se termine brusquement, pour le Jurassique supérieur et pour le Crétacé inférieur, le faciès du Briançonnais, qui se trouve remplacé par le faciès helvétique. Sur le coté oriental de Téperon, les plis sont poussés et déversés vers l'Ouest, et cette direction de poussée se maintient sur le Var inférieur jusque près de Nice, où la direction des plis a tourné vers l'W.-E. et où le déversement a passé au Sud ^ (fig. 142). Entre Menton et Bordighera, les plis sont de nouveau dirigés davantage N.-S. et regardent vers l'Ouest.
La région située à l'Est de l'éperon de la Vésubie et de la plaine du Var inférieur correspond à une expansion des plis, jusque-là retenus et redressés par le Mercantour. La zone interne du Flysch (zone des Aiguilles d'Arves) en occupe une partie si considérable qu'on pourrait
1. L. Bertrand, Étude géologique du Nord des Alpes-Maritimes (Bull. Service Carte géol. de la Fr., IX, 1897-1898, n'' 56, 2U p., 8 pi. dont 1 carte géol., 1896); et Sur les grandes lignes de la Géologie de la partie alpine des Alpes Maritimes. Description sommaire de la région voisine du littoral à VEst du Var (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4* sér., II, 1902, p. 638-675, pi. XXXIX-XLIl, «rartes et coupes). [Voir aussi la feuille de IS'ice (225) de la Carte Géologique détaillée de la France et la Notice explicative qui raccompagne, par Léon Bertrand et Ph. Zürcher, 1902.]
2. S. Franchi, Contribuzione allô studio del Titonico e del Cretaceo nelle Alpi Marittime Italiane (BoU. R. Comitato Geol. dltalia, XXV, 1894, p. 31-83, pi. Il : carte géol.). [Voir aussi S. Franchi, Osservazioni sopra alcuni recenti lavori sulla geologia délie Alpi Marittime (BoU. R. Comitato Geol. d'Italia, XXXVIll, 1907, p. 145-171, pi. IV-VI).]
[3. Voir la Carte géologique du Mont Agel à 1 : 50 000 et le profil géologique qui accompagnent la note de Ch. Pellegrin (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4' sér., II, 1902, p. 712-715, pi. XLV).]
être tenté de n y voir, sur de grandes étendues, qu'un épanouissement de cette zone*.
A rOuest de la Vésubie, on se trouve sur les plis helvétiques (dauphinois) externes, déjetés vers le Sud; et, à Tintérieur du coude du Var, ceux-ci rencontrent les plis provençaux, qui sont déversés en sens inverse et que nous ne considérons pas comme appartenant
La Tête de Chien Capd'Aggio *
faisceau
Cime de Brause
du
L/tiora/ y(.. Atre sync//na/e du Pai//on
R'*dela Corniche \
Cime de la Caustinière
Le Paillon, R.
i La Grave
. A/re sync/fna/e du Pa/Z/oo
.Faisceau du liéàora/ y
S.zS'.E.
Les Moulins J.'
faiscea
PiG. U2. — Plis des Alpes-Maritimes. Trois coupes & travers le faisceau du Littoral, d'après L. Bertrand {ßuXl. Soc. Géol. de France, 4« sér., II, 1902, pi. XLII, flg. 4, 5, 6).
tr. Trias; i. Infralias; j. Jurassique; cr. Crétacé; o. Éocène; X. Labradorites. Échelle de 1 : 100000 fongueurs et hauteurs).
aux Alpes. Les plis provençaux entourent les Maures et TEstérel, dont les schistes cristallins sont visibles jusqu'entre Cannes et Antibes. Sur la côte, près de Monaco, on a rencontré les traces d'une brèche
[1. La zone interne du Flysch ne vient pas, en réalité, .s'étaler jusqu'à la Yésubie et jusqu'au cours inférieur du Var. La région située au Nord de Nice, jusqu'au Mercantour et jusqu*au delà de la frontière italienne, à TEst. participe au même régime stratijn'Aphique et tectonique que les chaînes helvétiques qui s'étendent à l'Ouest du Var. La zone du Flysch, de même que les zones du Briançonnais et des Schistes lustrés, se contioue vers le Sud-Est suivant la direction qu'elle présente à l'Est du Mercantour. Voir, outre ]t> travaux déjà cités de L. Bertrand : W. Rilian et P. Reboul, Quelques observations géologiques dans la région S.E. des Alpes-Maritimes (Bull. Service Carte Géol. de la Fr., XYIll. 1907-1908, n" 119, p. 155-165; reprod. Travaux Loborat. Géol. Fac. Se. Grenoble, IX, 1908- 1909, p. 153-168).]
volcanique récente*. C'est ainsi que se termine, sur le Var et la Vésubie, la coulisse helvétique, recourbée vers l'intérieur (fig. 143). Les plis provençaux, sur la rive occidentale du Var inférieur, ont
Fio. 143. — Croquis tectonique d'une partie des Alpes-Maritimes Françaises, d'après L. Bertrand (Bull. Soc. Géol. de France, 4« sér., 11, 1902, pi. XXXIX-XL).
1. Schistes crislalUnos; -2. Houiller ot Permien; 3. Trias; 4. Jurassique, Crétacé et Éocène; 5. Miocène, Pliocène et Pléistocène (Poudingues du Var, etc.); 6. Labradorites. — 7. Synclinaux et cuvettes synclinales; 8. Anticlinaux et dômes; 9. Anticlinaux couchés, et 10. Surfaces de contact anormal par étirement (les flèches indiquent le sens des chevauchements): 11. Failles; 19. Prolongements hypothétiques. — Échelle do 1 : 500 000.
été affectés par des mouvements si tardifs que Zürcher a rencontré près de Vence, à l'Ouest de Nice, une nappe de Trias et de Jurassique qui a été poussée sur du Miocène marin, et probablement aussi sur des sédiments pontiques. et qui a ensuite été plissée avec ceux-ci;
1. C'est le prolongement des affleurements plus étendus d'Antibes et de Villeneuve- Loubet, peut-être même encore plus récents que ceux-ci; A. Issel y voit le reste d'une bouche d'éruption située en mer à 5 ou 6 km. tout au plus {Il Terremoto del 1887 in Liguria;
de telle sorte que le Trias apparaît dans un synclinal miocène, et le Miocène sous un anticlinal de Trias. Guébhard a trouvé là du Pliocène marin, incliné de 20% à 350 mètres au-dessus de la mer \
Tournons-nous vers le Nord.
Les plis provenant de Tintérieur enveloppent, ainsi que nous l'avons dit, Textrémité Sud-Ëst du Mercantour. Le point de contact a été rencontré dans le tunnel du Col de Tende ^ De Tende à Limone. sur le côté interne du Mercantour, se produit un resserrement très rapide de tous les faisceaux de plis, qui continue à régner jusqu'à l'extrémité Nord-Ouest du massif. Ensuite s'ouvre la large porte comprise entre celui-ci et le Pelvoux, et par là s'effectue le deuxième débordement des parties internes de la chaîne.
On voit de larges lambeaux de recouvrement. Charles Lory les regardait comme des îles de l'époque éocène, Goret comme des horsts. Haug et Kilian ont reconnu, dès 1892, leur caractère véritable. Haug évalue le déplacement directement mesurable à 25 kilomètres, et, d'après Kilian, l'ensemble du mouvement atteindrait de 30 à 40 kilomètres. L'extrémité Nord-Ouest du Mercantour doit avoir été débordée par ces masses charriées *, mais non l'extrémité du Pelvoux. Sur les plis helvétiques, orientés vers le S.W., arrive de l'Est la zone interne du Flysch, s'étalant largement et accompagnée à sa face inférieure de lambeaux de poussée {Grundschollen) arrachés au Trias helvétique. Ces lambeaux sont les témoins du labourage {Auskolkung) du substratum de la « porte ». Sur le Flysch reposent les lambeaux de recouvrement mésozoïques de l'Ubaye, venus également de l'Est. Tout le Flysch de l'Embrunais a été apporté de l'Est*.
Sur le côté oriental du Pelvoux se produit un nouveau rétrécissement
Supplemento al Boll. R. Gomitato Geol. dltalia, XVIII, 1888, p. 44); L. Bertrand, Sur Vâge des roches eruptives du Cap d'AggiOy Alpes-Maritimes (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4* sér., I, 1901, p. 06). [Voir aussi Ad. Guébhard, Liste récapitulative des taches eruptives de VOuest du Var (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4- sér., II, 1902, p. 900-907).]
1. Zürcher, Bull. Service Carte géol. de la Fr., XVI, 1904-1905, n« 105, p. 170; A. Guébhard, Bull. Soc. Géol. de Fr., 3' sér., IV, 1904, p. 168.
2. L. Baldacci e S. Franchi, Studio geologico délia Galleria del Colle di Tenda (Linea Cunea- Vintimiglia) (Boll. R. Comilato Geol. d'Italia, XXXI, 1900, p. 33-87, pi. 11-lV, dont 1 carie géol.).
[3. L. Bertrand, Sur Vextension originelle probable des nappes de charriage alpines dans les Alpes-Maritimes (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4* sér., VIII, 1908, p. 136-143, carte de la p. I42).j
4. Tous les faits sont réunis dans W. Kilian, Les phénomènes de charriage dans les Alpes delphino-provençales (Congrès Géol. Internat., G. R. IX' Sess., Vienne, 1903, p. 455-476), et dans E. Haug, Les grands charriages de CEmbrunais et de VUbaye (Ibid., p. 493-506 [réimpr. Rev. Générale des Se, XI V, 1903, p. 1241-1249, avec carte schématique reprod. dans le Traité de Géologie du même auteur, I, 1907, flg. 74, face à la p. 212]); il existe en outre un grand nombre de notes préliminaires. Voir surtout les deux feuilles de Gap (200) et de Digne (212) de la Carte géologique détaillée de la France à 1 : 80 000. [Voir aussi Ém. Haug et W. Kilian, Notice explicative de la feuille de Gap de la Carte Géologique détaillée da la France -au 80 00œ (Trav. Laborat. Géol. Fac. Se. Grenoble, VIII, 1905-1907, p. 1-20).]
des zones internes et, au pied de ce massif, le Flysch, représenté seulement par une bande étroite, se dirige vers le Monétier de Briançon. Audelà de la Meije, le contour des roches anciennes recule vers TOuest, et le Flysch s'élargit en même temps que s'élèvent, refoulées en hauteur, les Aiguilles d'Arves. On ne rencontre aucune porte de sortie vers l'extérieur; la Chaîne de Belledonne forme au contraire un rempart
Jurassiques
Kilometer
'v'/y/f/. Massifs ecDOtùpies et Xappe dus Précdpes K Mhtsif cristaUùu cLb JeUsdanne^
FiG. 144. — Les lambeaux de recouvrement de Sulens et des Annes, d*après M. Lugeon {BulL Service Carte GéoL de la France, XI, 1899-1900, n^ 77, pL VI).
Échelle de 1 : 400 OdO environ.
continu, et, à Tombre de ce massif, vers Grenoble *, il n'y a pas de lambeaux de recouvrement. C'est seulement au delà de la Tarentaise que ce rempart s'abaisse; puis, au delà du Massif de Beaufort et de la fenêtre de Mégève (dans laquelle des roches cristallines sont visibles sous les terrains sédimentaires), se produit une lacune orographique. Là recommencent à nouveau les débordements vers Textérieur, sans qu'on puisse toutefois reconnaître de relation bien nette avec la lacune en question. Sur les Alpes Helvétiques s'étend alors, au Nord de la
J. Voir la 2* éd. de la feuille de Grenoble (178) de la Carte Géologique détaillée de la /France, publiée en 1908, et la Notice explicative, par W. Kilian et P. Termier, avec la collaboration de P. Lory, V. Paquier et Ch. Jacob (reprod. Trav. Laborat. Géol. Fac. Se. Grenoble, IX, 1908-1909, p. 233-251).]
zone do Mont-Blanc, une lonorue série de lambeaux de rerooTrement
II.S eommencent an Sod-Ést d'Annecr arec les petits lambemiix de Soient et des Annes. An Sud dn Lac de C^nèye leur succède le izrzni lambeau du Cbablais, auquel fait suite celui des Alpes Fribonr^reoi^es : puis viennent, en continuant vers l'Est, une longue série de témuin> plus petits jusqu'à Iberg, et l'on atteint enfin le Berglittenstein, piv^ de Buchs, dans la vallée du Rhin. Kenevier. M. Bertrand, Schardt «rt d'autres savants autorisés ont décrit ces masses exotiques; Lugeon a donné la solution satisfaisante de l'énigme ^.
L'intelligence du phénomène sur le terrain est compliquée dans une certaine mesure par le fait qu*à l'extérieur, ici par conséquent au Nord de la zone du Mont-Blanc et aussi au Nord de la lacune entre le Mont-Blanc et le Finsteraarhom. s'introduit une séné de hautes montagnes calcaires, les c Hautes-Chaines » : Aravis. Dents du Midi » et de Mordes, Diablerets. Wildhom, Wildstrubel \ Faul-
[I. Voir la carte des nappe«» de charria^re de» Alpes Françaises jointe à lartiele d»* L. Bertrand, déjà cité (Rev. Générale des Se, XX, 11W9, p. 157i.:
2. L*idée fondamentale d*expliquer la strurture de la partie septentrionale des Alpe» Suisses par des chevauchements de très ^rrande amplitude rient de Marcel Bertraiid et a ♦^té fonnolée par lui dés IH84. En t8«3, Schardt se prononça p«fur de grands reeoaTreaienL« : en 1H98, il publiait des coupes montrant, pour expliquer le Chablais, denz grandes • trajf^ctoires du recouvrement - venant do Sod. par-dessus une grande partie des Alpes: si /;arte représente même, s^ius la forme d*un trait ponctué, la - limite septentrionale de la nappe de charriage préalpine » qui, vers TEst, s'étend ju^u*au delà du Rhâtikon (H. Schardt, Les Bégûjns exotiques du versant nord des Alpes Suisses (Préaipes da Chahiais et du Stockhorn et des Klippes). Leurs relations avec V origine des blocs et brèches exotiques et la formation du Flyseh (Bull. Soc. Vaud. Se. Nal., XXXIV, 1898, p. tt3-219, pi. I : carte et conpes: voir au-^si Eclug.r Geol. ïlelv., V, 1898, p. 233-253, carte). En 19.11, M, Lugeon a publie la c/mrMsption que nous prenons pour base ici.
[3. Parmi les publications récentes dont cette région a été Tobjet, on peut citer : Et. Ritter, Le Mmsif du Haut-Giffre, Étude sur le raccord des plis couchés de la Vallée de rArve avec ceux des Tours-Salières et de la Dent du Midi (Bull. Service Carte Géol. de la Fr.. X. 1898-1899, n» 61, p. 1-24, pi. I-III : coupes et carte géol.); Léon W. Collet, Étude géologique de la chaîne Tour SaillèrePic de Tanneverge (Matériaux Carte Géol. de la Suisse, nouv. sér.. XIX, 1904, iv-31 p., pi. I-IV : carte géol., coupes et vues); Ch. Jacob, Sole sur la tectonique du massif crétacé situé au Nord du Giffre (Bull. Service Carte Géol. de la Fr., XVI, 1904- 1ÎK)5. n* 108, p. 253-263. pi. I, II : carte et coupes); Léon W. Collet, Les Hautes-Alpes Calcaires entre Arve et Rhône (Mém. Soc. de Physique et Hist. Nat. de Genève, XXXVI, fasc. 4. 1910, p. 411-580, pi. 8-18 : carte géol., coupes, phot. et panoramas, 33 flg. dans le texte).]
[4. Voir, pour cette région, la belle Carte géologique des Hautes-Alpes Calcaires entre la Lizerne et la Kander par M. Lugeon (1898-1909), à Téchelle de 1 : 50000, publiée par la Commission Géologique Suisse en 1910 (Mtitériaux pour la Carte Géol. de la Suisse, nouv. sér., Livr. XXX, Carte spéciale n* 60). Voir aussi : IX* Congrè3 Internat, de Géographie, (ienéve, 1908, Livret des Excursions scientifiques, ln-8* (1. Excursion destinée à l'étude des Nappes de recouvrement dans les Préaipes, les Hautes-Alpes calcaires et les Alpes cristallines. Directeur : M. Lugeon, p. 6-26, «g. 1-2 : coupes; 4. Excursion destinée à étudier la Structure du Jura, du Plateau et des Alpes, Directeur : H. Schardt, p. 58-76, flg. 3-6 : coupes): M. Lugeon, Quelques faits nouveaux concernant la structure des Hautes-Alpes calcaires bemovnlaisannes (Kclogcp Geol. Helv,, X, 1908, p. 37-38); H. Schardt, Coup dTœil sur la Géologie el la Tectonique des Alpes du Canton du Valais (Bull. Soc. Murithienue Se. Nal. du Valais, XXXV, 1908, p. 246-354, pi. 1-VII : phot., carte et 18 coupes, 1909; renferme une liste bibliographique); M. Lugeon, Excursion de la Société Géologique Suisse dans les Hautes-Alpes
horn*, etc.), qui sont elles-mêmes disposées en nappes, par exemple entre la Dent de Mordes et le Wildstrubel, et énergiquement charriées vers le Nord ; malgré leur hauteur, elles font néanmoins partie de la zone helvétique. L'exemple des lambeaux occidentaux est à plusieurs titres instructif, en ce qui concerne la nature du plissement orogénique; nous rempruntons à Tun des premiers travaux de Lugeon*. On voit au bord inférieur de la fig. 144 la terminaison septentrionale de Belledonne. Près de Sallanches se trouve l'abaissement des terrains anciens mentionné au Sud-Ouest du Mont-Blanc et du Prarion
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FiG. 145. — Plis couchés du Mont Joly, d'après Et. Ritter {Bull, Service Carte Géol. de la France^ IX, 1897-1898, n«» 60, pL 1).
1. Carbonifère; 2. Quartzites; 3. Cargneolos; 4. Étage rhëtien; 5. Lias calcaire; 6. Lias supérieur schisteux. — Échelle de 1 : 70 000 environ (longueurs et hauteurs).
calcaires berno-valaisannes du 8 au ii Septembre 1909. Compte rendu (Ëclogic Geol. Helv., X, 1909, p. 759-771); H. Schardt, Géologie et Tectonique du Groupe du Wildhorn {Hautes-Alpes calcaires des Cantons de Vaud, Berne et Valais), Tiré du « Dictionnaire Géographique de la Suisse -. Gr. in-8°, 8 p., 7 coupes, 1 carte h. t., Neuchâlel, 1909.]
[1. Sur la structure des chaînes calcaires situées au Nord-Ouest du Massif de TAar, consulter la Geologische Karte der Gebirge zwischen Lauter brunnenthal, Kanderthal und Thunersee, 1 : 50 000, aufgenommen 1902-1905 von Ed. Gerber, Ed. Helgers, A. Trösch (Beilr. zur Geol. Karte der Schweiz, Specialkarle n" 43 a ; Profiltafel, d% n** 43 b; Erläuterungen, ln-8", 38 p., l pl. coupes, Zürich, 1907). Voir en outre : Ed. Gerber, Beiträge zur Geologie der östlichen Kientaleralpen (Neue Denkschr. Schweiz. Gesellsch. Naturwiss., XL, Abh. 2, 1005, p. 21-88, pl. I-lll : carte et coupes); J. H. E. Helgen, Beitröge zur Geologie der westlichen Gehänge des Lauterbrunnenthaies, Inaug.-Diss. Bern., 1905. ln-8*', 64 p., 3 pl. coupes, 1 carte; A. Baltzer, Zwei Querprofile durch Äarmassiv und Berneroberland nach der Deckenhypothese (Ecloga^ Geol. Helv., X, 1908, p. 150-164, pl. 5-6 : coupes); A. Troesch, Beiträge zur Geologie der Westlichen Kientaleralpen. Blämlisalpgruppe (Eclogoe Geol. Helv., X, 1908, p. 63-149, pl. 4 : coupes); A. Buxtorf und E. Truninger, Ueber die Geologie der Doldenhorn'Fisistockgruppe und den Gebirgsbau am Westende des Aarmassivs (Verhandl. Naturforsch. Gesellsch. Basel, XX, 1900, p. 135-179, pl. IIMV : phot. et coupes, carte dans le texte p. 170); Ed. Helgers, Die Lohnerkette. Eine g eote klonische Skizze, ln-8", 20 p., 3 pl. coupes, Bern, 1909. Pour Tensemble de la région, consulter aussi A. Baltzer, Das Berner Oberland und Nachbargebiete. Ein geologischer Führer. In-18, xvi-347 p., 74 flg., 1 carte, Berlin, 1906.]
2. M. Lugeon, Les dislocations des Bauges, Savoie (Bull. Service Carte géol. de la Fr., XI, 1899-1900, n" 77, p. 359-474, 6 pl. dont 1 carte). Cette région possède une riche bibliographie.
(Aiguilles Roa<^es). Le Mont Joly. siloé à rextérienr de rextrémit«^ de la Chaîne de Belledonne, est« d'après les coapes de Marcel Bertrand et de Ritter (fig. 145). traversé par de nombreox synclinaux ou racine^ sortant presque verticalement des schistes cristallins et s'îndinant ensuite suivant un angle qui peut devenir presque droit*.
Termier a décrit un phénomène semblable dans le Massif da Pelvoux. Dans l'Himalaya, on a fréquemment remarqué que les couches sont plus fortement redressées dans les vallées que sur les hauteurs. Nous retiendrons pour le moment que toutes les nappes issues de ces racines, même lorsqu'elles s'étalent au loin vers l'extérieur, doivent être, d'après leur origine, regardées comme des plis (synclinaux ou anticlinaux); on les considère généralement comme des plis couchés. Nous ne pourrons donner que plus tard, et en nous appuyant sur un^ plus large ba.se de faits, un exposé plus étendu de cette question.
Les racines du Mont Joly sont encastrées dans les roches qui appartiennent au bord externe du Massif de Beaufort. Elles doivent être attribuées à la terminaison externe d'un des faisceaux obliques de synclinaux.
A l'extérieur du Mont Joly, la fig. 144 montre dans le Malm la charnière d'un des anticlinaux qui ont surgi entre les racines. Nous atteignons ainsi les Aravis et, avec la crête de ce nom, la région des Hautes-Chatnes Helvétiques.
Elles forment en partie le bord d'une cuvette de Flysch (synclinal du Reposoir), qui renferme les lambeaux exotiques de Sulens et des Annes, lesquels ne proviennent pas du Mont Joly. La bordure externe du synclinal de Flysch appartient aux Chaînes Helvétiques du Genevois, à disposition concentrique, formées de Jurassique et de Crétacé (là VII), et se dirigeant, suivant un tracé en arc de cercle, depuis le Lac d'Annecy jusqu'à l'Arve. Au delà de l'Arve se trouve le bord du grand lambeau de recouvrement du Chablais (Préalpes) ; et les Chaînes Helvétiques du Genevois se perdent, vers TArve, entre ce bord et le lambeau des Annes*. Un court anticlinal s'étend en outre au milieu du Flysch, entre Sulens et les Annes.
De cette disposition on a conclu, à juste titre, qu'au recouvrement de Sulens et des Annes avaient encore succédé des mouvements
1. M. Bertrand et Ritter, Sur la structure du mont Joly près Saint-Gervais, Haute-Savoie (G. R. Acad. Se, CXXIl, 1896, f sem., p. 289-293); Et. hiiler, La bordure sud-ouest du Mont- Blanc. Les plis couchés du Mont-Joly et de ses attaches (Bull. Service Carte géol. de la Fr., IX, 1897-1898, n" 60, p. OU et suiv.; p. 665, pi. 1). [Voir aussi la feuille d'Albertville (169 bis) de la Carte géologique détaillée de la France, par Et. Bitter, M. Bertrand, etc., 1897.]
2. Ém. Haug décrit en termes saisissants lo m(>me phénomène : Études sur la Tectonique des Hautes Chaînes calcaires de Savoie (Bull. Service Carte géol. de la Fr., Vil, 1895-1896. n" 47, p. 271 et suiv.).
notables, vraisemblablement plus récents que la séparation du Chablais et des Annes, et même en partie plus récents que la séparation des Annes et de Sulens. Ces plissements ont été gênés par les lambeaux exotiques qui pesaient sur la cuvette de Flysch du Reposoir.
Nous avons abordé parce qui précède une question des plus difficiles, non élucidée d'ailleurs par la fig. 144.
La situation du (Chablais et des Alpes Fribourgeoises correspond, à peu près, à la lacune entre Belledonne et le Mont-Blanc. Nous avons dit que Ton pouvait suivre des plis appartenant au côté méridional de Belledonne sur le côté septentrional du Mont-Blanc. Ce même alignement oblique se répète dans les Hautes- Chaînes. Lugeon indique que le Massif de Mordes s'enfonce
sous les Diablerets, ceux-ci plongent à leur tour SOUS le Wildhorn(fig.l46),
et ce dernier massif sous celui du WildstrubeP. En se dirigeant v»'rs le N.E., on atteint ainsi, comme par un escalier tectonique, des écailles de plus en plus élevées.
Ce charriage des lambeaux de recouvrement de Sulens et des localités voisines est plus récent que le Flysch oligocène auquel sont superposés ces mêmes lambeaux; mais les mouvements qui viennent d'être mentionnés dans les Hautes-Chaines sont encore plus récents; de< fragments de la série exotique des lambeaux de recouvrement sont plissés dans leurs synclinaux. En même temps, il se peut que. lors du plissement des Hautes-Chaînes, comme nous Tavons déjà indiqué, le;? massifs anciens de la zone du Mont-Blanc aient eux-mêmes subi une surélévation postérieure; et ainsi se simplifierait, dans une certaine mesure, la conception que Ton peut se faire du passage des masses charriées par-dessus cette zone si élevée.
Nous aurons, à propos des Alpes Orientales, à revenir sur ces lambeaux de recouvrement.
Olaris. — Escher pensait que la région des Alpes comprise entre la partie orientale du Massif de TAar et le Säntis était formée par deux grands plis tournés Tun vers l'autre, venant l'un du Nord, l'autre du Sud. La conception de ce double pli glaronnais constituait, pour Tépoque, une hypothèse hardie. Lorsque, plus tard, fut reconnu le mouvement général des Alpes vers le Nord, on commença à douter d'un tel plissement en sens inverse; et, dès 1884, Marcel Bertrand exprimait publiquement l'opinion qu'à Glaris il n'y avait qu'un pli unique, venant du Sud^
Les travaux classiques d'Albert Heim ontéclairci la face des choses'.
1. M. Lugeon, Les grandes nappes de recouvrement des Alpes Suisses (Congrès Géol. Internat.. C. R. IX' Sess., Vienne. 1903, p. 482). Lugeon croit reconnaître que ce n'est pas le Wildsl rubel qui a été poussé sur le Wildhorn. mais que « les nappes des Diablerets ei du Wildhorn se sont développées sous la nappe du Wildslrubel existante avant elJes (p. 484).
2. M. Bertrand. Hapports de structure des Alpes de Glaris et du Bassin houiller du Ayrrf (Bull. Soc, (.êol. de Fr.. 3' sér., XIK 1883-84, p. 318-330. pi. XI) [et Marcel Bertrand, Mémoire sur les refoulements qui ont plissé VÉcorce terrestre et sur le rôle des déplacements horiiontaaT (Mém. de TAciid. des Sciences. L. 1908. In-4*', 267 p., 1 pi., 132 fig. — Mémoire posthume, rédigé en 1890K Voir. p. 197-207. la critique de l'hypothèse du double pli de Glaris. et notamment^ p. 198, la flg. 107 : Coupe schématique des .Vlpes de Glaris dans Thypothèse d*uo pli unique (à comparer avec la flgure reproduite ci-après, chapitre xzni).] Dans le présent ouvrage également (1. 1883), on a hésité à signaler le • pli Nord - comme un exemple de plissement à rebours.
3. Voir surtout Alb. Heim. Geologie der Hochalpen zwischen Reuss und Rhein mit einem .\nhang von petrograph Ischen Beiträgen von C. Schmidt (Beitr. zur Geol. Karte der Sch^reix ;BI, XIV*. XXV, XX-3Ô3 et vi-77 p., 8 pl., 1891 >: parmi le< additions récenles, voir Alb. Heim, lUe i^rmeintliche • Geirölbeumbiegung des Mordßügels der Glamer Doppelfalte • südlich vom kUmsenpasSy eine St^lbstkorrektur (Geol, Nachlese. Nr. 18. Vierteljahrsschr. d. Naturforsch. Ge^eUsch. Zürich, LI. 1906, p, 403431, pl, III-IV). Toir, en outre, la Geologische Karleder
Pour les suivre sur une coupe menée du Sud vers le Nord, nous nous rendrons dans la vallée du Rhin antérieur, en amont dllanz K
La vallée du Rhin antérieur n'est pas la continuation de la vallée du Rhône; cette continuation passe au Sud du Saint-Gothard (par Airolo et le Scopi), tandis que notre point de départ se trouve sur le synclinal sédimentaire pincé, qui se sépare du premier alignement en amont de Brigue et se suit parla Furka, Ândermatt et Disentis. Le Massif du Saint-Gothard disparaît vers TEst. Les roches du massif de TAar sont encore visibles beaucoup plus à TEst, dans Fentaille produite par la vallée de Vättis et près de Felsberg, à 6 kilomètres seulement du Rhin. Si le Saint-Gothard n'avait pas déjà plongé dans la profondeur à partir de Truns, nous nous trouverions dans Tune des digitations de la zone du Mont-Blanc, traversées en biais par des synclinaux helvétiques.
Dès les environs de Truns, le Verrucano prend, sur le versant méridional du Massif de TAar, une extension considérable. Au-dessus d'Ilanz et à partir de la vallée du Rhin antérieur, il s'élève de plus en plus, et finit par dépasser l'altitude de 3 000 m. A s'en tenir aux grandes lignes, la pente est formée par une surface de couches s'élevant vers le Nord. Au voisinage du Todi, par exemple dans le Val Frisai, où affleurent encore les roches anté-carbonifères du Massif de TAar, on peut reconnaître que cette surface de couches du Verrucano appartient au flanc supérieur d'un synclinal ouvert vers le Nord, dans lequel est enclavée la série mésozoïque. Plus à l'Est, le bord relevé de cette surface se partage en plusieurs langues de Verrucano, dont quelquesunes s'avancent au loin vers le Nord (Vorab 3 025 m., Piz Segnes 3102 m., sommet de la Ringelspitz, détaché de la masse principale, 3 206 m., etc.); et au-dessous de ces langues de Verrucano, on peut voir, en série renversée, le Trias, le Jurassique, sur quelques points le
Glarner-Alpen, aufgenommen 1900-1908 von J. Oberholzer und Alb. Heim, 1 : 50 000, herausj^geben von der Schweiz, geolog. Kommission, 1910 (Spezialkarte n" 50). L'unité du prétendu « double pli » glaronnais a été confirmée d'une manière éclatante par les études ätratigraphiques de détail entreprises en ces dernières années, et notamment par Tanalyse do la distribution des faciès dans la série crétacée; voir, en particulier : Ch. Jacoh^ Éludes paléontologiques et s tratig raphiques sur la partie moyenne des Terrains Crétacés dans les Alpes Françaises et les régions voisines. Thèse de Doctorat (Travaux Laborat. Géol. Pac. Se. Grenoble, VIH, 1907, p. 280-590, pi. 1-Vl; surtout chap. VU-IX et carte, pi. I); Arn. Heim, Sur les zones paléontologiques et lithologiques du Crétacique moyen dans les Alpes Suisses (Bull. Soc. Géol. de France, 4" sér., IX, 1909, p. 101-128); Arn. Heim, Über die Stratigraphie der autochthonen Kreide und des Eoedns am Kistenpass, verglichen mit der Facies der helvetischen Decken (Beilr. zur Geol. Karte der Schweiz, Neue Folge, XXIV, 1910, p. 21-45).]
[1. Sur la structure de la vallée du Rhin en aval de cette localité et le recouvrement des nappes helvétiques par les schistes des Grisons, voir P. Arbenz et W. Staub, Die Wurzelregion der helvetischen Decken im Hinterrheintal und die Überschiebung der Bändnerschiefer südlich von Bonaduz (Vierteljahrsschr. Naturforsch. Gesellsch. Zürich, LV, 1910, p. 23-62; résumé par P. Arbenz, Eclogw Geol. Helv., X, 1909, p. 729-731).]
Crétacé, et enfin, jusque dans la profondeur des vallées, une grande épaisseur de Flysch tertiaire. C'est ce bord de Verrucano, dominant la série renversée, qui avait été autrefois considéré comme représentant l'aile méridionale du double pli glaronnais.
La facile désagrégation du Flysch dans les profondeurs a entrainé le démantèlement de cette nappe chevauchante, en donnant naissance à de grands escarpements; mais quelques lambeaux témoignent de l'ancienne extension de la nappe vers le Nord. Le Hausstock (3 156 m.) est l'un de ces lambeaux, éloigné de 4 kilomètres à peine du bord du Vorab et relié par des témoins analogues (Muttlestock, Kalkstöckli) à une falaise semblable, toute déchiquetée, de Verrucano, regardant vers le Sud (Kärpfstock 2798 m., Ruche 2613 m.. Graue Hörner 2 817 m.). Ce second rebord forme le commencement de l'aile Nord de l'ancien double-pli. C'est en réalité la continuation de l'aile Sud, et toutes deux, autrefois reliées l'une à l'autre, constituaient une large voûte, tendue, à une grande hauteur, au-dessus des masses de Flysch des vallées de la Linth et de la Sernf.
Les Graue Hörner, que nous venons de citer sur cette seconde falaise, dominent Vättis au Nord; en descendant jusqu'au fond du CalfeuserThal, on traverse le synclinal tout entier : on observe en effet, sous la haute couverture de Verrucano. le Jurassique, puis toute l'épaisseur du Flysch encastré dans le synclinal, et au-dessous, en succession normale, le Crétacé, le Jurassique et le Trias; l'on atteint enfin, dans la profondeur, les schistes anciens du massif de l'Aar.
Revenons à l'aile Nord du double pli, vers le Kärpfstock.
La partie la plus élevée du dôme est dépassée. La lame de Verrucano s'enfonce maintenant vers le Nord ; mais nous pouvons, sans la quitter, continuer notre chemin jusqu'au bord du Lac de Walenstadt, à 35 kilomètres de notre point de départ sur le Rhin antérieur. De plus, le Jurassique qui se trouve sous le Verrucano s'est étiré en un mince ruban de marbre blanc, au contact duquel les tètes des plis du Flysch sont déjetées vers le Nord (fig. 147). Sur ces entrefaites, tandis que l'altitude delà lame de Verrucano au-dessus de la mer a diminué de près de 2 600 m., des lambeaux concordants de la couverture normale : Trias. Lias, Jurassique, ont apparu sur son dos. Mais, vers l'Ouest, du côté