III. — Pyrénées
L'exploration de cette puissante chaîne de montagnes a réalisé de grands progrès dans ces dernières années. Une bibliographie donnée par Carez , en 1903, énumère plus de 2 000 articles intéressant la Géologie. On peut distinguer trois phases dans ces progrès. La première correspond aux travaux de l'Archiac et deLeymerie'; la seconde est marquée par la publication de la carte de Carez, en 1892*, et par l'esquisse de la structure de toute la chaîne, publiée presque en même temps par Emm. de Margerie et Fr. Schrader*^. Dans la troisième
i. Ch. DepércU Bull. Service Carie géol. de la Fr., XVl, 1004-1905, n" 110, p. 402 : fenôtre de V ingrau, au Nord-Ouest de Rivesailes.
2. Par exemple, Emm. de Margerie, Notes citées; A. Bresson, Bull. Service Corte gèol, de la Fr., IX, 1807-1898, n» 59. p. 349-352, etc.
3. Voir le mémoire, déjà cité, de D'Archiac sur Les Corbières: A. Leymerie, Descnpli<m géologique et paléonlologiquc des Pyrénées de la Haute-Garonne, In-8", XYii-1010 p., allas de 51 pi., carte géol. & 1 : 200 000, Toulouse, 1878-1881; et d'autres publications.
4. L. Carez et G. Vasseur, Carie géologique de la France, 1 : 500000. Feuilles X. S.E.; XI, S.O.; XI, 8.E.: XIII, N.E.; XIV, N.O.; XIV, N.E.
5. Emm. de Margerie et Fr. Sclirader, Aperçu de la structure géologique des Pyrénées
période, nous pouvons provisoirement citer la monographie de Garez, dont la publication a commencé en 1903*, Tétude de Bresson sur les terrains primaires des Hautes-Pyrénées (1903) S et les travaux de Léon Bertrand dans TEst. La réunion de la Société Géologique de France dans les Pyrénées Occidentales, en 1906, a été féconde en résultats pour quelques questions fondamentales'. Les mémoires de Mallada et d'observateurs tels que Stuart-Menteath, Roussel, Garalp, Sennes, Mengel, Adan de Yarza, etc., sans oublier ceux de Lacroix, ont complété nos connaissances dans plusieurs directions.
Le substratum des Pyrénées est formé par une série de couches qui débute par des gneiss et qui, depuis le Silurien inférieur jusqu'au Garbonifère, est caractérisée par des fossiles. Bresson a montré que la succession des niveaux est la même pour cette série paléozoïque que dans le Massif de Mouthoumet, dans la Montagne Noire et dans les montagnes catalanes. A ce point de vue, il n y a pas de différence avec Tavant-pays. Gette série ancienne est traversée de
(Annuaire du Club Alpin Fr., XVIll, 1891, p. 557-019, carte géol., carte schématique, 1 pi. de panoramas, 1892).
1. L. Garez, La Géologie des Pyrénées françaises (Mém. pour servir à Texplic. de la Carte géol. détaillée de laFr.). In-4% Paris, 1903-1909. [La publication de ce monumental ouvrage, qui ne comprend pas moins de 3900 pages de texte et de 39 planches (photographies, coupes générales, cartes géologiques partielles, cartes tectoniques), a eu lieu en six volumes ou « fascicules », consacrés chacun au commentaire d'une ou plusieurs feuilles de la Carte géologique détaillée. En voici la nomenclature : I. Index bibliographique. Feuilles de Rayonne, Sainl'Jean-Pied'de-Portj Orthez, Mauléon, Urdos, 1903; II. Feuilles de Tarbes et de Luz, 1904; m. Feuilles de Bagnères-de-Luchon et Saint-Gaudens. Avec la collaboration de L. Bertrand pour les coupes générales et la structure des régions de terrains primaires, 1905; lY. Feuilles de VHospitalet, Foix et Pamiers, 1906; V. Feuilles de Prades, Qaillan et Careassonne. Avec la collaboralion de M. Bresëon pour la région primaire des Gorbières et de M. Mengel pour les coupes générales de la feuille de Prades, 1008; VI. Feuilles de Céret, Perpignan et Narbonne, Structure générale. Supplément. Avec la collaboration de M. Bresson pour les coupes générales de la feuille d'Urdos, 1909. — Quant à la Carte géologique détaillée elle-même, sur les 18 feuilles qui se rapportent à la région pyrénéenne, 13 ont été publiées de 1900 à 1010 : elles portent les n*" 220 (Bayonne); 238 (S'-Jean-Pied-da-Port), 239 {Mauléon), 240 (Tarbes), 241 (S'-Gaudens), 242 (Pamiers), 243 (Careassonne)^ 244 et 245 (Narbonne et Marseillan), 250 (Urdos), 251 (Luz), 252 (Bagnères-de-Luchon), 254 (Quillan), 255 (Perpignan), et ont pour auteurs L. Bertrand, A. Bresson, L. Garez, Ch. Depéret, Doncieux, E. Fournier, L. Lacroix, G. Loutrel, J. Sennes, P. Termier, G. Vasseur. H ne reste plus à paraître que les feuilles 227 (Orthez), au N. W., 253 (Foix), au cenlre, et 256 (VHospitalel), 257 (Prades), 258 (Céret), longeant la frontière d'Espagne, au S.E. Un premier essai de coordination d'ensemble a été présenté en 1910, à propos de l'Exposition Universelle Internationale de Bruxelles, par L. Bertrand : Notice sommaire sur le panneau des Pyrénées françaises, du Sud de VÀquitaine et de la Montagne-Noire (Ministère des Travaux Publics. Carte géologique de la France et Topographies Souterraines. In-8°, Paris, Impr. Nationale, 1910, p. 7-100; résumé, par P. Lemoine, dans La Géographie, XXIII, 1911, p. 133-136, 2 flg.); voir aussi L. Garez, Bésumé de la Géologie des Pyrénées (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4« sér., X, 1910, p. 425-427, 480, 670-681).]
2. A. Bresson, Études sur les formations anciennes des Hautes et Basses-Pyrénées (Haute- Chaîne). (Bull. Service Carte géol. de la Fr., XIV. 1902-1903, n« 93, p. 45-322, pi. I-VII : coupes et cartes).
3. Réunion extraordinaire de la Société Géologique de France dans les Pyrénées Ocridentales (Luz, Gavarnie, les Eaux-Chaudes). (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4" sér., VI, 1900, p. 777-852).
batholithes granitiques qui sont d'âge anté-permien, et qui manquent dans le Massif de Mouthoumet. Les recherches de Lacroix sur ces batholithes offrent un grand intérêt, en ce qui concerne la mise en place du granité par digestion des roches encaissantes*.
Les Altaïdes jouent un rôle très important dans la structure des Pyrénées, où elles sont désignées sous le nom de « série primaire ». A Tintérieur du Massif de Mouthoumet, des plis de direction S.W. se rencontrent avec d'autres plis orientés à peu près E.-W. *. Au milieu des Pyrénées, on trouve des régions où le Permien rouge et le Crétacé supérieur de teinte claire reposent en transgression sur ces plis anciens; c'est la même succession qu'en Bohême et dans certaines parties du Haut-Atlas. A l'extérieur de ces parties anciennes se trouvent, au Nord et au Sud, des plis plus récents. La série secondaire n'offre aucun caractère pélagique jusqu'au Crétacé. Le seul symptôme de cette nature est fourni par la découverte, due à Caralp, de fossiles permiens marins dans une des avant-chaînes du Nord'. Le Trias est représenté par du gypse, des marnes salifères et des cargneules.
Le Nord. — Les plis provençaux passent derrière le Massif de Mouthoumet. En même temps qu'ils réapparaissent à l'Ouest, après s'être coudés à angle droit, pour former la partie septentrionale des Pyrénées, on voit se manifester la poussée énergique, venant du Sud, à laquelle ils ont été soumis. Le Massif de Mouthoumet acquiert ainsi une situation analogue à celle du Massif d'Oufa, en avant de l'Oural, et à celle du Massif des Adirondacks, en avant des Appalaches. La bordure septentrionale des Pyrénées est soumise vers l'Ouest à une virgation forcée qui
1. A. Lacroix, Le granité des Pyrénées et ses phénomènes de contact^ I (Bull. Service Carte géol. de la Fr., X, 1898-1899, n« 64, p. 241-308, pi. Mil); II (Ibid., XI, 1899-1900, n* 71, p. 50-1 à 50-LXVin, 3 pi.).
2. L. Bertrand, Sur Vallure des plis anciens dans les Pyrénées centrales et orientales (G. R. Acad. Se, GXLlV, 1907, 1" sem., p. 289-292, carte); L. Bertrand compare cette jonction avec le rebroussement qui se produit dans le Plateau Central.
3. J. Caralp, Le Permien de l'Arihge, ses divers faciès^ sa faune marine (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4* sér., III, 1903. p. 635-650). Dans le Nord de TËurope, le Permien marin existe également, sous la forme du Zechstein; mais on n*en connaît pas dans les Alpes, et les gisements découverts par Caralp correspondent à ceux de TEurope Méridionale et des Dinarides; d'après Haug, ils renferment des espèces de la Sicile et de TOural.
LéoCNDC DE LA PIOURB 300.
1. Terrains postérieurs aux plissements pyrénéens (Aquitanien, Miocène, Pliocène et Quaternairci: 3. Terrains Éocènes et Crétacés de la région sous-pyrénéenne et du versant méridional; 3. Nappe pré-pyrénéenne (Cénomanien, etc.); 4. Nappes nord-pyrénéennes (Jurassique, Crétacé inférieur ci moyen) ; 5. ]> ^Terrains primaires) ; 6. Terrains primaires do la zone centrale (Haute-Chaîne) et du massif autochtone de Mouthoumet; 7. Anticlinaux; 8. Synclinaux 9. Contacts anormaux; 10. Direction des couches.
Massifs primaires isolés dans la zone nord-pyrénéenne : I. Massif do l'Agly; 3. Massif du Saint-Barthélémy; 3. Massif de l'Arize; A. Massif des Trois-Seigneurs ; 5. Massif de Castillon; 6. Massif d'Aspet-Milhas; 7. Massif de la Barousse
KO
CO O =5 s
es ^
on
fî
vo
ti)
es
en
eo
TS
Im O
cd
lO
sJvS
SSS
Xî
CM
cr
ALTAIDES POSTHUMES. 907
détermine Tapparition, dans les Petites Pyrénées, de la direction du N.W., différente de celle de la chaîne principale.
Jusque vers Tarbes, la connaissance de la structure des hautes chaînes du Nord-Est est due à Léon Bertrand * . Au Nord, on trouve d'abord, en avant des Pyrénées, un avant-pays autochtone (I, Région sous-pyrénéenne); le Massif de Mouthoumet en représente le substratum. Ensuite vient une nappe (I, a, nappe pré-pyrénéenne, Léon Bertrand; zone cénomanienne, Carez) qui est, il est vrai, séparée de Tavant-pays par une surface de charriage, mais qui possède encore la même succession de couches, avec développement important du Cénomanien transgressif. C'est seulement en arrière de cette nappe que Ton atteint le chevauchement frontal des Pyrénées elles-mêmes (fig. 201)«.
L. Bertrand distingue trois nappes charriées du Sud au Nord, la plus élevée masquant souvent les deux autres. Des lambeaux importants de Primaire (série allant du gneiss au Carbonifère inférieur) prennent part à la constitution de ces nappes. Tantôt ils s'élèvent à une grande altitude, et tantôt ils sont écrasés en ne formant plus que d'étroits rubans. Ils demeurent séparés les uns des autres par de longues zones ou bandes mésozoïques intermédiaires (fig. 201).
La nappe A se montre sur le bord externe, passe sous les autres nappes et est visible par endroits au Sud, en liaison autochtone avec la chaîne primaire principale.
La nappe B comprend le massif primaire de TAgly (à l'Ouest de Perpignan), et n'est représentée plus à l'Ouest que par une zone mésozoïque'; plus à l'Ouest encore, les massifs des Trois-Seigneurs, de Castillon et de Milhas en font partie ^.
Au Sud et à l'Est du Massif des Trois-Seigneurs se montre un liséré de marbre avec des intrusions de Iherzolite; vers l'Ouest, la zone
1. L. Bertrand, Sur les nappes de charriage nord-pyrénéennes et pré-pyrénéenne, à Vest de la Neste (C. R. Acad. Se, CXLV, 1907, 2* sera., p. 890-892), et Contribution à V histoire stratig raphiqaeet tectonique des Pyrénées Orientales et Centrales (Bull. Service Carte géol. de la Fr., XVn, 1906-1907, n"" 118, p. 365-547, 5 pi. : cartes et coupes); [Voir aussi : Esquisse de la structure et de Vhistoire géologique des Pyrénées Orientales et Centrales (Ass. Fr. Av. Sc, Complc rendu 37* sess., Glermont-Ferrand, 1908, II : Notes et Méra., p. 464473, 1 carte dans le t.); Le rôle des grands mouüements horizontaux dans la formation des chaînes de montagnes (Uev. générale des Se, XIX, 1908, p. 152-162, flg. 2 et 4); et la Notice : Titres et Travaux scientifiques de M. Léon Bertrand, In-4% 78 p. Paris, Novembre 1909, en particulier p. 6-12 et 15-17.]
[2. Voir les deux grandes cartes, à 1 : 320 000, jointes au mémoire, déjà cité, de L. Bertrand : Carte géologique provisoire de la partie orientale des Pyrénées (pi. I), et Essai de Carte structurale des Pyrénées Centrales et Orientales, des Corbikres et Régions voisines (pl. II).]
[3. Voir les coupes de la partie méridionale de la feuille de Quillan données par L. Bertrand (mém. cité, pi. 111); et sa note Sur la tectonique des Gorges de l*Aude en amont d'Axat (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4« sér. VIII, 1008, p. 510-519).]
[4. L. Bertrand, mém. cité, pi. V : coupes.]
mésozoïque s'élargit et les intrusions basiques continuent. Grâce à deux fenêtres d'érosion pratiquées dans la nappe B, au Nord-Est et au Nord- Ouest * du Pic des Trois-Seigneurs, Tavant-pays pré-pyrénéen et en partie aussi le Crétacé affleurent en pleine montagne; la présence de la nappe A peut être constatée, sous forme de restes laminés, sur le pourtour de ces fenêtres, au-dessous de la nappe B et au-dessus de Tavant-pays mis au jour *.
La nappe C, la plus élevée, se compose principalement de massifs primaires; on doit considérer comme tels ceux du Saint-Barthélémy, de TArize (au Nord des Trois-Seigneurs), et peut-être aussi celui de la Barousse.
Ces résultats pleins d'intérêt, que M. Léon Bertrand a eu l'amabiliU^ de me rendre plus sensibles en me communiquant des cartes inédites, font songer aux Alpes par le charriage de grandes masses du substratum ancien et aussi par la présence de bandes de marbre et d'intrusions basiques. Les Trois-Seigneurs et la nappe A occupent la même situation que la Haute-Tatra, dans les Carpathes. L. Bertrand considère les nappes comme des « replis » de la haute chaîne primaire méridionale; en outre, il signale ce fait que les nappes sont nettement limitées au Sud par des zones mésozoïques, tandis qu'elles sont reliées au Nord par une enveloppe commune de marnes albiennes, dans lesquelles les charnières des anticlinaux sont conservées, et qui auraient peut-être joué un rôle analogue au Flysch alpin.
A l'Est du point où l'Ariège sort de la région montagneuse se dressent quelques plis de Crétacé et d'Éocène, orientés W.N.W. ; ces rides s'écartent de plus en plus de la direction des Pyrénées et forment bientôt la chaîne assez bien individualisée des Petites Pyrénées. A l'Ouest du cours médian de la Garonne s'étend un cône de déjection très aplati, facile à discerner sur la carte grâce à la disposition en éven-
[1. C'est la fenêtre crétacée d'Oust-Massat;L. Bertrand, mém. cité, pi. IV : carte géol.] [2. La découverte d'affleurements du Crétacé supérieur au-dessous de la nappe B, entre les massifs de Castillon et de Milhas, est venue confirmer d'une manière aussi brillaote qu'inattendue la justesse de l'interprétation précédente; L. Bertrand, Sur Cexistence d'une nouvelle fenêtre de terrains prépyrénéens au milieu des nappes nord-pyrénéennes y aux environs d'Arbas, Haute-Garonne (C. R. Acad. Se, GXLVII, 1908, 2" sem., p, 717-720); FeaiUes de QuUlan, Foix et Bagne res-de-Luchon (Bull. Service Carte géol. de la Fr., XIX, 1908-1909, ii» 122, p. 95-102, carte géol. et carte tectonique hors texte).]
Legen OK de la figuhe 201.
7. (îranites; i;. Gneiss et Micaschistes; sx. Schistes à séricite; s«. Ordovicien; s3. GothlaDdîen: d. Dévonien; h. Carbonifère; rt. Grès permo-triasiques ; t. Trias avec ophites; J. .lurassique et IJas. e<. Calcaires urgo-apticns; Jc'm. Faciès marmoréen da Jurassique et du Crétacé inférieur avec Iherzolites; c*. Schistes albions; c'. Cönomanicn; c*. Crétacé supérieur; c*. Maestrich tien ; g. GarumnioD ; e*. Calcairo à Miliolitos; eV Marnes nummulitiqucs ; e*. Poudingues de Palassoa. — A, B, C. Nappes nord-pyrénécnnos et zone primaire centrale; Z. Nappe pré-pyrénéemio; c'-e*. Terrains sous-pyrénéens. — Échelle (lougueurs et hauteurs) : 1 : 200000.
ALTAIDES POSTHUMES. 911
tail des nombreux cours d*eau qui en drainent la surface. Son sommet constitue le Plateau de Lannemezan. Les Petites Pyrénées disparaissent sous ce cône; mais, au Sud de ce chaînon, on constate que d'autres zones des Pyrénées viennent s'amorcer au-dessous de sa masse. Des traces du Cénomanien se montrent sous la couverture d'alluvions anciennes. On voit également quelques bandes autonomes de Trias gypsifère, avec pointements minuscules de granité écrasé*. Une traînée presque ininterrompue de petits affleurements s'étend, au Sud de Salies, en avant des Pyrénées, jusqu'à proximité de Lannemezan, et elle a été suivie jusqu'au delà de Lourdes. Plus au Nord se montre, à l'Ouest du cône, une série plus importante de dislocations, affectant une direction plus ou moins voisine du N.W. Le pays est cependant presque entièrement couvert, les affleurements sont rarement continus, et ainsi s'explique qu'il n'y ait pas unanimité dans les interprétations. Nous nous contenterons de comparer le croquis donné par Seunes, en 1890, pour les lignes directrices relatives à cette région*, avec celui que Garez a fait paraître en 1903 ^ Les études de Seunes se rapportent principalement aux lignes méridionales jusqu'à Dax. Il y est dit que les anticlinaux successifs se répètent avec une allure arquée dont la convexité est tournée vers le Nord, le plissement venant toujours du Sud. Sur la carte, une ligne, en particulier, ressort distinctement; elle se dirige de Clarac vers l'W.N.W. jusqu'à Peyrehorade, en passant au Nord d'Oloron, change ensuite de direction et atteint la mer près de Bidart.
Carez, d'accord avec plusieurs des observateurs qui l'ont précédé, marque des anticlinaux dont le plus septentrional ne passe qu'à 28 kilomètres au Sud de Bordeaux. Ces plis sont considérés comme étant parallèles aux Pyrénées, et par conséquent comme ne procédant pas de la chaîne par virgation; ils seraient plutôt comparables aux lignes parallèles, de direction N.W., qui, plus au Nord, se dirigent du Massif Central vers le Sud de l'Armorique*. L'un de ces synclinaux, toute-
1. L. Garez, Feuille de Tarbes (Bull. Service Carte géol. de la Fr., X, 1898-1899, n" 03, p. 160): dans le sillon qui s'étend vers Tarbes, à TOuest du cône, pointe encore du granité. Sur l'énergio des mouvements, consulter P. Termier, Les brèches de friction dans le granité et dans le calcaire cristallin à Moinc-Mendia, près Hélette (Basses-Pyrénées), et leur signification tccloniquc (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4« sér., IV, 1904, p. 833-838).
2. J. Seunes, Recherches géologiques sur les terrains secondaires et VÉocène inférieur de la région sous- pyrénéenne du Sud-Ouest de la France {Basses-Pyrénées et Landes) (Annales des Mines, 8" sér., XVlll, 1890, p. 209-458, pi. I-IX : carte et coupes; en particulier p. 412 et suiv.).
3. L. Garez, La Géologie des Pyrénées françaises, I, 1903, p. 071 et suiv., pi. H : carte dcd plis de la zone sous-pyrénéenne occidentale. Un croquis de la région où ces lignes sont recoupées par la Garonne, assez différent de Tinterprétation antérieure de Leymerie, est donné par L. Garez dans le Bull. Soc. Géol. de Fr., 4* sér., H, 1902. pi. XVII, Og. 7.
[4. Voir ci-dessus, p. 598, flg. 111.]
fois, celui qui s'étend de Pau vers Gaas, au Nord de Peyrehorade, est représenté comme ayant bien la courbure observée par Sennes.
Il est certain que les dislocations sont encore visibles à une distance tout à fait inattendue des Pyrénées; des ophites les accompagnent également jusqu'au voisinage de Dax.
prrjOTfvatr«
Zon« du o«lcjipe^lanG à Nummulite» ™
Arrieuremant d« mam«« gritM
jt
le.
FiG. 202. — Croquis des Rochers de la Plage, au Sud de Biarritz, d'après H. Douvillé et \é. Bertrand (Carte géologique détaillée de la France^ feuille 226 : Bayonne, 1905).
t'. Argile gypsifère du Trias; e. Ophite (lo signe 4- indique les blocs non en place); Ji. Jurassique (Calcaires, brèches et pondingues) ; c^ Cénomanieo ; c*. Calcaire à Fucoldes ; c*"'. Sénonieu et Daoien : o„. Calcaire blanc à Nummulites et calcaire jaunâtre (Lutétien inférieur et moyen); e,. Calcaire marneux gris (Lutétien supérieur). — Échelle de 1 : 6 000.
La courbure est commandée, comme Ta d'ailleurs reconnu Seanes. par la présence d'un élément étranger qu'elle contourne. C'est le massif granitique et gneissique du Labourd, large et peu élevé, surgissant au Sud de Hasparren; à 20 kilomètres de celui-ci, sur la frontière espagnole, on trouve en outre le massif granitique de La Aja (ou Haya). long de 12 kilomètres, qui est traversé dans sa partie septentrionale par la Bidassoa et qui forme un prolongement du Labourd.
ALTAIDES POSTHUMES. 913
Cette disposition générale est rendue plus frappante encore par ce fait que, à peu de distance au Sud de Biarritz, on voit sortir de la mer une série de rochers s'alignant au S. S.W., dont les terrains constitutifs affectent une variété prodigieuse (fig. 202), et dont en même temps la direction correspond sensiblement à celle que prendrait une ligne analogue entourant à distance le Massif du Labourd; elle se montre de plus à peu près parallèle à la zone du Flysch qui entoure le gneiss de Labourd, le long de la mer, jusqu'au delà de Saint-Sébastien*.
Hautes Pyrénées. — L'espace qui revient à cette portion de la chaîne est diminué, à l'Est, par l'empiétement de l'effondrement récent du Roussillon : cette dépression coupe également une partie des plis provençaux, venant du Cap Leucate; et, sur son bord méridional, près de la sortie du Tech dans la plaine, les conditions sont très compliquées. En revanche, vers l'Ouest, la haute chaîne devient tout de suite très continue. Sa largeur mesure, suivant le méridien d'Andorre, 72 kilomètres environ depuis le Sud du granité de Foix jusqu'au voisinage du point où le Sègre sort des montagnes. A partir de là, sa limite septentrionale, du côté de la bordure mésozoïque, s'oriente E.-W, tandis qu'à l'intérieur de la haute chaîne domine la direction W. 30* N. et que le bord Sud se rapproche de la direction N. W.
Decettemanière,la largeur diminue versl'Ouest. Prèsd'Urdos, elle ne comprend plus que 22 kilomètres environ. A peu de distance à l'Ouest, au Pic d'Anie, elle se réduit encore davantage. Puis les Basses -Pyrénées remplacent la haute chaîne. Les terrains primaires, qui forment la plus grande partie des Hautes Pyrénées, ne se montrent plus que sous forme de lambeaux de recouvrement ou de bandes pincées. Un peu plus loin encore, au delà de la plaine de Mauléon, le gneiss du Labourd apparaît au Nord et la structure des montagnes devient tout autre.
Nous avons dit que, sur le Tech, les conditions se montraient très compliquées. D'après les descriptions fort instructives données par Mengel, l'état des choses, à l'Est, est le suivant :
Les terrains primaires forment un large massif, qui porte le nom de son sommet le plus septentrional, le Roc de France (1 449 m.), au Sud de Céret. Sa limite se dirige de la haute vallée du Ter vers leN.E., traverse la frontière espagnole au Nord-Est de Camprodon, reste paral-
1. Des cartes de ces récifs ont été données par L. Bertrand (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4« sér., II, 1902, pi. 1) et par H. Douvillé (Ibid., 4* sér., V, 1005, p. 23, flg. 2). La série de terrains suivants y est représentée : Trias et ophite, calcaire jurassique modifié, Cénomanien, Sénonien, Danien et plusieurs étages de rËocëne. Toutes les dislocations sont antérieures à l'Aquitanien.
lèle au Tech jusqu'au delà d'Amélie-les-Bains et s'incurve entre Céret et le Roc de France vers le S.E. Avec cette direction, elle arrive par Masarach à la plaine qui entoure le Golfe de Rosas. Il n'existe que de faibles lambeaux mésozoïques sur la bordure. Tout ce Massif du Roc de France est poussé vers le Nord, comme un coin largement émoussé, qui pénétrerait de l'Espagne dans la haute chaîne.
A l'Ouest du Tech et de la limite Camprodon-Amélie les Bains, que jalonne un liséré très resserré de Dévonien et de Carbonifère, se trouve le large massif primaire du Canigou; celui-ci est poussé vers le Sud, de telle sorte que la ligyie du haut Tech peut être considérée comme la limite de ces deux mouvements *.
A partir de là, tout le Sud des Hautes Pyrénées est poussé vers le Sud et, pour une large part, se décompose en écailles regardant dans cette direction. C'est ainsi, par exemple, que les montagnes espagnoles situées au Sud du massif granitique qui porte la Maladetta (3404 m.) sont constituées par des plis ou des écailles de terrains paléozoïques déversés vers le Sud. Le Trias y est, comme au Nord, formé de gypse et d'ophite; il se montre sous la forme d'un étroit liséré, précédant les couches mésozoïques*.
Grâce au zèle des géologues français, en tète desquels il faut nommer ici Bresson et Carez, on peut se faire une idée nette de la structure de la haute chaîne dans la vallée du Gave de Pau, qui sort de la région montagneuse à Lourdes, et dans la vallée voisine du Gave d'Ossau, située plus à l'Ouest*. Au Sud de Lourdes, la bordure mésozoïque se dirige de l'E. à l'W. ; elle est constituée par du Crétacé inférieur, avec du Jurassique et un peu de Trias; les plis sont déjetés vers le X. En aval d'Argelès, ils se terminent brusquement le long d'une dislocation abrupte, de direction E.-W. Les marnes aptiennes s'y montrent très
\. 0. Mengel, Bull. Service Carie géol. de la Fr., XVI, 1904-1905, n« HO, p. 414-422, cl XVII, 1905-1906, n<* 115, p. 217-225, carie des massifs du Canigou el du Roc de France face à la p. 124 (220). [Voir aussi 0. Mengel, FeuUlesde Prades et Céret (Atbères et Cerdogne), <lbid., XVIll. 1907-1908, n" 119, p. 110-117, carte en regard de la p. 111); FeuitU de Prades (Ibid., XIX, 1008-1909. n« 122, p. 124-130; XX, 1909-1910, n<> 126, p. 1.32-145); Gh. Dcpérel ei G. Loutrel, Feuille de Céret (Ibid., XIX, 1908-1909, n« 122, p. 108-119; XX, 1909-1910, n° 126, p. 120-125); 0. Mengel, Sur la tectonique du revers méridional des massifs du Canigoa et du Puigmal (C. R. Acad. Se, CXLVIII, 1909, 1" sem., p. 1347-1350).]
2. L. Hertrand. Bull. Service Carie géol. de la Fr., XVI, 1904-1905, n* 105, p. 110. [Voir aussi 0. Mengel, Coupe du versant méridional des Pyrénées au Nord de la Province de Barcelone (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4* sér., X, 1910, p. 475-478); Stratigraphie et tectonique de V îlot primaire de La Guardia entre le Sègre et la Noguera Pallaresa (C. R. Acad. Se, CLI, 1910, 2* sem., p. 836-839).]
3. Comme sources principales il faut indiquer le mémoire déjà mentionné de Bresson (Bull. Service Carie géol. de la Fr., XIV, 1902-1903, n'* 03), puis Touvrage de L. Carez : La (iéologie des Pyrénées françaises, fasc. IV : Feuilles de Tarbes et de Lur, 1904, el surtout le compte rendu de la JRéunion extraordinaire de la Société Géologique de France dans les Pyrénées Occidentales (Bull., 4* sér., VI, 1906, p. 777-825).
ALTAIDES POSTHUMES.
Sali a 2 "9 o .2 S g-îi
«3 à" -JS ®
> o '•'[So.
redressées, tandis qu'au Sud de la dislocation le Dévonien inférieur plonge fortement vers le S. Les terrains paléozoïques affleurant dans ces parages sont d*abord plissés vers le N. ; mais, en aval de Luz, les couches se redressent énergiquement, hésitent en quelque sorte d'un lautre, et subissent enfin un refoulement général vers le Sud, allure qui continue à régner, avec la direction W, 30" N., jusqu'à la frontière espagnole.
Suivons cette même direction vers Laruns, dans la vallée du Gave d'Ossau, qui vient ensuite.
On voit là, au Sud-Ouest, vers les Eaux-Chaudes, sortir de dessous le Dévonien, avec une extension considérable, du Turonien et du Sénonien en superposition autochtonç sur du granité à hornblende (fig. 203).
Des lambeaux de poussée d'ophite et de Trias, ainsi que de Flysch à Fucoïdes, recouvrent le Crétacé. Ils représentent les derniers restes d'une puissante nappe de Dévonien et de Carbonifère charriée vers l'W.S.W. sur le Crétacé.
Dans la vallée du Gave de Pau, les affleurements ne sont pas moins instructifs. Ses affluents supérieurs, le Gave de Gavarnie et celui d'Héas, sont séparés par un massif, s'avançant vers le Nord, dont les couches s'étendent du Silurien supérieur au Carbonifère (Pic de Pimené, 2 803 m.; Mount-Herran 2 789 m.). Ces affluents se réunissent près de Cèdre. Ils ont entamé tous deux la nappe charriée (S^ + D -f H, fig. 204), ainsi que le Crétacé ; et leurs vallées confluentes constituent une fenêtre en forme de croissant, qui se termine à l'Ouest par le Cirque de Gavar-
Ü 00 :2 o g ft
fi ^ ;« S* ^ w
J ao a-^-S-
lllt
if il
O 0 Ou „
nie et à TEst par le Cirque de Troumouse. Dans les parties profondes de la fenêtre affleure le substratum, constitué par du Silurien inférieur (Si.3, fig. 204) métamorphisé par du granité, puis au-dessus, en liaison autochtone, le Campanien à Rudistes, et sur ces couches crétacées, jusqu'aux hautes cimes du Piméné, du Mount-Herran et du Pic de la Munia (3 150 m.), la partie de la nappe isolée par la fenêtre (fig*. 203). Bresson suppose que le grand mouvement vers le Sud s'est effectué sur
^ ,-.,.. -./Port-Bieîl ""^'^o ^^ ^
.^; PicdeMarbbre;3253 ^-'*Pic de Pinède ç^^'^°^ HopîtulâeBmîSi^
Maßstob 1:EO0.00OL
M.Perdu
6 Km
FiQ. 204. — La frontière franco-espagnole aux Environs de Gavarnie, d'après la feuille de Luz (251) de la Carte géologique délaillée de la France.
S'~*. Silurien métamorphisé par du granité; S» -f- D-h H. Silurien supérieur, Dévonien et Carbonifère: C. Crétacé supérieur; y. Granite; m. Zone de contact du granité.
la puissante série des schistes à Graptolithes. Il en résulte que, comme le substratum appartient au Silurien inférieur, on pourrait avoir une succession de couches parfaitement normale en apparence, si le Crétacé avait tout ii fait disparu par laminage. En tous cas, si l'on en juge par la superposition autochtone du Crétacé, S,^ doit avoir été décapé antérieurement au dépôt de ce terrain.
Le fond du Cirque de Gavarnie forme une muraille gigantesque de Campanien et de Danien énergiquement plissés. La nappe paléozoïque ne s'étend donc pas jusque-là. A la montée du Port de Gavarnie, sa limite est très fortement redressée vers le Crétacé *.
1. L. Garez, La Géologie des Pyrénées françaises^ II, 1904, pi. IX, llg. 2; au Porl-Bieii
ALTAIDES POSTHUMES.
eu g
* CO
o os
Comme ce Crétacé redressé se rattache à celui de la fenêtre, cette limite ne peut pas être une faille. Les plis des calcaires crétacés, empilés les uns sur les autres, constituent ensuite, le long de la frontière espagnole, une série de sommets dont l'altitude dépasse 3000 mètres (Marboré, 3253 m.), et ils forment, au delà de la frontière, le Mont-Perdu (3 352 m.). En outre, tant au Marboré que dans la région des cimes du Mont-Perdu, on a trouvé des Nummulites.
D'après cela, il semble que le substratum S<^ a possédé un revêtement autochtone s'étendant du Campanien . à rÉocène; tout ce revêtement serait ensuite devenu solidaire de la nappe charriée qui le recouvre, et elle l'aurait entraîné et laminé jusqu'à son terme le plus profond, dans lequel les Hippurites sont transformés en disques ressemblant à des assiettes.
Le redressement et le gonflement subits de cette couverture dans le Cirque de Gavarnie et le long de la frontière espagnole n'auraient peutêtre pas d'autre signification qu'une turgescence brusque.
vl=t-^
tA^ *
en CO
ràr
Cd S
si
TS t^