‹ La face de la terreChapitre 17 sur 137 · P. Kropotkin et I. Poliakov, Rapport cité, p · texte numérisé non relu

P. Kropotkin et I. Poliakov, Rapport cité, p

2. W. Obnitschew, Geologische Untersuchung des Gebirgslandes von Olekma-Witim und seiner Goldlagerstätten, Vorläufigem* Bericht, r. a. (Izvestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Géogr., XXII, n» 2-3, 1891, p. 24-100,2 cartes, 1 pl.; XXIII, n« 3, 1892, p. 1-27). [Tout récemment, A. Ghérassimov a décrit la structure de la vallée supérieure de la Tchara, qui pourrait bien faire partie des prolongements du Khrébet Kropotkina : les roches y sont orientées W.N.W, (300'»), et forment une série d'écaillés (Verhandl, Russisch. -k. Mineralog. Ges., 2. Ser., XXXVIII, 1900, p. 47 et suiv.).]

3. I. A. Lopatin, Journal de V Expédition du Vitim en iSßOy rédigé par E. K. Po- Jénov, r. (Zapiski Soc. Imp. Russe de Géo^., XXVIII. n» 1, 1895, xiv-283 p., carte

sensiblement avec la Transbaïkalie. Les travaux précités de Kropotkin et de Lopatin sont les sources principales pour la connaissance du Nord. Au Sud viennent s'y rattacher les études exécutées à l'occasion de rétablissement du Chemin de fer transsibérien (fig. 8). L'espace compris entre la Sélenga et le confluent delà Chilkaavec l'Argoun a été exploré par Obroutchov et ses collaborateurs Ghérassimov ot le prince Ghédroïtz : Obroutchev a examiné la partie qui s'étend de la. Sélenga à Tchita, Ghérassimov la partie médiane jusqu'à rOnon, et Ghédroïtz l'Est*.

Je dois dire ici, avec l'expression de la plus vive gratitude, quo M. Obroutchev m'a non seulement adressé de nombreuses communications manuscrites, mais que, pendant la rédaction des pages suivantes, il a bien voulu, à plusieurs reprises, m'aider de son expérience et de ses avis; en sorte que tout ce qu'on va lire sur la structure de la Transbaïkalie ou, du moins, tout ce qu'il peut y avoir d'instructif dans ces détails, doit être attribué à son obligeante collaboration et à ses conseils.

La bordure paléozoïque qui, au Nord et à l'Ouest, sépare de la Lena le haut massif du Patom, apparaît aussi sur le cours inférieur du Vitim; là, sa largeur atteint une quarantaine de verstes. Vers l'Est, comme on l'a vu, le Vitim traverse le prolongement de ce massif, dirigé S.W. Un peu plus à l'Est s'introduisent, au Nord du Vitim, les faisceaux de plis du Khrébet Kropotkina, dont la

géol.); B. Polenov, Die massigen Gesteine vom nördlichen Theile des Witim- Plat eau, Ostsibirien, r. a. (Trav. Soc. Naturalistes St.-Pétersbourg, Section de Géol. Mineralog.. XXVII, 1899, p. 89-482, 3 pi.). Les collections de Kropotkin ont malheureusement été anéanties par l'incendie du Musée d*Irkoutsk. — Il est fort à regretter que Joseph Martin n'ait livré à la publicité que peu de renseignements sur son voyage de l'Olekma au Vitim. Les échantillons recueillis ont été perdus; on sait seulement que cet explorateur a trouvé dans le Nord du granité, et, à partir du lac Amadis,des schistes et des terrains stratifiés. Au Sud du lac Nitchatka, il attribue à la ligne de faîte une altitude de 2 500 à 3 000 métros ; je n'ai pu parvenir à rien apprendre de plus sur la présence d'une chaine aussi élevée. Il existe aussi des indications sur l'existence de hautes montagnes le long du Kalar, mais elles ne sont pas mieux assurées; Voyage de M. Joseph Martin dans la Sibérie Onentale (Compte rendu Soc. Géogr. Paris, 1887, p. 219-236, carte; en particulier p. 228).

1. Les rapports correspondants de Obroutchev, Ghérassimov et Ghédroïtz forment les livraisons VI 1897, X 1898, XVIII 1899 et XIX 1899 des Explorations géologiques et minières le long du chemin de fer de Sibérie, r. f. ; la dernière livraison renferme une carte géologique générale du pays. En 1899, Obroutchev a donné un résumé d'ensemble, avec carte tectonique, au VII* Congrès International de Géographie de Berlin (Verhandl. des Siebenten Internat. Geographen-Kongresses, II. Theil, 1901, p. 192-206, carte), de même que dans V Aperçu des explorations géologiques et minières le long du Transsibérien publié par le Comité géologique de Russie (Exposition Universelle de 1900 à Paris), in-8'*, xiu-200 p., carte-index et carte géol. Dans le dernier de ces documents, les cassures de la région orientale sont désignées sous des noms spéciaux (p. 142 et suiv.).

tio

en .O

ja :®

o CO

Sa

os «2

a QÔ o S

^ it^-

connexion avec les montagnes archéennes n'est pas parfaitement élucidée, mais qui limitent nettement le massif.

Dans la contrée sauvage qui vient au Sud, et qui s'étend à TEst et au Nord-Est du Baïkal, on peut, d'après Kropotkin, distinguer trois éléments orographiques indépendants, savoir : les deux chaînes Mouïskii du Nord et du Sud, chaînes qui sont séparées par la large vallée de la Mouïa, puis, au Sud-Est de la seconde, le vaste plateau du Vitim. Essayons à notre tour de subdiviser le pays, en nous appuyant en même temps sur les études de Lopatin, au Nord, et sur les travaux plus récents, au Sud.

1 . La chaîne Mouïskii du Nord est formée de deux parties : au Nord, les Monts Delioun-Ouran, dans la constitution desquels le granité syéniiique joue un grand rôle, et au Sud les Monts Mouïskii du Nord proprement dits, correspondant à un anticlinal de gneiss orienté S.W., avec un axe de granité et de puissants filons de diorite. D'après Kropotkin, cette chaîne a pour prolongement direct au S.S.W. les Monts Bargouzin, qui forment la rive nord-est du Baïkal et prennent vers leur extrémité méridionale le nom de Tchivyrskoutskii. De Tautre côté, comme Kropotkin Ta déjà reconnu également, ces montagnes se rattachent au Sviatoï Nos et se poursuivent même en biais, au delà du Baïkal, sur la rive occidentale, à travers Vile Olkhon,

Les Monts Bargouzin se terminent du côté du Sud-Est, au Nord du 54** de lat. N., par une gigantesque muraille rocheuse, dominant la vallée du même nom ; à leur constitution prend part copime terrain essentiel, notamment au Sud-Ouest, un granité porphyroïde ; c'est sans doute à la présence de cette roche qu'il convient d'attribuer la forme exceptionnellement dentelée des cimes. Au Sud, près de la localité de Bargouzin, il y a des avant-monts où affleurent des roches très variées, par exemple des syénites, des syénites augi tiques et un calcaire cristallin avec paillettes de mica^

La large vallée de la Bargouzina est en partie remplie de couches tertiaires d'eau douce. Cette dépression se prolonge assez loin au Nord-Est par la vallée d'un affluent, la Djirga, et elle se présente comme le prolongement au Nord-Est de la moitié méridionale du Lac Baïkal, Le faîte de partage entre la Djirga et la haute Tsipa, de même que le cours supérieur de la Tsipa, ont été vus par Lopatin dans une saison où le sol était couvert de neige, et sont peu con-

1. Polenov, Die mcLssigen Gesteine vom nordlichen Theile des Wilim-Plateau, p. 100; Schwarz a déjà exprimé une opinion analogue pour le Nord-Ëst du Baikal (comp. Kropotkin, Rapport sur l'Expédition à VOlekma et au Vitim, 1873, r., p. 34ö).

nus. Mais la vallée de la Tsipa suit exactement Talignement de la vallée de la Bargouzina ; après s'être élargie et avoir abrité le grand lac de Baountov, elle finit par prendre Taspect d'une dépression large et marécageuse, à travers laquelle la Tsipa, encadrée de nombreux pelits lacs, poursuit son cours. Cette dépression du lac de Baountov et de la Tsipa forme la limite entre les Monts Mouïskii du Sud et le haut pays du Vitim.

D'après cette manière de voir, c'est-à-dire si Ton admet que la ligne de la Tsipa est le prolongement de la ligne de la Bargouzina, les deux chaînes des Monts Mouïskii seraient situées au Nord de cette ligne de démarcation. D'après Kropotkin, au contraire, le Mauïskii du Sud se prolongerait par la ligne de faîte précitée entre la Djirga et la Tsipa, dans les hautes montagnes de VArgoda et de Vlkat^ situées à TEst de la Bargouzina. Ces montagnes, dont la chute sur la vallée de Bargouzin est également brusque, sont très différentes des Monts Bargouzin, qui leur font face; elles sont plus élevées (2 000 m.), et leurs sommets, formés de gneiss, sont toujours arrondis.

2. Le massif du Vitim est limité au Nord par un long escarpement, courant au N.E., à partir de la région comprise entre le Vitimkanetle Vitim, et formant le bord méridional de la dépression du lac de Baountov et de la Tsipa moyenne. Une zone large et continue de schistes cristallins ménage la jonction avec les Monts de TArgoda et de ITkat. En dedans de cette zone schisteuse, le pays, assez élevé, est constitué par du granité et de la syénite, recouverts parfois de dépôts d'eau douce tertiaires ou de nappes basaltiques.

La partie située à l'Ouest du Vitim est surmontée de chaînons bas, parallèles aux reliefs plus élevés de l'Ikat et courant au N.E. ; mais dans la boucle du Vitim et plus à l'Est, le sol s'étend sans présenter aucune saillie notable à une altitutle moyenne de 3000 pieds [900 m.]. Dans cette même boucle du Vitim, Lopatin découvrit des épanchements de basalte fort étendus, qu'il traversa sur une largeur de 40 verstes. La surface du terrain est absolument plate, abstraction faite des gorges profondes et très encaissées que la Djilinda et le haut Âmalat ont creusées dans son épaisseur. Lopatin y a vu de petits cônes de scories avec des cavités circulaires remplies d'eau, que Polénov regarde comme les restes de solfatares *.

Les montagnes de l'Ikat et de l'Argoda, situées à l'Est de la val-

l. Polenov, Die massigen Gesteine vom nördlichen T keile des Witim'Plateau, p. 348.

I6e de Bargouzin, ot en môme temps une notable portion du plateau du Vitim, se prolongent plus au Sud-Ouest en allant se rattacher aux Monts Oulan-Bourgassi, Nous arrivons ainsi au bord sudest du Baïkal et au champ d'études d'Obroutchcv et de ses collaborateurs. Les contreforts des Oulan-Bourgassi ou Monts de Kourbin sont traversés par la Sélenga près de Verkhné-Oudinsk, et leur direction se prolonge dans le Khamar-Daban ; à cette chaîne succède, avec une direction un peu différente, tournant au S. S.W., la courte arête des Monts Khambinskii.

Les dernières chaînes dont nous venons de parler sont toutes formées de gneiss et de schistes anciens, avec affleurements isolés de granité. Dans les Monts de Kourbin, on trouve les directions E.-W. et W.N.W., parfois N.N.W. ou N.N.E. ; des massifs calcaires s'alignent à TE.N.E. Dans le Khamar-Daban, sur la rive droite de la Sélenga, les terrains anciens s'orientent E.N.E. et N.E. ; c'est donc la direction du Baïkal qui domine, quoique certains indices annoncent déjà celle du Saïan. Toutefois, le dessin des montagnes n'est pas déterminé par cette orientation, mais par une longue zone de fractures qui en suit le bord méridional.

Cette zone n'est pas rectiligne. Elle commence avec le fossé, dirigé un peu plus à l'S.S.W., qui est situé au pied méridional des Monts Khambinskii et dans lequel se trouve le Lac des Oies [Goussinoïé]. Cet effondrement est jalonné par diverses roches eruptives, et les couches tertiaires, qui contiennent des lignites, s'y montrent elles-mêmes disloquées.

Avant d'atteindre la Sélenga, les failles bordières de cette dépression, dirigées d'abord N.N.E. , tournent au N.E. etàTE. N.E. ; elles franchissent la Sélenga près de Verkhné-Oudinsk et forment alors, sur la rive septentrionale de l'Ouda, le bord méridional du Khamar-Daban et des Monts de Kourbin ; elles sont jalonnées par de nombreux pointements basaltiques. Là, l'Ouda occupe un long fossé. Encore à 300 verstes à l'E.N.E de Verkhné-Oudinsk, il existe des basaltes au Nord de ce cours d'eau. En suivant l'alignement de ce fossé, on arrive à l'important groupe de lacs qui caractérise la région de partage du côté du Vitim. Une rigole fluviale, le Kholoï, puis le tronçon moyen du Vitim lui-même prolongent ensuite jusqu'au delà du S4® de lat. N. ce long sillon rectiligne. D'après Ghérassimov, le Vitim suit sur ce parcours une vallée étroite, creusée dans les roches archéennes. Il existe dans cette vallée quelques gisements de couches tertiaires d'eau douce, contenant des Poissons fossiles et recouvertes par une nappe basaltique

dont Tépaisseur atteint de 15 à 30 mètres. Au delà, cette nappt^ horizontale de basalte s'étale sur les bords de Tlngour et de l'Olnaou, et il est possible qu'elle soit en continuité vers l'Ouest avec les grands plateaux basaltiques du bassin supérieur de TAmalat. C'est là précisément, au Nord de la Konda, affluent venant de droite, que Ghérassimov a découvert deux cônes volcaniques. L'un, situé à 5 ou 6 verstes du Vitim, sur un ruisseau appelé Kakirtaï, est formé de scories incohérentes et de lave ; sa hauteur relative est de 200 mètres, et l'auteur de la découverte lui a donné le nom de volcan Obroutchev, Le second, qui a été appelé volca7i Mouchkétov, est à 7 verstes du Vitim, sur l'Ingour, et couronne une table de basalte; dans le cratère se trouve un petit lac; sa hauteur relative est de UO mètres. Le basalte renferme des enclaves de granité '.

Nous considérerons donc ici le long fossé qui passe par le Lac des Oies, Verkhné-Oudinsk, le cours de l'Ouda, les lacs de la région du partage des eaux, le Kholoï et le cours moyen du Vitim comme une ligne disjonctive, peut-être interrompue par les roches archéennes au voisinage du faîte de partage, mais virtuellement continue en tracé et en direction, et rappelant en même temps la ligne Bargouzin-Tsipa, qui lui est à peu près parallèle.

Au Sud-Ouest, comme on l'a vu, cette ligne est déviée, dans la fosse du Lac des Oies, vers le S.S. W. La distance du Lac des Oies à la Sélenga est d'environ 120 verstes, et de là aux volcans du Vitim on compte à peu près 450 verstes ; mais plus à l'Est encore le Vitim continue à suivre, sur un long parcours, la môme direction.

3. A l'Est du fossé du Lac des Oies s'élèvent les Monts MonostoT, chaînon court, dont la direction est, par exception, N.N.E. ; ils se rattachent vers l'Est à la chaîne principalement granitique du Tsagan-Dahan, dont la largeur correspond à la distance qui sépare Verkhné-Oudinsk de Sélenginsk et dont les Monts de Khoudouii forment le prolongement à l'E.N.E.

Une nouvelle fosse longe cette chaîne au Sud. Le cours du Tougnouï, qui se jette dans le Khilok au Sud de Sélenginsk, est compris tout entier dans cette fosse ou bande d^effondrement; de nombreuses roches eruptives la caractérisent, et l'on y voit surgir le horst granitique des Monts du Tougnouï.

La fosse du Tougnouï se rattache à l'Ouest de Sélenginsk à celle du Lac des Oies. Une traînée de basalte jalonne sur 100 verstes de longueur son bord septentrional, en formant en même temps le

1. Le chercheur d'orBuivid paraît avoir attiré l'attention sur ces volcans, notamment sur le volcan Mouchkétov (Izviestiia Soc. Imp. Russe de Géogr., XXXIV, 1898,p. 222).

bord méridional du Tsagan-Daban ; puis, à l'E.N.E., la fosse se rétrécit et quelques pointements basaltiques indiquent seuls son prolongement dans la vallée de la Kitchenga.

4. Le honst suivant emprunte son nom aux Monts Sagaiiskii, lesquels sont constitués par des gneiss et des schistes anciens. Il comprend au Sud-Ouest les montagnes des bords de la Djida et celles qui s'étendent entre cette rivière et la Sélenga, puis la chaîne venant de Mongolie qui, entre Oust-Kiakhta et Troïtzkosavsk, pénètre en Sibérie. Celle-ci semble toutefois n'être que le prolongement de la moitié méridionale du horst, tandis que sa moitié septentrionale a disparu sous une épaisse masse de basalte, le Khrébet Basaltovii, ayant 60 verstes de long. Ce massif basaltique est très large ; le Tchikoï le traverse de part en part et Ton n'aperçoit jusqu'au niveau de la rivière que du basalte. A l'E.N.E. émerge alors la zone archéenne des Monts Saganskii, dont le prolongement ultérieur dans la même direction est formé par le Tsagan-Khountéi.

Le bord sud des Monts Saganskii est encore une fois jalonné par une fosse, qui reproduit les caractères des fosses du Lac des Oies et du Tougnouï et qui notamment va en se rétrécissant à l'E.N.E. Cette fosse du Khilok, encadrée des deux côtés par des basaltes, parait se perdre à l'E.N.E. Mais Ghérassimov en a retrouvé plus loin le prolongement, indiqué d'abord par quelques lambeaux de basalte, puis par une traînée porphyrique fort longue qui, en tournant peu à peu au N.E., accompagne le chapelet de lacs alignés sur le versant occidental des Monts lablonovii. Ghérassimov a même suivi la traînée en question jusqu'aux sources du Youmargon, affluent de droite du Vitim, par 53® de lat. N. Les deux horsts précités, le Tsagan-Daban et le Saganskii, ont perdu de leur importance au Nord-Est, et là, nous ne sommes plus qu'à une cinquantaine de verstes au S.S.E. des volcans du Vitim.

5. Les Monts Malkhan forment la partie principale du horst suivant. Cette chaîne émerge, aux environs de Kiakhta, d'un véritable déluge de roches eruptives, augmente de largeur à l'Est-Nord-Est, décrit un léger coude en prenant la direction N.E., puis se rétrécit notablement; c'est cette partie rétrécie du horst des Monts Malkhan, orientée N.B. ou N.N.E., qui, en s'abaissant vers l'Est sur la vallée de l'Ingoda et de la Tchita, forme la chaîne bien connue des Monts lablonovii. Celle-ci se prolonge encore au delà, d'après Ghérassimov, en conservant la même direction, sur la rive gauche de la Karanga.

La chute du lablonovii sur la fosse de l'Ingoda est de 800 à 1 000 pieds [2S0 à 300 m.] ; elle offre Taspect soit d'une muraille sombre, parsemée de taches discontinues de forêts, soit d'un talus de débris rocheux. La direction des bandes archéennes est E.N.E. et se trouve recoupée par Fescarpement, qui court au N.N.E. ^

Le lablonovii était regardé jusqu'à présent comme Tun des principaux gradins qui s'échelonnent dans l'Asie Intérieure. Cette conception provient sans doute de ce que tous les horsts et tous les « dos de pays » qui se succèdent plus à l'Est sont traversés par ringoda, puis par la Chilka. 11 en résulte que le voyageur venant de rOuest se maintient, jusqu'à la falaise du lablonovii, sur les hauteurs du massif montagneux, tandis qu'au delà il n'a plus aucune crête à franchir: sa route le conduit le long d'une vallée qui surtout son parcours, jusqu'au Khingan, est une vallée transversale.

La place manque pour décrire en détail les horsts suivants qui, tous, s'orientent E.N.E. Les premiers sont les Monts Tchersky (6) et les Monts de Daourie (7) ; une large zone de schistes métamorphiques, venant de Mongolie, empiète sur leur extrémité sudouest. Les Monts Borchtchevochtnii (8) ont une longueur extraordinaire ; ils sont traversés par la basse Ingoda et la haute Chilka, et au delà de Nertchinsk et de Strétensk s'introduit, à l'Ouest, la chaîne des Monts de la Chilka, Les schistes métamorphiques et les grauwackes jouent un rôle important dans la constitution des Monts Borchtchevochtnii ; ces roches sont dominées par des crêtes plus hautes et des « goltzi » de granité. Ghédroitz, dans les Monts de la Chilka, en suivant une traînée longue et étroite de pointements granitiques, s'est avancé jusqu'à la localité d'Ourioumskii, où commence le versant de la Mer Polaire (53<> 45' de lat. N.). C'est également au Borchtchevochtnii qu'appartient, au Sud-Ouest, le sommet le plus élevé de la Transbaïkalie, la cime porphyrique du Sokhondo (2516 m. )^

I.A. P. Ghérassimov, Compte -rendu sommaire des recherches géologiques faites en été i898 le long du Transsibérien entre Tchita et Nertchinsk^ r. (Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, XiX, 1899, p. 15); V. A. Obroutchcv, Recherches géologiques faites en Transbaïkalie de 1895 à i898f r. (Ibid., p. 108) [ai Aperçu des explorations géologiques et minières le long du Transsibérien ^ p. 142] ; voir aussi Obroutchev, Explor. géol. etc., VI, 1897, p. 26, et ailleurs.

2. G. Radde l'a déjà décrit dans ses Berichte über Reisen im Süden von Oat-Sibinen ausgeführt in den Jahren i855 bis incl. i859 (Baer und Helmersen, Beiträge zur Kenntniss des Russischen Reiches» XXIII, 1861, p. 456). J. Makérov a donné un tableau des montagnes qui environnent Akcha, sur l'Onon; Esquisse géologique des gites aurifères du bassin de V Amour ^ r. (Izvestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Géogr., XX, n» 3, 1889, p. 45 et 55).

IE FAITE PRIMITIF. ô«

Une large zone^de plaines, avec couches d eau douce tertiaires à Poissons associées à des basaltes, atteint ensuite, en venant du Sud- Ouest, la région des lacs Tareïskii, puis la vallée de TOnon-Borsia *. Pius à FEst, jusqu'à TArgoun, des roches volcaniques récentes débordent de la Mongolie sur Textrémité sud-ouest des bandes suivantes. Je dis des bandes, parce que, du moins dans la majorité des cas, des lignes de dislocation plus simples paraissent remplacer les fosses. Leur direction est la même que celle des horsts dont nous avons parlé, mais elles sont plus courtes. Ce sont les Monts Gasimoiir-Onon (9), le Nertchinskii (10), le Klitchk (H) et les Monts de rArgouni2), qui occupentla partie sud-est de laTransbaïkalie. Dans cette portion orientale du faîte, les chaînons sont bordés de dépôts marins d'âge dévonien moyen, et ainsi disparaît Tun des traits les plus caractéristiques de la portion centrale. Ces terrains paléozoïques s'étendent jusqu'à la Chilka. Des schistes métamorphiques et des roches du type des grauwackes s'y rattachent et, à partir de Strétensk et de Nertchinsk, atteignent au Sud-Ouest un grand développement dans le bassin de l'Onon . Peut-être le Carbonifère y existe-t-il aussi, et l'on voit en outre des sédiments légèrement plissés qui doivent appartenir à la série de l'Angara.

Les terrains volcaniques se poursuivent le long de l'Argoun, depuis la Mongolie jusqu'au coude de cette rivière près de Staro Tsouroukhaïtou ; puis ils retraversent l'Argoun en amont de Nertchinskii Zavod et les basaltes, les rhyolites et les trachytes prennent un grand développement. D'après Ghédroïtz, on observe non seulement des nappes, mais encore des « puys /> isolés, des bombes volcaniques et tous les symptômes d'une activité eruptive récente.

Au Sud de Nertchinskii Zavod, les roches anciennes se dirigent N. 10 à 20® E., tandis qu'au Nord de cette localité, et en particulier au Nord du 52^ de lat, N, , la direction des terrains est absolument différente et passe au N.N. W. Nous sommes arrivés au Grand Khingan, et en môme temps à la limite orientale du faîte.

L'un des résultats les plus importants des études de Ghédroïtz a été de montrer que le bord occidental du Grand Khingan passe en amont du confluent de l'Argoun et de la Chilka. Ce bord occidental

1. C'est à Middendorff qu'on doit la découverte do ces poissons fossiles {Lycoptera Middendorffi^ Müll.); Serguiéev a également décrit ces couches (Gornyi .lournal, 1897, I, p. 74); on trouvera des indications détaillées dans A. Guerassimow, Recherches géologiques le long du Transsibérien entre Tchita et Nertchinsk en i897f r. f. (Explor. géol. Oh. de fer de Sibérie, XVIII, 1899, p. 88.) Sur le bord do la dépression des lacs se montrent des terrasses ; c'est là que s'élève la croupe granitique d'Adon-Tcholon, connue par ses gitcs minéraux.

atteint l'Argoun un peu au-dessous de Nertchinskii Zavod, et la Chilka entre Gorbitza et Voskressensk *.

En général, on peut résumer les résultats obtenus par Obroutchev et ses collaborateurs de la façon suivante :

Dans toute la région comprise entre la rive nord du Baïkal et TArgoun, le plissement affecte la direction dite du Baïkal (E.N.E. ou N.E.); c'est seulement vers Textrémité sud du Baïkal qu apparaît, dans des cas isolés, la direction du Saïan. Au voisinage de lamphithéàtre, ce plissement est sans aucun doute d'âge précambrien; par contre, dans le Sud-Est de la Transbaïkalie, on voit le Dévonien et peut-être même les couches de TAngara participer au plissement. Nous admettrons, avec Obroutchev, que le plissement a continué au Sud-Est, en diminuant d'intensité, jusqu'à une époque tardive * .

Les fissures ou lignes disjonctivcs suivent de même un plan commun. Sauf quelques accidents transversaux de peu d'importance, que l'on relève dans la partie sud-ouest du Tsagan-Daban et du horst Saganskii, ces longs alignements épousent aussi, dans l'ensemble, la direction du Baïkal. Si l'on fait entrer en ligne de compte la régiou tout à fait septentrionale, on constate que la ligne de l'Olkhon et de la vallée de la Bargouzina est dirigée plus au N.E., celle qui passe au Nord du Lac des Oies, de TOuda et du Vitim plus à l'E.N.E., et que toutes les lignes suivantes jusqu'au versant oriental des Monts de Daourie ont une allure arquée, courant toujours à l'E.N.E., mais avec une légère convexité vers le S.E., tandis que plus à l'Est la direction rectiligne E.N.E. règne de nouveau. ^

En outre, trois effondrements en forme de coin, étages l'un en arrière de l'autre, prennent naissance le long des fosses qui s'étendent au Sud-Est du Baïkal : au Lac des Oies, sur le Tougnouï et sur une partie du cours du Khilok.

Ces fissures sont jalonnées sur de grandes distances par des roches eruptives. Les porphyres et les tufs qui les accompagnent semblent toujours être antérieurs aux basaltes. Les fissures ellesmêmes sont d'âge différent et les cratères du Vitim indiquent la persistance tardive du phénomène.

1. Prince Giédroic [Qhédroïtz], Explorations entre Slrëtensk et Pokrovskaîa, r. f. (Explor. géol. Ch. de for de Sibérie, VI. 1897, p. 124^ ; Rechet^hes faites en i897 dans la partiesud-esl de laTransbaikalie, r. f. (Ibid., XVIII,1899, p. 141 et suiv.).

2. Obroutchev, Recherches géologiques faites en Transbaïkalie de i895 à i898j r. (Explor. géol. Ch. de fer de Sibérie, XIX, 1899, p. 115) [et Aperçu des Explorations géologiques et minières le long du Transsiàérien, p. 151].

Les lignes disjonctives et les fosses atteignent leur expression la plus nette dans la partie occidentale de la région dont nous avons parlé, et où, d'ailleurs, il n'existe pas de plis récents. Là, on acquiert Timpression que des tensions se seraient fait sentir après le plissement, en se manifestant suivant une direction générale sinon identique, du moins très voisine, celle de TE.N.E. ou du N.E.

4. Le Lac Baïkal. — Ce lac a plus de 600vcrstcs de longueur; transporté en Europe, il s'étendrait de Triestc à Prague. Sa largeur atteint un peu plus de 80 verstes.

Ses rives sont formées en grande partie par des murailles rocheuses abruptes; sa profondeur est très considérable. Les travaux de Dybowski et Godlewski, ainsi que les mesures plus récentes de Drijenko, permettent de se faire une idée approximative de la cuvette submergée (fig. 9) *.

Dans la partie située au Sud de l'embouchure de la Sélenga, et en particulier du côté de la rive située au Nord de l'Angara, la profondeur du lac, sur une étendue notable, dépasse 700 aagènes (1 280 m.) ; le sondage le plus profond qu'on ait enregistré jusqu'à présent est de 1 443 mètres. En adoptant l'altitude de 512 mètres, il en résulte que le lit du Baïkal descend à 933 mètres audessous du niveau de la mer. Mais les fonds présentent diverses irrégularités. D'abord, le cône d'alluvions de la Sélenga est si vaste que, jusque vers le milieu du lac, au large de l'embouchure, la profondeur ne dépasse nulle part 200 ou 300 mètres. Au Sud- Ouest du delta, en allant vers la dépression la plus profonde, par des fonds de 400 à 700 mètres, on voit une crête isolée monter jusqu'à 61 mètres de la surface ^

Au Nord du delta, entre le Sviatoï Nos et l'île Olkhon, les profondeurs sont considérables, et autour du Sviatoï Nos la sonde, en plusieurs endroits, n'atteint pas le fond à 1 000 mètres. D'autre part, encore à l'Ouest du Sviatoï Nos, vers le milieu du lac, par des fonds de 450 à 600 mètres, quatre petits récifs de gneiss, les Onchkaniiy se dressent brusquement dans les airs. La partie septentrionale du lac, pour autant qu'on la connaît, a partout plus de

1. Th. K. Drijenko, Reconnaissance du Lac Baïkal en i896f r. (Izviestiia Soc. Imp« Russe de Géogr., XXXIII, 1897, p. 210-241, 3 cartes). [Voir aussi la Carte préliminaire de la partie sud du lac de Baikal jointe à la note de J. de Schokalsky, Les travatix des officiers hydî^ogi^aphes russes dans l'Océan Arctique et en Sibérie (VerLandl. des Siebenten Internat. Geogr.-Kongr. 1899, Berlin, 1901, II, p. 777-780).]

2. D'après Drijenko, il est probable quo ce haut-fond se prolonge sur 23 verstes au moins (Mcm. cite, p. 227).

400 sagènes de profondeur (732 m.) jusqu'au voisinage des rives.

On a déjà vu que Kropotkin regardait le promontoire du Sviatoï

Nos et Tîle Olkhon comme des prolongements des Monts Bar-

gouzin. Toutes les observations faites depuis sont de nature à con-

Fio. 9.

firmer cette manière devoir. D'après cela, le Baïkal se diviserait en deux moitiés de dimensions à peu près égales, accolées en biais Tune à Tautre. L'extrémité méridionale de la partie nord du lac coïncide avec le Maloé More, derrière l'île Olkhon. L'extrémité septentrionale de la partie sud du lac a pour prolongement la vallée

de la Bargouzina. Le Baïkal est donc une sorte de lac jumeau. Tandis que sa largeur totale est de 80 verstes, la largeur maximum de chacune de ces deux moitiés se réduit à 50 ou 58 verstes seulement.

L'affluent de beaucoup le plus important, la Sélenga, se jette dans le lac pour ainsi dire à angle droit sur la rive orientale, et le tracé de l'émissaire, TAngara, qui est établi dans des conditions tout à fait analogues, ne manifeste aucun rapport avec les contours de la cuvette lacustre. L'allure de ces cours d'eau leur donne l'apparence d'être le prolongement l'un de l'autre, comme s'ils représentaient les tronçons d'un ancien fleuve unique qui aurait été coupé en deux par la formation du lac.

Les violents tremblements de terre qui, en ces derniers temps, se sont fait sentir dans cette région ont d'ailleurs déterminé des afl'aissements dans les alluvions du delta (I, p. 46) ; mais ils n'ont donné lieu à aucune modification tectonique appréciable.

Georgi, qui visita le Baïkal en 1772, insiste avec beaucoup de sagacité sur ses rives abruptes, « qui montrent la coupe des montagnes, les blocs de rochers dans l'eau, les îles arrondies, souvent séparées de la côte voisine par des fentes, qui sont les ruines des montagnes primitives, et relTrayantc profondeur du lac au pied des falaises », — autant d'indices d'une origine violente. L'emplacement du lac serait le prolongement de la vallée supérieure de TAngara, qu'une convulsion de la nature, un écroulement souterrain par exemple, aurait transformé en une cuvette lacustre*.

Erman regardait, lui aussi, le lac comme un effondrement. Tchcrsky, auquel on doit tant pour l'exploration du Baïkal, supposait qu'il représente un tronçon d'une vallée d'érosion primitive, modifiée plus tard par plissement. Obroutchev est revenu à l'hypothèse d'Erman et a fait valoir les raisons qui militent en faveur d'une origine disjonctive, insistant, à cet égard, sur les fosses d'effondrement de la Transbaïkalie ^.

Le Baïkal n'est pas une ancienne vallée d'érosion. Ce n'est pas non plus une fosse affaissée entre des cassures en échelons, comme la vallée du Rhin, ou une simple fente rectiligne, comme le Lac Rodolphe. Les courbes adoucies des contours de ses deux moitiés

1. J. G. Georgi, Bemerkungen einer Reise im Russichen Reich im Jahre i77i. In-4», St. Petersburg, 1775, I, p. 150.

2. W. Obrutschew, Ein Ausflug in das goldführende Gebiet der Flüsse Sarma und Jlikta im westlichen Baikalgebirge y r. a. (Izviestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Gcogr., XXVIII, n» 1, 1897, p. 14).

se comportent relativement aux plis précambriens de telle façon qu'au Maloé More, par exemple, la direction des falaises rocheuses de la rive coïncide presque avec celle des plis précambriens, tandis que plus au Sud-Ouest, au delà de la Bogouldeïka, les plis sont coupés à angle droit. D'autre part, on doit reconnaître que Tallure de ces falaises offre une très grande analogie avec celle des lignes disjonctives du faîte. Déjà, cette circonstance que le lac consiste en deux moitiés, si semblables entre elles, et la situation relative de ces deux moitiés témoignent d'une communauté d'origine pour Tune et pour Tautre; il est donc probable que la cause à laquelle est due leur formation doit avoir affecté une aire encore plus étendue, et le Baïkal lui-môme nous apparaît alors comme un résultat des tensions dont nous avons précisément reconnu les effets dans les fosses du Lac des Oies, du Tougnouï, du Khilok, etc.

Une autre analogie avec ces vallées disjonctives est fournie par la présence d'une bande de couches lignitifères, probablement tertiaires, sur la rive orientale du lac, à Malinovskaïa, en face de l'Angara, latchevsky les a décrites; leur allure est assez tranquille*.

D'autre part, il y a lieu de noter deux différences essentielles.

La première réside dans la largeur qui, pour le Baïkal, est très grande. Tandis que la fosse de l'ingoda a de 10 à 15 verstes de large et que ce chiffre est fréquemment atteint dans les vallées disjonctives, on trouve pour les fosses des bords de la Sélenga des largeurs qui, tout en étant plus fortes, sont cependant loin d'être comparables à celle du Baïkal. Le horst des Monts Bargouzin est uniquement réduit à la largeur de l'île Olkhon, comme si une portion importante de sa masse avait disparu dans les profondeurs.

La seconde différence consiste dans l'absence de produits éruptifs. Sur un point seulement, près de Koultouk, vers l'extrémité méridionale du lac, se présente du basalte ; mais il ne s'agit là que de l'extrémité d'une coulée qui a comblé le lit de l'Irkouta, en forçant cette rivière, comme l'a montré Tchersky, à creuser son lit actuel dans la direction de l'Angara. M. Obroutchev m'apprend que dans les conglomérats de la série de l'Angara, en amont et en aval d'Irkoutsk, on trouve en grande quantité des cailloux de porphyre, de felsite, de tufs et de brèche, bien qu'on ne connaisse nulle part de telles roches en place à une grande distance à la ronde.

Quant à l'âge des diverses parties des rives du Baïkal, on peut

1. L. Jaczewski, Explorations géologiques le long du Transsibérien au Sud du lac Baïkal, r. f. (Explor. Ch. de fer do Sibérie, VII, 1898, p. 20-22). Les couches plongent de 12» au N.W., et la hauteur au-dessus du lac n'est pas considérable.

dire ce qui suit : les porphyres en question sont peut-être comme un écho lointain d'une première phase des mouvements disjonctifs. Ces porphyres sont antérieurs aux conglomérats par lesquels débute, sur les bords du Baikal, la série de T Angara. Au voisinage de TAngara, cette série de couches à empreintes végétales est coupée brusquement par la cuvette profonde du Baïkal ; ce tronçon est donc plus récent que la partie correspondante de la série de TAngara. La rive sud-est, près de Malinovskaïa, est plus ancienne que les bancs de lignite qui s'appuient contre elle. La vallée aujourd'hui abandonnée de Tlrkouta, qui débouchait dans le Baïkal près de Koultouk, est antérieure à la coulée de basalte qui est venue la remplir.

Il résulterait de là, en ce qui concerne la moitié méridionale du lac, qu'elle est plus récente que la série de l'Angara (abstraction faite des galets de porphyre) et plus ancienne que certaines des subdivisions de la série tertiaire, plus ancienne aussi, probablement, que le basalte de Koultouk.

La faune du Baïkal présente un certain nombre de particularités qu'il importe également de passer en revue, si l'on veut déterminer son âge.

Alexandre de Humboldt a rappelé qu'il existe des phoques non seulement dans la Mer Caspienne et dans le Baïkal, mais encore à une grande distance à l'Est du Baïkal, dans un petit lac d'eau douce du bassin du Vitim, le lac Oron; il y a vu le témoignage d'une antique communication entre ces nappes d'eau*. Pour Oscar Peschel, le Baïkal représentait un fjord de l'ancienne Mer Polaire sibérienne : un soulèvement du sol aurait empêché les phoques de battre en retraite. Tchersky s'est élevé contre cette hypothèse, en faisant remarquer que les traces d'une extension de la Mer Polaire à l'époque post-tertiaire s'arrêtent vers 61^ 30' de lat. N., et que, de plus, on connaît tout autour du Baïkal des sédiments tertiaires et post-tertiaires qui se sont déposés, non dans la mer, mais dans des eaux douces. L'Angara aurait possédé, à une époque tardive, des élargissements formant comme un chapelet de lacs; avec une pareille configuration du sol, les phoques auraient très bien pu immigrer dans l'intérieur.

La question d'une ancienne communication avec la mer fut de nouveau posée lorsque Dybowski annonça, en 1884, qu'une éponge du Baïkal, Lubomirskia baikalensis, vit également dans la Mer de

1. Au Nord du 57» do lat. N., Je Vitim s'élargit, en formant une sorte de lac qui communique vtrs TEst, par un étranglement, avec une seconde nappe d'eau plus petite appelée lac Oron.

Bering *. A ce propos, mentionnons le fait qu'une autre éponge, Spongilla Carteri Bow., dont le pays d'origine est le Sud de l'Inde, de Bombay à Madura, a été retrouvée en nombreux exemplaires en pleine Europe, à Füred, dans le lac Balaton*; et passons, en suivant la voie indiquée par Tchersky, à Texamen des formes d'eau douce.

Les recherches de Kessler et d'autres naturalistes ont montré que les fleuves sibériens possèdent en commun un grand nombre d'espèces typiques, telles que Accipenser ruthenus, qui, dans tou^ les cas, sont antérieures à l'établissement d'une bonne partie des lignes de partage actuelles. M. Steindachner a bien voulu me rappeler que de nombreux Poissons typiques des rivières d'Europe, comme Lota vulgaris, Cyprinus carpio, Carassius vulgaris^ Gobio fluviatilisy Phoxinus lœvis, Cobitis tœnia, etc., pénètrent jusque dans le bassin supérieur de l'Amour '\ Au contraire, les études de Dybowski sur les Gastropodes du Baîkal l'ont conduit à un résultat très intéressant ; c'est que ces Mollusques ne possèdent pas la même distribution que les Poissons d'eau douce dont nous venons de parler, mais que, sauf un petit nombre d'exceptions, ils représentent, au cœur de la Sibérie, une colonie indépendante *.

Or, presque en même temps que ces travaux, paraissaient ceux de Heude sur les coquilles fluviatiles de Nanking, et Anderson découvrait au Yun-nan, dans le lac de Ta-li, de grosses Paludines ornées de côtes; rapprochant tous ces faits nouveaux. Th. Fuchs reconnut aussitôt leur importance pour l'interprétation des faunes continentales de l'Europe. 11 montra que le cachet des couches à

1. W. Dybowski, Notiz über eine die Entstehung des Baikal-Sees beireffende Hypothese (Bull. Soc. Imp. des Naturalistes de Moscou, LIX, 188i, p. 175-181). Ce memoire renferme un exposé détaillé des vues de Humboldt, Pcschol et Tchersky.

2. Resultate der wissenschaftlichen Erforschung des Bnlatonsees, herausgegeben von der Ung. Geographischen Gesellschaft, 11, 1" Thcil; Eug. Vângel, Coelenierata, p. 68, 69; in-4», Wien, 1897.

3. B. N. Dybowski, Vorlüufir/e Mittheilungen über die Fischfauna des Ononflusses und des Ingoda in TransbaUealien {Vevhnndl.k.k. Zool.-Botan. Ges. Wien, XIX, 1869, p. 945- 958), et ZnrKenntniss der Fischfauna des Amurgebietes (Ibid., XXII, 1872, p. 209-222;; S. Herzenstein et N. Varpakhovsky, Note sur In faune ichthyologique de la Région de l'Amour et des contrées voisines^v. (Travaux Soc. Zool. St.-Petersbourg, XVIII, 1881,58 p.\ — A. Nikolsky a exprimé l'opinion qu'il existe certains traits communs entre la faune ichthyologique du Balkhach et celle du Lob-Nor; mais cette conclusion a été contestée par Nikitin, pour des raisons géologiques; un nouvel examen de la question serait tK^s désirable; voir Travaux Soc. des Naturalistes de St.-Pétersbourg, XVI et XVIII, et Neues Jahrb. f. Min., 1887, I, Ref., p. 112-113.

4. W. Dybowski, Die Gaster opoden- Fauna des Baikal-Sees, anatomisch und systematisch bearbeitet (Mém. Acad. Imp. Sc. St.-Petersbourg, 7« sér., XXII, n» 8, 1875, 73 p., 8 pl.). [Voir aussi les récents travaux de Dybowski (Kosmos, XXV, 1901) et de Korotnev (Bioi. Centralblatt, XXI, 1901), résumés par R. Koehler, Revue Generale des Se, XIII, 1902, p. 352.]

Paludines et à Unios de TEurope (étage levantin) est japonais et chinois. Fuchs indiquait, en outre, que les Mélanopsides, dont le rôle dans Tétage pontique est si important, n*ont pas dans l'Asie Orientale de représentants analogues, et qu'il faut aller jusqu'en Nouvelle-Calédonie pour les trouver. Il qualifiait le Baïkal d\< avantposte extrême, du côté du Nord, d'un monde malacologique continental riche en formes singulières, qui a dû peupler les eaux douces des régions situées au Sud et à l'Est. * »

Bientôt après, Széchenyi et Lôczy rapportèrent de nombreux spécimens des coquilles du lac de Ta-li, et Neumayr put confirmer à son tour l'unité de la faune levantine d'eau douce en Europe, vers la fin de l'époque tertiaire, dans l'Asie Orientale et dans l'Amérique du Nord, de môme que la distribution bien différente des deux genres Melanopsis et Congeria, qui caractérisent l'étage pontique ^

Ainsi commençaient à se multiplier les indices d'après lesquels il semblerait que la faune du Baïkal, au moins en partie, ne vient pas du Nord, mais bien plutôt du Sud, de l'Est ou de l'Ouest \

Enfin, on a retrouvé dans les dépôts tertiaires de l'Europe les traces de types propres au Baïkal. Les premières indications à ce sujet sont dues à Bittner et se rapportent à un horizon assez ancien, celui des lignites de la Carniole ; plus tard, Brusina décrivit, des couches pontiques de Croatie, le genre Baglivia, qui est très voisin de celui auquel Dybowski a donné le nom de Liobaikalia, et Lôrenthey a retrouvé le même fossile dans les couches pontiques supérieures du Sud de la Hongrie*.

R. Hoernes put démontrer la présence de semblables coquilles, à l'état remanié, dans un banc d'origine fluviatile intercalé dans

1. Th. Fuchs, Ueber die lebenden Analoga der jungtertiùren Paludinenschichien und der Melanopsi-tmergel Südosteuropa' s (Verhandl. k. k. Geol. Reichsanst., 1879, p. 297-300).

2. M. Neumayr, Ueôer einige SiHsivasserconcht/lien aux China (Neues Jahrb. f. Min., 1883, II, p/21-26).

3. R. Credner a déjà exprime une opinion analogue ; Die Reliktenseen. Eine physisch-geographische Monographie {Petermanns Mittoil., Krgänzungsheft Nr. 86, 1887, p. 17, 59; Ergänzungsheft Nr. 89, 1888, p. 25).

4. A. Bittner, Die Tertiär Ablagerungen von Tri f ail und Sagor (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XXXIV, 1884, p. 513). Hydrobia {Goldeivskia ?) sp., voisine de Godlewskia iurrifoi'mis Dyb. ; p.514, Valvata (?) Rothleitneri, espèce rappelant un peu par son modo d'ornementation Valvata baikalensis Gerst. ; Brusina Spir., Fauna fossile ierziaria di Markusavec in Croazia (Glasnik, Soc. hist. nat. Groatica, Agram, Vil, 1892, p 113-210); Em. Lôrenthey, Neuei^e Daten zur Kenntniss der oberpontischen Fauna von Szegzdrd (Természetr. Füzet. Mus. Nat. Hangar., XVIII, 1895, p. 320, 1 pl.). Brusina signale en compagnie de Baglivia et des représentants typiques de l'étage pontique, comme Melanopsis vindobonensis et Congeria subglobosa, des formes de la Mer Caspienne, telles que Caspia (Mém. cité, p. 119).

les couches sarmatiques, et il rappela la fréquence des phoques dans ces mêmes dépôts. Hoernes arrivait en même temps à la conclusion que le Baïkal a reçu sa faune, non pas des mers du Nord, mais de la mer intérieure de la fin de Tépoque tertiaire, bien que la communication avec celle-ci n'ait peut-être pas été directe*.

L'état actuel de la science permet donc de constater, provisoirement, ce qui suit :

Des coquilles de Tétage levantin ont été trouvées près d'Omsk. Toutefois, dans la vallée du Danube, les formes rappelant celles du Baïkal se présentent, non dans les couches levantines, mais dans les couches pontiques et sarmatiques, et quelques traces lointaines descendent même plus bas. A côté de ces types, le Baïkal renferme d'ailleurs un grand nombre de formes spéciales, et, parmi les animaux des autres classes, quelques espèces indiquant une origine marine. Des héritages de seconde et de troisième main sont réunis dans le Baïkal.

Quoi qu'il en soit, on voit que quelques espèces de l'époque pontique, et peut-être aussi de l'époque sarmatique, se sont maintenues dans cette partie de la Sibérie jusqu'à l'époque actuelle, et, selon toute probabilité, les profondeurs du Baïkal leur ont servi de refuge. Les tableaux de Drijenko montrent qu'à 25 sagènes (48 m.) la température est d'environ i^ C, mais qu'à 500 sagènes (914 m.) elle ne descend pas au-dessous de 3'*,4 C. *.

11 y a donc lieu d'admettre que le Baïkal existait déjà vers la fin de l'époque tertiaire.

Ces considérations, et en particulier les rapports de faune entre Omsk et Ta-li, nous amènent à nous poser un certain nombre de questions qui se rattachent à l'histoire du continent de l'Angara pendant les dernières époques géologiques.

F. von Richthofen supposait que l'emplacement actuel du Gobi, entre 75** 30' et 114° 30' de long. E. environ, a été recouvert jadis par une nappe d'eau dont le plus grand diamètre aurait été comparable à celui de la Méditerranée d'Europe. Avec de pareilles dimensions, on ne pouvait guère songer qu'à un bras de mer, et Richthofen rapprocha cette hypothèse du nom chinois de Han-hai ou « Mer desséchée ». Dans l'Ouest, autour de Kachgar, Yarkend et

1. R. Hoernes, Sarmaiische ConchyUen avs dent Oedenburgei* Comitat (Jahrb. k. k. Geol. Reichsanst., XLVII, 1897, p. 74, 75), et Die Relictennatur der Fauna des Baikalsees (Ibid., p. 89-94). C'est ici qu'intervient la distinction, faite par Penck, entre une faune résiduelle et un lac résiduel (Reliktenfauna, Reliktensee).

Page 1