I. — Lies Alpes
La nappe austro-alpine. — Ce que nous avons dit jusqu'à présent montre combien sont importantes les lacunes qui subsistent encore aujourd'hui dans la connaissance des Alpes et montre également à quelle date très proche de nous on a commencé, en particulier dans l'Est, à poursuivre l'application des idées qui sont désormais acquises. Par suite de ces circonstances, le plus grand intérêt que puisse offrir un essai de synthèse sera de mettre en lumière les questions les plus urgentes à résoudre.
' Il ne faut jamais perdre de vue la diversité de nature et l'inégale importance des trois limites principales; on doit se rappeler notamment la signification capitale de la limite dinarique, représentant une ligne suivant laquelle un élément étranger se presse contre les Alpes, puis la signification de la ligne Rhätikon-Oberhalbstein-Piz Tremoggia. qui constitue le bord occidental de la nappe chevauchante des Alpes Orientales; enfin la zone interne du Flysch est instructive en ellemême, mais elle est moins profondément marquée dans la chaîne que les précédentes. La nappe austro-alpine se divise suivant sa longueur en deux moitiés. Le Semmering, la bande graphitique du Nord de la Styrie et les Tauern sont des éléments étrangers aux Alpes Orientales, et qui marquent la séparation de leurs deux moitiés. Il est probable que les bandes de marbre de Schneeberg et de Ratschings qui, au Sud- Ouest, partent des Tauern, et aussi le prolongement hypothétique de la seconde jusqu'à Laas et jusqu'au Sud de l'Ortler, nous apparaîtront un jour comme la suite des calcaires mésozoïques des Tauern, en
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continuant cette séparation vers le S.W.; mais la preuve n'en est pas faite jusqu'à présent.
La moitié méridionale du domaine austro-alpin est très large à TEst, où elle surgit de la plaine hongroise. Elle comprend la plus grande partie du bassin de la Mur en amont de Gratz, le massif paléozoïque de Gratz, et ce que Ton appelait autrefois les « Alpes centrales de Styrie » {Sleyrische Central- Alpen). Au Sud s'ajoute une longue bande de sédiments mésozoïques, qui accompagne la limite dinarique; cette bande est énergiquement plissée à TEst, dans les Karawanken, ainsi qu'à l'Ouest, dans les montagnes de Llenz, et elle comprend la chaîne de la Drave. Des paquets très allongés sont effondrés sous forme de fossés (Graben). Les sédiments mésozoïques transgressifs pénètrent en couches presque horizontales dans la vallée de la Gurk et ils s'avancent au loin vers le Nord par-dessus les roches anciennes des Alpes de la Mur, associés au Crétacé supérieur et à l'Éocène. Ils affectent le faciès des Alpes Calcaires Septentrionales.
Dans tout l'Ouest, ils restent séparés des Dinarides par une traînée de gneiss et de micaschistes. Cette traînée représente seule au Brenner, avec une bande encastrée de Trias, la moitié méridionale des Alpes Orientales, dans la zone étroite comprise entre Sprechenstein et le granité de Brixen. Elle entoure le front des Dinarides; et les roches anciennes peuvent être suivies à l'Ouest de la ligne giudicarienne jusque dans la région située au Nord du Col du Tonale.
La partie méridionale et occidentale de cet important élément des Alpes paraît rester passive sous l'influence de la poussée des Dinarides. Dans le groupe du Kreuzeck vient s'ajouter l'influence des Tauern. Les Alpes de la Mur présentent à un très haut degré, à la fois par leur aspect extérieur et par la manière dont elles sortent de la vaste plaine, les caractères d'une région ancienne et autochtone. C'est ici que les doutes émis au sujet de la structure en nappes se justifient le mieux, à ce qu'il semble. Peut-être arrivera-t-on un jour à y reconnaître un massif réellement étranger aux Alpes.
Dans toute cette région, depuis la Hongrie jusqu'au Brenner, il n'y a pas de glacier.
La moitié septentrionale des Alpes Orientales se distingue à de nombreux titres. Elle est formée au Sud par une bande de roches anciennes, que nous regardons comme le prolongement des Alpes de la Mur. Cette bande se rattache vers l'Ouest aux quartzophyllades anciens du Pinzgau; elle traverse le Brenner au Sud d'Innsbruck, et prend une grande largeur à l'Ouest de ce col, pour former les massifs du Stubai, de l'Oetzthal et de la Silvretta. Les mêmes roches supportent encore au Sud tout le massif mésozoïque de Braulio, avec l'Ortler.
Au Nord, dans la Styrie septentrionale, on voit reposer sur les roches anciennes une zone de Silurien, de Dévonien et de Calcaire carbonifère, qui disparaît dans le Tyrol oriental. Sur celle-ci, et immédiatement au-dessus des terrains plus anciens, à TOuest, repose la zone calcaire des Alpes Orientales. Elle chevauche vers le Nord par-dessus la zone du Flysch ou en est séparée par une dislocation plus ou moins verticale.
lia zone calcaire offre les caractères d'un lambeau flottant en quelque sorte sur sa base. Tout le long de la limite occidentale, c'est-àdire de Poschiavo au Lac de Sils et à l'Oberhalbstein, puis dans le Ahätikon et jusqu'au Falknis, les chaînes venant de l'Ouest s'enfoncent sous les Alpes Orientales. Nous avons mentionné déjà les rapports de la zone calcaire avec le Flysch. A l'Est, où la partie septentrionale des Alpes Orientales devient plus étroite, elle se prolonge dans les Carpathés; mais, sur le bord Sud, elle se montre de nouveau comme flottante, car tous les éléments étrangers qui la limitent s'enfoncent au-dessous d'elle vers le Nord-Ouest : c'est le cas au Semmering, dans la bande de graphite du Nord de la Styrie, dans la partie orientale des Tauern et pour la bande de marbre de Schneeberg. Au Nord-Ouest et à l'Ouest des Tauern, on peut observer des chevauchements des éléments étrangers vers l'W. et vers le N. dans des circonstances assez spéciales. Un grand nombre de faits tendent à prouver que le Massif de l'Ortler est un synclinal s'ouvrant vers le Nord,
L'ensemble de la nappe du Nord des Alpes Orientales, et notamment la zone calcaire septentrionale, affecte la disposition d'un pli synclinal, par suite du plongement presque constant du Flysch vers le Sud. De plus, la zone calcaire se divise en plusieurs nappes poussées les unes par-dessus les autres vers le Nord. Quelques-unes semblent dépendre dans leur allure des contours du Massif Bohémien, pour épouser ensuite la direction des plis carpathiques ; toutes se meuvent sur les schistes de Werfen et sur la formation salifère, sans empiéter sur le substratum profond du Trias. Les mouvements sont en partie antérieurs au Cénomanien, et en partie plus récents.
A la base des masses charriées apparaissent des roches intrusives, notamment dans le Salzkammergut; elles se montrent également, peut-être remaniées par ces actions mécaniques, dans le Crétacé qui recouvre en discordance les schistes de Werfen.
La partie septentrionale des Alpes Orientales diffère également par son aspect extérieur de la partie méridionale. On ne saurait comparer les immenses champs de névés du Tyrol occidental et le groupe du Pix Buin, dans la Silvretta, aux formes arrondies des montagnes verdoyantes de la Styrie centrale ; la région mésozoïque offre au Sud, dans
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rOrtler, le sommet allemand le plus élevé. C'est le long de ses escarpements tournés vers le Sud que la zone calcaire porte les plus hautes de ses cimes, comme la Scesaplana, la Zugspitz, le Dachstein, etc. —
Les nappes lépontiennes comprennent toutes les nappes qui, tectoniquement, sont inférieures à la nappe austro-alpine et supérieures à la nappe helvétique. Elles sont, en raison de cette situation, caractérisées par un métamorphisme dynamique très intense, et elles se distinguent aussi, en beaucoup d'endroits, par des injections basiques, les piètre verdi. Souvent, dans ce groupe, le Trias et le terrain jurassique sont transformés en quartzite à séricite et en marbre blanc.
Elles s'étendent au Sud jusqu'à la plaine lombarde et jusqu'à la limite dinarique; à l'Est, elles plongent sous la nappe austro-alpine; au Nord et à l'Ouest, on peut utiliser comme ligne propre à marquer leur limite la zone interne du Flysch, qui prend également de l'importance quand on considère le fragment corse des Alpes. Mais les nappes lépontiennes, pour autant qu'elles n'affleurent pas justement suivant cette même ligne, empiètent non seulement sur elle par une longue série de lambeaux de recouvrement, mais la dépassent pour s'étendre jusqu'au delà du bord externe de la nappe helvétique, située plus en avant.
Il résulte de la structure générale des Alpes que ce groupe de nappes se montre ordinairement à l'Ouest sous la forme de vastes montagnes découvertes, ou de lambeaux de recouvrement, tandis qu'à l'Est, on ne l'aperçoit plus que dans de grandes fenêtres.
a. La nappe de la Dent Blanche est une nappe lépontienne recouvrant des formations lépontiennes. Elle provient de la zone d'Ivrée, fortement injectée de roches basiques et accompagnée des deux côtés par des marbres mésozoïques, et elle en a été séparée par l'érosion. Elle s'étend depuis le Mont Emilius, au Sud d'Aoste, jusqu'au Glacier de Tourtemagne, au Nord deZermatt.
b. Les Alpes Piémontaises forment une portion si considérable des hautes régions des Alpes que Ton pourrait hésiter à les considérer comme un terme secondaire, faisant partie d'un groupe d'ordre plus élevé. liCS questions si délicates que soulève l'origine de leurs prolongements au Nord et à l'Est ont empêché que l'on n'ait recours au nom de « piémontais » pour désigner l'ensemble du groupe lépontien.
Les Alpes Piémontaises comprennent toute la région montagneuse qui s'étend depuis la plaine lombarde jusqu'au faisceau de plis sédimentaires très serrés que l'on suit sur le bord interne du Mercantour, du Pelvoux et du Mont-Blanc, jusqu'à la vallée du Rhône près de Sion, jusqu'au Val Bredetto, à Airolo et au Col du Lukmanier. Cett^
vaste région est caractérisée par la présence de grands massifs gneissiques, par un métamorphisme très accusé des sédiments et, notamment au Sud, par l'importance des injections basiques. Une longue bande arquée de terrain houiller, qui s*étend de la vallée du Rhone jusqu'à une grande distance au Sud, borde les Alpes Piémontaises vers l'Ouest et atteste l'unité du mouvement d'ensemble. Ses traces se montrent encore au voisinage de la mer, dans les Alpes Ligures, f^est à l'intérieur de la courbe correspondant à cette partie des Alpes que prend naissance le ploiement à rebours (Rûckôeugunrj) de l'Apennin \
D'accord avec la définition qui précède, on peut citer comme appartenant aux Alpes Piémontaises la bande des piètre verdi du Moni Viso, les gneiss peut-être autochtones de la bande qui s'étend entre la Doire e\ la Maira et ceux du Grand Paradis, puis la zone allongée du Grand Saint-Bernard, dans laquelle commence le ploiement à rebours; puis le Mont Rose et, avec ce massif, tous les plis de gneiss, discernables grâce aux intercalations de sédiments mésozoïques, qui s'étendent jusqu'au Simplon; ensuite, au delà du Simplon, tous les chaînons gneissiques qui plongent vers l'Est, jusqu'aux montagnes calcaires dn Splügen et aux roches vertes de l'Oberhalbstein, ainsi que la région «ituée au Sud jusqu'à la limite dinarique sur l'Adda (si toutefois un étroit liséré austro-alpin ne vient pas s'intercaler en avant de ce cours d'eau); enfin le Massif de la Disgrazia et la moitié inférieure de la vallée du Poschiavino.
c. Les lambeaux de recouvrement qui, à partir des Alpes Piémontaises, s'étendent sur les régions helvétiques, atteignent, en s'avançant vers l'extérieur au Sud et au Nord du Mercantour, une extension considérable ; la part qu'y prend le Flysch en Dauphiné permet de reconnaître que, dans cette partie des Alpes, ces lambeaux proviennent de la zone interne du Flysch. Au Nord, les plus grands lambeaux se trouvent dans le Chablais et dans les Alpes Fribourgeoises. Par une série de restes démantelés, par Giswyl, par le Stanzerhorn et les Mythen près de Schwyz, par le Berglittenstein dans la vallée du Rhin, ils atteignent au delà de ce fleuve le Falknis, où ils rejoignent les roches lépontiennes qui forment à l'Ouest, sur toute sa largeur, le substratum de la moitié septentrionale des Alpes Orientales.
Les Alpes Piémontaises changent de caractère au Nord de l'éventail
[[. Sur la structure des Alpes Piémontaises, et notamment sur la généralité des charriages vers VOuest dans toute la région comprise entre le Valais et la Méditerranée, voir la magnifique synthèse d'Emile Argand : Les nappes de recouvrement des Alpes Pennines et leurs prolongements structuraux (Matériaux pour la Carte géol. de la Suisse, nouv. série, XXXI). In-i", 26 p., 1 carte tectonique, 2 stéréogrammes. Berne, 1911 {Note ajoutée pendant Vimprty sion),]
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houiller; les roches vertes ne se montrent plus que sur quelques points et la série mésozoïque prend une certaine ressemblance avec celle des Alpes Orientales. Ce faciès est celui du Briançonnais. Il forme des faisceaux comprimés de plis et quelques-uns de ceux-ci s'intercalent obliquement entre les noyaux gneissiques, rangés en quinconce [loechselständig gereihten), de la zone du Mont-Blanc. En même temps semble se produire un rapprochement avec le faciès helvétique. Une ressemblance toute particulière des sédiments a, par exemple, attiré l'attention sur le Val Ferret, situé à TEst du Massif du Mont-Blanc, en le faisant considérer comme une région de racines. L'extension de ces terrains jusque bien au delà du Rhin et l'apparition constante de roches vertes dans la plus élevée des nappes correspondantes laissent supposer que les faibles traces, qui se sont conservées ça et là, représentent les débris d'un édifice grandiose aujourd'hui démantelé : les plis couchés et entassés les uns sur les autres qui le constituaient ont été soustraits pour toujours à nos regards.
A ce qui précède, il faut ajouter que le substratum, c'est-à-dire la région helvétique avec une partie des noyaux gneissiques de la zone du Mont-Blanc, a encore subi des mouvements postérieurs.
d. Dans les Alpes Orientales, les lambeaux de recouvrement lépontiens sont remplacés par les fenêtres lépontiennes.
Dans la haute vallée de l'Inn, on voit, sur une longeur de 54 kilomètres, des sédiments lépontiens affleurant sous les massifs gneissiques austro-alpins de la Silvretta à l'Ouest et de l'Oetzthal à l'Est. Au milieu de la fenêtre, qui est allongée vers le N.N.E., s'élève l'anticlinal de la Stammerspitz.
Avec vraisemblance, mais sans preuve décisive, on peut rattacher aux formations lépontiennes une traînée d'affleurements de marbre qui, fréquemment interrompue, se montre au Sud de l'Ortler et qui, par Laas et le Massif du Texel, gagne ensuite le Brenner, qu'elle atteint près de Ratschings. Une deuxième bande de marbre analogue venant de Gurgl, dans l'Oetzthal, atteint le Brenner non loin de la première, en passant par Schneeberg. Dans la limite des obser\'ations actuelles, on doit admettre que ces deux bandes de marbre rejoignent la bordure mésozoïque de la fenêtre des Tauern, longue de 165 kilomètres. Cette bordure est lépontienne; le Massif du Tribulaun en fait partie. Elle montre du terrain houiller d'eau douce, du Trias, (lu Lias et du Jurassique. Vers l'intérieur lui succèdent la Sc/tieferhülle et le Central-Gneiss des Tauern. Toutes ces roches ont subi une compression dynamique, et la S chief er htdle devient, au moins en partie, du Trias. Les noyaux les plus importants de gneiss sont, à leurs extrémités, intriqués (verfaltet) avec leur enveloppe schisteuse.
La bordure lépontienne des Tauern s'enfonce sous les roches environnantes appartenant à la série des Alpes Orientales, ou bien elle s« montre fortement redressée; au Nord-Ouest et à l'Ouest, elle est refoulée sur le cadre de la fenêtre.
A TEst des Tauern, au Sud de Schladming, vient une région dont la structure est encore à peine déchiffrée; puis, à travers le Nord de la Styrie, court une bande, longue de ISO kilomètres, de terrain houiller supérieur ou moyen d'eau douce, qui plonge vers le Nord sous la moitié septentrionale de la nappe austro-alpine. Cette bande aboutit au Semmering, où reparaissent, avec le terrain houiller d'eau douce, les terrains mésozoïques des Tauern. Ceux-ci sont également inclinés vers le Nord.
Il reste, dans ce territoire, beaucoup de questions à résoudre. En l'état actuel des obser\^ations, cependant, la bande de marbre de Laas et de Ratschings, les Tauern, la traînée houillère du Nord de la Styrie et le Semmering correspondent à des affleurements qui, dans les parties les mieux connues, se présentent comme un élément situé en profondeur. Leur délimitation d'avec les terrains austro-alpins n'a malheureusement pas encore été fixée, carte en mains, sur de longues étendues, et l'allure du terrain houiller d'eau douce par rapport au Trias lépontien reste à élucider.
On attribue à ces affleurements l'épithète d'exotiques, parce qu'ils occupent un espace plus réduit que la nappe austro-alpine ; leurs caractères leur donnent cependant plus de droits qua celle-ci d'être regardés comme indigènes et autochtones,
e. La lisière lépontienne, — Sur le bord septentrional de la nappe austro-alpine apparaissent, entre cette nappe et le Flysch, des éléments anormaux. Ils commencent sur l'Iller, dans la Bavière occidentale, sous forme de lambeaux de poussée (Grundschollen). A l'Est, dans la Haute et dans la Basse-Autriche, aux lambeaux de poussée s'ajoute une série stratifiée, très particulière, qui est inconnue ailleurs dans les Alpes. Ses termes les plus caractéristiques sont un Lias noir, accompagné de couches de charbon {Grestener Schichten), et un Jurassique moyen qui, au premier abord, rappelle celui de la Suisse. Dans le Jurassique supérieur se montrent en outre des schistes rouges à Radiolaires avec Aplychus. Cette série s'étend jusque dans les faubourgs de Vienne et trouve sa continuation dans les Piénines (Carpathes). —
La nappe helvétique forme la bordure externe des Alpes depuis le Var jusqu'aux Carpathes. Quoique le plongement très fréquent des couches vers l'intérieur de la chaîne et la subdivision en nappes secondaires, qui s'affirme surtout dans la Suisse Orientale, témoignent, ici
encore, de la puissance du mouvement d'ensemble, on note cependant quelques indices qui, au moins dans l'Ouest, montrent Timportance moindre des déplacements horizontaux. Le faciès se rapproche par de nombreux caractères de celui des terrains de Tavant-pays.
La partie orographiquement la plus saillante, la zone du Mont- Blanc, peut être regardée comme une série de fragments de Tavant-pays, rangés obliquement par rapport à la chaîne. Elle comprend les importants no3'aux de gneiss qui s'échelonnent depuis le Mercantour, par le Pelvoux, Belledonne, le Mont-Blanc et les Aiguilles Rouges, jusqu'aux Massifs de l'Aar et du Saint-Gothard. Elle se termine sur le Rhin ; au Sud, les petits massifs gneissiques de la Ligurie lui appartiennent peut-être.
Dans l'intervalle de ces noyaux qui se relayent, et aussi, jadis, en partie par-dessus leur emplacement, les sédiments helvétiques vont rejoindre ceux de la zone du Briançonnais. C'est aux dépens de ces sédiments, principalement calcaires, qui apparaissent sur le bord externe de la zone du Mont-Blanc, que se sont constituées, par un plissement plus tardif et par un grandiose entassement de plis, les Hautes-Chaînes des Alpes Bernoises, comme les Dents du Midi, le Wildstrubel, le Faulhorn, etc. Elles décèlent un mouvement qui est plus récent que le charriage des lambeaux de recouvrement lépontiens.
Dans la Suisse Orientale, le pli couché de Glaris ainsi que les Churfirsten et le Säntis appartiennent à la zone helvétique. L'alignement est, ici encore, oblique par rapport à la direction générale des Alpes et ne coïncide pas tout à fait avec elle; car, tandis qu'à l'Est et près du Rhin, le massif calcaire du Säntis est bordé de Flysch à la fois vers le N. et vers le S., la bande septentrionale de Flysch disparait en Bavière. Des traces de la bande du Säntis accompagnent le front Nord jusqu'au delà de Tlsar, et le Flysch situé au Sud du Säntis atteint seul le Danube près de Vienne, après avoir formé la zone autrichienne du Flysch. Cette partie est principalement constituée par du Crétacé supérieur à affinités septentrionales et par de TEocène à affinités méridionales.
Les couches de Gosau reposent en transgression sur la zone calcaire. Elles ont un cachet méridional très accusé. Leur terme le plus élevé, les marnes à Inocérames, rappelle par ses Ammonites l'un des horizons du Flysch. Le Cénomanien à Orbitolines est également commun aux deux zones ; il repose souvent transgressivement sur le Trias plissé de la zone calcaire; dans l'Est du Tyrol, le Flysch crétacé septentrional et l'Eocène méridional sont aussi transgressifs sur certaines parties de la zone calcaire. Mais les couches de Gosau typiques, de caractère méridional, n'ont encore jamais été rencontrées dans la zone du Flysch.
Remarques générales. — Gomme conclusion à ce résumé rapide sur les Alpes, nous mentionnerons quelques observations d'ordre général et sans liaison les unes avec les autres.
1. La série Silurien-Dévonien-Carbpnifère inférieur n'est représentée que dans le terme tectoniquement le plus élevé, dans les Alpes Orientales, où on l'observe à la fois dans la moitié septentrionale et dans la moitié méridionale. Elle n'est connue ni dans la région lépontienne ni dans la région helvétique; en revanche, dans celles-ci, la série fossilifère commence partout avec le terrain houiller d'eau douce (flore de Schatzlar; d'après d'autres auteurs, flore d'Ottweiler). Il en est ainsi au Semmering, dans le Nord de la Styrie et dans les Tauern, dans le grand éventail houiller qui, à l'Ouest du Grand Saint-Bernard, s'étend jusqu'aux Alpes Ligures, de même que dans la région helvétique au ïodi, etc. Toutes ces parties des Alpes rappellent donc essentiellement les Altaïdes. Mais un représentant marin du Carbonifère supérieur ou du Permien fait absolument défaut dans les Alpes. La chose est d'autant plus remarquable que, dès que l'on a dépassé la limite, on rencontre ce faciès marin très développé dans la Chaîne Carnique, le substratum autonome des Dinarides. Là, au Silurien, au Dévonien et au Carbonifère inférieur succède, dans l'Est, la discordance typique précédant la flore d'Ottweiler, qui est elle-même associée à des couches marines; mais, dans la partie occidentale des Dinarides, en Lombardie, les restes organiques commencent également avec le terrain houiller d'eau douce moyen et supérieur (Manno).
2. Les gneiss et les granités anté-permiens des Alpes affectent des formes tectoniques très diverses. Les uns, profondément érodés. semblent être, sans doute possible, des massifs autochtones (Styrie méridionale, Bacher, Alpes de la Save et Kor-Alpe); d'autres, apparaissant comme le terme le plus profond au milieu de terrains énergiquement plissés, peuvent encore être regardés comme autochtones (Doire-Maira), ou bien représentent soit des massifs autochtones, soit une carapace très profonde (Grand Paradis). D'autres ont résisté aux pressions latérales et se sont divisés en anticlinaux parallèles, dont l'existence se décèle par des digitations ( Verfallung) aux extrémités des massifs (Mont-Blanc, Massif de l'Aar, noyau du Hochalm dans les Tauern). D'autres encore sont des noyaux d'anticlinaux (gneiss d'Antigorio et du Monte Leone au Simplon). La Dent Blanche est également regardée comme un pli-nappe [Deckfalté) subhorizontal. On arrive enfin aux grandes nappes, complètement séparées de leur substratum originel par une surface de charriage, comme la Silvretta. Les exemples de cette nature acquièrent précisément une grande importance, comme nous le verrons, dans les montagnes de la Tatra et dans les
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Pyrénées Orientales. Leur hauteur considérable et la façon dont ils se présentent conduisent même parfois à se demander si les traits principaux du relief ne seraient pas, cette fois, antérieurs au charriage.
Tandis qu'en Suisse les nappes apparaissent de plus en plus comme des plis couchés très allongés, on n'a pas encore signalé jusqu'à présent, dans les Alpes Orientales, d'indice d'un tel mode de plissement ou d'exemples de nappes plongeantes.
3. Le Massif Bohémien et l'avant-pays anté-permien disparaissent en vue des Alpes. On ne peut s'expliquer ce fait autrement qu'en admettant que leur prolongement se trouve au-dessous des Alpes. En faveur de cette hypothèse parlent la présence du gneiss de Stockerau, au voisinage immédiat de la limite externe du Flysch, la nature de beaucoup de lambeaux de poussée lépontiens affleurant sur le bord Sud de la zone orientale du Flysch, et aussi, la constitution de la zone du Mont-Blanc. Sur le bord méridional des Alpes, du coté des Dinarides, on se trouve en face de la même question, et la seule réponse possible est la suivante : la continuation des Alpes se trouve sous la Chaîne Carnique et sous les Dinarides. Le substratum carnique semble cependant disparaître très vite, au-dessous des Dinarides, vers l'Ouest et le Sud-Ouest; il est absent dans la fenêtre de Recoaro (III, p. 466), et aussi autour du massif gneissique anté-permien de la Cima d'Asta; mais en aucun de ces points ne se montrent de traces alpines sous les Dinarides.
Vers le front des Dinarides, sur la route du Brenner, la direction des chaînes alpines épouse, il est vrai, le contour de ce front et du granité intercalaire de Brixen, comme si elles avaient été violemment poussées en avant; mais cette influence tectonique ne doit guère se manifester au delà de Sprechenstein. Nous avons dit que la ceinture tonalitique montre que les Dinarides n'ont jamais dû s'étendre très loin vers le Nord au delà de leur limite actuelle, et toutes les autres circonstances viennent à l'appui de cette opinion; mais il ne s'ensuit pas qu'en profondeur le recouvrement ne soit encore réalisé sur de grandes étendues.
Prolongement des Alpes vers le Nord-Est et vers l'Est (I, p. 244-278).
Les Alpes Calcaires disparaissent le long de la ligne thermale de Baden. Les zones internes des Alpes, et avec elles, suivant toute apparence, la zone calcaire lépontienne du Semmering, se prolongent ainsi que le Flysch vers le N.E., mais se perdent déjà dans le Rosalien- Gebirge. A ce massif ne fait plus suite une zone cristalline continue, mais bien une traînée de noyaux épars. A la zone du Flysch, s'éten-
dant uniformément, au Nord des Carpathes, sur un avant-pays de constitution variée, s'oppose, au Sud, un contour des plus capricieux, dont les irrégularités seraient encore plus frappantes si des épanchements de trachyte et des accumulations de cendres ne venaient établir une certaine cohésion toute superficielle. Il en est ainsi, en particulier, dans la région des sources de la Tisza, qui pénètre si profondément dans les Carpathes, à partir du Sud, que cette chaîne n'est presque plus représentée que par la zone du Flysch .
Immédiatement à l'Ouest de ce point de partage se trouve l'extrémité orientale des Monis de la Haute-Hongrie, qui s'étendent de l'W. à TE. sur une longueur de 140 kilomètres, entre les rivières Gran et Hernad. Les villes de Neusohl et de Kaschau en marquent les points terminaux. Ces montagnes constituent le seul fragment des Carpathes Occidentales qui, par son extension, soit comparable dans une certaine mesure à une portion de zone cristalline interne. En ce qui concerne leur structure, on ne peut guère se reporter qu'à des observations anciennes, principalement à celles de Stur; Uhlig a résumé ce que l'on sait à leur sujet. Nous nous contenterons d'indiquer qu'une bande paléozoïque, dans laquelle le Carbonifère est représenté, limite, suivant une direction N.E., la partie des roches cristallines située à l'Est de Dobschau, que tout le bord Nord est accompagné de Trias et de Jurassique H faciès alpin, que ces terrains pénètrent profondément dans la région des roches anciennes avec une disposition horizontale très frappante (plateau de Murany), et qu'ils se rencontrent également au Sud (Monts Bükk) avec la même allure tranquille *.
Au Nord et à l'Ouest des Monts de la Haute-Hongrie s'élèvent des noyaux isolés de gneiss et de granité, qui se montrent pour la plupart allongés dans le sens de la direction des plis et qui sont accompagnés de Trias et de Jurassique et entourés de couches tertiaires. Les Monts de la Leilha et les Petites Carpathes ' sont les premiers. D'autres massifs leur font suite : Inovec (sur la rive gauche de la Waag), Tribec (sur la rive gauche de la Neutra), Sucha et Mala Magura, Zjar' (constituant le seuil entre la Neutra et le Dunajec), etc. Le plus important de ces massifs isolés est la Haute-Talra, au Nord des Monts de la Haute-
1. V. Uhlig, Baa und Bild der Karpaten, In-8», Wien-Leipzig, 1003, p. C90-708.
[2. Voir U. Beck und H. Vetters, Zur Geologie der Kleinen Karpaten. Eine stratigraphlschtektonische Studie (Beitr. zur Paläont. u. Geol. Oesterreich-Ungarns, XVI, 1004, p. 1-iOG, 2 pl. coupes, 1 carte geol. à 1 : 75 000); P. S. Ricliarz, Der südliche Teil der Kleinen Karpathen und die Hainburger Berge. Eine petrographisch-geologi sehe Untersuchung (Jahrb. k. k. GcoI. Reichsanst., LVIll, 1908, p. 1-48, carte dans le t.); le même, Ueber die Geologie der Kleinen Karpathen, der Leithagebirges und des Wechsels (Mitleil. Geol. Gesellsch. Wien, I, 1008. p. 26-34).]
[3. H. Vellers, Beiträge zur Geologie des Zjargebirges (Denkschr. k. Akad. Wiss. Wien, Malhcm.-nalurw. Kl., LXXXV, 1910, p. 1-60, 2 cartes, 6 pl., carte tectonique p. 59).J
ALTAIDES POSTHUMES.
Hongrie. Il est allongé de TW. à TE., sur une longueur de 50 kilomètres et 15 kilomètres de largeur environ, et quelques-uns de ses sommets dépassent 2 600 mètres. C'est la partie la plus élevée des Carpathes.
La voie suivie par les conceptions tectoniques, au sujet de la Tatra, rappelle celle qui a conduit à Tintelligence du pli glaronnais : le succès, dans un cas comme dans Tautre, est dû à l'emploi de la méthode comparative. Tout d*abord, les faits ont été constatés et décrits avec tout le soin possible. C'est précisément la minutie de cette analyse qui a permis à un savant étranger à la région d'introduire des idées nouvelles
Chamiire Frontale
Fenêtre
Lambeaux de recouvrement
Bord radical
Charniers radicale
; Lames de
Di3ilations charriage
Pli plongeant
Surface CKarnifre
de charriage radicale
Pio. 181. — Terminologie des nappes de recouvrement, d'après M. Lugeon (BalL Soc, Vaudoise des Se. Nat., i" sér.^ XXXIX, n« 146, 1003, p. 27, flg. 1).
(fig. 181) et de donner une interprétation différente des coupes. Puis le premier observateur, converti à ces vues nouvelles, leur a apporté toute l'autorité de sa connaissance approfondie des lieux.
La monographie d'Uhlig, correspondant à la première phase de cette évolution, représente la Haute-Tatra comme un socle massif de gneiss et de granité ancien, supportant sur son versant Nord, dans ses parties, élevées, une succession de couches à caractère alpin, avec beaucoup de lacunes et quelques indices sublittoraux : c'est la série haut-tatrique, qui est plissée vers le Nord. A celle-ci succède, dans les parties plus basses du versant septentrional, une deuxième série alpine, beaucoup plus complète, la série sub-tatinqiie. Ses plis plongent très fortement vers le Nord.
Le même contraste entre la série haut-tatrique incomplète et la série sub-tatrique plus complète a été rencontré par Uhlig dans d'autresmassifs montagneux isolés. La conclusion s'ensuivait que chacun de ces massifs devait être une ancienne île, que la série haut-tatrique correspondait à sa couverture naturelle tandis que la série sub-tatrique représentait une formation de mer plus profonde, et enfin que les plis.
sub-tatriques, plongeant vers le Nord sur le versant septentrional de la Tatra, devaient avoir été poussés du N. au S. contre ce massif cristallin V
Le travail de cette première phase était si complet que, dans la I seconde, M. Lugeon, sans être jamais allé dans les Carpathes, pouvait, en s'appuyant sur l'expérience acquise dans les Alpes Occidentale:», émettre l'hypothèse hardie que les plis sub-tatriques plongeant vers le N. sur le versant Nord de la Tatra, n'étaient pas le résultat d'une poussée venant du N., mais qu'ils avaient été charriés du S. au N., comme une nappe autonome, par-dessus le Massif de la Tatra. Les îles devenant des fenêtres, un mouvement d'ensemble vers le Nord régne- j rait dans toute la région ^ I
Limanowski s'est rangé à cette manière de voir, en y ajoutant toutefois qu'une nappe de Flysch serait également venue du Sud par-dessus | la Tatra, avec les klippes situés plus en avant au Nord ; elle provien- i drait de la région dinarique\
La troisième phase enfin comporte les travaux postérieurs d'Uhli*:. qui s'étendent à la plus grande partie des Carpathes. L'hypothèse de Lugeon sur le charriage de la nappe sub-tatrique y est acceptée; l'auteur repousse l'intervention d'une influence dinarique pour cette région; mais, en s'appuyant sur les études de Löczy et d'Arthaber, il reconnaît l'existence de traces du faciès dinarique dans une région plus méridionale, la chaîne médiane de la Hongrie. La nature du massif gneissique et granitique de la Tatra était restée douteuse pour Lugeon ; Uhlig considère ce massif lui-même comme flottant*.
1 . V. Uhlip, Die Geologie der Tatragebirges:!, Einleitung und stratig raphischer Theil (Denkschr. k. Akad. Wiss. Wien, Mathem.-naturwiss. GL, LXIV, 18Ö7, p. Ö4;W84, 17 flg.); II. Tektonik des Tatragebirges (Ibid., LXVIll, 1900, p. 1-88, 26 flg., 1 carte géol., 7 pl. coupes. 1 carte tectonique et 2 panoramas phot.) ; pour la région occidentale, V. Uhlig. Beiträge rur Geologie des Fatrakrivfin-Gebirgcs (Ibid., LXXII, 1902, p. 519-561, 9 flg., 1 carte géol., 3 pl. coupcsi. [Voir aussi Exkursionen in die Pieninische Klippenzone und in dos Tatragebirge. Unter Führung von V. Uhlig. In-S", 76 p., nombr. flg. (IX. Internationaler Geologen-Kongrcss, 1903. Führer für die Geologischen Exkursionen in Oesterreich. Nr. III c); V. Uhlig, Geologisches aus dem Tatragebirge (Mitteil. Geol. Gesellsch. Wien, I, 1908, p. 343-364).]
2. M. Lugeon, Analogie entre les Carpathes et les Alpes (G. lt. .icad. Sc, CXXXV, 1902, 2* sein., p. 872-874); du même. Les nappes de recouvrement de la Tatra et Vorigine des Klippes des Carpathes (Bull. Soc. Vaudoise Sc. Nat., XXXIX, 1903, p. 17-63; réimpr. Bull. Uborat. Géol. Univ. de Lausanne, n" 4, 1903, 51 p.).
3. M. Limanowski, Sur la découverte d'un lambeau de recouvrement subtatrique dans la région hauttalriquc de Gladkie, monts Tatra (Bull. Internat. Acad. Se. Gracovie. 1904, p. 197-199: impr. également en polonais); le même, Coup d*œil sur la structure des Carpathes [en polonais] (Kosmos, Lemborg, XXX, 1905, p. 233-340); le même. Sur la genèse des Klippes des Carpathes (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4" sér., VI, 1906, p. 151-164).
4. V. Uhlig, Über die Tektonik der Karpathen (Silzungsber. k. Akad. Wiss. Wien, Mathem.naturwiss. Kl., GXVI, Abt. I, 1907, p. 871-982, 1 pl. coupes, 1 carte); pour les traces dinariques des montagnes du Centre de la Hongrie, voir G. von Arthabor, Die alpine Trias der Mediterran-Gi'bietes (Fr. Frech, Lethœa geognostica. II. Teil, Mesozoicum^ Band 1). ln-8*, Stuttgart, 1906, p. 432-434.
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Nous prendrons pour base ces derniers résultats, et nous allons essayer de jeter un coup d'œil d'ensemble sur le sol carpathique, en partant du côté Sud de la Tatra et en étendant peu à peu notre horizon.
La Basse-Tatra, chaîne de hauteurs de direction E.-W. que Ton considère comme une partie occidentale des Monts de la Haute-Hongrie, est accompagnée sur son versant Nord par la série sub-tatrique, suivie elle-même par du Flysch sub-tatrique. A ce Flysch revient la large plaine, remblayée sur de vastes étendues par des formations glaciaires, qui règne jusqu'au pied méridional de la Haute-Tatra.
Des roches cristallines constituent le versant Sud et tous les sommets de la Haute-Tatra. Elles sont recouvertes sur le côté Nord, à des hauteurs considérables, par la série hau t-ta trique. Toutes ces formations sont plissées ensemble vers le Nord. Des marnes du Crétacé supérieur sont englobées dans leurs plissements.
La nappe sub-tatrique, qui vient du Sud, a en effet passé par-dessus ces roches; actuellement, elle constitue, en plongeant vers le N., les parties les plus déprimées du versant septentrional. Des circonstances tout à fait analogues se reproduisent pour d'autres des noyaux montagneux épars, de telle sorte que la série sub-tatrique forme une nappe qui s'étend au loin sur les parties internes des Carpathes Occidentales, tout en étant souvent interrompue et déchirée par l'apparition fréquente de la nappe haut-tatrique, plus profonde tectoniquement, mais d'ordinaire plus élevée au point de vue orographique. C'est pourquoi Uhlig compare la nappe haut-tatrique à la nappe des Tauem, dans les Alpes, et la nappe sub-tatrique à la nappe austro-alpine.
Au Nord de la Tatra, on atteint, par l'intermédiaire de dépôts éocènes formant une bande de largeur médiocre, la zone si singulière des Klippes ou zone des Piénines. Au point de vue du paysage, elle apparaît sur de longues distances comme un chaîne de récifs émergeant d'une région verdoyante de Flysch et de Crétacé. Elle entoure les Carpathes Occidentales, à partir de la Moravie, en décrivant un arc de grand rayon; puis, elle sort de dessous les trachytes au Nord de la Tisza et s'étend au loin dans les Carpathes Orientales. Sa longueur mesure au moins 560 kilomètres. Cette zone se prolonge probablement, au Sud-Ouest, jusque dans la ville même de Vienne et jusqu'aux Alpes*.
La série des couches qui y sont représentées va des dolomies du Trias au Néocomien, et comprend des termes extrêmement variés; mais,
1. Oa trouvera une bibliographie très riche dans V. Uhlig, Ergebnisse geologischer Aufnahmen in den westgalizischen Karpathen, IL Theil. Der pieninische Klippenzug (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XL, 1800, p. 559-824, pl. V-X; voir p. 561-585); pour la nouvelle interprélation, voir surtout son mémoire Über die Tektonik der Karpathen^ p. 013.
au lieu de superpositions régulières, on ne peut voir dans toute cette étendue médiane que des écailles discontinues, qui ont de 10 kilomètres
Fio.
182. — Klippes alignées de Falstin et de Czorstyn (Hongrie et Galicie), d'après V. Uhlig {Bau und Bild der Karpaten. Wien-Leipzig, 1903, p. 776, flg. 67).
1. Schistesà Amm. Opalinuê ot k Posidonomycs; 2. Calcaires àsilex;3. Calcaires à Crinoïdes Dojsrjrf^r : 4. Calcaire de Czorstyn ot Tithoniquo; 5. Grès éocènes. Le Flysch crétacé et teriiairo est en blanc. — Échelle do 1 : 37 ôOO.
OU davantage à quelques mètres de longueur seulement; ces tronçons sont généralement allongés dans le sens de la direction des plis (fig. 182).
ou encore disposés en groupes (flg. 183); et deux faciès différents du Jurassique paraissent y être représentés côte à côte. L'un, très fossilifère, comporte des niveaux nombreux; Tautre consiste en schistes à Pqsi donomya alpina et en calcaires à silex, à Radiolaires et à Aptychus, dont les fossiles sont parfois tithoniques et sur d'autres points néocomiens.
Ces lambeaux sont emballés dans des marnes sableuses supracréta cées, sur lesquelles s'est effectué le mouvement. Celui-ci doit avoir été très énergique et très gêné rai : l'Europe offre peu de paysages aussi surprenants que cette chaîne de rochers abrupts, s'étendant à droite et à gauche bien au delà des limites
Fio. 183. — Klippes en amas de Jarembina (Comitat de Szepes, Hongrie), d*après V. Uhlig {Bau und Bild der Karpaten. Wien-Leipzig, 1903, p. 777, flg. 68).
1. Calcaires à Crinoïdes (Dosrgor); '2. Calcaire de Czorstyn et Tithonique; 3. Calcaires à silex; 4. Grès et conglomérats do la m KlipponhiUle ». Le Flysch crétacé et tertiaire est en blanc. — Échelle de 1 : 30 000 /
ALTAIDES POSTHUMES.
de rhorizon, et qui, comme une haie gigantesque, s'oppose aux pas du voyageur s approchant de la Haute-Tatra en venant du Nord (fig. 184).
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Le plongement général des couches, dans les Klippes, est dirigé vers le Sud, c'est-à-dire vers la haute chaîne. Lugeon les considère comme une « région frontale de nappes à arrêt forcé » {aufbrandende
Stirnregion, suivant l'expression d'Uhlig), et il laisse ouverte la question de savoir si elles se relient aux nappes tatriques ou bien si elles représentent les têtes d'une ou de plusieurs nappes autonomes. Uhiig adopte cette dernière hypothèse. En conséquence, dans la coupe transversale que donne ce dernier géologue, la nappe piénine (Jurassique et Néocomien fossilifères) et la nappe subpiénine (nappe des calcaires à silex) sortent de dessous la Haute-Tatra, et celle-ci devient elle-même un lambeau de recouvrement.
Dans toute la région des Alpes, les couches noires de Gresten, avec leurs Brachiopodes spéciaux, ne se rencontrent que le long de l'étroit liséré situé entre la zone calcaire et le Flysch. Dans les Garpathes, on en trouve les traces à différents niveaux tectoniques. Elles ne sont accompagnées de roches jurassiques à Radiolaires que dans la zone des Piénines; et cette circonstance, de même que l'identité de la situation, justifient la liaison qu'admet Uhlig entre les klippes des Garpathes et les affleurements de Sankt-Veit, à Vienne.
De même que dans les Alpes Orientales, la large zone du Flysch se montre ici également à l'extérieur des Piénines. Les travaux de la Geologische Heichsanstall, ainsi que ceux des géologues de Galicie, ont fourni une somme considérable d'observations. Mais la grande étendue du pays, la présence d'épaisses forêts, la rareté des fossiles et la monotonie des sédiments ont longtemps fait obstacle aux recherches dans cette région; ce n'est qu'après de longs efforts et de fréquentes variations d'opinion que l'on a pu arriver à une vue d'ensemble. Nous serons, ici encore, guidés par Uhlig*.
Il y a lieu de distinguer deux zones, formées de sédiments en partie de même âge mais dont le faciès est différent, plongeant toutes deux vers le Sud. La plus interne est la zone beskidique d'Uhlig; les grès de la Magura en constituent l'élément le plus important. En allant vers le Nord, on traverse d'abord des couches tertiaires; sous celles-ci viennent des couches supracrétacées, puis des couches infracrotacées, et ces dernières reposent à leur tour sur les couches tertiaires de la zone externe. Le Grétacé inférieur n'affleure sur une certaine étendue que dans le Nord-Ouest, et surtout en Silésie. Il est traversé de ûlonscouches de teschenite, qui, toutefois, sont antérieurs au transport et qui n'apparaissent pas suivant la surface de charriage elle-même. Avec le Grétacé inférieur se montrent de gros blocs de son substratum jurassique; tels sont ceux qui forment le groupe des rochers de Stramberg. Ge Jurassique diffère du Jurassique de la Tatra et des Piénines; plus
1. V. Uhlig, Über die Tektonik der Karpaihen, p. 877 et suiv. [et Neuere geologische ArbeiUn über die galizischen Karpathen^ besprochen von V. Uhlig (Mitleil. Geol. Geslisch. Wien, II, 1909, p. 533-539).]
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d'un Irait frappant y rappelle l*avant-pays. Il y a lieu de rattacher à ces gisements certains affleurements de terrain carbonifère sans racines et certains blocs de granité et de gneiss; au nombre de ces lambeaux ligure le gigantesque paquet de terrain houiller de Hustopetsch, dont il a souvent été question ^
Le bord Nord de ce Crétacé inférieur coïncide avec le bord Nord de la zone beskidique. En même temps qu'il repose sur le Tertiaire de la zone externe, ce terrain se résout, sous l'influence de l'érosion, en lambeaux de recouvrement; et tout près du bord, des sondages ont atteint à travers la zone externe le terrain houiller productif* (1, p 243). Cette zone beskidique va rejoindre en Moravie, par ses avant-monts, les chaînons extrêmes de la zone du Flysch de la Basse-Autriche, et elle peut être regardée comme le prolongement direct des Alpes helvétiques, s'étendant jusqu'en Roumanie.
A l'extérieur de la zone beskidique se trouve la Z07ie sub-beskidique d'Uhlig. On rencontre également dans celle-ci du Crétacé supérieur et de l'Eocène, mais l'horizon le plus caractéristique est fourni par les schistes à ménilite. A côté de nombreux blocs tithoniques apparaissent au jour les lambeaux de poussée déjà mentionnés, et d'autres restes de l'avant-pays varisque, russe et cimmérien. Les nombreux sondages entrepris pour la recherche du pétrole, qui atteignent jusqu'à 900 ou 1000 mètres, donnent une idée nette de l'allure des couches; et l'on trouverait difficilement, en Europe, un exemple plus clair d'un bord externe aussi peu troublé par l'avant-pays que celui qu'ont fait connaître les travaux de Grzybowski et Miaczinski dans la région à ozokérite de Boryslaw*. Une masse de Crétacé supérieur plongeant au S. est poussée, suivant une surface de charriage inclinée jusqu'à 45* vers le Sud, sur un paquet de couches d'âge tertiaire moyen (ou peut-être éocène), qui est lui-même plissé et qui plonge fortement vers le S., en s'élevant par une deuxième surface de contact anormal moins inclinée sur les épaisses couches oligocènes de Dobrotow^ (grès et schistes) et sur l'argile salifère miocène qui les surmonte.
I.D. Stur, Die Tiefbohrung bei Bntzdorf nördlich bei BieliU-Biala (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XL], 1801, p. 1-10). [Voir aussi V. Uhlig, Die karpatfùsehe Sandsteinzone und ihr Verhältnis zum sudetisehen Karbongebiet (Mitteil. Geol. Gesellsch. Wien, I, 1908, p. 30-70, pl. 1 : coupes).]
2. J'ai examiaé Tun de ces points à Paskau, au Sud de Mährisch-Ostrau. 11 y a là une croupe, assez imposante, légèrement boisée, de Crétacé inférieur; c'est & peine à quelques centaines de pas de ses pentes, recouvertes d*éboulis de teschénite, que se trouve le sondage. D'après Petrascheck, le terrain houiller productif a été atteint après 400 mètres de couches (tertiaires); W. Petrascheck, Die Überlagerung im mährisch-schlesisch-westgalizischen Steinkohlenrevier (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1006, p. 362-363).
3. Atlas géologique de la Galicie, publié par la Commission Physiographique de PAcadémie de Cracovie. Texte de la feuille de Drohobycz, par W. Szajnocha, J. Grzybowski et P. Miaczynski, 1906; voir surtout les coupes de Grzybowski et Miaczynski sur la feuille 6.
11 y a donc là trois écailles, d'autant plus déprimées et formées de couches d'autant plus récentes qu'elles sont situées plus au Nord. En outre, par suite de la convergence des surfaces de glissement, Tec-aille moyenne doit prendre fin en profondeur, vers le Sud, sous la forme d'un coin; et toute la pression qui s'est fait sentir sur l'écaillé la plus avancée, au Nord, a déterminé dans celle-ci la naissance d'un large anticlinal, affectant les argiles salifères et les couches de Dobrotow. Ces dernières n'ont pas été traversées complètement par un forage pousst» jusqu'à 1000 mètres. Elles s'enfoncent sous les masses plus élevées sans que l'anticlinal qu'elles dessinent soit suivi par un synclinal (voir 1«* chapitre XXIII).
Ces constatations rappellent tout à fait celles que l'on peut faire au sujet de l'anticlinal de la Mollasse suisse. Celui-ci résulte également d'une poussée latérale d'ensemble, venant des montagnes : d'après les observations d'Arnold Heim, qui ne confirment pas les conceptions plus anciennes, l'anticlinal, ici encore, fait immédiatement suite aux plis des terrains antérieurs, sans aucun synclinal intermédiaire; le flanc Sud de l'anticlinal plonge tout net, dans la mesure où les faits peuvent être observés, sous les premières chaînes alpines ^
Uhlig admet que, dans les Carpathes, les mouvements doivent s'être produits obliquement de bas en haut; il signale des nappes laminées, note la décomposition des surfaces de glissement qui remontent suivant une faible pente, et insiste sur l'absence de racines. Toutes ces données sont d'accord avec les résultats des sondages de Boryslaw.
Les Carpathes ont une structure en nappes, comme les Alpes ; mais de même que dans les Alpes, et surtout dans les Tauern, de nombreux motifs portent à penser qu'il s'est produit une surélévation subséquente de quelques massifs, comme la Tatra, le Fatra-Krivan, etc.
La nappe helvétique est la continuation de celle qui vient des Alpes (fig. 183); le Crétacé moyen et le Crétacé supérieur témoignent de la même influence septentrionale; celle-ci atteint encore la Tatra; on ne voit apparaître les formations typiques de Gosau que plus au Sud.
1. Arn. Heim, Die Brandung der Alpen am Nagelfluhgebirge (Vierleljahrsschr. Naturforsch. Oesellsch. Zürich, LI, 1906, p. 441-461, pl. VII, VIII : carte et coupes).