III. 2ü
là vient se rattacher au Caucase, a été soulevé, d'après l'opinion de Mouchkétov, par les mouvements mêmes qui ont fait naître les branches du Tien-Chan*. Toutes les circonstances que je connais me paraissent conhrmer cette manière de voir. Il en résulterait que le grand phénomène que nous avons l'habitude de désigner sous le nom de virgation du Tien-Chan ne s'arrête pas au prolongement du Moustagh-Ata vers le Nord, mais empiète sur le Pamir. Nous pouvons même constater que tout le Centre et TOuest du Pamir lui appartiennent.
La carte du Pamir de Curzon figure THindou-Kouch à Fétat de chaîne indépendante, au Nord-Ouest de Chitral, jusqu'au voisinage immédiat de Kala-i-Pandj, et de même qu'Ivanov, l'éminent auteur attribue encore le col de Baroghil (par environ 73® 30' de long. E., 3797 m.) à l'Hindou-Kouch'-. Si l'on reporte sur cette carte les directions observées par Stoliczka dans le gneiss et dans les schistes anciens, on remarque que la direction N.E. de THindou-Kouch persiste encore, en traversant obliquement la rivière Pamir, jusque vers Yol-Mazar, à mi-chemin environ du lac Victoria. Sur le cours supérieur de l'Ab-i-Pandj règne au contraire la direction W.N.W., comme si, au Nord du col de Baroghil, l'Hindou-Kouch ou une chaîne parallèle plus septentrionale allait se raccorder avec une zone gneissique venant des Monts Mouslagh au Sud-Est. Il y aurait ainsi dans le Pamir une répétition de ce qui se passe pour le Nan-Chan et l'Anembar-Oula; mais les observations ne suffisent guère pour formuler un jugement définitif à cet égard. En tout cas, il semble qu'au point de vue tectonique les sources de TOxus sont déjà situées en dehors de l'Hindou-Kouch et à l'extrémité du domaine du Moustagh\
Le Safed-Koh arrive, comme nous l'avons vu, avec une direction presque exactement E.-W. du rebroussement du Hazara (fig. 60). Quoique cette chaîne subisse une déviation à l'W.S.W., la direction S.W. -N.E. de l'Hindou-Kouch, qui vient du Pamir, en diffère beaucoup; aussi Griesbach, à qui l'on doit la plupart des données précises concernant la région de Kaboul, a-t-il souvent exprimé l'opinion qu'il doit exister entre le Safed-Koh et l'Hindou-Kouch un massif archéen autonome.
1. I. V. Mouchkëtov, Aperçu de la constUulion géoloqiqae du territoire transcaspierii r. (Verhandl. Russisch-k. Mincralog. Ges., 2. Ser., XXVIII, 1891, p. 391-429, carte géol.).
2. G. N. Curzon, Tke Pamit^s and the Source of the Oxiis (Oeogr. Journ., VIII« 1896, p. 15-54, 97-119, 239-264, carte).
8. ^W, T. 31anford, Scien/i/Sc Kesulli of the Second Yarkand Mission; ùased upon tke Collections and Notes of the late P. Stoliczka. Geology, Iq-4<*, Calcutta, 1878, p. 38 et suiv«
L'Hindou-Kouch s'incurve parallèlement à la grande concavité orientale de Tlran; mais ses prolongements conservent leur indépendance par rapport à la concavité occidentale, au Sud de la Mer Caspienne, et ce trait est caractéristique des Altaïdes.
A plusieurs reprises, nous avons signalé la présence dans cette région de granités amphiboliques et d'autres roches eruptives d'âge crétacé (1, p. 556, etc). Des roches tout à fait analogues se présentent sur les bords du lac de Kaboul et forment les hauteurs qui s'élèvent au Nord de cette ville*. Griesbach les a reconnues jusqu'à Charikar, au voisinage de la vallée de Ghorband, qui borde au Sud le pied de la chaîne principale de l'Hindou-Kouch. Le versant méridional de cette même chaîne est formé par un calcaire gris clair, succédant en concordance apparente à des roches métamorphiques ou à des schistes contenant du graphite.
Le point le plus oriental de l'Hindou-Kouch sur lequel on possède, à ma connaissance, des indications géologiques* a été décrit en 1838 par Lord. Il s'agit du versant sud du col de Ghorband, situé sur le méridien de Kaboul. En remontant. Lord trouva des micaschistes plongeant d'abord au N.W., c'est-à-dire vers l'intérieur des montagnes, puis devenant verticaux, ensuite du gneiss et une nouvelle bande de schistes injectés de granité ; le lendemain, les gneiss et les micaschistes continuèrent, tantôt inclinés vers l'amont et tantôt verticaux ; enfin, à peu de distance du sommet du col, il arriva au pied de hautes murailles granitiques, si escarpées que la neige ne pouvait s'y maintenir. Un granité blanc avec des cristaux noirs de hornblende, parfois groupés en amas arrondis, forme sur ce point le noyau de l'Hindou-Kouch '^ .
Les observations de Griesbach, qui commencent un peu à l'Ouest de cet itinéraire, confirment ces renseignements.
Le sommet du col de Chahardar (4 300 m.) est sur le même granité, englobant un lambeau de marbre blanc, grenu. Là encore, le granité araphibolique forme sur une grande largeur la chaîne principale de l'Hindou-Kouch. On y trouve aussi des micaschistes et des gneiss, qui sont recoupés par ce granité. Au pied sud d'un second col succédant au Chahardar vers le Nord-Ouest, le Kotal-Fazak, affleure un
\. CL. Griesbach. Ficld-Notes from Afghanistan : [No 4)-ft'om Turkislân to Indid (Recorde Gcol. Supvey of India, XX, 1887, p. 17-26).
[2; La présence de Polypiers et de Brachiopodes dévoniens vient d'être signalée plus à FËst, dans la vallée de Chitral; C. A. Me Mahon and W. H Hudleston, Fossils from the Hindu Khoosh (Geol. Mag., Dec. 4, IX, 1092, p. 3-8 et 49-58^ pi. II-UI).]
3. P. B. Lord, Some account of a visit io the plain of Koh-i-Dàmàni the mining district of Ghorband, and the Pass of Hindu Kûsh (Journ. Asiatic SoC. Bengale Vil, pt. 1, 1838, p. Ö21-537; en particuUer p, 535-529).
calcaire paléozoïque, peut-être carbonifère. Le sommet du Kotal- Fazak (3000 m.) consiste en marbre ; Griesbach décrit comment, de cette partie septentrionale de THindou-Kouch, on aperçoit vers le Nord, dans le bassin du Sourkhab, les intrusions de roches sombres qui, sur ce versant de la chaîne principale, au milieu des calcaires blancs des montagnes adjacentes, forment un véritable réseau. Dans ces chaînons du versant nord , on ne connaît jusqu'à Haïbak et Tachkourgan, c'est-à-dire jusqu'à la vallée de TOxus, que des dépôts crétacés et tertiaires. Ils sont très épais, présentent une suite de voûtes et de cuvettes fort larges et se terminent vers la plaine de rOxus par un anticlinal plus abrupt.
Plus à rOuest, du côté des cols de Bamian, le granité amphibolique ne forme plus qu'une bande étroite, tandis que les calcaires épais du Crétacé supérieur Iran sgressif constituent les parties culminantes de THindou-Kouch. Les terrains sédimentaires comprennent ici deux groupes séparés par une discordance. L'étage le plus ancien du groupe inférieur, un calcaire noir, a fourni des Producius et ailleurs des Fusulines. Vers le haut, ce calcaire alterne avec des grès verdâtres à empreintes végétales, assimilés par Griesbach à la partie inférieure de la série de Gondwana. A la limite se trouvent des conglomérais modifiés et Ton voit aussi beaucoup de trapp intrusif, qui paraît d'ailleurs pénétrer, cette fois encore, jusque dans les calcaires crétacés discordants. Il en est ainsi au col d'Ak-Rabat, au voisinage de Bamian ^
Un peu plus au Nord, la bande étroite de granité amphibolique affleure, associée à des gneiss et à des micaschistes que Griesbach considère toutefois comme résultant d'un métamorphisme exercé par le granité. La couverture de calcaire crétacé fait comme un pont au-dessus de ces roches et constitue, encore plus au Nord, les cols de Bali-Gali (2 926 m.) et de Shabanshak. Dans cette région, on retrouve au-dessous des calcaires crétacés le groupe inférieur, fortement plissé, aux environs de Ghahil. Il comprend des schistes à Balobia Lommeli, puis des bancs à Equisetites columnaris et autres empreintes végétales, qui, d'après Griesbach, correspondent à la flore des couches de Lunz, dans les Alpes Orientales, et en même temps à la partie moyenne de la série de Gondwana. Au-dessus de ce niveau viennent encore des bancs épais de grès et de schistes, renfermant tantôt des débris de plantes terrestres et tantôt quelques intercala-
i. Voir, en particulier : Field-Notes from Afghantsldny No. S (Records Geol. Survey df India, XIX, 1886, p. 235 et suiv.), et No. 5-to accompany a Geohgical Sketch Map of AfghanistdH and North-Éaslem Khorassan (Ibid., XX, 1887, p. 93-103, carte).
lions marines, et cet ensemble doit représenter tout le terrain jurassique. Enfin le Néocomien a pour équivalent des grès rouges, puis les calcaires du Crétacé supérieiu» recouvrent le tout en discordance, peut-être suivis eux-mêmes de quelques bancs éocènes.
Cette succession de couches indique une partie marginale de la Téthys. Elle reste à peu près la même sur toute la largeur de l'Afghanistan septentrional et jusqu'aux environs de Mechhed. Dans toute cette région, on ne connaît pas jusqu'à présent de terrain antérieur au Carbonifère, représenté par un grès à Orthis (?) et à Produclus (?) du col de Dehroud dans la chaîne du Binaloud (Khorassan oriental). De même, au-dessus, les couches à empreintes végétales jouent un grand rôle dans la constitution des chaînons, comme à Bamian. Griesbach y signale, dans les horizons inférieurs, des Vertebrariai'i) à Palezkar (au Sud du Band-i-Baba, au Nord de Hérat), et des Glossopteris au col de Gaukharchang (au Nord de la rivière Djam, Khorassan oriental). Ensuite on retrouve partout la transgression du calcaire crétacé supérieur.
Le tronçon situé àTOuest de Bamian ne paraît encore avoir été visité par aucun géologue; mais on sait que THindou-Kouch se prolonge dans le Koh-i-Baba, en formant la ligne de partage des eaux du pays et en conservant une altitude supérieure à 4800 mètres, pour prendre ensuite le nom de Band-i-Baïan et de Safed-Koh. Il n'est pas sûr que la chaîne du Davendar, à TEst de Hérat, en représente le prolongement direct (à partir du 63® de long. E. environ), et peut-être foriùe-t-elle au contraire une coulisse distincte. Mais, à partir de là, les indications de Griesbach sont si explicites que Ton peut suivre facilement l'inflexion de quelques-uns des chaînons principaux, de la direction E.-W. à la direction N.W.
La chaine du Davendar est le flanc nord d'un anticlinal formé par le calcaire carbonifère et la série des couches à empreintes végétales; le flanc sud s'est affaissé de telle façon que le Carbonifère, le long de la faille, bute contre le calcaire crétacé supérieur. La même structure caractérise à l'Ouest la chaîne Doshak (au Sud de Zindajan, sur le Héri-Roud), ainsi que la chaine Yaktan orientée au N.W. et son prolongement la chaîne du Binaloudy qui court à l'Ouest de Mechhed.
Toutes ces chaînes appartiennent au même tronçon principal du système : se sont des coulisses se faisant suite et dans lesquelles se réalise le coude au N.W. \
\, C. L. Griesbach, Afghan and Persian Fipld-Notes (Records Geol. Siirvey of India, XIX, 1886, p. 50 et suiv.).
Une bande de granité syénitique descend des parties culminantes de la chaîne du Davendar par la haute vallée du Kouroukh, passe à peu de distance au Nord de Hérat, associée à une sorte de gneiss, disparaît à TOuest et revient au jour dans le Khorassan, au Sud de la chaîne Estoï, sur lo versant nord de la vallée du Djam; on la suit jusqu'à Sangbast, au Sud-Est de Mechhed, et même encore un peu plus au Nord-Ouest, d'après les documents russes. Griesbach admet que ce granité syénitique est postérieur au grès rouge du Néocomien, et peut-être de même âge que le granité amphibolique du Sud de l'Afghanistan*.
Le Band'ùBaba (Paropamisus, Barkhat-Dagh ^) représente dans Tensemble un anticlinal très écrasé de la série des couches à empreintes végétales. A Zurmust, c'est-à-dire à l'Est, cette chaîne est coupée au Sud par une grande faille E.-W. Au col de Marbich (à rOuest du col de Baba, à peu près sur le méridien de Hérat), cette faille passe sur le versant nord de la chaîne, disparaît en atteignant le Tertiaire et revient au jour dans le Khorassan, dirigée cette fois N.W., dans la chaîne Estoï. A Kat-i-Shamshir, elle est jalonnée par des sources chaudes^.
C'est ainsi que l'Hindou-Kouch se décompose vers l'Ouest en coulisses allongées. Le mode de raccordement de ces coulisses avec le Balkhan et le Caucase (I, p. 622) a été, au cours de ces dernières années, l'objet de nombreuses études*, et j'ai eu la