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Ces travaux, auxquels sont venus s'ajouter ceux de Zürcher, puis ceux de Fournier et d'autres géologues, guidés en partie par des conceptions diiïérentes, ont fait voir que la Provence est constituée par de grands lambeaux de recouvrement empilés les uns sur les autres
^^- (fig. 196). Ils forment des massifs plus ou moins nettement circonscrits (massifs du Beausset, de la Sainte-Baume, d'AIlauch, de l'Etoile, etc.). C'est seulement plus au Nord que viennent des plis plus allongés, s'orientant de TE. à l'W. *.
Un complément essentiel est fourni à cette vue d'ensemble par la remarque de Kilian, que la direction E.-W. est déjà la direction dominante dans les lambeaux de recouvrement du Sud, par opposition à la direction N.E.-S.W. delà dépression de Cuers, qui forme la limite naturelle des Maures. On en a conclu, probablement avec raison, que les Maures, malgré quelques témoins mésozoïques que Ton rencontre à leur surface, n'offrent pas avec les plis provençaux une liaison aussi intime, aussi organique pour ainsi dire, que le Mont-Blanc avec les Alpes Helvétiques, par
des Sciences, Paris, t. L, n* 2. La plus
grande partie de ce travail (p. 49-186,
flg. il -99 et pi. 1 : carie) est consacrée à
"* la Provence (chap. iv : Les plis couchés
de la Provence). — Pour une bibliographie des principaux documents relaliTs à cette région,
antérieurs a 1901), voir le t. II du présent ouvrage, p. 194-195.^
1. La galerie d'écoulement, longue de 14,5 km., qui passe sous le Massif de PHtoilc, a été achevée depuis. Dans le - lambeau de Gardanne » [lame de charriage], au Nord de rÉtoiie, conrormément aux prévisions de Marcel Bertrand, le Trias qui affleure au jour n'a pas été rencontré par la galerie, établie dans l'Aptien (flg. 197). Ainsi se trouvent confirmé» les recouvrements du Nord. Sous le massif même de l'Étoile, la galerie recoupe les terrains jurassiques à un niveau trop élevé pour permettre des constatations décisives; A. Boistel. BésuUats géologiques du percement de la galerie de Gardannc à la m^r (Bull. Soc. Géol. de Fr., 4« sér., V, 1905, p. 724-740, carte p. 720, et coupes comparatives p. 728-729).
ALTAIDES POSTHUMES. 899
exemple. Ils alîectent plutôt, en effet* les caractères d'un fragment d'avant-pays qui aurait été recouvert de nappes et ensuite dénudé par Térosion, c'est-à-dire d'une fenêtre; et les racines de ces nappes peuvent soit avoir appartenu à la couverture aujourd'hui détruite, soit être situées dans l'effondrement tyrrhénien'.
Les plis s'avancent alors, en s'atténuant, vers l'Ouest et vers le Nord, avec la direction E.-W.; ils séparent de la mer, à l'Ouest de Marseille, la grande lagune des Martigues [Etang de Berre] et disparaissent sous le delta du Rhône mais atteignent ce fleuve en amont d'Arles; plus au Nord, près de Montélimar, on a même signalé un dernier pli, que le Rhône recoupe de part en part*.
Basses Gévennes. — Dans l'avant-pays se produit une déviation. Près d'Alais, dans le bassin houiller du Gard, le Carbonifère lui-même est poussé contre les Cévennes. Une dénivellation importante des calcaires jurassiques des Causses qui, de la Montagne Noire, court au N.E. vers les Cévennes, la Montagne de la Séranne, joue, dans la haute vallée de l'Hérault, le rôle de frontière résistante pour l'avant-pays. Contre cet obstacle se sont butés le Trias et le Lias, dont les couches viennent s'empiler en formant six écailles successives'.
C'est là le début d'une longue suite de plis, entravés dans leur mouvement par le bord Sud de la Montagne Noire. Ces accidents, qui
1. W. Kilian, Remarque» sur la tectonique de la Basse-Provence (Bull. Service Carie géol. de la Fr., XVI, 1904-1905, n» 110, p. 449-451). [Voir en outre W. Kilian, Essai d'une monographie hydrologique des environs de Garéoult, Var (Bull. Service Carie géol. de la Fr., XVI, 1004-1905, n° 111, p. 475-493, 4 pi. coupes); et Sur le régime hydrologique complexe des environs de Garéoult (Ass. Fr. Av. Sc, Compté rendu de lo 34* sess., Cherbourg, 1905, 11 : Notes et Mém., p, 340-358, pi. VI : coupes).] Vasseur et Fournier signalent le fait que, à partir du Cap Sicié, où les Maures et la dépression de Cuers s'affaissent sous la Méditerranée, une falaise sous-marine se prolonge dans la direction de l'Ouest jusqu'au Sud de Marseille; en même temps, à la Pointe Rouge, non loin de cette ville au Sud, on trouve en place un conglomérat rempli de roches permiennes. Ces deux circonstances sont considérées comme rindice du prolongement des Maures; Vasseur et E. Fournier, Preuves de Vextension sousmarine, au sud de Marseille, du massif ancien des Maures et de VEsterel (C. R. Acad. Se, CXXIl, 1896, 1*' sem., p. 209-213, carte). [Ssr la structure du Massif des Maures et les rapports des roches cristallines avec les terrains sédimentaires du pourtour, voir Alb. Michel-Lévy, Feuille de Toulon au80 000\ Revision (Bull. Service Carte géol. de la Fr., XVHI, 1907-1908, n« 119. p. 170-171; XX, 1909-1910, n-» 120, p. 186-189).]
[2. Entre le Mont Venteux et la vallée du Rhùne, au Sud de Vaison, on a signalé récemment l'existence de plusieurs surfaces de charriage, ramenant le Trias sur les couches plus récentes, jusqu'à la base de la série tertiaire. Ces accidents, qui se rattachent au faisceau de la Montagne de Bluye, regardent au S.E.; ils appartiennent déjà, par conséquent, au domaine des chaînes subalpines dauphinoises; L. Joleaud, Sur la présence du Trias dans les montagnes de Gigondas {Vaucluse), et sur les phénomènes de charriage qui s'observent dans ce massif {C. R. Acad. Se, CXLV, 1907, 2« sem., p. 1233-1235).]
3. R. Nicklës, Sur les plis couchés de Saint-Jean-de-Buèges, Hérault (C. R. Acad. Se, CXL, 1905, 1*' sem., p. 329-331.) Ici, l'obstacle (Jurassique supérieur) est formé de terrains plus récents que les sédiments refoulés.
SUESS — ni. 58
s'étendent jusqu'à Saint-Chinian (fig. 198), ont été décrits par Nicklès*.
Tandis que des lambeaux isolés indiquent à partir de Montpellier, entre cette bordure et la mer, la continuation des plis provençaux jusqu'à la Montagne de la Clape, près de Narbonne, on voit se réaliser, auprès de Saint-Chinian, des circonstances qui sont importantes pour l'intelligence des Pyrénées.
La ligure 199 est empruntée à une carte tectonique donnée en 1890 par Ëmm. de Margerie. De nombreux détails nouveaux ont été constatés depuis; les plis ont pris, notamment, plus de continuité; mais ce
Fig. 198. — Coupe de l'écaillé plissée du Roucon (Hérault), d'après R. Nicklès {Bull. Soc. GéoL de France, 3« sér., XXVII, 1899, p. 717. ilg. 2).
t. Kouper; i. Infralias; 1*. Charmoathiou ; 1*. Toarcien; j'. Bajocion: Cr. Grès, marnes et calcaires do Rognac (DanieD). — Échelle de 1 : -25 000.
croquis simplifié met en évidence d'une manière très nette les lignes principales ^
Le pli de Saint-Chinian se sépare de la Montagne Noire en décrivant un arc de cercle. Depéret distingue sur ce point plusieurs plis concentriques. L'anticlinal qui s'avance le plus au Nord montre, audessous du Trias et de l'Infralias, l'étage éocène de Kognac. puis des couches nummulitiques s'étendant jusqu'à Bize, et enfin un calcaire à Planorbis pseudoammonius. Entre ce pli couché et les terrains paléo-
1. R. Nicklès, Excursion aux environs du Mas Capel et de Saint-Biaise (Bull. Soc. Géol. de Fr., 3° sér., XXVll, 1899, p. 715-720); Sur le lambeau secondaire de Fouzilhon-Gabian (Ihïd.^ p. 743-746); Sur la tectonique des terrains secondaires dans la région de Clermont-l'HércuiU {Ihid.^ p. 771-778); Excursion au Boc des Vierges (Ibid., p. 780-787).
2. Emm. de Margerie, Notes sur la structure des Corbières (Bull. Service Carte géol. de la Fr., II, 1890-1891, n" 17, p. 283-320, pi. I : carte); voir en outre, parmi les travaux antérieurs : D'Archiac, Les Corbières. Études géologiques (Tune partie des départements de CAude et des Pyrénées-Orientales (Mém. Soc. Géol. de Fr., 2« sér., VI. Mém. n" 2, 1859, p. 209-446, pi. UI-VI : coupes et carte); en fait de travaux plus récents : L. Garez, Composition et structure des Corbières et de la région adjacente des Pyrénées (Bull. Soc. Géol. de Fr., 3* sér., XX. 1892, p. 4704S06, pi. XUI-XVi : cartes et coupes); L. Doncieux, Monographie géologique et paléontologique des Corbières Orientales (Annales Univ. de Lyon, nouv. sér., I, fasc. 11, 1903, 404 p., 7 pi. foss., 1 pi. coupes, 1 carte); 0. Mengel, Observations géologiques sur la partie Sud-Est des Corbières. Bégion de Maury et Estagel (Bull. Soc. Géol. de Fr., i* sér., IV, 1904, p. 256-281, carte et coupes dans le texte).
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zoïques de la Montagne Noire s'amorce le synclinal du Mînervois, qui va en s'élargissant rapidement vers TOuest, dans la direction de Carcassonne. Près de Bize se détache vers le S. S.W. un petit dôme éocène, qui constitue l'extrémité libre de cet anticlinal.
Un second anticlinal, parallèle au précédent, est formé de la même série de couches ^
Ûtredton ées couches redressées ou renversées
. . Arirc/i/jêux
....... Syndti
»aum Couches v^^e^/es
MiiBiu lémèeaux éerecoi/vreme/tt
FiG. 199. — La vallée de l'Aude et les Corbières, d'après Emm. de Margerie (ßuW. Sen3\ce Carte Géol. de la France, II, 1890-1891, n° 17, pi. I).
Échelle de 1 : 800000 environ.
Corbières. — A l'Ouest de Bize, dans leMinervois, TEocène s'étale; au Nord de l'Aude, il n'y a plus aucun pli; le pied de la Montagne Noire est libre, et se trouve pour ainsi dire dans un angle mort. Au Nord des Pyrénées s'élève le massif paléozoïque de Mo\ithoumet\ qui a 45 kilomètres de longueur et jusqu'à 13 de large. Sa série stratifiée est celle de la Montagne Noire. Son bord septentrional se montre refoulé vers
1. Ch. Depéret, Bull. Service Carte géol. de la Fr., VII, 1895-1896, n» 44, p. 86-88, et X, 1898-1899, n» 69, p. 515-517.
[2. Voir les Coupes de la région des HauUs-Corbières, par A. Bresson, dans L. Garez, La Géologie des Pyrénées Françaises, fasc. V, 1908, pi. XXVII, flg. 1-15. Texte, p. 2683 et 3276.]
le N. ; des plis mésozoïques venant de TOuest s y incorporent; le massif est sans doute influencé par le plissement pyrénéen. Malgré cela, il a lui-même dévié les plis mésozoïques. L'angle Nord-Est, près de Durban, joue un rôle très important. Les plis provençaux, formés de Trias, de Jurassique et de Crétacé (à l'exclusion de TEocène) et arrivant de la dépression de Narbonne, s'incurvent peu à peu entre le bord oriental du Massif de Mouthoumet et le Cap Leucate, pour prendre une direction franchement E.-W., en même temps qu'ils se renversent du coté concave * ; ils viennent ainsi se réunir, au Svd de ce massif, avec les plis des Pyrénées,
Près de Jonquières, à 8 kilomètres au Nord-Ouest de Durban, le Jurassique et le Crétacé disparaissent. Tous les plis situés à l'Ouest de la ligne Jonquières-Bize, c'est-à-dire ceux qui s'étendent entre le Massif de Mouthoumet et l'Aude, sont formés exclusivement de Danien et d'Eocène, à la différence des plis provençaux déviés. Ils sont poussés vers le N., souvent coupés par des failles, et près de Moux et de Lagrasse, le Dévonien affleure au-dessous du Danien; ces plis s'éteignent vers l'Ouest*.
Entre la Montagne Noire et le Massif de Mouthoumet, il existe donc, au-dessous du Danien, une liaison de V avant-pays jmléozoïque avec le noyau de Mouthoumet. Nous avons ici, en même temps, un intéressant exemple de plis présentant deux sortes de faciès (Dévonien, Danien et Éocène d'une part; Trias, Jurassique et Crétacé de l'autre), qui se sont développés pour ainsi dire côte à côte.