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Mouchkétov, Le Turkestan^ I» p. 498 et ailleurs

sentir. Dans ces chaînes, dont la principale est celle du Tchatkal, qui se termine au Nord de Khodjent, les terrains anciens jouent un rôle bien plus important que dans les chaînes N.E.-S.W. de la Bokharie; elles sont aussi beaucoup plus élevées, mais elles passent de même, à TOuest, et en particulier dans la région de Tachkent, à des anticlinaux crétacés et tertiaires. Ici encore, les anticlinaux N.E.-S.W. s'écartent parfois notablement les uns les autres, vers rOuest. Mais on y constate aussi, notamment dans la vallée du Badam près de Tchimkent et au Sud de cette région, un retour assez inattendu de la direction N.W., qui heurte en zigzag les plis N.E.-S.W. et doit même donner naissance à des arcs convexes, comme au Mont Monsar et dans FAlym-Taou, entre Tchimkent et Tachkent.

Mouchkétov dit que les plis S.E. ou « plis du Ferghana » sont légèrement convexes vers la plaine du Ferghana, tandis qu'il lui semble que les plis S.W. seraient légèrement concaves. C'est dans les contreforts occidentaux qu'on aperçoit la plus remarquable de ces concavités, et que par suite l'analogie avec les plis de la Bokharie est la plus frappante. Il est possible que les principaux plis S.W. et peut-être même le Tchatkal atteignent au Nord, en dessinant une courbe concave, le Talasskii-Alataou ; mais les renseignements précis manquent sur ce point, et ce raccord n'a été indiqué sur la pi. I que par une ligne ponctuée.

Ces grands plis S.W., au Nord du Syr-Daria, comme le Tchatkal, sont précisément désignés par Mouchkétov sous la dénomination de « plis de l'Alaï ». Un fait me paraît venir à l'appui de cette vue : l'existence de deux accidents récents, qui ramènent au jour les couches tertiaires de sel gemme et qui correspondent, au moins en partie, à des lignes anticlinales ; ils indiquent le rattachement de l'Alaï aux faisceaux de plis du Nord.

C'est le Mogol-Taou, coulisse précédant le Tchatkal méridional, que le Syr-Daria traverse à TOuest de Khodjent. Au Sud de ce point, près de Naou, le premier de ces accidents récents se détache de la bordure septentrionale de l'Alaï, croise en biais le Syr-Daria, suit sa rive droite, où il forme la montagne de sel d'Ak-tchékou, et atteint Tchoust sous l'aspect d'une chaîne de collines allongées. Le second part de Richtan, court au Sud-Est et à l'Est de Margelan et d'Andidjan et doit rejoindre au Téké-bel les contreforts des Monts du Ferghana.

Nous avons dit que des sédiments crétacés et tertiaires pénètrent, près d'Och, entre les Monts du Ferghana et l'Alaï, et Ion a vu en

outre que des couches tertiaires occupent le col de Taoumouroun, à lextrémité orientale de la vallée de TAlaï. De même, Mouchkétov a trouvé du Crétacé et du Tertiaire à H 600 pieds [3 535 m.] au Kougart, près de Souek, dans la vallée de Tchirtach, à TOuest du Tchatyr-Koul et sur les bords de ce lac lui-même, et il a pu se convaincre de la continuité et de l'identité des conglomérats tertiaires décrits par Stoliczka avec ceux du Ferghana.

Futterer a également retrouvé ces terrains récents, à savoir un Crétacé probable et un Tertiaire renfermant du gypse, sur la route d'Och à Kachgar par Goultcha et Irkestan (au-dessous du col de Taoumouroun) ; il a constaté de plus un contraste frappant entre la direction N.-S. des assises paléozoïques et la direction E.-W. qui prédomine dans les couches plus récentes*.

Donc, et quels que soient les détails, on doit admettre que dans cette partie du Tien-Chan, au Nord du Moustagh-Ata, les mers ont communiqué librement, à une époque récente, entre le bassin Aralo-Caspien et la région de Yarkend. Cette communication est démontrée par des fossiles {Gryphea Eslerhazyï) pour Tépoque du Calcaire Grossier inférieur (étage parisien).

10. Structure des chaînes intermédiaires. — L'altitude et Tal- Iure très disloquée de quelques lambeaux tertiaires ne permet pas d'admettre que cette communication des mers avait lieu par un simple détroit, bien localisé. Il faut au contraire supposer avec Mouchkétov que dans cette région, encore à l'époque du dépôt des gypses tertiaires, les montagnes étaient beaucoup moins hautes; ce n'est que plus tard que le plissement a morcelé les terrains sédimentaires, en relevant leurs lambeaux ou en les pinçant dans les rides du substratum, et en faisant cesser du même coup cette communication. Nous sommes en présence d'un fond de mer comprimé, comme certaines parties de la Téthys nous en offrent le spectacle sur une grande échelle, et comme on peut le voir aussi pour les couches tertiaires qui s'étendent au Nord des Alpes Occidentales dans la vallée du Rhône.

Il est beaucoup plus difficile de comprendre la structure des chaînes intermédiaires recourbées de l'Amou-Daria et du Syr-Daria. Leur ressemblance mutuelle nous apprend tout d'abord que l'Hindou-Kouch fait réellement partie du même système : la formation des plis, à partir de l'Altaï, s'est propagée non seulement jusqu'à

1. K. Futterer, Geologische Beobachtungen am Terek-Pass (Verhandl. Ges. für Erdkunde, BerUn, XXV, 1898, p. 262-263).

l'extrémité nord-ouest de Tare de Yarkend, mais aussi à TOuest de ce même arc, dans le Pamir et plus loin encore vers le Sud. C'est là une nouvelle confirmation de l'indépendance de Tare de Yarkend par rapport au flot des Âltaïdes.

Ce qui frappe d'abord, dans ces chaînes intermédiaires, c'est rabaissement rapide de tant d anticlinaux importants et le fait que dans le bassin de TAmou comme dans le bassin du Syr, ils s'écartent, au bord nord-ouest, un peu à la fa(;on d'un éventail. On dirait que là, les synclinaux n'ont pas la même valeur que les anticlinaux.

Les anliclinaux libres ont la tendance à se prolonger.

Certains indices semblent montrer qu'il en a été réellement ainsi dans le cas qui nous occupe. L'Amou-Daria et le Syr-Daria, abstraction faite de leur cours supérieur établi dans les hautes montagnes, s'écoulent sur un territoire abandonné en dernier lieu par la mer ou par des lacs intérieurs et sur les sédiments déposés dans ces vastes nappes d'eau, aujourd'hui disparues ou très réduites. Ces fleuves constituent donc les tronçons les plus récents de leurs propres réseaux. Leur cours s'est établi sans doute à la surface de ces dépôts, à mesure que l'étendue des parties submergées diminuait. Actuellement, comme nous l'avons vu, ils recoupent l'un et l'autre les pointes extrêmes, au Sud-Ouest, des chaînes intermédiaires. La surface des sédiments modernes horizontaux a bien pu être abaissée quelque peu sous l'influence du vent ou d'autres causes, mais pas cependant dans une proportion suffisante pour qu'on puisse expliquer ainsi la mise à nu du Kham-Tagh, qui surgit à une assez grande hauteur sur la rive gauche de l'Amou-Daria en face de Kélif , ou la saillie du Mont Chirin-Ferkhat, qui s'élève sur la rive gauche du Syr-Daria en aval de Khodjent.

Ces reliefs sont les extrémités naturelles des deux rameaux les plus accentués des chaînes intermédiaires affectant la direction S.W. : à Kélif, c'est la chaîne qui vient de Derbent et probablement du Khazreti-Sultan ; à Khodjent, il s'agit du puissant Tchatkal (Mogol-Taou). PeiU-étre convient-il de voir dans le Kham-Tagh, en face de Kélif ^ et dans le Chirin-Ferkhat au Sud-Ouest de Khodjenty la mesure de rallongement que ces deux chaînes intermédiaires ont subi da fis la direction de leur are, à une époque toute récente^.

Dans les deux cas, ces reliefs sont encore aujourd'hui rattachés à

1 . Le prolongement latéral des plis s^est manifesté avec ampleur dans le Rouen-lun, de TArka-Tagh au Tsin-ling-Chan. Cette question n'a gnôre été discutée en Europe, parce qu'il est très rare d'y voir les extrémités libres des plis, comme aux Lägern dans la partie orientale du Jura, et dans le faisceau de la Savo, dont nous parlerons bientôt.

leur axe, au delà de TAmou-Daria et du Syr-Daria, par des rapides. Il en va de même pour les extrémités des anticlinaux tertiaires en aval de Kélif , dont la séparation est également incomplète. Les deux accidents tertiaires qui franchissent le Syr-Daria en amont de Khodjent ne donnent aucune indication sur la question du prolongement primitif.

Ainsi, tandis que ces faits, rapprochés du plissement des couches salifères, mettent en évidence la réalité des mouvements récents, on ne doit pas oublier que dans les chaînes principales notamment, il existe des indices nombreux d'un âge plus ancien. Un des exemples les plus frappants est fourni par la chaîne de Manghychlak, où toute la série des couches, à partir du Jurassique, s'appuie en discordance et à peine ondulée sur des phyllades anciens violemment plissés. Mais il n'y a pas eu seulement des mouvements d'âge différent. L'interférence indubitable des plis orientés N.E. et des plis orientés N.W. montre en outre qu'à côté du grand mouvement d'ensemble de tous les arcs du Tien-Chan, chacun des arcs principaux — chaque segment de disque ou, si l'on veut, chaque tuile — doit avoir possédé ou possède une certaine indépendance : ces mouvements propres se sont fait sentir de temps à autre, suivant les circonstances, et ont déterminé l'interférence par la formation de plis secondaires, plus récents. Dans le bassin de l'Amou-Daria, on ne connaît pas d'interférences de ce genre. Dans le bassin du Syr-Daria, du moins à l'Ouest, les plis s'orientant N.W. sont plus récents et secondaires. Mais l'on constate que ces plis récents orientés N.W. possèdent presque la direction de la chaîne principale, le Kara-Taou, tandis que les plis N.E., qui sont plus accentués, présentent à peu près la direction de l'Alaï; c'est-à-dire qu'on retrouve dans les deux cas la direction des arcs principaux, mais la direction N.W. répond à l'aile occidentale et la direction N.E. à laile orientale. Linterférence ri est donc pas due à des influences étrangères^ mais correspond à la suite du développement des arcs principaux, peut-être aussi à un léger déplacement du sommet des courbes, ou même simplement à un mode particulier d'adaptation tardive et de compensation. Ce n'est pas dans sa partie médiane mais vers son extrémité orientale que l'arc de l'Hindou-Kouch atteint de beaucoup ses plus grandes dimensions; l'intensité du phénomène orogénique diminue manifestement vers l'Ouest, et l'extrémité occidentale du faisceau se décompose en une série de coulisses. Cela doit provenir de son appartenance aux Altaïdes. De même, toutes les chaînes intermédiaires sont beaucoup plus puissantes à l'Est, et meurent à l'Ouest.

Sur le Syr-Daria, où Mouchkétov a désigné les chaînes intermédiaires sous le nom de « chaînes de TAlaï » et où se trouvent les deux lignes de jonction tertiaires, on peut les considérer comme les moitiés orientales d'arcs du Tien-Chan, dont la direction correspond alors à celle de rAlaï. Mais du côté du bord occidental (Monsar) et peut-être aussi au Nord, du côté du Talasskii-Alataou, on voit se former des arcs convexes vers le Nord-Ouest qui s'écartent de la direction du Tien-Chan. Nous avons dit que Mouchkétov est disposé à attribuer à ces chaînes intermédiaires, d'une façon générale, une allure curviligne harmonique. Il en résulte une contradiction par rapport à Tanalogie dont nous parlions avec la direction des chaînes principales, et d'autre part, une ressemblance de plus avec la direction si étrange des chaînes intermédiaires de l'Amou-Daria et du long alignement Mouk Sou-Vakhch. Ces accidents, on s'en souvient, commencent dans le Pamir en suivant une direction à peu près E.-W., puis décrivent une courbe convexe au N.W. si accentuée que leur prolongement jusque vers Kélif devient presque perpendiculaire à la direction des avant-chaînes de l'Hindou- Kouch. C'est seulement dans l'anticlinal tertiaire le plus lointain à l'Ouest, en aval du Felizidan-Taou, qu'on peut constater une tendance au parallélisme.

Nous devons considérer une fois de plus le prolongement des axes. Deux types de plis se distinguent nettement. Les uns, les plus longs, auxquels nous avons donné le nom de chaînes principales, non seulement dépassent de beaucoup les autres dans la direction deFW.N.W. ou duN.N.W., en donnant naissance à la virgation ; mais l'Hindou-Kouch nous montre un exemple dans lequel l'extrémité occidentale affaiblie atteint en quelque sorte l'autre rive, et jalonne ensuite la corde de l'arc méridional de la Caspienne. Sur une plus petite échelle, les chaînes de l'indus sous-tendent de la même façon l'arc du Sewestan. La limite n'est donc nette que du côté de la plus petite des concavités de l'Iran, celle de l'Ouest; dans la grande concavité de l'Est, les Altaïdes paraissent comme s'abîmer.

Le cours du Danube, auquel plusieurs défilés rocheux fournissent autant de points fixes, tandis que le fleuve refoulé vers la droite déroule dans l'intervalle ses méandres, a été comparé à une chaîne suspendue. Cette image peut servir aussi pour THindou-Kouch à titre de comparaison, sinon d'explication. Mais cette comparaison s'applique mieux encore aux chaînes intermédiaires de TAmou- Daria : on a l'impression qu'à l'origine, du côté de l'Est, l'activité orogénique a dû être douée d'une grande puissance et se faire sentir

suivant la direction normale; plus tard, tandis que les anticlinaux continuaient à se développer, elle aurait diminué, pendant une phase spéciale indiquée par la position du coude, ce qui aurait permis aux anticlinaux de prendre une allure différente et de s orienter plutôt S. S.W. ou S.W. En poursuivant notre comparaison, on devrait dire alors que les parties occidentales récentes des chaînes intermédiaires pendent librement, par exemple entre les Portes de Fer près de Derbent et Kélif.

Après ce qu'on vient de lire, un nouvel examen des parties septentrionales de la virgation est à peine nécessaire. On voit que les plis « perdus », au Sud du Balkhach, résultent du développement prépondérant de Taile soit orientale, soit occidentale de Tun des arcs en forme de tuile ; Tangle rentrant du Kara-Tach, au Sud de TOutch- Kara, est une répétition de Tétat de choses observé sur le cours supérieur de TAryss et du Karch ; la fosse de TEbi-Nor est déterminée par des lignes disjonctives parallèles à la branche occidentale d'un de ces arcs, et recoupant Taile orientale d'un autre arc dans TAlataou dzoungare, etc.

L'Hindou-Kouch, qui représente le plus avancé de ces rameaux au Sud, coupe la direction du Safed-Koh et se rapproche beaucoup de la direction de Tare externe de Tlran, mais prend ensuite un tracé perpendiculaire à Tare méridional de la Caspienne. Dans les arcs iraniens, les affleurements de roches anciennes indiquent à TEst et à rOuest des plissements d'une intensité notable, tandis qu'au centre on ne voit que des terrains plus récents. L'Hindou- Kouch, de même que les chaînes intermédiaires et toute la partie méridionale de la virgation, ne mettent en évidence des mouvements énergiques qu'à l'Est; dans la direction de l'Ouest, la diminution d'intensité est au contraire frappante.

Les branches septentrionales du Tien-Chan se développent librement jusqu'à la rencontre du prolongement des montagnes deKachgar et du Moustagh-Ata vers le Nord. Puis ses plis se déroulent à l'Ouest de l'arc de Yarkend, de la même manière que les plis du Nan-Chan à l'Est de ce même arc. D'après les données dont on dispose aujourd'hui, la région d'où descendent tous ces plis, sur le versant occidental, se trouve coïncider beaucoup plus exactement qu'on ne pouvait le supposer jusqu'à présent avec le méridien qui correspond au rebroussement des bords du Jbelam (I,p . 588).

11. L'Asie actuelle. — Nous voici arrivés à la fin de notre analyse de l'Eurasie orientale. On verra bientôt que les plissements

Lia

£d.Sue8s. LaFace de la Terre

T.ffl.Fl.l.

CHAINES INT DE UAMOU-DARIA Dcçrès Mouchkétov, le Sud-E si ^

asiatiques n'atteignent pas TEurope suivant le seul alignement Kopet Dagh-Balkhan-Gaucase, par exemple, mais que d'une manière générale, de la Mer Polaire à la Méditerranée, il n existe aucune limite naturelle entre TEurasie orientale et TEurasie occidentale. En dépit de cette indivisibilité tectonique, TAsie actuelle constitue, notamment au point de vue de son rôle sur toutes les branches de la vie organique, une si puissante unité qu'il y a un véritable intérêt à jeter un coup d'œil sur cet état actuel.

C'est ce que de grands maîtres ont essayé de faire, Alexandre de Humboldt en partant des montagnes, Ferdinand de Richthofen en partant des plaines, Mouchkétov en insistant sur la jonction tardive de la mer touranienne (aralo-caspienne) avec le domaine de Yarkend.

L'état de la science permet aujourd'hui de donner à l'élément historique une part un peu plus forte dans la considération du présent.

En premier lieu, on constate que tous les territoires anciens possèdent des réseaux hydrographiques bien développés et un libre écoulement à la mer.

Ceci s'applique aussi bien au continent de Gondwana, dans la presqu'île de l'Inde, qu'au môle sinien et au noyau primitif du continent de l'Angara, des sources de la Sélenga à l'Océan Glacial. Partout, dans ces régions anciennes, de grands fleuves venant de loin descendent des hautes montagnes, où les eaux travaillent à faire reculer les limites de leurs bassins, comme R. D. Oldham l'a montré pour le versant abrupt, tourné vers le Sud, des cols de l'Himalaya*.

Les notions qu'expriment les adjectifs « central » et « périphérique », telles que Richthofen les a formulées à propos de l'Asie, ont pour corrélatifs deux symboles : le sel et la houille. Le sel, de même que le gypse, indique l'absence d'écoulement ou la situation centrale; et la houille, quand elle s'est formée comme en Asie dans de grands bassins d'eau douce, atteste le libre écoulement sans lequel aucune masse d'eau ne pourrait conserver longtemps sa composition normale.

Dans le fragment indien du continent de Gondwana, il n'existe pas de dépôts de sel en dehors du Sait Range, où ils appartiennent à l'un des termes les plus anciens de la série paléozoïque. Au moins depuis le Gondwana inférieur régnent dans la péninsule des formations d'eau douce. Les grands effondrements linéaires qui ont mor- -celé le pays, après le Gondwana inférieur, n'ont pas modifié cet état

1. R. D. Oldham, Tfie River-Valleys of ihe Himalayas (Journ. Manchester Geogr. Soc, 1894).

de choses ; les transgressions mésozoïques n'ont affecté que les bords, et depuis Tépoque de la Glossopteris Browniana^ le réseau fluvial a pu se développer, non sans subir d'ailleurs plus d'une modification.

Il n'en va pas autrement au centre du continent de l'Angara. Les dépôts de sel du Vilioui sont considérés comme d'âge silurien inférieur, et ceux de Minoussinsk appartiennent au Dévonien supérieur ou peut-être même au Culm; ce sont les plus récents. A partir de l'époque des derniers L€pidodendro7i, qu'on désigne dans cette région sous le nom d'époque de la flore Toungouse et qui doit correspondre à très peu près au Gondwana inférieur, jusqu'à l'époque actuelle, on ne trouve sur le plateau de la Sibérie Orientale et sur le faîte primitif aucun gîte de sel, tandis qu'on y rencontre beaucoup de houille et uniquement des dépôts d'eau douce. Les transgressions mésozoïques de l'extrême Nord ne parviennent pas à troubler cette situation d'une manière durable. L'Ob, coulant sur des sédiments récents, est dans l'état actuel un fleuve jeune; mais les conditions favorables au développement du réseau hydrographique régnent, dans toute la Sibérie et dans le Nord de la Mongolie, depuis une époque tout aussi reculée que dans la presqu'île de l'Inde. Pour cette raison, les rapides y sont rares, sauf quand des laves basaltiques leur ont donné naissance, comme sur l'Angara. L'hypothèse d'après laquelle la Sélenga et l'Angara représenteraient un même cours d'eau, antérieur à la formation du Baïkal, cadre bien avec ce résultat.

A l'Est, et môme à la traversée du Petit Khingan par l'Amour, l'état des choses n'est guère différent. Sans doute, des plissements s'y sont fait sentir plus tard, mais nous savons que les plaines de l'Amour n'ont été également qu'à peine touchées par les transgressions arctiques et qu'au contraire, comme les plaines de la Mandchourie, elles sont remplies de formations d'eau douce remontant au moins jusqu'à l'époque de VAsplenium whilbyense. Ces formations d'eau douce atteignent même le rivage actuel. Ivanov décrit des couches tertiaires à lignites qui, au S.S.W. du lac Khanka, forment des lambeaux isolés, s'élevant à une altitude (465 m.) supérieure à celle de la ligne de partage actuelle, et s'étendant jusqu'à l'Océan*. Dans les îles du Japon, la série mésozoïque est ausçi interrompue encore par des dépôts d'eau douce.

Ainsi, dans l'Est, l'érosion a eu de même un temps très long pour agir.

1. D. L. Ivanov, Gornyi Journal, 1891, III, p. 248-304. On exploite de la houille sur le bord même de la mor (Berg- und Huttenmann. Zeitung, 1896, Nr. 36). U en est de même à Sakhalin et sur divers points des côtes orientales.

Tous les anciens massifs continentaux présentent aujourd'hui les caractères des régions périphériques. Partout, la houille s'y montre plus récente que le sel. Mais les couches à empreintes végétales de la série de TAngara pénètrent en outre dans des contrées qui, actuellement, sont privées d'écoulement vers la mer. Des gisements de ce genre s'étendent jusqu'au bord septentrional de la Téthys, par exemple sur la lisière sud du bassin de Yarkend et dans la région du Touran, notamment sur le Syr-Daria. Ces régions ont été jadis périphériques; était-ce au profit de la Téthys? C'est ce qu'il ne sera pas toujours possible d'établir; aujourd'hui, elles sont devenues centrales. Noi^ arrivom à des territoires où le sel est plus récent que la houille.

Deux événements ont eu la plus profonde influence sur l'histoire du continent actuel : la formation des longs faisceaux de plis des Altaïdes, et le retour de la mer à l'Ouest. Cette dernière circonstance donne à la région de l'Ouest, qui est la principale des « régions de transition » de Richthofen, une histoire à part.

Là, dans le Touran et dans certaines parties de l'Iran, la Téthys s'agrandit tardivement; le phénomène débute par des oscillations dans le Lias, mais déjà, vers le milieu du Jurassique moyen, son ampleur est devenue telle qu'à l'Ouest de l'Oural un bras atteint le domaine actuel de la Mer Glaciale, qu'il rattache à l'Océan Indienen traversant toute l'Eurasie. La transgression du Crétacé moyen pénètre profondément dans le domaine du Tien-Chan actuel; une communication avec l'Iran existe sur l'emplacement de l'Hindou- Kouch occidental. Encore à l'époque éocène, cette mer s'étend jusque dans le bassin du Yarkend-Daria, et des dépôts marins oligocènes atteignent par Tourgaï, à l'Est de l'Oural, l'extrême Nord. Vers ce moment, toutes les parties exondées de l'Ouest sont périphériques. Puis cette mer se ferme et s'évapore.

Il n'est guère possible de dire quand a commencé, dans ces parages, la grande période de formation du sel. Elle a duré jusqu'à l'époque du Schlier et au début du deuxième étage méditerranéen, et c'est alors qu'une nappe d'eau plus ou moins saturée, et située au-dessous du niveau marin normal, s'étend de la vallée moyenne du Danube jusqu'à d'énormes distances vers l'Orient, peut-être jusqu'à Garm sur le Pandj, et peut-être même jusqu'au Rang-Koul dans le Pamir et au col de Baroghil. Ensuite, on voit reparaître les indices d'une communication avec l'Océan; dans la presqu'île de Kertch, le Pecten denudatus est un premier symptôme de ce genre, pendant ou immédiatement avant la formation du sel ; il en est de

4i4 LA FACE DE LA TERRE.

même, et avec plus de netteté encore, pour les bancs à Spaniodon de Tépoque du deuxième étage méditerranéen sur les bords du Kara Bougaz, et surtout pour les couches sarmatiques de TOust-Ourt. Puis cette communication cesse, et Tisolement dure jusqu'à Tépoque actuelle.

Dans le Centre et TEst de TAsie, il n'existe pas de formations salines récentes de ce genre. Les dépôts de gypse et de sel du Gobi, pour autant qu'on les connaît, ne résultent pas de l'isolement de parties d'un Océan, mais de l'évaporation locale d'eaux douces intérieures, sur des surfaces restreintes. Les débris de Mammifères qu'on y a trouvé jusqu'à présent ont surtout des affinités avec la faune des Siwaliks, ce qui indiquerait une date plus récente que Tétage sarmatique, et par conséquent postérieure à l'époque de la grande formation salifère de l'Ouest. Mais cette fois encore, la date du début est inconnue. Tous les gîtes de sel du Gobi se trouvent dans des régions encadrées par des arcs montagneux. Là, dans l'Est, la formation des Altaïdes a joué un rôle important, tandis que dans l'Ouest la transgression de la mer et une fermeture lointaine, d'origine probablement tectonique, ont été décisives.

En général, l'influence des arcs montagneux a été, suivant les cas, très différente. Les arcs de l'Himalaya sont percés de nombreuses vallées transversales ; à côté, l'arc marginal de l'Iran est au contraire absolument continu. Quoique ce contraste paraisse en rapport avec une cause profonde, peut-être n'y a-t-il pas lieu d'y attacher une grande importance : on pourrait objecter, en effet, la différence des climats, et pour l'Iran, Téloignement des hautes chaînes neigeuses.

Dans la structure et dans l'histoire de l'Asie, on peut par conséquent distinguer un certain nombre d'individualités, se succédant

1. On sait que Medlicott dans l'Inde, Hayden et Powell dans TAmërique du Nord, et Tietze en partant d'observations faites dans l'Elbourz et dans les Carpathes, sont arrivés, indépendamment les uns des autres, à Tidée que les cours d'eau sont antérieurs au plissement du territoire qu'ils traversent, et que l'érosion est parvenue à entamer l'obstacle dans la mesure où sa hauteur augmentait, « comme la scie traverse une planche en mouvement ».A cette théorie de 1' •< Antécédence », Emmons a opposé la théorie de la « Surimposition », qui admet que les montagnes ont été recouvertes de sédiments plus récents ayant aujourd'hui disparu. Dans le présent ouvrage, nous avons admis l'antécédence pour le Këlif et le Khodjent, pour la cime isolée du Junction Peak, près des Monts Uinta, la surimposition (I, p. 775), pour la vallée transversale du Kyzyl-Sou, le débordement d'un lac qui n'existe plus et qui occupait la vallée de l'Alaï. Très souvent, il peut n'y avoir là que le résultat do l'érosion régressive. Dans les vallées transversales du Hunza, un rôle important revient peut-être à l'action des glaciers. Mais la théorie de l'antécédence suppose que les chaînes de montagnes où Ton observe des vallées de ce genre se sont formées dans un territoire émergé. Elle est donc susceptible d'expliquer plutôt la conservation des vallées transversales que leur origine première. Il semble bien, par exemple, qu'on puisse admettre l'antécédence, depuis l'époque où vivait VAsplenium whitbyensef pour la percée du Petit Rhingan par l'Amour.

Tune après l'autre : d'abord le faîte primitif elle plateau cambrien, le môle sinien, de TOrdos à la Corée, et le fragment indien du continent de Gondwana ; — puis Tare de Yarkend ; — enfin le faîte récent avec les Altaïdes, qui resserrées à TEst comme à TOuest au contact de Tare de Yarkend, se propagent en même temps de part et d'autre, à TEst débordant jusqu'à la virgation des Philippines et à la Mer de Banda, h l'Ouest s'ouvrant dans la virgation du Tien-Chan ot pénétrant en Europe , au Sud-Est venant se confondre avec l'arc birman, et au Sud-Ouest se rattachant d'assez près à l'arc iranien. Entre les deux parties séparées par le horst de l'Inde, l'Himalaya surgit comme suite à la formation de l'arc de Yarkend.

Les nappes stratiformes qui prennent part à la constitution de cet édifice, en dehors des roches précambriennes et des épanchements volcaniques ou des tufs, sont de quatre sortes : 1® les formations marines normales; 2® les produits d'évaporation, dus à l'isolement de bras de mer (sel du Sait Range, du Vilioui, de Minoussinsk, de l'Iran et du Touran); 3** les transgressions limniques (II, p. 408), représentées par de grandes nappes d'eau douce (Culm du Tannou- 01a; bassin houiller de Kouznetsk; série de r Angara sur l'Angara et la Podkamennaïa Toungouska, dans les plaines de l'Amour et de la Mandchourie ; lignites tertiaires de la Sibérie Occidentale et Orientale, etc.); 4® les formations désertiques. Les dépôts du Gobi, avec leurs colorations rouges, les amas des Biel, les gisements locaux de sel et de gypse fournissent un type excellent pour l'interprétation dos particularités du Rothliegende de l'Europe.

Les contours des mers transgressives se disposent à chaque instant en harmonie avec la configuration de la surface, qui dépend des phénomènes orogéniques, de la dégradation générale, du tracé des cours d'eau et de circonstances diverses. Les contours des transgressions limniques sont déterminés par des conditions analogues ; mais tout autres sont les facteurs qui interviennent dans le cas des formations désertiques, car l'influence du relief est alors beaucoup moindre. Dans les massifs anciens, le dessin des rivages de la terre forme, quand il résulte de l'efl'ondrement des mers, demeure indépendant de la direction des plis, comme le montrent les contours de la presqu'île de l'Inde. Dans les chaînes plus récentes, les efl'ondrements épousent souvent le tracé des lignes disjonctives longitudinales, comme l'attestent la Mer d'Okhotsk et le Sikhota-Alin.

La Terre de Taïmyr et l'arc de Verkhoïansk demeurent provisoirement hors de cause.

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