‹ La face de la terreChapitre 18 sur 137 · Drijenko, Mém. cité, p · texte numérisé non relu

Drijenko, Mém. cité, p

Kéria, Richthofen fut conduit par l'allure des sédiments à attribuer à la ligne de rivage de cette mer une altitude d'environ 1 500 mètres, et de 1 200 mètres dans TEst*.

Les observations faites depuis ont montré que ces dépôts possèdent une extension encore plus grande, notamment dans le bassin supérieur du Hoang-ho, et qu'ils atteignent dans les parties montagneuses des altitudes encore plus fortes. D'ordinaire, ce sont des conglomérats à grain fin d'un rouge brunâtre, des grès tendres, jaunes et rouges, des argiles rouges, et aussi du gypse et du sel, dont la présence ne pouvait que donner plus de force à l'hypothèse d'une origine marine. Un exemple bien connu est celui du Mazar-Tagh, sur le Khotan-Daria, qui s'élève à environ 500 pieds [150 m.] au-dessus des plaines environnantes. D'après Prjévalsky et Dalgleish, cette haute colline est formée de deux arêtes, constituées par une argile rouge avec de l'albâtre; elle représente sans doute un « témoin » de sédiments qui ont dû avoir une très grande extension*. Dans le Gobi oriental, les dépôts de cette série forment des tables horizontales aux contours très nets, appelées Biel ou « socles », et au-dessus desquelles se dressent les restes des chaînes de montagnes qui, jadis, étaient baignées par les eaux.

Le profond sillon que le Hoang-ho a creusé, en amont de Lantchéou-fou, dans ces dépôts, qui sont à l'état de couches rouges horizontales, gypsifères, et dont l'épaisseur atteint 3000 pieds [900 m.], a été décrit par Prjévalsky, Löczy et d'autres voyageurs. Obroutchev a montré qu'on peut les suivre très haut dans les vallées du Nan-Chan, d'une part, et qu'ils pénètrent dans le Tsaïdam, tandis qu'ils atteignent Min-tchéou, dans le Kan-sou méridional, de l'autre'.

Les fossiles sont très rares dans ces dépôts. Ldczy a signalé la présence dans la vallée du Weï-ho, près de Tsing-tcheou (à l'Est de 160** long. E.), du Stegodon insignis, espèce de la faune des Siwaliks, et recueilli dans les gorges du Hoang-ho, dont il vient d'être question, des Bithynies et des Limnées d'aspect actuel, ainsi que des restes de Mammifères. Aussi ce savant a-t-il exprimé l'opi-

1. F. Freiherr von Richthofon, China. Ergebnisse eigener Reisen U7id darauf gegründeter Studien. In-4«, Berlin, I, 1877, p. 24, 23.

2. E. Delmar Morgan, On Ihe Orography of Northeim Tibet { Supplement ary Papers R. Geogr. Soc. London, 111, Part 1, 1890, p. 13); voir aussi Sven Hedin, Durch Asiens Wüsten, in-8«, Leipzig, 1899, I, p. 328. C'est au Nord de ces collines que Sven Hedin assista à la destruction de sa caravane et qu'il faillit lui-même perdre la vie.

3. Obroutchev, Esquisse orographique du Nan-Chan, p. (Izviestiia Soc. Imp. Russe de Gëogi'., XXX, 1894, p. 98), et Esquisse du Nan-Chan central, r. (Ibid., p. 723, 727 et suiv.)

nion que ces dépôts ne sont pas d'origine marine, bien qu'il y ait trouvé non seulement du gypse et du sel, mais aussi de la kiosérite. Toute la haute région qui s'étend d'un côté jusqu'au Lingzithang, et de l'autre, vers le Sud, jusqu'au delà du Yun-nan, peutêtre jusqu'au Hundes, dont Griesbach a décrit les formations d'eau douce, portées à une altitude si considérable, — toute cette région, lors de la formation des terrains rouges du Hoang-ho supérieur et du Weï-ho, aurait été occupée par de vastes lacs sans écoulement. Le Koukou-Nor et les lacs salés actuels du Tibet en seraient les restes*.

Cette opinion a trouvé un sérieux appui dans une découverte d'Obroutchev : sur la route d'Ourga à Kalgan, au voisinage du plateau du Khouldyin-Gobi et à 25 kilomètres au S.S.E. du lac salé Iren-Dabassoun-Nor (par 43*» 30' de lat. N. et 112<> de long. E. environ), l'explorateur russe a recueilli, à la butte Djadjin-Chanda, les restes d'un Rhinocéros ou d'un Acérathérium, appartenant à la faune du Tertiaire moyen ou supérieur*.

Les formations d'eau douce si développées en Amérique, dans la région des Montagnes Rocheuses, ont été l'objet d'interprétations divergentes que Davis a bien mises en relief. De fait, la présence de bancs de gypse n'indique pas un climat humide, mais bien un climat sec, analogue au climat actuel. II est certain qu'on doit attribuer un rôle à des causes très diverses, aux eaux courantes, aux cônes de déjection et aux agents atmosphériques, on particulier sur le bord des plaines et peut-être aussi dans les « Biel » des montagnes désertiques'; Penck a d'ailleurs insisté sur ce point, en proposant le terme de « formations continentales ».

En Asie, les produits d'évaporation comprennent non seulement du gj'pse et du sel, mais même, au nombre des termes

i, L. Ton Lôczy, Die wissenschaflUtchen Ertfebnisse der Heute des Grafen Bêla Szcchenyi in Ostasien, iS:7-iSS0, in-4*, Wien; 1. 1893, p. 822-827; III, 1899, p. 212-215 ; C. L. Griesbach, Geology of the Central HimdUiyas (Mem. Geol. Survey of India, XXIII, 1891, p. 82-87); les Mammifères fossiles da Hundes se trouvent à 14 000 ou 15 000 pieds [4300-4600 m.] au-dessus de la mer.

2. Ed. Suess, Ueàerreste von Rhinocéros sp. aus der östlichen Mongolei, mil Anmerhingen von W. Obrutschew (Verhandl Russ.-k. Mineralog. Ges., 2. Ser., XXXVI, 1899. p. 171-180); V. ObroutcheT, L'Asie Centrale, le Sord de la Chine et le San- Chan (r.), édité par la Soc. Imp. Russe de Gêogr. ; in-4*, St.-Pctersbourg, I, 1900, p. 88 et suiv.

3. W. M. Daris, The Fresh\cater Tertiär y Formations of the Rocky Mountain Region (Proc. Amer. Acad. of Arts and Sciences, XXXV, 1900, n« 17, p. 345-373): A. Penck. Morphologie der Erdoberfläche, in-8% Stuttgart, 1894, II, p. 24-36. [Voir aussi J. H. Smith, The Eocene of North America west of the tOOth meridian ;Journ. of Oeol., VIII, 1900, p. 467-471); W. D. Matthew, Fossil Mammats of the Tertiary of North-Eastem Colorado ^Mem. Amer. Mas. Nat. Hist., New York. I, pl. VU. 1901, p. 359-368).!

ultimes, de la kiesérite. D'un autre côté, on doit reconnaître que la présence de grands animaux terrestres implique une certaine végétation et, par conséquent, une humidité relative.

Nous pouvons conclure, avec quelque assurance, que les dépôts dits du Han-haï ou du Gobi ne sont pas des dépôts marins, et que, pendant une période fort longue, en particulier pendant certaines époques de Tère tertiaire, des lacs d'eau douce de dimensions extraordinaires, ayant pour cortège un grand nombre de lacs plus petits, ont occupé une grande partie de TAsie; ces lacs, en partie privés d'écoulement, étaient soumis à des fluctuations de niveau dépendant des circonstances climatiques. Les magnifiques feuilles A'Araliay provenant des dépôts tertiaires du Groenland, que Nathorst a déposées au musée de Stockholm n accusent guère de contraste plus tranché, entre le passé et le présent, que les restes de grands Mammifères herbivores recueillis dans les marnes horizontales du Khouldyin-Gobi.

Des perspectives pleines d'intérêt s'ouvrent ici pour la science. Tel est, d'une manière générale, le problème de l'origine de la coloration en rouge, problème qui se pose pour le Rothliegende et les terrains analogues. En ce qui concerne la faune, on peut toutefois reconnaître, dès à présent, les éléments suivants :

a) Les restes conservés dans le Baïkal depuis l'époque sarmatiquc ou pontique, ou peut-être même depuis une époque antérieure; b) les restes de l'époque levantine, âge des couches d 'Omsk, conservés dans le lac de Ta-li ; c) les formes européennes qui, dans le bassin supérieur de l'Amour, viennent se rencontrer avec les formes chinoises ; et d) la faune proprement dite de l'Asie Intérieure, caractérisée par ses Cyprinidés spéciaux.

5. Bordure occidentale du Baïkal. — L'étroit liséré de terrains anciens qui borde le Baïkal à l'Ouest est, du moins dans la partie située au Nord de l'Angara, un horst d'uö^ espèce toute particulière, car il est limité par deux failles d^origine différente et d'âge différent. La cassure occidentale est une faille d'affaissement remontant à une époque très ancienne, peut-être précambrienne, qui recoupe sans manifester aucun rapport avec leur direction les plis précambriens. La cassure orientale coïncide en partie avec la rive ouest de la moitié nord et de la moitié sud du lac ; elle apparaît bien plutôt comme résultant d'une tension, et ne se montre pas aussi absolument indépendante de l'allure des plis. Ce horst étroit est le seul fragment qui soit resté visible des

particà internes du faîte, et en même temps le seul point où Ion j puisse conserver quelque espoir de se renseigner sur les rapports mutuels des deux directions des plis précambriens.

La source principale pour la connaissance de ce lerritoir»^ demeure toujours, en dépit de quelques travaux plus récents, la i série dos mémoires do Tchorsky, ot on particulier sa carto géologique du Baïkal (fig. 10) *.

Examinons d'abord la constitution des rives.

Echelle de 1 ' 2 Sooooo

FiG. 10.

). Archéen; 2. Silurien inférieur; 3. Silurien supt^rieur; 4. Dévonien; 5. Coneh''

lies lignes ponctaées in-dir*

Près de Koultouk, à l'extrémité sud-ouest du lac, abstraction faite du basalte que nous avons déjà signalé, dos roches archéonnoaffleurent le long de la rivo. Elles forment VElovskii Khréhet^ qui est un prolongement des Alpes do Tounkinsk; la vallée d'érosion récente de Tlrkouta traverse ce chaînon, dont les roches archéonni'> dessinent encore un étroit liséré lo long du cours supérieur de l'Angara.

La série de TAngara, directement superposée à ces roches, arrive alors au bord du lac. Ses couches inférieures renferment de>

1. Publiée par Mouchkëtov ([Zapiski Soc. Imp. Russe de Géogr., XV, n" 3, 1886, ei Nfatériaux pour la Géologie de la Russie, XIII. 1889',.

conglomérats aurifères, avec blocs de 0™,50 de diamètre. Les couches de TAngara montent jusqu'à 384 mètres au-dessus du lac et sont coupées brusquement par des falaises dont le pied descend à une grande profondeur. Ces couches plongent oO<* S.S.W. *.

Bientôt se montrent des terrains paléozoïques, prolongement du large et haut massif des Monts Onot, et ceux-ci disparaissent rapidement à leur tour, tandis que les terrains archéens d'un chaînon rocheux et escarpé, le Primorskii Khrébet^ s'avancent jus-

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d'après Tchersky.

: 6. Lignites tertiaires; 7. Dépôts lacustres, alluvioos (Quaternaire); 8. I^ves basaltiques, traits pleins les failles.

qu'au lac. Ce chaînon correspond précisément au horst occidental dont nous venons de parler. Il atteint 4500 pieds (1372 m.) audessus du Baikal, soit 1884 mètres au-dessus du niveau de la mer, et ses versants, dont la pente est extraordinairement rapide, prolongés jusqu'au fond de la cuvette lacustre, ont donc une hauteur totale de 2600 à 2800 mètres. La source de la Lena est située tout près du bord occidental de ce horst; l'île Olkhon, qui s'élève de même jusqu'à 800 mètres au-dessus du lac et forme un chaînon escarpé, vient s'y rattacher.

1. Tchersky, dans l'édition russe do K. Ritter, Géographie de VAsip. Sibérie Orientale, Lac Baikal et Transbaxkaîie, r., in-8». II, 1895, p. 163.

Plus au Nord, la largeur du Primorskii Khrébot diminue. II ne reste plus désormais le long du lac qu'un étroit liséré archéen; enfin, au Cap Elokhin{\eTS S4<» 35' delat. N.), les sédiments paléozoïques atteignent une seconde fois la rive, mais bientôt les terrains archéens reparaissent et se maintiennent jusqu'à l'extrémité septentrionale du lac.

Les données suivantes sur la direction des plis précambriens sont empruntées, sauf indication contraire, aux travaux de Tchersky.

Dans TElovskii Khrébet règne, comme dans les Alpes de Tounkinsk, la direction du Saïan, W.N.W. Encore au Cap Baklanii, à peu de distance de TAngara au Sud, latchevsky a trouvé la direction N. 320-330® W. dans le gneiss, vertical, puis, son allure devenant indécise, une direction presque méridienne, avec plongement à 40** E.; enfin, sur TAngara, la direction N.W. reparaît dans un calcaire cristallin*.

Ensuite vient Tespace au Nord de TAngara, où les roches archéennes cessent de se montrer. Quand elles reparaissent, dans la partie méridionale du Primorskii Khrébet, la direction méridienne se manifeste avec une netteté croissante.

A Tembouchure de la Golooustna (à 40 versles au Nord de TAngara), le gneiss affecte une direction N.N.W. ou N., avec plis étroits, verticaux, et celte direction se maintient sur une grande distance. Déjà, quand sur la Bogouldeïka (à 100 versles de TAngara) le Primorskii Khrébet augmente de largeur, la direction dite du Baikal, E.N.E. ou N.E., est acquise, puis elle règne à travers nie Olkhon et dans tout l'Est.

La direction du Baïkal se montre alors, comme on peut le déduire des observations d'ijitzky, sur toute la côte ouest du Maloé More*. Beaucoup plus au Nord, vers l'extrémité septentrionale du bassin, Tchersky a encore figuré deux directrices qui recouperaient le lac; mais quelques déviations, qui n'ont peut-être qu'une importance locale, ne permettent pas d'adopter pour la rive ouest un dessin aussi arrêté.

Limitons notre examen à la partie la mieux connue, de Koultouk jusqu'à l'extrémité septentrionale du Maloé More, ce qui représente une distance d'environ 320 versles (343 kilom.); cet espace comprend deux régions principales, l'une à l'Ouest (direc-

1. L. Jaczewski, Ex^Aorations géologiques le long du Tranasihérien au Sud du lac. Baïkal, r. f. (Explor. Ch. de fer de Sibérie, VII, 1898, p. 2-6.)

2. N. Ijitzky, Recherches géologiques au gouv. d*lrkoutsk en 1895, r. f. (Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, VII, 1898, p. 113-lo:i, carte..

tion du Saïan,ou W.N.W. et N.W.) et Tautre à TEst (direction du Baïkalou E.N.E. et N.E.), la première s'étendant jusqu'à TElovskii Khrébet et la seconde pénétrant dans ce domaine par Tile Olkhon; et entre ces deux régions principales^ les plis se resserrent en prenant plus ou moins la direction du méridien.

Le tracé des divers plis, dans le Primorskii Khrébet, présente, d'après la carte de Tchersky,unc légère courbure du N.Eà TE.N.E. à partir de cette région centrale, ce qui aboutit presque à la direction de l'île Olkhon. De celle-ci nous possédons une description récente, due à Obroutchev (fig. H).Les bandes de gneiss, de schistes

i:uo7o.ooo

Fio. 11. — L'île Olkhon, d'après Obroutchev.

1, 2, 3. Terrains archôens ; a, 6, c, d, e. Schistes métamorphiques ; /", Calcaire cambrien. Hantenrs en pieds anglais au-dessus du niveau du Baïkal.

anciens et de calcaire cristallin permettent d'y reconnaître la présence de deux longs anticlinaux dirigés E.N.E., obliquement au lac, et de deux synclinaux. Ces plis croisent sous un angle aigu le Maloé More et l'île Olkhon, et aboutissent ensuite, au Sud du Sviatoï Nos et dans ce promontoire, comme le croyait du reste Kropotkin, à la rive orientale et aux Monts Bargousin.

Dans l'île Olkhon, les plis sont fortement redressés, et le synclinal qui traverse le Maloé More, ainsi que Tchersky l'a reconnu et qu'Obroutchev a pu le vérifier, est renversé vers le N.N, W, ; ses couches plongent au S.S.E.*.

1. K. Ritter, Géographie de VAsie. Sibérie Orientale, Lac Baïkal et Transbaïkalie, éd. russe, II, p. 149, 232, 456, 464, 480 ; pour le Nord, même ouvr., II, p. 514, 589. En limitant le renversement au synclinal du Maloé More, je suis la description détaillée

Les faits que l'étude du Primorskii Khrébet met en évidence sont si importants qu'il y a lieu d'y revenir en quelques mots.

Dans ce horst étroit, les plis précambriens ayant la direction du Saïan arrivent en contact avec ceux qui ont la direction du Baïkal. La roche dominante est un gneiss amphibolique. A mesure que les deux faisceaux se rapprochent, les plis prennent une direction voisine de celle du méridien, et la jonction se fait à SO ou 100 verstes environ au Nord de TAngara, où Tallure N.-S. est la même de part et d'autre. Cette circonstance indique une compression dirigée vers l'axe du faîte.

En même temps Ton reconnaît, à Tile Olkhon, un pli synclinal renversé vers l'intérieur.

Les plis primitifs du faîte sont par conséquent resserrés vers l'intérieur. Us sont coupés, sur le bord ouest du Primorskii Khrébet, par une cassure orientée à peu près N.N.E. qui est absolument indépendante de la ' direction de ces plis archéens. Par contre, cette faille est déterminante pour la direction des plis marginaux cambrienset siluriens, qui courent avec elle au N.N.E. sans dévier mais qui précisément, sur ce trajet, sont aussi renversés vers l'intérieur, c'est-à-dire vers le N.W.

Les plis marginaux indiquent de même un rétrécissement en Äurface, mais l'axe de ce rétrécissement serait situé plus à l'Ouest, suivant la ligne médiane de l'amphithéâtre d'irkoutsk.

Le bord oriental du Primorskii Khrébet, qui forme la rive ouest du Baïkal, est, comme les rives de l'île Olkhon, d^àge beaucoup plus récent : il fait partie du système des crevasses ou lignes disjonclives du faîte, qui appartiennent à une époque toute moderne.

6. Montagnes situées au Sud da Baïkal. — Entre la Sélenga et l'extrémité méridionale du Baïkal, puis, en allant vers l'Ouest, jusqu'aux hautes montagnes qui s'étendent au Nord du lac Kossogol, on observe un phénomène qui paraît être étranger à la partie orientale du faîte dont il a été question jusqu'à présent. C'est Texistence de lambeaux de nappes basaltiques au sommet d'un grand nombre des « goltzi » culminants. 11 y a lieu de croire,

qu'Obroutchev a donnée des plis do Tile Olkhon; voir ses Observations oro-géologiques sur me Olkhon et l'Ouest du Pn-Baïkal, r. (Gornyi Journal, 1890, III, p. 429-457, cartes). Pour la succession des couches, consulter aussi W. Obrutschew, Ein Ausflug in das goldführende Gebiet der Flüsse Sarma und llikhta im westlichen Baikalgebirge, r. a. flzviestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Géogr., XXVlll, n» 1, 1897, p. 1-24, carte); l'auteur distingue» entre le granité gneissique laurentien d'Olkhon et la série cambrienne et silurienne, une série huroniennc.

d après tous les faits actuellement connus, que ces nappes âont antérieures à une notable partie des vallées actuelles, creusées profondément dans le substratum archéen. D'autre part, quelques observateurs, et en particulier latchevsky, ont constaté que certaines coulées basaltiques remplissent les vallées actuelles et que parfois même elles recouvrent les alluvions aurifères qui en occupent le fond. Ces observations, contradictoires en apparence, doivent sans doute s'expliquer par une hypothèse qui a déjà été indiquée, et d'après laquelle la période des éruptions basiques en Sibérie aurait embrassé une durée très longue. Les cônes de scories modernes, que Ton rencontre çà et là, ne nous permettent pas même de considérer cette période comme terminée.

De cette façon, le creusement des vallées, dans ces montagnes, a été détourné et interrompu à plusieurs reprises. C'est ce qu'atteste le lambeau de coulée basaltique déjà signalé à Koultouk, vers l'extrémité sud du Baïkal, de même que la puissance de l'érosion dans cette contrée est mise en lumière par la gorge profonde et tortueuse de l'Irkouta, dont ce barrage a déterminé la formation à travers l'Elovskii Khrébet. Si, en suivant le cours de l'Irkouta, on se dirige vers l'origine de la gorge, on arrive à un élargissement de la vallée, et l'ancien lit de l'Irkouta, actuellement occupé par la Koultouchna, tourne à l'Est dans la direction de Koultouk, interrompu seulement par un seuil de partage peu élevé. Un- grès avec troncs d'arbres et cailloux de basalte, dont l'âge est probablement tertiaire, affleure au bord de cette plaine ; il est surmonté de laves basaltiques, qui atteignent une hauteur considérable au-dessus du Baïkal. Dans la dépression, on observe des terrasses jusqu'à 214 mètres au-dessus du lac et 99 mètres au-dessus de l'Irkouta. Ce sont les laves, d'après Tchersky, qui ont détourné l'Irkouta*.

La voie du chemin de fer transsibérien pénètre, à partir d'Irkoutsk, dans le bassin de l'Irkouta et traverse en suivant une gorge la crête de Zyrkousoun, dont les roches archéennes se dirigent W.N.W. et N.W., et dont une nappe de basalte couronne la cime culminante, à 1610 mètres d'altitude (1098 m. au-dessus

1. Édition russe de K. Ritter, Géographie de rAsie, Sibérie Orientale, Lac Baïkal et Trambaîkalie, etc., I, p. 128, 145; II, p. 2, 14; voir aussi Tchersky, Le contrefort (VEloVy r. (Izviestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Géogr., VI, n" 4, 1875). Vélain désigne les laves du Baïkal sous le nom d'andésite augitique à labrador ; Ch. Vélain, Notes géologiques sur la Sibérie Orientale, d'aprls les observations faites par M, Martin (Bull. Soc. Gcol. de Fr., 3- sër., XIV, 1885-86, p. 164).

du Baïkal). £lle atteint ensuite, on longeant la Koultouchna, dans Tanden lit de Tlrkouta, Textrémité méridionale du lac *

11 ressort de la description de la vallée de la Djida donnée par latchevsky qu'il existe une fosse au nord du cours inférieur de cette rivière. Cette fosse forme, selon toute probabilité, le prolongement des fosses réunies du Lac des Oies et du Tougnoui. La Djida franchit elle-même une croupe granitique, élevée de 218 mètres, pour atteindre la large vallée de la Sélenga ; mais au Nord, en amont de cette croupe granitique, se trouve une cuvette allongée de TE. à rW. au fond de laquelle gisent les deux lacs Ourt-nour et Khoitou-nour. Leur surface est à 40 mètres en contre-bas de celle de la Djida. Du granité forme le bord sud de la cuvette et du porphyre le bord nord ; à la limite entre ces deux roches affleure une traînée de basalte.

On retrouve encore la bande porphyrique à environ 75 verstes plus en amont, au Nord de la Djida *.

Une coupe transversale que latchevsky a menée de la haute Djida à la rive méridionale du Baïkal, met en évidence les faits suivants :

A partir du poste de Khamneïsk, sur la Djida (933 m.), on monte le long de la Khamneï sur du basalte. Les montagnes plus élevées sont formées de granité, de porphyre et d'une sorte de wacke, et aussi de calcaire (direction N. 290 à 320<> W.). A partir du sommet gneissique de TOulgyt (direction 330^), on descend jusqu'à la rivière Sanghiné, dont le lit est occupé par du basalte. Ensuite un nouveau col, situé sur le gneiss (1 874 m.), est dominé par des « goltzi » rocheux, qui se dressent à environ 200 ou 300 mètres plus haut; une muraille de gneiss extrêmement abrupte, ayant 480 mètres de hauteur, s'abaisse alors sur la vallée de la Sniéchnaïa, et au delà du cours supérieur de cette rivière on remonte péniblement, le long du Chibé, jusqu'au Chibanskii Goletz(2041 m.). Là, dans la vallée du Chibé, à peu près à égale distance de la Djida et du lac, le gneiss ne possède plus la direction du Satanymais bien la direction N.E,y celle du Baïkal.

Dans toute la vallée du Chibé, on ne voit pas de basalte, mais

1. L. Jaczewdki, Le tunnel de Zyrkousouney r. f. (Esplor. géol. Ch. de fer de Sibérie, XI, 1899, p. 1-12).

2. L. Jaczewski, Explorations géologiques le long du Transsibérien au Sud du lac Baïkal, r. f. (Explor. Ch. de fer de Sibérie, VII, 1898, p. 1-32; en particulier p. 6-9). La dépression doit être très marquée, car la carte russe à Tëchelle de 40 verstes au pouce désigne le sillon E.-W. qui aboutit à ces lacs sous le nom de « Kholoï », nom donné par les Mongols, comme on le verra plus loin, à ces sortes de couloirs.

le sommet du goletz est formé d'une nappe basaltique dont Tépaisscûr, sur le versant nord, n'atteint que 20 à 30 mètres. Le regard s'étend au loin sur de nombreux lambeaux tabulaires analogues; tous se montrent à peu près à la même hauteur, et c'est seulement à une grande distance au S.E. (H0<») que l'on aperçoit une cime plus élevée, à arêtes vives, à laquelle les guides donnent le nom de Khorin-khoïté-dolghé, c'est-à-dire « l'oreille du chien noir », mais dont la position exacte n'a pu être déterminée. L'épanchement des coulées basaltiques paraît avoir eu surtout les vallées méridionales pour théâtre. Contentons -nous de dire qu'à partir du Chibé, la direction du Baïkal se maintient, mais qu'en un point, au Khonkhobi-Daban, du gneiss associé à des quartzites schisteux, verticaux, prend la direction E.-W.Au delà, sur les bords de la rivière Slioudianka, la direction est invariablement N.E.

latchevsky résume ses observations en disant que ces montagnes, qui s'abaissent en pente douce vers le Sud et en pente raide vers le Nord, sont formées de deux parties nettement distinctes : une région septentrionale où règne la direction N.E,, et une région méridionale où règne la direction N,W,^,

Pour apprécier à sa juste valeur l'œuvre extraordinaire des géologues russes, et en môme temps pour ne pas perdre de vue l'échelle à laquelle on doit toujours se reporter dans ces sortes de comparaisons, il convient de rappeler que la longueur de cette coupe, entre le poste de Khamneïsk et la rive sud du Baïkal, est de 130 kilomètres, c'est-à-dire qu'elle équivaut à peu près à la distance qui sépare Pallanzade Lucerne. N'oublions pas qu'un peu plus au Nord, au tunnel de Zyrkousoun, la présence de la direction N.W. (Saïan) est certaine. Ces observations indiquent qu'il y a peu de chances de retrouver au Sud du Baïkal le noyau interne du faîte, caractérisé par une direction méridienne, dont les traces probables ont été signalées sur les pentes du Primorskii Khrébet. 11 n'est pas encore possible, à l'heure actuelle, de se rendre un compte exact de la façon dont se comportent à leur contact, au Sud du lac, la direction du Baïkal (N.E. et E.N.E.), qui règne dans toute la partie orientale du faîte, et la direction du Saïan (NW. et W.N.W.), qui caractérise toute la région de l'Ouest. Il ressort nettement de l'exposé d'ensemble donné par Obroutchev que la direction

1. L. Jaczewski, Mém. cité, p. 9-14. D'après la carte russe à Techelle de 40 yerstes au pouce, le col de Chibelskaïa est situé à 65 verstes du point le plus rapproché de la Djida (près de Tsakirskala Karaoula) et à 60 verstes du point le plus rapproché de la rive du Baïkal (à TEst de Koultouk).

du Baïkal se retrouve au Khamar-Daban, sur la rive gauche de la Sélenga, que, de plus, au Khrébet Borgoïskii, dans le prolongement du horst Tsagan-Daban, elle empiète sur la rive droite de ce cours d'eau, et qu'elle dépasse également la Sélenga dans les montagnes situées au Sud de la Djida, dans le prolongement du même Tsagan- Daban. Mais on constate en même temps que des déviations parallèles à la direction de Saïan se présentent déjà bien plus au Nord-Est, en particulier dans certaines parties du Khamar-Daban*. Les Monts Chondagar, situés au Sud-Est du Baïkal, à peu près sur le méridien de Taxe probable de compression maximum, sont, à ce que m'apprend M.Obroutchev, disloqués d'une façon si énergique et si confuse qu'il n'est guère possible d'y reconnaître, quant à présent, une direction maîtresse.

Les observations précitées de latchevsky nous ont permis de distinguer, entre l'extrémité sud du Baïkal et la frontière mongole, deux grandes zones d'une largeur à peu près égale, celle du Nord étant caractérisée par la direction du Baïkal et celle du Sud par lu direction du Saïan. La zone septentrionale est difficile à suivre vers l'Ouest. Czekanowski signale seulement sur le cours moyen du Tibelti (affluent de droite de l'irkouta) du gneiss dirigé E.N.E. ; mais à Koultouk aussi bien qu'au Nord-Ouest, dans la gorge de l'irkouta, et à l'Ouest, autour de Tounkinsk, la direction du Saïan a été constatée partout^.

7. Saïan OrientaL — Le Saïan est représenté d'ordinaire comme une chaîne de montagnes ayant la forme d'un crochet, dont les deux branches, le Saïan Oriental ou Ergik-Targak- Taïga et le Saïan Occidental ou Khabin-Dabata, convergent au Nord et viennent se réunir un peu à l'Est du 96® méridien. Les études récentes ne sont pas en harmonie avec cette conception, et nous considérerons ici les deux branches dont nous venons de parler comme des chaînes de montagnes distinctes. De fait, l'on constate que le Saïan Oriental possède, au delà du 96^ de long. E., un prolongement autonome dont la direction reste la même, W.N.W. C'est ainsi que, d'après Ijitzky, le col qui fait communiquer à travers ce prolongement le versant de la Kana et celui du Petit Agoul atteint encore

1. W. Obroutchew, Recherches géologiques dans la Transbaïkalie sud-occidentale en i897, r. f. (Explor. Ch. de fer de Sibérie, X VIII, 1899, p. 25).

2. Czekaaowski, dans Téd. russe de K. Hittcr, Géographie de l'Asie, Sibérie Orientale, etc., I, 1894, p. 108; autres renseignements sur la gorge de Tlrkouta, I, p. 127; pour Koultouk, II, p. 13, etc. Les données sur la vallée de l'Ospa sont très contradictoires.

2393 mètres. Dans les montagnes neigeuses du bassin supérieur de la Kana, qui en font partie, plusieurs cimes dépassent 6000 pieds [1 800 m.] ; la chaîne se poursuit alors en diminuant d altitude, mais en conservant une largeur notable, dans la direction de la rivière Mana; elle est ensuite coupée par le lénisséi, à peu de distance au Sud de Krasnoïarsk, puis se redresse au delà de ce fleuve pour former les collines de Gremiatchin et disparait enfin sous les dépôts récents avant d'atteindre la route postale, près d'Atchinsk.

C'est là seulement que se termine Talignement du Saïan Oriental, qui se prolonge sur un millier de kilomètres.

Dans ce paragraphe, il ne sera question que du Saïan Oriental ou Ergik-Targak et de ses prolongements, et non du Khabin- Dabata.

Les altitudes sont beaucoup plus fortes qu'en Transbaïkalic, mais les terrains sont les mêmes. Une division inférieure comprend des gneiss, des granités et des roches amphiboliques, une division supérieure comprend, outre des roches gneissoïdes, des micaschistes, des schistes talqueux et chloriteux et des serpentines, puis de la Baïkalite, c'est-à-dire un calcaire grenu à pyroxène,type très répandu dans la région. Il faut ajouter à cette liste des intrusions postérieures de granité et de syénite, des filons de diorite, et les laves basaltiques qu'on observe dans un grand nombre de localités.

Des environs du goletz de Chibé, dont nous avons donné la description d'après latchevsky, de hautes montagnes servant de ligne de partage entre la Sélenga et l'irkouta courent à l'W.N.W. et portent vers Textrémité Nord du lac Kossogol le sommet culminant du Saïan Oriental, le Mounkou-Sardyk, dont l'altitude est de 3400 mètres. En partant de ce massif, le Noukhou-Daban, qui sépare l'irkouta de l'Oka, marque la jonction avec les Alpes de Tounkinsk, Au N.N.W., la crête de rilteï-Daban aboutit aux Alpes du Kitoï. A rW.N.W., TErgik-Targak se prolonge en jouant le rôle de ligne de faîte entre l'Angara et l'Oulou-Kem ; les cotes y dépassent souvent 7000 pieds [2133 m.].

Le Mounkou-Sardyk n'est accessible que par le Sud ; Radde s'y est élevé jusqu'à environ 60 pieds [18 m.] au-dessous du sommet; Peratoltchin l'a gravi en 1896. Des laves basaltiques prennent part à la constitution de ses contreforts méridionaux. Un fragment d'une coulée fort vaste forme la montagne tabulaire du langit; il est assez singulier de constater dans les roches anciennes du langit la direction E.N.E., celle du Baikal. Radde a franchi le langit et y a

trouvé du calcaire et du granité, et, plus haut, du granité et de la syénite*. latchevsky fait remarquer que les montagnes situées à TEst du Kossogol ne s'élèvent qu a 200 ou 250 mètres au-dessus du lac, dont la surface se trouve à environ 5 300 pieds (1 615 m.), tandis que les montagnes situées à TOuest sont beaucoup plus élevées. La rive occidentale correspondrait à une cassure. La partie nord du

Fio. 12. — Golotz couronné do laves basiques, sur lu rivo droite du Tsagan-Kbari (affluent de gauche du Kitol; partie orientale des gollzi de TOspa). — D'après une photographie communiquée par M. latchevsky.

lac est dans le granité et les schistes cristallins, la partie sud dans du calcaire, et nous verrons plus loin que ce calcaire se prolonge à une grande dislance dans la direction des Monts Tannou-Ola. Du

1. G. Radde, Bericktc über Reisen im Süden von Ost-Sibirien ausgeführt in den Jahnen i855 bis incl. iS59 (Beiträge zur Kenntniss des Russischen Reiches, herausgegeben von Baer und Helmersen, XXIII, 1861, p. 96),- éd. russe de K. Ritter, Géographie de VAsie. Sibérie Orientale, etc., I, p. 46, 50; S. P. PeratoUchin, Ascension du Mounkou Sardyk pendant Vété de i896j r. (Izviestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Oéogr.,XXVni, 1807, p. 270-279, carte.)

basalte et du trachyte apparaissent en plusieurs endroits au voisinage du lac*.

Tchersky a depuis longtemps reconnu que dans les hautes montagnes qui, au Nord, font face au Mounkou-Sardyk, la forme extérieure ne concorde pas avec la structure. Les vallées ont été formées par Térosion et recoupent la direction des couches, qui ordinairement, mais pas toujours, s'orientent W.N.W. ou N. W. Parfois, d'ailleurs, il se produit le long des hautes croupes qui séparent les vallées, des arêtes obliques, à section triangulaire, dont

Fio. 13. — Nappes basaltiques surélevées, dans la région des sources de l'Ospa (les coulées successives sont en partie recouvertes de neigej. — D*aprés une photographie communiquée par M. latchevsky.

la direction coïncide avec celle des roches. Dans les Alpes de Tounkinsk, une foule de sommets atteignent 8 000 pieds [2 400m.], et les Alpes du Kitoï sont plus élevées encore^.

1. L. latchevsky, Rapport sur V Expedition Prein-Iatchevsky ; lettre datée de la mission de Mondin (Klianginskata Karaoula), •'* juillet 1887\, r. (Izviostiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Géogr., XVII, n« 3-4, 1886, p. 212-221, 1887).

2. Autant que je puis le conclure des données dont je dispose, la direction W.N.W. ou N.W. (celle du Saïan) a été constatée : dans la croupe de l'Elov et toute la partie adjacente des Alpes de Tounkinsk jusqu'au cours inférieur du Djemtchoug, en amont de Tounkinsk, sur les pentes du Saïan, et jusque dans la vallée de la Bogdachka (au Nord du Nilan-Saram), sur le versant septentrional des Alpes du Kitoï. Mais déjà, dans la vallée du Kitoïkin (au Sud du Nilan-Saram),puis dans la vallée du Khongoldeï dans les

Digitizectby

Dans cette région du Kitoï, Tchersky a vu le premier, à son grand étonnement, des laves couronner le Mounkou-Sagan-Khardi/k (ou Ospinskii Goletz). L'ascension a été tentée en compagnie de Härtung. L'Ospa fut franchie à 94S mètres; à 2050 mètres, les deux voyageurs atteignirent les yourtes d'été des Soïotes. Après avoir gravi dos pontes do schistes talqueux et chloriteux, de roches analogues à dos diabasos et de calcaire grenu, ils arrivèrent h doux couloirs très olovos, aboutissant à une pointe de couleur sombre qu'on distinguait déjà du fond do la vallée. Là, à 2 S84 mètres, un conglomérat do blocs anguleux, dont quelques-uns sont en lave foncée, repose sur les tranches des bancs calcaires. Au-dessus vient une lave basaltique, qui forme la pointe tout entière. Sa stratification horizontale décèle les traces d'au moins huit coulées.

De l'une de ces corniches délave, à 2640 mètres, nos voyageurs enfilaient du regard, vers le Nord, toute la vallée de l'Ospa; dans le chaos des cimes, ils distinguaient, à un niveau plus élevé que leur observatoire, des montagnes tabulaires répondant à une mémo nappe de laves horizontales, nappe profondément découpée et morcelée parles vallées actuelles.

L'altitude des pointes sombres fut évaluée à 9462 ou 9662 pieds (environ 2900 mètres). De loin, la cime culminante du massif avait l'aspect d'un dôme neigeux entouré d'une couronne de pointes * .

C'est le même spectacle que nous avons signalé au Sud du Baikal .

Au Nord-Ouest de ce sommet et des Alpes du Kitoï est situé le haut Botogolskii Goletz, et dans son voisinage immédiat, en pleine solitude, se trouvent les mines de graphite autrefois exploitées par un Français, M. Alibert. Il y a là une intrusion de syénite dans du calcaire, et le graphite se rencontre dans l'auréole de contact*.

Alpes dp Tounkinsk, et dan» toute la coupe du Mounkou-Sîigan-Khardyk dans los Alpes du Kitoï, cette fixité disparait; et même, plus à l'Ouest, on a souvent observé la direction N.E. (celle du Baïkal), ou encore E.-W.

1. Édition russe de K. Ritter, Géographie de l'Asie. Sibérie Orientale, etc., I, p. 213 et suiv. Le lac Utchir, situé à environ 40 verstes de ce point vers l'W.S.W., dans les montagnes du Kitoï, bien qu'il décharge ses eaux dans Tlrkouta, est de même encaissé dans ces plateaux de lave. La surface de contact atteint, comme on l'a vu, 2584 m. au Mounkou-Sagan-Khardyk et s'abaisse à 2266 m.; elle descend à 2 180 m. autour du lac Utchir, qui est bordé de roches archécnnes, et à 2148 m. sur les flancs d'un sommet voisin portant le nom caractéristique de « Petite table r> (Tchersky, dans Ritter, 1, p. 246) — Pour une érosion de 300 m. dans les micaschistes depuis l'époque pliocène, avec couronnement de laves, voir M. Boule, Bull. Service Carte géol. de la France, n» 73, Tome XI, 1899-1900 : Comptes Rendus des collaborateurs pour 189», p. 37 (129), et fig. 1, 2.

2. I. B. Auerbach, Bull. Soc. Imp. des Naturalistes de Moscou, XXIX, séance du 16 février 1856, p. 155-158 ; description minéralogique du grapliite; K. Ritter, Géographie de VAsie. Sibérie Orientale^ etc., r., 1, p. 257 et suiv. ; et surtout L. Jaczewski, Le

Au Sud de cette localité naît un sillon longitudinal très élevé, qui se prolonge sur 300 verstes au moins et où se rassemblent les eaux du versant nord du Saïan Oriental; des arêtes de partage secondaires le divisent en tronçons successifs, drainés par les grandes vallées transversales de TOka, de i'Iia et de TOuda, qui se dirigent vers le Nord.

Au point où rOka, faisant un coude, sort de cette vallée longitudinale pour entrer dans sa vallée transversale, à 4300 pieds d'altitude [1310 m.], se trouve le poste d'Okinskii. Là, dans la vallée d'un affluent, le Djounboulak, entre des parois de granité et de calcaire, une coulée de basalte provenant des hautes montagnes descend jusque dans la vallée de TOka, à 25 verstes de ce poste. A une altitude de 6 200 pieds [1890 m.], dans le bassin du petit cours d*eau qui porte le nom de Khikouchka, où les murailles rocheuses, atteignant 7200 pieds [2200 m], sont formées de calcaire tandis que le fond de la vallée est en lave, Kropotkin a découvert un cône de scories et de lave poreuse d'environ 400 pieds [120 m.] de hauteur, avec une dépression en entonnoir au sommet. Une vallée voisine abrite un cône analogue. Kropotkin regarde Tun et l'autre comme des bouches d'éruption*.

Plus au Nord-Ouest, les parties internes des hautes moRtagnes sont peu connues ; mais à en juger par la structure des avant-monts, autant qu'elle a été étudiée par Hof mann et Ijitzky, notamment sur les bords de l'Ouda, il est vraisemblable que la direction générale, ici encore, est celle du N.W ou de TW.N.W.*. Hofmann, en particulier, a constaté à une grande distance encore dans l'intérieur de la chaîne, dans la vallée d'une des branches supérieures du Koutar (affluent de gauche de la Birioussa), la Kamenka, la direction W. N.W. [hora 7 Yä)> affectant des calcaires et des diabases, puis des talcschistes, des porphyres et des br^ches porphyriques ; cette vallée est située entre 96** et 97** de long. E., c'est-à-dire au voisinage de la région où l'on croyait que le Saïan Oriental s'infléchit pour passer au Saïan Occidentale

(fiaement de grapltitite de J. P. Alibert au sommet du i^ocher Botolgoskj/ (Botogolakygoletz), r. f. (Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, XI, 1899, p. 19-56).

1. Géographie de l'Asie, Sibérie Orientale, etc., I, p. 24 et suiv. Tchersky a jadis combattu cette opinion ; mais comme on a décoavert depuis, dans plusieurs localités de rintërieur de la Sibérie, des points d'éruption, je ne vois aucun motif sérieux de doute.

2. E. Hofmann, Reise nach den Goldwäschen Sibiriens (Beiträge zur Kenntniss des Russischen Reiches, XII, 1847, p. 108, 117, 119, 123, 131, 140;: N. Ijitzky, Erplorations géologiques le long du chemin de fer de Sibérie en iS94, r. f. (Explor. etc.. III, 1896, p. 80, 84, carte IV.)

3. Hofmann, Mém. cité, p. 140. Sur la haute Birioussa, quelques observations don-

Le versant sud du Saïan Oriental est très différent du versant nord. On n'y voit pas une bordure paléozoïque ou du moins une pente à peu près uniforme, comme sur le versant nord. On peut d'ailleurs y distinguer, jusqu'au Khabin-Dabata, trois grands bassins de réception, mais ils sont si élevés qu'ils font plutôt l'effet de dépressions accidentant une plate-forme commune, qui rattacherait le Saïan Oriental aux reliefs de la Mongolie situés plus au Sud.

Le premier bassin est celui du Kossogol, dont il a déjà été question. La surface de ce lac, comme on Ta vu, est à 5300 pieds 1 615 m.] au-dessus de la mer.

Dans le second bassin, enveloppé par les contreforts méridionaux du Saïan Oriental, se trouvent, à plus de o 000 pieds d'altitude [1 500 m.], le lac Dod-Nor et un laç plus petit, le Tourgo-Nor, l'un et l'autre, d'après Potanin, entourés d une couronne de laves basaltiques, qui d'ailleurs ne s'étend pas au delà dans les environs. Des rochers de schiste et de calcaire percent à travers ces laves et leur font une ceinture. Le Chichkil, c'est-à-dire la branche tout à fait supérieure du lénisséi, à la sortie du Dod-Nor, coule sur du basalte *.

Le troisième bassin, la large cuvette à'Ouriankhaïsk^ est arrosé par les affluents du Beï-Kem, également tributaire du lénisséi par l'Oulou-Kem. Ce bassin qui, sur nos cartes, occupe l'espace compris entre le Saïan Oriental et le Saïan Occidental, a été exploré par Krylov et Saïtzcv; il y aura lieu d'y revenir lorsque nous étudierons le cours supérieur du lénisséi. Dans cette région se greffe sur la chaîne maîtresse du Saïan Oriental le puissant massif, aux cimes escarpées, de VOulou-Taïga; Krylov l'a vu, au mois d*aoùt, tout couvert de neige, jusqu'au niveau des contreforts qui l'accompagnent au midi. Ces avant-monts, pour autant qu'on les connaît sont formés de gneiss (région des sources de l'Assas, 2214 m.) et de granitite (sommet de l'Oïba-Taïga dans la région des sources du Khamsar, 2 066 m.). Sur les hauteurs de l'Assas affleure en outre du mélaphyre. Le gneiss et le granité descendent très bas dans les

ncnt, il est vrai, la direction E.-W, mais la prépondérance do la direction N.W. est hors de doute.

1. 0. N. Polaniu, Esquisses du Nord-Ouest de la Mongolie^ r., in-S", St.-Pétersbourg, 111, 1883, p. 172. Tous les basaltes recueillis par Potanin au Dod-Nor et aux environs du Kossogol sont des basaltes à plagioclase typiques; P. Venukov, Sur quelques basaltes du Nord de l'Asie, r. (Trav. Soc. des Naturaliste» St.-Pétersbourg, XVI, 1885, p. 287-309, en particulier p. 299). [Voir aussi P. Venukoff, Les roches basaltiques de la Mongolie, r. f. (Vcrhandl. Russisch-k. Mineralog. Ges., 2. Ser., XXV, 1888, p. 228-303, pi. lll).l

vallées. Dans les parties profondes de la cuvette, le porphyre quartzifère constitue de nombreuses éminences le long de T Assas (à H 22 m.); du basalte se montre sur la rivière lissouk (à H 67 m.). Sur le cours inférieur de TAssas, on connaît encore du gneiss à 924 mètres*.

Les hautes montagnes qui, au delà du 96® de long. E., prolongent réellement le Saïan Oriental en suivant la direction caractéristique du W.N.W., et qui, en même temps, forment la ligne de partage entre la Touba et la Kana, ont été explorées par Klémentz et surtout par Ijitzky. Vers le Nord, du côté des rivières Agoul et Koungouss, du porphyre présente un grand développement, mais les hautes crêtes et les « goltzi » qui s'alignent à TW.N.W. sont principalement formés de gneiss et de granité à amphibole. Des roches quartzitiques sont, signalées sur la croupe dénudée des Kayiskoié Biélogorié (2 020 m.), et au point culminant de l'itinéraire décrit, le col entre la Kana et le Petit Agoul (2 393 m.)^

Les Odinskoïé Biélogorié et leurs prolongements granitiques aboutissent au bassin de la haute Mana. Bogdanovitch et ses collaborateurs ont publié une carte de cette région. On y voit la direction W.N.W. ou N.W. se poursuivre en traversant le Iénisséi\ Dans ces parages, où le prolongement du Saïan Oriental vient se terminer vers TOuest, les granités et les porphyres, qui correspondent probablement à des intrusions plus récentes, se multiplient*. Au delà du lénisséi, les granités affleurent encore au Nord- Ouest, puis ils finissent par disparaître sous les dépôts modernes*.

11 est nécessaire de jeter un coup d'œil sur les plis marginaux au Nord du Saïan Oriental .

Les plis marginaux qui s'étendent au Sud du massif granitique de Nijné-Oudinsk ont déjà été mentionnés*. Ensuite, le long du

\. p. N. Krylov, Voyage dans la région d'Ouriankhaïsk en 1892, r. (Izviestiia Soc« Imp. Russe de Géogr., XXIX, 1893, p. 274-291, carte); A. Saïtzey, Matériaux pétrogra» phiques recueillis par MM. Krylov et Klémentz dans les Monts Saïan et dans la région d'Ounankhaïsk, r. (Izviestiia Université de Tomsk, IX, n" 6, 1896, 23 p.).

2. N. Ijitzky, Recherches géologiques faites en i893 dans les régions de Krasnoîarsk et Kansk, gouvernement de lénisséisk, r. (Gornyi Journal, 1895, II, p. 53-93).

3. Ch. Bogdanowitsch, Sur les recherches géologiques faites en i893 le long du chemin de fer de la Sibéine moyenne , r. f. (Bull. Comité Géol. St.-Pétersbourg, XII, 1894, p. 229-280, carte géol.; Gornyi Journal, 1894, II, n» 9, p. 337-382, carte géol., et n" 10, p. 72-108, cartes, r.). Les terrains paléozoïques de ce chaînon sont désignés sur la carte par les symboles Sj et Di.

4. Au versant méridional de ce chainon appartient aussi le district minier dlrbiû; B. K. lavorovsky, Gornyi Journal, 1894, II, et ailleurs.

5. L. latchevsky. Compte rendu préliminaire des recherches géologiques faites en 1893 dans le gouvememement de Iénisséisk,r. (Gornyi Journal, 1894, II, p. 305, 315).

6. Je n'ai pu arriver à savoir si le granité qui figure sur la carte do Brousnitzin le long du Toumantchet (Explor. géol. Gh. de fer de Sibérie, XII, 1899) représente réelle-

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