Potanin, La frontière iangoute-tibélaine^ etc. p
Oussou (au Sud-Est d'Ouliassoutaï) suit une cassure dirigée E.N.E., le long de laquelle des schistes et des calcaires carbonifères se montrent traversés et modifiés par un porphyre rouge quartzifère.
Les parties internes du Khangaï sont formées de gneiss et de schistes anciens^ souvent injectés de granité. Les roches schisteuses anciennes sont plissées, et au voisinage du 104® méridien, comme me l'apprend M. Klémentz, elles se dirigent sur une longue distance au N.N.W. C'est avec cette direction qu'elles traversent les vallées de la Sélenga (partie tout à fait supérieure), du Khanyn-Gol, du Khoitou-Tamir et de TOurtou-Tamir, qui, sans exception, sont des vallées transversales; ot ce n'est que vers le bord sud du Khangaï, au Nord de l'OngjTi, qui aboutit au Sud-Est, dans le Gobi, que la direction E.-W. apparaît.
Dans plusieurs localités se trouvent des lambeaux de couches à empreintes végétales de la série de l'Angara; Potanin signale, par exemple, des couches de charbon dans la partie tout à fait méridionale, près de la station d'Oudzoum, et aussi dans le Nord, sur l'Altata, rivière prenant naissance sur la croupe arrondie qui sépare le bas Orkhon de la Sélenga.
Le Khangaï rappelle encore le faîte par la présence de laves basiques. Le lambeau de mélaphyre qui couronne l'Otkhon-Khaïrkhan-Tengri a déjà été signalé. Sur un grand nombre de points, des basaltes qui paraissent être très récents se montrent dans les vallées. Au Sud, sur la rivière Touï, Potanin a trouvé du basalte; l'entomologiste Leder a atteint ce cours d'eau en venant du Nord- Est, et en s'engageant dans les ramifications du haut massif montagneux du Soubour-Khaïrkhan, il a suivi une vallée dirigée vers l'Ouest et tributaire du Touï supérieur, qui est comblée par une coulée de lave *. Selon toute probabilité, ce gisement se rattache au vaste territoire basaltique que Klémentz a découvert entre les sources de l'Orkhon et celles de ^Ongyn^ Ces points sont situés près du bord sud-est du Khangaï ; mais, au centre même de la chaîne, on retrouve encore de grandes coulées de mélaphyre et de basalte. C'est ainsi que, d'après Klémentz, le Tchoulouteï (affluent de droite de la Sélenga) est encaissé sur plus de 100 kilomètres dans du basalte, et le même observateur a découvert dans
1. H. Leder, Eine Sommerreise in der nördlichen Mongolei im Jahre 1892 (Mittheil, k. k. Geogr. Ges. Wien, XXXVIII, 1895, p. 107).
2. Klémentz, Rapport de voyage, r. (Izviestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Geogr., XXVII. n" 2, 1896, Rapport annuel, p. 15-19).
i22 LA FACE DE LA TERRE.
le bassin de ce cours d'eau, au voisinage du lac Terkhaîn-Tsagan- Nor, deux cratères formés de scories et de laves*.
Toutes ces circonstances indiquent une structure qui répond à celle du faîte, et elles permettent en outre de supposer qu'il y existe des lignes disjonctives analogues. Un fait toutefois demeure singulier : c'est la direction N.N.W. qui caractérise, sur toute la partie explorée le long du 101^ méridien, les roches archéennos, direction qui, par conséquent, se relève davantage vers le Nord que ce n'est le cas pour les plissements du Saïan à l'Ouest du faîte. Il est vrai que, plus au Nord encore, sur le lénisséi, la même diroction N.N.W. reparaît.
13. La Vallée des Lacs. — Les roches rouges et violettes du Dévonien, souvent associées à des porphyres, s'élèvent jusqu'aux cimes les plus hautes du Tannou-Ola qui aient été gravies, c'està-dire jusqu'à plus de 8 800 pieds (2 682 m.). Le Culm monte aussi très haut. Puis vient l'escarpement méridional ; tout contre le pied sud du massif se trouve une vaste plaine, dans laquelle est situé le lac Otibsa, Il occupe l'extrémité septentrionale de la grande « Vallée des Lacs ».
De l'extrémité occidentale du Tannou-Ola part un chaînon élevé qui s'allonge au S.S.E.sur une distance d'environ 180 verstes. Ce chaînon est complètement isolé à l'Ouest, au Sud, et à l'Est. Deux hautes cimes le couronnent, le Tourgoun et le Kharkira. Ce dernier sommet porte sur son versant oriental le glacier de Baroun-Sala, et c'est sous le nom de Kharkira que nous désignerons lensemble du massif.
Les limites du Kharkira peuvent être indiquées de la façon suivante : tout près de la jonction avec le Tannou-Ola se creuse une profonde cuvette dans laquelle est situé l'Ouriou-Nor, lac n'ayant aucun écoulement vers l'extérieur. Au Sud de cet effondrement, le versant occidental du Kharkira projette encore àTW.N.W., dans la direction du Saïliougem, la crête étroite mais élevée du Barmen (2575 m.). Puis vient, toujours à l'Ouest, une dépression beaucoup plus étendue, celle de l'Atchit-Nor, d'où sort la rivière Kobdo, dont la vallée sépare le versant occidental du Kharkira des hauteurs de l'Altaï Mongol. Du côté de l'Est, le Kharkira s'abaisse sur la Vallée des Lacs.
1. D. Klemenz, iVo/ir über zwei erloschene Vulkane im Gebirge Changaï in der nördlichen Mongolei^ r. a. (Izviestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Géogr. , XXVIII, n« 2, 1*897. p. 157-159, 1 pl.V
Lorsque Potanin, venant de la steppe de la haute Tchouïa, eut franchi le Saïliougem, il trouva sur le versant oriental de cette chaîne, qui descend sur TAtchit-Nor, et à une altitude considérable, un conglomérat blanc, caractérisé comme les conglomérats anciens de ces montagnes par un ciment non pas calcaire, mais analogue à du kaolin. Des bords d'un affluent, la Djilga, cette roche s'étend à travers la vallée du Katou, puis à travers celle du Boukombéré, associée à des grès et à des schistes foncés, jusqu'à la plaine du lac.
Au delà de la plaine, Potanin fit l'ascension du puissant Kharkira. Sa pyramide suprême est formée de granité rouge, mais jusqu'à une grande hauteur, au niveau des névés, régnent des schistes argileux rouges ; et dans l'étroit cirque supérieur du Khartarbagateï, qui s'ouvre à l'Est entre les deux cimes du Kharkira et du Toui^oun, Potanin trouva un conglomérat à ciment feld spath ique, ainsi que des couches de houille ; les schistes qui les accompagnaient lui ont fourni Bornia radiata^ Cardiopteris frondosüj Lepidodendron Veliheimianum et d'autres plantes du Gulm.
On connaît des gîtes de houille aussi bien au Sud-Ouest, du côté de TAtchit-Nor, que sur le versant oriental du Kharkira.
Le même conglomérat s'étend à l'Est jusque dans la dépression de la Vallée des Lacs, et forme le chaînon du Bom-Khara sur le versant sud du Khankhoukéi, au Nord du Kirghiz-Nor *.
Des cimes du Kharkira et du Tourgoun la haute crête du lamateï aboutit à celle du Barmen, déjà mentionnée, qui sépare les deux lacs Ouriou-Nor et Atchit-Nor. Klémentz a gravi le lamateï et en décrit le panorama. Vers le Nord, on aperçoit l'Ouriou-Nor, profondément encaissé et s'étendant jusqu'au pied du Tannou-Ola, puis le Kharkira et le Tourgoun ot une partie de la ceinture de rOubsa. Une lumière favorable permet de distinguer sur toutes les crêtes accessibles au regard des bandes de terrains rouges, tranchant nettement sur les schistes foncés du substratum. Il y a
4. G. N. Potanin, Esquisses du NoM-Ouest de la Mongolie, r., in-8«», S*-Pétersbourg, I, 1881, p. 30i; III, 1883, p. 8-48; conglomérats du Kirghiz-Nor, p. 54. — J. Schmalhausen, Die Pflanzenreste aus der Ursa-Siufe im Flussgeschiebe des Ogur in Ost-Sibirien (Bull. Acad. Imp. Sc, S'-Pétersbourg, XXII, 1877, p. 227-291, 4 pi.); Ein fernerer Beitrag zur Kenntniss der ürsastufe Ost-Sibiriens (Ibid., XXIII, 1877, p. 1-17, 2pl.); Pflanzenpaläontologische Beiträge, iL Pflanzenreste aus der nord-westlichen Mongolei: échantillons recueillis par A. Potanin etAdrianov (Ibid.,XXVIII, 1883, p.426-438, pl. I-II). Klémentz a trouvé des gites houillers et des plantes fossiles autour de TAtchit- Xor, et notamment dans la plaine du Boukombéré, qui descend du Saïliougem (Izviestiia Section Sibérie Orientale Soc. Imp. Russe de Géogr., XXVII, n» 2, 1897, Rapport annuel ir.), p. 60).
i24 LA FACE DE LA TERRE.
là des plis; les couches rouges et les couches houillères sont également plissées, mais la direction de ces assises diffère toujours un peu de celle des schistes antérieurs. Ces derniers oscillent entre N.N.E. et N.N.W., tandis que les terrains rouges affectent la direction E.-W. Dans le bas, autour de l'extrémité méridionale de TAtchit-Nor, on voit des phyllades s'orientant N.N.E.
Le Dévonien et le Culm passent en transgression discordante des hautes régions du Tannou-Ola dans celles du Kharkira. Ces terrains revêtent également certaines parties des pentes externes du Saïliougem, et en même temps ils reparaissent au fond de la Vallée des Lacs, à TEst, et autour de TAtchit-Nor, à TOuest. Ces faits indiquent que le Kharkira est un horst. « A trois mille pieds de profondeur, dit Potanin, on domine, du Barmen, TOuriou-Nor; aucune des dépressions de la Mongolie n'est aussi rétrécie ni aussi profonde*. »
Ici, nous devons admettre un effondrement local, circonscrit, en forme de cuvette.
Après avoir éliminé ces effondrements du versant occidental du Kharkira, pénétrons dans la Vallée des Lacs elle-même. La topographie de cette région présente une particularité remarquable-: c'est l'existence de crêtes multiples, hautes et étroites, courant obliquement à l'W.N.W. ou au N.W., des pentes du Khangaï à l'Altaï Mongol et au Kharkira, et divisant ainsi le territoire en une série de cuvettes déprimées plus ou moins indépendantes. Si déjà, dans l'Ouest, il a été possible, en invoquant les observations anciennes de Potanin, de reconnaître une série de grands affaissements, le fait est cette fois bien plus frappant encore.
Klémentz a montré que la Vallée des Lacs est une région affaissée, et que r affaissement s'est produit par gradins^.
Sur un premier gradin, au Sud, à la latitude de Kobdo, se trouvent les lacs Kara-Oussou (Ikhé-Saral, 1170 m.) et Dourga-Nor (Kara-Nor). Le chaînon du Khara-Argalintou, qui vient de très loin au Sud-Est et va rejoindre le pied méridional du Kharkira, limite ce gradin vers le Nord, bien qu'il soit traversé par l'émissaire du Dourga-Nor. Sa bordure septentrionale est une faille.
Le second gradin se subdivise à son tour; un premier palier,
1. Potanin, Esquisses du Nord-Ouest de la Mongolie, III, p. 15. L'Ouriou-Nor n'a pas d'écoulement, et Teau y est salée. La carte de l'État -major Russe lui donne la forme d'un quadrilatère d'environ 12 kilom. de côté ; les plaines qui l'entourent, au débouché dos cours d'eau tributaires, paraissent n'avoir qu'une très faible étendue.
2. D. A. Klémentz, Rapport annuel (Otchet) de la Soc. Imp. Russe de Oéogr. pour 1896, p. 96, 1897 (r.).
adossé à la faille^ à 300 pieds au-dessous du gradin précédent, abrite le lac Dseren-Nor. Les dépôts du Gobi, que Klémentz a rencontrés jusque-là, ne s'étendent pas plus au Nord.
Sur un second palier, situé à un niveau inférieur, se trouve le Kirghiz-Nor. Ce gradin est limité vers le Nord par la haute chaîne transversale du Khankhottkheï, qui se dirige vers le Kharkira au Sud d'Oulankom. Nous avons déjà signalé sur son versant méridional, d'après Potanin, les conglomérats du Bom-Khara, qui paraissent appartenir au Culm et sont coupés de longues failles. Son versant septentrional, comme celui du Khara-Argalintou, correspond à une cassure. Un porphyre quartzifére et du pétrosilex, d'âge dévonien ou carbonifère, affleurent le long de cet accident.
Cette cassure aboutit au troisième gradin^ qui est en même temps le plus déprimé. On y trouve TOubsa-Nor (810 m. d'après Krylov ; 721 m. seulement d'après la carte de l'État-major Russe), dont la surface est à environ 1 000 pieds [300 m.] au-dessous de celle du Kirghiz-Xor, sur le gradin précédent.
Nous arrivons ainsi au pied méridional du Tannou-Ola.
De ces observations, il résuite d'abord que le gradin septentrional ou intérieur de la Vallée des Lacs est le plus déprimé ; un affaissement peut seul donner lieu à une pareille disposition. Nous avons là un vaste effondrement, subdivisé obliquement par des failles en escalier. Mais tandis que les arêtes séparatives, au Sud- Est, vont se rattacher aux avant-monts du versant septentrional de l'Altaï Mongol, il se forme entre cette chaîne et le bord méridional du Khangaï une fosse allongée. Celle-ci s'étend en arc de cercle du gradin médian de la Vallée des Lacs, où se trouve le Kirghiz-Nor, jusqu'au Gobi; elle abrite le cours du Dzapkhyn et les lacs terminaux du Baïdarik, ainsi que d'autres rivières descendant du Khangaï méridional; d'après Klémentz, sa bordure septentrionale, le long du Khangaï, est jalonnée par un long chapelet d'affleurements basaltiques. Cette fosse, très continue et très typique, est \b, fosse du Dzapkhyn; elle sépare le Khangaï des contreforts, analogues à des horsts, de l'Altaï Mongol.
14. Altaï Mongol. — L'Alataou de Kouznetsk et le Saïliougem représentent les chaînons orientaux, de direction plus ou moins méridienne, d'un grand groupe montagneux, qui, comme nous le verrons plus tard, exécute dans sa partie méridionale, jusque vers le voisinage de la frontière mongole, une conversion complète. Ce groupe forme l'Altaï proprement dit ou Altaï Russe. Le coude en
question le sépare au Sud du Grand Altaï ou Altaï Mongol (Altaï du Gobi). Les terrains sont également différents. Dans TAltaï Russe dominent les schistes paléozoïques avec noyaux éruptifs; dans l'Altaï Mongol, au contraire, les gneiss et les roches archéennes.
Klémentz, en venant du Sud, dans le bassin de la rivière Kobdo, s*est avancé jusqu'au voisinage de la frontière russo-chinoise. Cet infatigable explorateur a pénétré jusqu'au Tsagan-Gol, qui descend du haut golctz de Kiityn. Ce gôletz correspond au point où la ligne de partage des eaux de l'Altaï Mongol est croisée par la frontière. Là régnent partout des schistes, dirigés W.N.W., et en remontant le Saksaï jusqu'à l'Otchataï-Daban, qui sépare ce cours d'eau du Kobdo supérieur, on rencontre des lambeaux transgressifs de grès rouge foncé et de conglomérat *.
On doit admettre que la transgression dévonienne du Tannou- 01a et du Kharkira pénètre jusqu'à la région des sources du Kobdo, dans l'Altaï Mongol. On peut se demander, d'ailleurs, si le horst du Kharkira ne serait pas simplement une partie du Tannou-Ola. Les arêtes allongées et tranchantes qui se détachent du Kharkira vers le Sud-Est et les longues cassures qui découpent suivant la môme direction l'Altaï Mongol en une série de horsts analogues, ressemblent tout à fait aux lignes disjonctives de la Transbaïkalie. Le Khankhoukeï ou l'Argalintou, qui traversent en biais la Vallée des Lacs, rappellent la chaîne Bargourin-Sviatoï Nos-Olkhon, qui coupe obliquement le Baikal ; et pas plus que le Baïkal ne représente la limite d'une unité tectonique, ce rôle ne saurait être revendiqué pour la Vallée des Lacs ou la fosse du Dzapkhyn.
U Altaï Mongol n'est pas un prolongement de l'Altaï Russe; il n'est séparé du Khangaï que par les dépressions de la Vallée des Lacs et représente un fragment marginal du faite lui-tnéme.
Pour nous faire une idée d'ensemble de l'Altaï Mongol, nous devons commencer par empiéter notablement, au Nord-Ouest, sur le bassin de l'Irtych Noir.
Au Sud-Est du lac Zaïssan s'élève la masse imposante du Saour (3t)3î] m.). Elle correspond, comme l'a montré Mouchkétov, à l'extrémité d'une chaîne qui se poursuit au Nord-Ouest, par le Tarbagataï et le Djinghiz, jusqu'aux montagnes, de la Steppe des Kirghiz«.
1. Klémentz, Notes manuscriles (obsorvations faites en 1896).
2. 1. V. Mouchkétov, Le Turkestan, Description géologique et orographique, r. Iu-8% S^-Pétersbourpr, I, 1886, p. 3o, 36, carte jjcol. — 11 existe un travail très détaillé
Dans la partie sud -est du Saour apparaissent des failles et des affaissements. On peut extraire ce qui suit des observations de Bogdanovitch.
Une coupe menée du lac Orkhou, c'est-à-dire du 46' degré de latitude environ, au Zaïssan (48® de lat. N,), dans la direction du N.N.W., croise successivement plusieurs chaînons : TOrkhoun- Nountag, le Semistaou (ou Ourkachar), le Tarbagataï — au point où il se relie au Saour — , et enfin le Monrak, qui est situé entre le Tarbagataï et le lac Zaïssan. Tous ces chaînons sont limités vers le Nord par des cassures, qui courent perpendiculairement à Tallure des couches ; le Tarbagataï, dans cet ensemble, est un horst, limité au Nord et au Sud par des failles en escalier. « Du versant septentrional du Kouen-lun jusqu'au pied nord du Monrak sur le lac Zaïssan, dit Bogdanovitch, on peut suivre la série des failles et des flexures qui ont accompagné Taffaissement des plaines de Kachgar, de la Dzoungarie et du Zaïssan *. »
Il ressort en outre des collections de Kozlov, qui ont été étudiées par Obroutchev, que sur tout le versant oriental et septentrional des Monts Saour, dans Tacception la plus étendue, il n'existe que des basaltes et des mélaphyres associés à des tufs. Ceci s'applique aux hauteurs Salbourty et Kara-Adyr-Oula (situées l'une et Tautre à l'Ouest de Bouloun-Tokhoï), au versant nord du massif principal du Saour et à son prolongement vers l'Ouest, le Monrak, au Sud du Zaïssan.
D'après cela, la dépression du Zaïssan, et sans doute aussi son prolongement vers Bouloun-Tokhoï, acquiert les caractères d'une fosse plus ou moins compliquée de coulisses. Ce qui ne peut que confirmer cette hypothèse, en montrant du même coup que la formation de l'effondrement est très moderne, c'est un fait constaté par Ignatiev : cet ingénieur, envoyé pour étudier les gîtes de charbon du Zaïssan, a vu au Nord du lac, au promontoire de Tchakoul, des couches de lignite presque verticales, d'âge récent, plonger sous les eaux ^
Les observations plus récentes montrent que Bogdanovitch
sur la région située au Sud-Est du Balkach, et même une carte géologique de l'Alataou dzoungare, dressée de 1849 à 1851 par Vlangali et publiée dans le Gornyi Journal en 1853 (II, avec une série d'appendices dans les volumes suivants).
1. K. I. Bogdanovitch, Recherches géologiques dans le Turkestan Oriental [Travaux de l'Expédition au Tibet en f 889-1890 sous la direction de M. V. 'Pievtsov, publiés par la Société Imp. Russe de Géographie (r.), in-i», S*-Pétersbourg, II, 1892, p. 86).
2. Ignatiev, Gitea de houille des environs du poste de Zaïssanskj r. (Zapiski Section Sibérie Ceci d. Soc. Imp. Russe de Géogr., Omsk^ VII^ n" 2, 1885, Communications diverses, p. 7).
avait parfaitement saisi Texplication juste, et qu'en fait toute la Dzoungarie est sillonnée vers TEst par des escarpements, étages comme des marches gigantesques et séparés par de longues fosses, ouvertes ou aplanies aux deux bouts. Ces fosses reçoivent souvent le nom de khola'i. Tel est aussi l'aspect de la « Porte » au Nord de Santokhou. Ainsi s'expliquent également les longs horsts rocheux de TAltaï Mongol et de sa bordure occidentale. L Allai Mongol est lui-même un horst, compris entre la Vallée des Lacs et la dépression de la Dzoungarie.
La présence de grands affleurements gneissiques au pied ouest de la chaîne indique déjà qu'elle ne résulte pas d'un plissement régulier.
Kozlov a donné un tableau très expressif de l'ensemble de l'Altaï Mongol. D'après lui, la partie occidentale de la chaîne, jusque vers le méridien de Kobdo, est large, avec de nombreux sommets dépassant la ligne des neiges, suffisamment arrosée et pourvue d'abondants pâturages ; la partie orientale, qui est beaucoup plus longue, est pauvre en eau et dénudée. Jusqu*au voisinage du Khoudouk-Nor, c'est-à-dire par 98'' de long. E. environ, règne une chaîne épaisse et continue, VAltain-Nourou; elle est accompagnée au Nord, du côté de la Vallée des Lacs, et surtout au Sud, du côté du désert, par des chaînons parallèles. Au delà du 98* degré, le massif tout entier se résout en chaînons de ce genre, parmi lesquels l'Ikhé-Bogdo et le Baga-Bogdo, situés au Sud- Ouest et au Sud-Est de TOrok-Nor, dépassent la limite des neiges éternelles. Tous ces chaînons suivent plus ou moins exactement l'allure arquée de l'Altaï Mongol. D'après Kaznakov, le compagnon de Kozlov, qui a parcouru le versant sud de ces montagnes, l'Altaï Mongol se terminerait avec les contreforts orientaux de la chaîne du Gourban-Saïkhan, au voisinage du temple de Chioulioute (entre 104« et 105« de long. E.) ^
Nous ne possédons encore sur les travaux de Kozlov qu'un rapport préliminaire. Potanin a mené, à travers l'Altaï Mongol, quatre coupes qui fournissent un éclatant témoignage de l'énergie et de la persévérance de cet explorateur. Trois de ces coupes sont
i. P. K. Kozlov, Lellre datée du bivouac de iOulan-Nor, 20 novembre 1899; suivie de : A. N. Kaznakov, Rapport préliminaire sur le voyage du lac Khoulmou-Nor au lac Oulan-Nory versant méridional de l'Altaï, et de : V. F. Ladygin, Voyage au cours supérieur de la rivière Ourounga{Boulougoun)j r. (Izvicstiia Soc. Imp. Russe de Géogr., XXXVl, 1900, p. 18-83, carte). [Voir aussi la carte jointe à l'article de J. Deniker ; Voyage de M. Kozlov en Asie Centrale (La Géographie, Bull. Soc. Géogr. Paris, 111, 1901, p. 41-46, pi. 1).]
LE FAITE PRIMITIK. 129
relatives à T Altaïn-Nourou ; la quatrième passe par Tlkhé-Bogdo. Nous rattacherons à ces profils la description de cette grande chaîne de montagnes.
Par opposition avec ce qui a lieu dans l'Altaï Russe, le gneiss présente ici un puissant développement.
Déjà la première coupe, de Bouloiin-Tokhai à Kobdo, montre l'importance du gneiss. Le pied des montagnes est formé de gneiss gris, et le cours supérieur de l'Irtych Noir, pour autant qu'il appartient à la région montagneuse, est établi sur du gneiss, de même que celui du Kran et du Kharbagataï. Le gneiss occupe une largeur d'au moins 70 à 80 verstes et s'étend jusqu'au voisinage du col d'Ourmogaïtou (2 961 m.), où des schistes argileux et chloriteux le remplacent. Au delà du col, à une grande altitude, se trouve le lac Daïn-Gol ; sur sa rive ouest s'élève la cime couverte de neige du Moustaou, et des éboulis de gneiss descendent vers le lac. Puis vient une zone de schistes et de culots granitiques. Le cours supérieur du Saksaï est établi sur des schistes verts ; il y a des affleurements de porphyre. Au delà du Tal-Nor et près des glaces de Tarête supérieure se montre une roche noire se divisant en prismes (basalte?). Des roches schisteuses variées viennent ensuite jusqu'au col de Terekty (3 200 m.). Le gneiss gris paraît encore une fois; la descente vers l'Est, sur la Vallée des Lacs, a lieu à travers de formidables parois granitiques ; Kobdo, au bord ouest de la Vallée des Lacs (1 300 m.), est sur le granité.
Rappelons, en passant, que Prjévalsky a également trouvé sur le cours supérieur de l'Ouroungou, au versant occidental de l'Altaï Mongol (91^ à 92*^ de long. E.), du gneiss, ainsi qu'un granité bleuâtre et du schiste *.
M. Klémentz m'a fait connaître la découverte de fossiles permocarbonifères marins à Nursou, dans le désert qui s'étend au Sud de l'Altaï Mongol; cette localité est également située entre 91«^ et 92^ de long. E., et à plus de 100 verstes à l'E.N.E. de Gouchen.
A quatre cents verstes au Sud -Est de la première coupe se trouve le col à' Oulen-Daban (entre 93** et 94** de long. E.). par lequel Potanin, en suivant la route de Khami à Kobdo, a fait passer sa seconde coupe.
Cet itinéraire suit le méridien de Santokhou ; à partir de cette localité, l'on descend vers le Nord dans le « kholaï » qui de la Dzoun-
1. Potanin, Esquisses du So/dOuesf. fit* Lu Mongolie, etc., I, p. 21-64; N. von Prschewalski, flewen in Tibet uml am obéra Lauf des Gelben Flusses in den Jahren 1879 bis 1880, 'rid. allemande de Sieiu-Nordhcim,m-8% Jena, 1884, p. 13.