partie occidentale forme le substi^atum de l'Ordos. Le coude nord- I
ouest du Hoang-ho en jalonne ici le contour presque rectangulaire. On peut voir alors que le mouvement général vers le Sud, qui j
règne dans les Altaïdes, se fait également sentir à TEst. Le Grand i
Khingan est certainement en partie, dans le Nord, une chaîne do '
plissement, la direction de ses plis coupant d'ailleurs celle des ,
plis post-dévoniens de Tancien faîte ; et il est probable qu'il conserve ce caractère de chaîne plissée sur toute sa longueur. Vers Koukou-Khoto se succèdent en biais une série de coulisses, s'orientant W.S.W., qui forment Tln-Chan et lare du Khara-narin-Oula, entièrement décomposé en coulisses.
Nous nous trouvons de nouveau en vue de l'extrémité méridionale de l'ancien faîte, au Sud du désert de l'Ala-Chan. Les grandes chaînes du Tien-Chan sont venues finir en coin, à l'Est du puissant Karlyk-Tagh, et le Beï-Chan n'est séparé du bord méridional de l'Altaï Mongol, ou plutôt de la chaîne de l'Adji-Bogdo, qui le précède, que par l'intervalle relativement étroit du Chiourten-Gobi. Grâce h l'écartement du Tien-Chan, les plis des Altaïdes ont acquis la direction des arcs de l'ancien faîte, etil n'est plus possible de reconnaître une limite entre les deux domaines. Alors les ares venant de l'Est et de l'Ouest se rencontrent. L'Adji-Bogdo se prolonge par le Koukou-Tymyrty, et des alignements de rochers jalonnent le tracé de la chaîne à travers le désert, jusqu'au Toslou et au Noïn-Bogdo sur son bord oriental. Les extrémités orientales des chaînons du Beï-Chan s'infléchissent dans le même sens. De l'Est, le Khara-narin-Oula s'allonge jusqu'aux Monts lawaraï, situés en plein désert. Môme les extrémités des puissants arcs septentrionaux du Nan-Chan subissent, à partir d'un méridien situé un peu plus h l'Est, la même déviation. Mais l'Ala-Chan est entièrement renversé vers l'Est, et la région plate et déprimée de l'Ordos représente son avant-pays.
Il est difficile de savoir si l'inflexion des chaînes du Nan-Chan persiste vers le Sud jusqu'à Lan-tchéou-fou; en tout cas, elle a cessé de se taire sentir autour de Di-dao, au delà du Hoang-ho, car au Sud de cette localité les chaînes du Kouen-lun central courent en droite ligne à l'E.S.E., sans rencontrer d'obstacle, et forment au bord sud du môle sinien le Tsin-ling-Chan.
LES ALTAIDES ORIENTALES. 349
Le rétrécissement que les Altaïdes éprouvent à l'Est, sous Finfluence de Tavant-pays de TOrdos, est d'ailleurs d'un genre tout différent de celui que déterminent TAnembar-Oula et TAltyn-Tagh, à rOuest; néanmoins, l'action combinée de ces deux obstacles a pour effet de surélever dans des proportions extraordinaires tous les fonds de vallées et la masse même des Altaïdes, de telle sorte que ces fonds de vallées atteignent 4 000 mètres d'altitude et que sur une très grande étendue, dans tout le Tibet oriental, le sol ne descend nulle part au-dessous de 4 500 mètres. Mais cet énorme faisceau de coulisses étroitement serrées tourne de plus en plus vers le Sud, et c'est seulement une branche latérale isolée qui forme le Tsin-ling- Chan; il se produit donc, entre la direction de ce rameau et la direction du groupe principal, un angle presque droit; et l'on peut admettre que les deux chaînes, presque perpendiculaires Tune à l'autre, ont encore subi toutes deux une poussée vers le Sud-Est, car du faisceau principal se détache au N.N.E. un bras qui entoure la ville de ya-tchéou-fou en dessinant une courbe concave au S.E. ; ce chaînon secondaire, le Ta-pa-Chan, dont l'extrémité orientale est disposée en écailles regardant vers le Sud, vient se mouler sur le versant méridional du Tsin-ling-Chan. Sur le Yang-tsé-kiang, aux rapides d'I-tchang, on constate de même un mouvement dirigé vers le S.E.
Mais revenons au groupe principal. A l'Ouest, il est de nouveau resserré par l'extrémité orientale de l'Himalaya et le fragment triangulaire de l'Assam. Une fois cet obstacle franchi, les coulisses jusqu'alors arrêtées s'avancent au Sud-Ouest dans les Monts Naga et forment les chaînes arquées de l'Arrakan, En même temps que l'espace s'élargit, on remarque, sous la latitude de Ta-li-fou, que les Altaïdes ont une tendance à diverger. Deux groupes se constituent, l'un à l'Est, celui du Yun-nan, et l'autre à l'Ouest, celui de la Birmanie; et avec l'accroissement des surfaces coïncide une diminution de hauteur, pour les fonds de vallées comme pour les chaînes elles-mêmes. Sur le cours moyen du Mékong, les coudes successifs du fleuve trahissent le contraste qui règne désormais dans les directions; enfin les deux faisceaux sont complètement séparés, et dans l'intervalle affleurent les terrains anciens du Cambodge.
Le développement ultérieur de ces deux groupes est du reste différent.
Dans les coulisses orientales du faisceau de l'Est ou du Yun-nan, les gneiss et les schistes anciens des hautes chaînes s'abaissent peu à. peu vers le Sud, et ces roches finissent par disparaître sous une
couverture continue de terrains sédimentaires. Ce manteau est formé de calcaires paléozoïques et mésozoïques plissés, mais réduits par l'érosion dans TEst du Yun-nan et du Kouéi-tchéou, à l'état de haut plateau. Les coulisses médianes de ce faisceau diminuent également de hauteur, mais elles se prolongent dans la direction du Fleuve Rouge et forment les chaînes du Tonkin. Enfin une coulisse occidentale se poursuit sur une plus grande longueur encore : c'est la Cordillère de la côte orientale de l'Annam.
Bien au delà de la Mer de Chine méridionale, on voit une chaîne en arc de cercle. Elle commence sur la côte ouest du golfe de Lingayen, dans l'Ouest de Luçon, et s'étend sous le nom de Sierra de Zambales jusqu'au voisinage de la Baie de Manille. Son prolongement passe par Lubang, les îles Calamianes et Palaouan. A la même ligne se rattachent ensuite le Kinibaluetla chaîne arquée de Sarawak, qui aboutit au Cap Datoe, dans l'Ouest de Bornéo. Cet arc reproduit assez fidèlement par son allure le tracé de la Cordillère de TAnnam; c'est en même temps la branche occidentale de la virgation des Philippines, séparée d'ailleurs par un ancien massif saillant, dans le Sud-Ouest de Bornéo, des autres branches de cette virgation, qu'on retrouve au delà de ce massif, au Sud-Est de Bornéo, dans les montagnes de Martapoera et jusqu'à l'île Seboekoet. Une autre branche de cette virgation, représentée par des volcans, se poursuit de TOuest de Mindanao par l'archipel de Jolo jusqu'à Bornéo; une troisième, analogue à la précédente, part du volcan d'Apo, dans le Sud de Mindanao, passe au volcan Butulan et aux îles Sangi, suit les volcans du Nord-Est de Célèbes et atteint peut-être ceux du Golfe de Tomini. Une quatrième chaîne est indiquée par la ligne volcanique des lies Loloda, près de la côte occidentale de Halmahera. Plus nous avançons vers l'Océan, et plus les lignes directrices sont jalonnées par des volcans.
Ainsi se termine le faisceau de l'Est des Altaïdes Orientales, Toutes les coulisses ont disparu, sauf la plus occidentale. Celle-ci, formant la Cordillère de l'Annam^ a pris une courbure dont la convexité est tournée vers l'Est et est venue s'emboîter dans la virgation des Philippines.
Dans le faisceau de l'Ouest des Altaïdes, le faisceau birman, on constate de même qu'une diminution générale des altitudes accompagne l'accroissement d'étendue du domaine plissé. Cette fois encore, ce sont les branches orientales qui disparaissent les premières : les chaînes de hauteurs qui bordent le Mékong, en amont de Vien-tian, s'effacent déjà vers les sources du Ménam. Les branches
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suivantes n'en sont d*ailleurs que plus longues; elles se prolongent à TEst de la Salouen^ dans la Basse Birmanie, et forment, à Tétat de coulisses juxtaposées en tronçons, le Tenasserim, la péninsule malaise et les îles au delà de Billiton, jusqu'à Karimoen-Djawa au Nord de Java. C'est ainsi que s'accuse tout d'abord le grand arc birman.
Ensuite, de Kunlon sur la Salouen jusqu'à Mandalay, on voit les chaînes se diriger vers le S.W., puis, plus au Sud, vers le S., tandis que dans les Etats Shans, une région karstique joue un rôle analogue au haut plateau calcaire du Yun-nan oriental et du Kouéitchéou. Entre le Sittang et l'Iraouaddi vient alors la large bande tertiaire à laquelle appartient le Pegu Yomah, et dont le prolongement forme le Golfe de Pegu et peut-être la' moitié orientale de Sumatra, qui est plate. Dans le delta de l'Iraouaddi, une ligne volcanique longue et remarquable atteint la mer; Narcondam et Barren Island en indiquent la continuation.
De même que dans le faisceau du Yun-nan, les branches de l'Ouest, dans le faisceau de la Birmanie, sont de beaucoup les plus longues. Ce sont ces branches qui s'avancent dans les Monts Patkoï et Naga, pour former ensuite la courbe de l'Arrakan et du Cap Negraïs. A leur bordure externe appartient aussi la longue rangée des lies qui, à partir de ce promontoire, se succèdent jusqu'à Poulo Engano, à l'Ouest de la côte méridionale de Sumatra. Les Monts Barisan, dans le Sud de Sumatra, laissent voir encore des fragments importants d'une coulisse, mais les produits éruptifs tendent à prédominer. A Java, on ne trouve en dehors des roches volcaniques qu'un peu de terrain crétacé et des couches tertiaires. La longue coulisse arquée se morcelle de plus en plus; puis se présente, venant de rW.S.W., une dernière coulisse, la chaîne de Soemba et de Timor, qui se replie autour de la Mer de Banda et disparaît. En même temps, l'Océan Indien, au Sud de Java, a 4500 à 6 000 mètres de profondeur, et la Mer de Banda arrive à o600 mètres.
L'emplacement du continent Australien a exercé une influence manifeste sur Tallure du grand arc. On montrera, dans un chapitre ultérieur, que la cordillère australienne franchit au Nord le détroit de Torres et pénètre en Nouvelle-Guinée dans le bassin de la rivière Fly. L'Australie et la Nouvelle-Guinée encadrent l'arc de Banda.
C'est ainsi que se termine le faisceau de f Ouest des Altatdes Orientales. Cette fois encore^ toutes les coulisses ont disparu, sauf ta plus occidentale. Celle-ci s'avance dans une mer profonde, sous la forme d'un arc allongé, en diminuant constamment d'épaisseur. Une
dernière coulisse plus courte, la chaîne de Timor, s'y adjoint, et enfin Varc se recourbe sur lui-même, emprisonné entre des horsts étrangers. L'arc de Banda n'arrive pas en contact avec les extrémités probables des branches méridionales de la virgation des Philippines, soit la ligne de Minahassa et du Golfe de Tomini, soit celle de Batjan et du Sud de Halmahera. Une double rangée d'îles s'alignant de l'Est à rOuest s'introduit dans l'intervalle : Misool, Obi-Besar, Mangoli, Taliaboet le groupe des îles Peling au Nord, Céram, Boeroe et Amboine au Sud, — ces dernières étant encore souvent attribuées à l'arc de Banda. Il y a lieu de penser que ces deux chaînes insulaires prolongent les deux presqu'îles occidentales de la Nouvelle-Guinée, et que la Mer de Céram, qui les sépare, correspond au Golfe de Berau [ou de W Cluer].
Ce n'est pas seulement par ses lignes directrices que le domaine dont il est question ici est significatif. Dans les montagnes d'Arrakancommencent à se montrer les roches eruptives mésozoïques, d'âge probablement crétacé en majeure partie, qui s'étendent en passant par les Moluques et beaucoup d'autres îles jusqu'à la Nouvelle- Calédonie et à la Nouvelle-Zélande, roches toujours caractérisées par une forte teneur en magnésie. Le faisceau de TEst des Altaïdes Orientales représente la région par où la Téthys pénétrait dans le continent asiatique actuel. Des faits nombreux, comme l'arrêt des plis de l'Ala-Chan et leur renversement contre l'avant-pays de l'Ordos ou le recourbement forcé de l'arc de Banda, ne permettent pas de douter qu'il y ait eu ou qu'il y ait encore, dans cette partie de la Terre, des régions violemment dérangées, en contraste avec les régions résistantes qui n'ont que peu ou point remué, et il est évident que le phénomène orogénique n'a en aucune façon procédé d'une manière uniforme.
Lorsqu'on essaie de suivre le tracé des lignes directrices, on acquiert l'impression que certains plis très continus, tendant toujours à se prolonger dans le sens longitudinal, se sont propagés dans l'intervalle ou au bord des obstacles, comme le Tsin-ling-Chan ou la chaîne d'Arrakan, tandis que d'autres, comme l'Ala-Chan, se sont formés par pression contre un obstacle; naturellement, tous les intermédiaires possibles relient ces (!eux types extrêmes.
Dans ces régions, et notamment aux Moluques, une tâche particulière, pleine d'intérêt, est réservée aux recherches futures par cette circonstance que des chaînes de montagnes comprenant des couches tertiaires moyennes plissées sont entourées de ceintures étagées de calcaires plus récents, dont les niveaux supérieurs remontent
LES ALTAIDES ORIENTALES. 3ä3
selon toute apparence aux derniers âges de 1 époque tertiaire. On se représente bien la propagation mécanique d'un plissement, et on conçoit également la baisse du niveau de la mer, par saccades, sous rinfluence d'une augmentation de profondeur survenant dans une autre partie du globe; mais on ne se figure guère la poussée spasmodique d'Iles sortant ainsi de TOcéan, et Ton ne comprend pas ce que pourrait être un pareil phénomène de soulèvement, distinct du plissement auquel il se superposerait.
D'ailleurs, les mouvements de plissement ont continué à se faire sentir jusqu'à une époque tardive dans les hautes montagnes, comme le montre nettement l'allure des dépôts continentaux du Gobi. Ces dépôts sont horizontaux sur les bords du Weï; ils atteignent le bord septentrional du Tsin-ling; à Tching-tchéou, sur le Weï, Löczy y a recueilli Stegodon insignis. Plus au Nord-Ouest, près de Koung-tchang-fou, dans la vallée supérieure du Weï, ils recouvrent la charpente toute morcelée des montagnes primitives. A l'Ouest de Lan-tchéou, le Hoang-ho est profondément encaissé dans leur masse, et de là ils s'étendent jusqu'au Sin-ning, en formant une vaste table. Au Sud de Lan-tchéou, dans la direction du Tao-khé, ils s'avancent jusqu'à Min-tchéou et jusque vers 33** de lat. N., tantôt horizontaux ou adossés en pente douce aux montagnes, et tantôt plissés modérément suivant la direction W.N.W., qui domine dans ces parages.
Mais ils pénètrent aussi plus à l'Ouest, sous l'aspect de couches rouges, salifères, dans les vallées comprises entre les hautes chaînes tibétaines. Par 93** de long. E., Rockhill a trouvé toute la dépression entre les Monts Marco Polo et le Koko-Chili occupée par une terre d'un rouge brique, et le fond de cette cuvette est couvert do lacs salés. Au delà du Koko-Chili, par 35** de lat. N., le môme voyageur a vu une butte tabulaire de grès rouge. Là, nous sommes en pleine région d'intumescence des plis, et nulle part le fond des vallées n'y descend au-dessous de 4500 mètres. Plus loin encore, au Sud de la chaîne Dongbouré, Rockhill n'aperçut, partout où pénétraient ses regards, que du grès rouge. Rien plus en aval, dans le bassin du Yang-tsé-kiang, le colRichod-la, par exemple, à l'Ouest de Ratang, est môme formé de grès rouge horizontal et de conglomérats *.
Ainsi ces sédiments, bien que n'étant pas partout du même âge, recouvrent le pays comme un voile rouge déchiré, propre à nous renseigner sur les derniers mouvements du sol.
1. W. W. Rockhill, Diary of a Journey Ikrough Mongolia and Tihet, p. 193, 204, 209, 330,
On peut supposer que les lambeaux surélevés décrits par Rockhill ont été déposés dans des bassins distincts, k de grandes altitudes. Par contre, nous avons signalé deux cas, dans le Nan-Chan, où la réalité d'un mouvement postérieur ne saurait faire le moindre doute. Le premier exemple est fourni par la pénétration des couches en question à rE.S.E. de Toasis de Tchou-ma-er, dans l'ancienne vallée longitudinale comprise entre les Monts Richthofon et le Tolaï-Chan : elles so relèvent dans cette vallée longitudinale jusqu'au-dessus du col Tsin-pin-daban, c'est-à-dire à plus do 4220 mètres, et en même temps leur allure, d'abord tranquille, devient celle d'un synclinal dont les flancs sont fortement inclinés. Obroutchev a pu dire à bon droit que cette vallée a dû se rétrécir. Le second exemple est emprunté à la plaine qui s'étend au Sud de la chaîne méridionale du Koukou-Nor : horizontales au début, les couches se redressent de plus en plus vers ces hautes montagnes, et leur inclinaison arrive à atteindre 70 ou 80«.
Ces faits prouvent que les mouvements de plissement, à une époque tardive, ne se sont pas fait sentir seulement sur le bord externe des montagnes de l'Eurasie. A l'intérieur de l'amphithéâtre d'irkoutsk, le grand plateau cambrien nous fournit l'image du calme et du repos, et là même, cependant, les plissements delà bordure ont duré jusqu'à l'époque des flores de l'Angara, ou du moins se sont renouvelés à cette époque. Mais du côté de la périphérie, en s'avançant vers les profondeurs de l'Océan Pacifique, les indices d'un mouvement général se multiplient. Du Kamtchatka comme de la presqu'île malaise, les cordillères descendent en quelque sorte dans l'Océan, et jusqu'aux îles Bonin on reconnaît que la disposition des volcans est déterminée par dos phénomènes analogues.