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La ligne de partage des eaux entre l'Aral et l'Irghiz

La belle carte du versant oriental de l'Oural par Karpinsky montre nettement que les plis et les terrains de l'Oural, après avoir tout à fait perdu, à la suite d'une érosion énergique, l'aspect d'une chaîne de montagnes, se prolongent très loin vers l'Est, dans les vallées fluviales, sous une mince couverture de dépôts, presque toujours tertiaires*. Cette discordance est visiblede la Toura jusqu'au Tobol, et si l'on en rapproche les observations faites par Krasnopolsky le long de ce cours d'eau, on constate que les restes de TOural affleurent sur le bord des rivières presque jusqu'au confluent de l'Aïat et du Tobol, où ils sont masqués par les couches de l'Angara et le Sénonion*. Sous le 53® degré de latitude, on retrouve en efl*et les plissements de rOural entre 56^20' et OB'* de long. E., et dune manière generale ^ on ne leur connaît pas de limite du côté de l'Est. Cette grande largeur coïncide en outre avec une divergence des directions, qui vont en s'écartant vers le Sud. A l'Ouest d'Orsk, Mouchkétov indique

i. A. Karpinsky, Geologische Karle des Ostabhanges des VralSy 3 feuilles in-folio,

2. A. Krasnopolsky, Rapport préliminaire sur les recherches géologiques dans les régions montagneuses de la Sibérie Occidentale en iS9Sy r. (Gornyi Journal, 1894, II, p. 53); et Recherches géologiques datis le bassin du Tobol, p. f. (Explor. çéol. Ch. de fer de Sibérie, XX, 1899, 50 p., carte),

dans les terrains anciens la direction N.N.E. ; pour les Mougodjars, la direction moyenne est N.-S. Dans le bassin du fleuve Oural, Stuckenberg signale de fréquentes déviations au N.N.W.*; sur le Tobol, en amont de l'Aïat, Krasnopolsky note la direction N.N.W. (355** à 305®) ; le calcaire cristallin de Troïtzk s'oriente N.W., d'après Melnikov*. Le fait est très frappant sur les cartes, et conduit à se demander une fois de plus s'il n'existerait pas une relation quelconque entre l'Oural et l'une des branches de la virgation du Tien- Chan.

Cette hypothèse n'est pas nouvelle. Déjà, au xvni® siècle, on indiquait les « Monts d'Alginsk » ou « d'Ayaginsk » comme jouant le rôlede chaînon intermédiaire entre l'Oural et les « Monts de Soongarie, qui viennent de l'Inde ». Mais les brèves observations de Bardanes, le seul voyageur qui était censé avoir vu ces montagnes, et l'indication de Georgi, qui les place entre les rivières Irghiz et Oulkaï-yak, montrent qu'il s'agit d'une erreur ^

Récemment, Mouchkétov a montré qu'un pli de grande amplitude, analogue au Tarbagataï (I, p. 665), doit exister le long du faîte entre l'Aral et l'Irghiz. Karpinsky et Tschernyschew sont disposés h voir dans l'orientation au S. S. E. de certains chaînons de l'Oural, notamment l'Oui-Tach, à l'Est de l'Oural-Taou (5i« 40 de lat. N,), un léger indice en ce sens *.

Cherchons maintenant quelles sont les traces réellement constatées de cette jonction.

Au Sud, Borszczow a suivi la diorite des Mougodjars jusqu'à la rivière Tchagan (par 46^30' environ de lat. N., au Nord-Ouest de l'Aral) ^

Au Sud-Est, Mouchkétov a parcouru tout l'espace qui s'étend jusqu'à la première saillie des rameaux du Tien-Ghan. Une traînée

i. Au Sud de la feuille 139 de la Carte géologique de la Russie d'Europe; A. Stuckenberg, Bull. Comité Géol., XV, 1896, p. 249; XVII, 1898, p. 172, 175, etc.

2. M. P. Melnikov, Excursion géologique sur les rii'ièrc? Ouvelka et Ot/fa, dans le cercle de Troîtz, r. (Matériaux pour la Géol. de la Russie, XIII, 1889, p. 251-375).

3. J. P. Falk, Beytrûge zur Topographischen Kenntniss des Russischen Reichs, in-4*, St. Petersburg, Kayserl. Akad. d. Wiss., I, 1785, p. 364 et 380.

4. A. Karpinsky ot Th. Tchernychcff, Carte géologique généi^ale de la Russie d*Europe. Feuille iS9. Description orographique, r. f. (Mém. Comité Géol., III, n» 2, 1886, 113 p., 4 pi., 1 carte; voir notamment p. 72).

5. Tchagan, Tchegan ou Tchassan (voir La Face de la Terre, I, p. 666; Observations géologiques de N. Sévcrtsov et I. Borszczow dans la partie occidentale de la Steppe des Kirghiz en 1857, r. (Oornyi Journal, 1860, II, p. 300-318; notamment p. 310). Déjà, au Nord de la Mer Caspienne, on signale en plusieurs points, et en particulier sur rOuil, des traces de naphte; Nikitin, Izviestiia Soc. Imp. Ru?^*»e de Géogr., XXIX, 1893» p. 630.

d'affleurements de syénite, de granité et de schistes anciens a été suivie dans la steppe qui s'étend au Sud d*Orsk jusqu'à la station de Karassaï (vers 49® de lat. N., au Nord-Ouest d'Irghiz). Là, ces traces de rOural disparaissent sous des dépôts crétacés à Protocardium hillanum, dont la limite à partir de la colline d'Aïgyr-Baïtal (au Nord du Lac d'Aral) passe aux environs d'Irghiz et de Djelavli, localité située au Sud-Ouest de cette ville. Le terrain crétacé, quand les dépôts tertiaires manquent, forme le sous-sol du désert qui s'étend vers le Syr-Daria.

Ce désert interrompt la continuité des observations. Au delà, à une quarantaine de kilomètres au Nord de Kazalinsk, le terrain crétacé reparaît. Il se montre dans la vallée du Syr-Daria entre Kazalinsk et Karamaktchi, ainsi que dans quelques collines situées au Nord du fleuve. Puis vient jusqu'à Pérovsk, au Nord du Syr-Daria, le grand marais de Bakaly-Kon, par delà lequel, à l'Est de Pérovsk, on se rapproche des Monts Daout-Khodja et Djitim-Tioubé, représentant les contreforts les plus septentrionaux du grand Kara-Taou et appartenant par conséquent au rameau qui se détache du Tien- Chan au Sud-Ouest d'Aoulié-Ata (pi. I)*.

De ces faits résulte ce qui suit :

L'Oural actuelreprésente, dans sapartie méridionale, rOuestd'une aire de plissement très vaste, qui a été complètement rasée à l'Est, où elle est masquée par la plaine sibérienne. Ses plis se dirigent vers le Sud à travers les Monts Gouberlinskii et les Mougodjars, et s'enfoncent, en diminuant également d'altitude de ce côté, sous la steppe et le plateau d'Oust-Ourt, au Nord du 46® de lat. N. Certaines parties aujourd'hui presque nivelées des zones orientales se prolongent le long de la rivière Or, jusqu'à peu de distance au Nord-Ouest de la ville d'Irghiz. Dans la même direction, mais séparés par le terrain crétacé et le désert, surgissent au Sud-Est les contreforts du Kara- Taou. La ligne de jonction coïncide avec le faîte de partage entre l'Aral et l'Irghiz.

Il n'est donc pas impossible, comme le montrent les observations de Mouchkétov, qu'un des rameaux du Tien-Chan vienne s'introduire dans le faisceau divergeant vers le Sud des chaînons de l'Oural ; le fait peut même être regardé comme probable, sans qu'il soit rigoureusement démontré dans les conditions actuelles.

1. Mouchkétov, Ae Turkesian, r., I, p. 324, 327; Sévertzov dit que l'on ne voit sur rirghiz ni montagnes, ni collines, mais que la vallée présente des berges rocheuses (Bull. Acad. Imp. Se. S*-Pétersbourg, IV, 1862, p. 484). Voiraussi G. Romanowski, Afa/erialien zur Geologie von Turkestan, l.in-i'', 1880, p. 45, 59, et Romanovsky et Mouchkétov, Carte géologique du Turkesian Russe ^ feuille I, 1885.

Quant aux relations possibles entre TOural et les plis de la Steppe des Kirghiz, plus éloignés encore, c'est un point sur lequel il est beaucoup plus difficile de se prononcer. Le rapport de Krasnopolsky sur les districts aurifères des montagnes situées au Sud de Kokchétaou montre que là, les terrains les plus anciens s'orientent avec une certaine constance N. 40<>-60® E. : leur direction s'écarte donc de toutes celles que nous considérons ici*.

Comme résultat définitif, un fait demeure acquis : c'est qu'au Nord du 53<> de lat. N., TOural est inséparablement lié, sur une grande distance, au substratum profond de la plaine sibérienne, plissé dans la même direction.

2. Rapports de l'Oural et du Caucase. — L'apparente déviation du Kara Taou vers la ligne de partage entre l'Aral et l'Irghizest en opposition frappante avec le contraste qui existe entre la direction de l'Oural méridional et celle du Caucase. Et cependant, le Kara-Taou doit être regardé aussi bien que le Caucase comme un rayon émanant du Tien-Chan. Ce contraste est encore accentué par la présence d'accidents récents, dirigés du N. au S., dans l'espace compris entre l'Oural et le Caucase.

Loin au Sud-Ouest, il y a d'abord à signaler le pli des collines Erghéniy dont nous devons également une description détaillée à Mouchkétov^

On peut placer leur origine au coude de la Volga à Tsarytzin. A partir de ce point, un pli anticlinal orienté à peu près N.-S. se poursuit sur environ 2 degrés et demi de latitude, mais en même temps tourne légèrement au S.E., de sorte que le Manytch est atteint à la colline Tchalon Khamour (44*^50' de long. E.) avec la direction ho?*a 3. En outre, on voit apparaître à l'Ouest plusieurs autres plis subordonnés qui divergent vers le Sud. Dans l'axe de la voûte affleure une argile foncée, appartenant probablement au Tertiaire

1. A. KrasDopolsky, Recherches géologiques dans les provinces d'Akmolmsk et de Sémipalalinsk, r. f. (Explor. géol. Chemin de fer de Sibérie, XXI, 1900, 317 p., 3 cartes géol.; en particulier p. 103 et suiv.). Ce mémoire important ne m'est parvenu que pendant l'impression du présent ouvrage. Au sujet du coude do l'Ichim, voir cidessus, p. 207. Je ne connais pas les relations précises des reliefs qui figurent sur la carte générale du Turkestan do Mouchkëtov au Nord de 48" de lat. N., au Nord du Sary-Sou ; d'après d'anciennes indications, l'Oulou-Tagh doit être formé de granité et renfermer des minerais de plomb ; G. de Meyendorff, Voyage d'Orenbourg à Boukhara, fait en 1820 in-8% Paris, 1826, p. 93.

2. I. Muschketow, Allgemeine Geologische Karte von Russland. Blätter 95 und 96, Geologische Untersuchungen in der Kalmücken-Steppe in den Jahren 1884-1885, r. a. (Mém. Comité Géol,, XIV, m 1, 1895, 202 p., 2 cartes).

inférieur. Les couches sarmatiques, du moins au Sud, participent au plissement, qui toutefois est antérieur aux sédiments aralo-caspiens. Le plissement a dû agir de TEst à TOuest. La ligne de TErghéni a formé jadis, sur la plus grande partie de l'espace compris entre le Manytch et remplacement actuel de Tsarytzin, la rive occidentale de la Caspienne élargie.

La ride de TErghéni est suivie vers TEst par un long chapelet de lacs, qui commence aux lacs Sarpa, près de la Volga; la direction de cette traînée est d abord S.S.E., puis S.E., et elle va se perdre dans la dépression comprise entre Astrakhan et la basse Kouma.

Une nouvelle voûte se montre sur la Volga en aval de Tsarytzin près de Kammenii lar (la « Rive Pierreuse »). Là, les argiles, probablement tertiaires inférieures, forment un large anticlinal dont la tête est arasée ; cet accident se dirige d'abord vers le Sud, puis tourne, exactement comme TErghéni, au S.S.E.

Un peu plus en aval encore, près de Tchemii lar (la « Rive Noire ») sur la Volga, ces argiles anciennes affleurent et indiquent une jonction avec les pointements de couches mésozoïques qui caractérisent les parties de la Steppe situées plus à TEst.

Les difficultés qui s'opposent à un raccordement certain de ces affleurements plus ou moins isolés ont déjà été mises en lumière (III, p. 392, note 2). Au Grand Bogdo, qui se dresse à 171 mètres au-dessus du lac Bass-Kountchak, situé dans le voisinage, on voit du Trias inférieur et du Jurassique supérieur (ou du Crétacé inférieur). Au N.N.E., le Petit Bogdo présente des terrains analogues. Plus à TEst, la colline de Tchaptchatchi est formée de gypses enveloppant un noyau de sel gemme.

Plus à TEst encore s'élève la chaîne de Bich-Tchokho ou des « Cinq Collines ». Trois rangées de hauteurs, longues de quelques verstes, forment cette chaîne. La rangée médiane, s'élevant jusqu'à 60 mètres, coïncide avec Taxe d'un anticlinal orienté N.E. de marnes grises qui rappellent un peu les roches mésozoïques inférieures du Bogdo; les deux autres rangées correspondent aux retombées de la voûte, et sont constituées par des gypses *.

Tous ces plis, de l'Erghéni jusqu'au Bich-Tchokho, qu'ils constituent ou non un même ensemble, sont antérieurs aux sédiments aralo-caspiens, qui s'y adossent horizontalement ou les recouvrent. Par contre, les couches sarmatiques participent au plissement dans

1. J. Muschkctow, Allgemeine Geologische Karle von Russland. Blail ii-L Geologische Untersuchungen in der Kirgisen-Steppe im Jahre i894y r. a. (Mém. Comité Oéol., XIV, n«" 5, 1896, 27 p., i carte); voir p. 21 uac comparaison avec l'Erghéni.

le Sud de TErghéni. Rappelons que Fétage sarmatique s'appuie horizontalement, en discordance, sur les plis de Manghychlak, à TEst de la Mer Caspienne, tandis que dans le Caucase il a lui-même pris part à des mouvements très violents.

L'extrémité méridionale de TErghéni paraît d'ailleurs s'infléchir vers le Sud-Est, mais il est difficile de dire comment peuvent se comporter lorsqu'ils se rencontrent les derniers plis ouralieus et caucasiens, et s'ils arrivent réellement à se croiser.

M. Karpinsky a rattaché à ces mouvements récents un attrayant problème. Ce savant a montré que les mers européennes (abstraction faite des mers paléozoïques) atteignaient le domaine actuel de l'Océan Polaire tantôt par le versant occidental de l'Oural (Jurassique moyen, étage volgien, Néocomien), tantôt, d'une façon continue, par le versant oriental (Tertiaire inférieur, et peut-être déjà Crétacé supérieur), et qu'enfin, pendant l'époque glaciaire, lajonctionpar le versantoccidental avait été presque rétablie. De là cette conjecture, que la formation des longs bassins parallèles tantôt à l'Oural et tantôt au Caucase, qui a dû accompagner la surrection de ces deux chaînes, aurait donné naissance à ces communications, tantôt par TOuest et tantôt par l'Est*.

Cette hypothèse nous met en présence d'une foule de questions non résolues, mais c'est précisément pour cela qu'elle est du nombre de celles dont les conséquences promettent de devoir être fécondes. Tout d'abord, il faut remarquer que Karpinsky insiste sur l'origine non marine d'une grande partie du terrain permien.

M. Th. Fuchs m'a signalé la description que Stirling a donnée des squelettes de grands Mammifères aplacentaires qu'on rencontre recouverts d'incrustations dans les déserts d'Australie. C'est la répétition des squelettes incrustés de Sauriens qu'Amalitzky a découverts dans l'étage à Glossopteris du bassin de la Dvina ^ Ainsi se confirme en même temps l'idée que, pour ce groupe de dépôts, les transgres-

1. A. Karpinsky, Aperçu des conditions physico-ffëographiques de la Russie iV Europe pendant les périodes géologiques , r. ; lecture faîte à la séance publique solennelle de l'Académie Impériale des Sciences de Saint-Putersbourg, le 9 Décembre 1886 (Supplément au t. IV des Mém. Russes de l'Acad., n" 8); trad. allem., Uebersicht der physiko-geographischen Verhältnisse des europäischen Russland während det* verflossenen geologiseilen Perioden (Beitr. z. Kenntn. d. Russ. Reiches, 3. Folge, 1887, ; et surtout Sur le caractère général des mouvements de Vécorce terrestre dans la Russie d'Europe^ p. (Bull. Acad. Imp. Se. S'-Pétcrsbourg, 5« scr., I, 1894, p. i-19, cartes) [et Annales de Géogr., V, 1895-96, p. 179-192].

2. E. C. Stirling, The Physical Features of Lake Callabonna (Mem. Royal Soc. South Australia, 1900, I, pt. 2, p. I-XV, pi. A); V. Amalitzky, Sur les fouilles de restes de

Vertébrés dans les dépôts peiiniensdu Nord de In Russie [Tvh^'aux. Soc. dos Naturalistes S^-Pêtersbourg, Procës-vcrb., Avril-mai 1900, p. 177-198).

sions se produisent dans des conditions absolument différentes. Si Ton veut risquer une nouvelle comparaison entre Tétroit domaine périadriatique et la vaste Russie, on constate aussitôt qu'une simplicité bien plus grande règne dans les Dinarides, où les formations désertiques ont été suivies par une longue série concordante et ininterrompue de dépôts marins.

Or les lacunes de la série russe ne sont pas limitées à la Russie, et les transgressions qu'on peut noter en ce pays se retrouvent presque sans exception dans de lointaines parties du monde. Mais pendant les phases négatives, — ou plus exactement, jusqu'au moment où le rivage, sur un point donné, se retrouve à une distance donnée du centre de la Terre, — la forme de la surface du sol émergé change, et cela : à) sous l'influence d'événements tectoniques, laquelle se fait sentir également au delà des plages; et A) sous l'influence de l'érosion, et en particulier grâce au creusement des grandes vallées fluviales et à l'action du vent; ces modifications demeurent restreintes aux continents. Les facteurs réunis sous la lettre b sont d'ailleurs étroitement liés au groupe 0, mais ils accomplissent leur tâche, même en l'absence de tout accident tectonique.

Chaque transgression nouvelle trouvera donc, pour autant que le flot ne dégrade pas lui-même la terre ferme, un relief modifié. Les limites seront influencées par a et b, ou seulement par b. Il peut aussi se produire, lors d'ime nouvelle transgression, mainte jonction marine qui n'existait pas aux époques antérieures, ou au contraire les événements tectoniques peuvent supprimer les communications anciennes.

La distinction du rôle qui revient à a et à A est un problème dont les données changent dans chaque cas particulier, et qui exige pour être résolu la connaissance la plus détaillée des conditions locales. Un grand nombre de faits paraissent indiquer que le bord occidental de rOural a réellement servi de rivage pendant la partie moyenne de la période jurassique ; une longue baie l'aurait longé, rattachant la transgression des régions arctiques, par le Darvaz et l'Afghanistan, à la mer qui, en tant de points du pourtour de l'Océan Indien, a laissé les traces d'im niveau plus élevé de la ligne des rivages. La transgression elle-même est un phénomène général, d'un autre ordre, et qui en somme ne dépend pas de l'existence de cette communication; la submersion de la partie de la Russie que nous considérons peut avoir été déterminée par a et par é.

3. Oufa. — En avant de la bordure occidentale de l'Oural, à par-

tir de 55® 15' de lai. N. , s'étend dans la direction du Nord un territoire auquel V. de Möller a donné le nom de Plateau dOufa^ et dont la profonde influence sur la structure de l'Oural n'a cessé depuis de devenir plus manifeste *.

Au Sud, il se présente comme une voûte ayant 90 verstes de largeur et environ 360 mètres d'altitude, au sommet de laquelle l'érosion a mis à jour, sous l'étage d'Arlinsk, le Carbonifère supérieur. Vers l'Est, c'est-à-dire du côté de l'Oural, il y a un brusque escarpement, tandis que vers l'Ouest la pente est douce. La longueur de cet accident est de 200 versles, mais vers le Nord, la largeur du plateau se réduit à 7 verstes.

Les plis de l'Oural sont déjetés de l'Est à l'Ouest et butent contre le plateau d'Oufa. Cet arrêtest si marqué que, sur prèsde trois degrés de latitude, le pied occidental de la chaîne reste pour ainsi dire en arrière, tandis que les faisceaux de plis se pressent plus étroitement. Par exception, dans cette partie, ce ne sont pas seulement les premiers chaînons de quartzite dévonien, mais aussi, plus à l'Est, les crêtes cristallines de l'Oural-Taou qui deviennent concaves vers l'Ouest. Mais au Sud, quand le plateau d'Oufa s'arrête brusquement, coupé à angle droit sur toute sa largeur, la belle carte de Karpinsky et Tschernyschew montre comment les plis de l'Oural, déviés presque d'un quadrant et s'avançant vers l'Ouest, viennent se mouler sur le bord méridional du plateau pour reprendre ensuite une direction très voisine de celle du méridien (fig. 77). Seuls, les faisceaux de plis situés tout à fait à l'Est, par delà l'Oural-Taou, continuent à s'aligner du N. au S. ^

Parmi ces chaînons ouraliens déviés à l'W., sur le bord méridional du plateau, qui indiquent la disparition de l'obstacle, le plus important est le Kara-Taou (fig. 78). Ces chaînons tournent vers le plateau de hauts escarpements de grès dévonien. Or les couches carbonifères supérieures et artinskiennes qui forment le plateau participent aussi au plissement, dans une autre partie de l'Oural, il est vrai. Il n'est donc pas possible que le Kara-Taou soit un rivage de l'époque carbonifère supérieure ou de l'époque d'Artinsk, mais le

1. Val. de Möller, Lettre reprod. Noues Jahrb. f. Min., 1870, p. 648-650; dans cette lettre, Tauteur compare déjà le plateau d'Oufa aux Monts Tinian; voir aussi sa note : SvT la question du plateau d'Oufa (Bull. Comité Géol., V, 1886, p. 235-237).

2. A. Kai'pinsky und Th. Tchernychetf, Carte géologique générale de la Russie d'Europe. Feuille 139. Description orographique^ r. f. (Mém. Comité Gëol., III, n« 3, 1886), et Th. Tschernyschew, Allgemeine Geologische Karte von Rtissland. Blatt 489, Beschreibung des Central-Urals und des Westabhanges, r. a. (Ibid., III, n» 4, 1889, viii-293 p., 7 pl.). Voir aussi A. Karpinsky, Geologische Karte des Ostabhanges des Urals, 3 feuilles in-folio, 1884.

LE NORD DE L'EUROPE. 48i

plateau se comporte comme un fragment masqué de Tavant-pays, contre lequel vient se heurter le bord externe de FOuraJ ou même que ce bord franchit en se renversant*.

On ne peut guère en douter, cet obstacle local important qu'a

FiG. 77. — Carie schématique de la pai'tie moyenne de TOural, d'après A. Karpinsky (Annales do Oéogr., V, 1895-96, p. 188,fig. 18).

Les hachures représentent les granités et les gneiss : le noir plein figure le Dôvonien inférieur et le Carbonifère; les autres terrains ont été laissés en blanc. — Échelle de 1 : 12 000 000. Long. E. Paris.

rencontré le plissement a eu sa part d'influence sur Técartement progressif des contreforts méridionaux de TOural dont nous avons déjà parlé. La zone dévonienne de TOural contourne le plateau

1. Th. Tschernyschew, Coupe passant par le Kara-Taou, dans le Guide des Excursions du Vlh Congrès Géologique International, 1897^ III, p. 9 (reprod; ci-contre, fig. 78); et

d'Oufa, s'avance vers TW. et atteint le fleuve Oural à TOuest d'Orsk; la longue arête cristalline de TOural-Taou s'y rattache à TEst, en affectant comme on Ta vu, sous la latitude du plateau, une allure concave vers TOuest, puis atteint, également dirigée N.-S., le fleuve Oural; à TEst se succèdent alors d'autres zones méridiennes très continues, tantôt formées de diabase, de porphyre et de tufs, et tantôt caractérisées par des chaînes granitiques ou des sédiments paléozoïques.

Vers TEst, ces zones sont complètement rasées, et nulle part, aussi bien au delà de Verkhotourié ou vers Chadrinsk que sur le Tobol, on n'aperçoit de limite orientale. De cette façon, TOural

Kara-taou

M! Koulevskafa

I Petita Acha^R.

Saldybach.R. GrandaAcha,« ^

Fio. 78. — Coupe du Kara-Taou (Oural), d'après Th. Tschernyschew {Guide Vlh Congrès Géologique International, 1897, III, p. 9j. J)\g Dévonien inférieur (grès quartzeux) ; D\. Dévonien moyen (grés schistes, marnes rubannéesi ; Dj. Dévonien moyen (calcaires et dolouies); D^. Dévonien supérieur (calcaires et marnes): Cl Calcaire carbonifère inférieur à Productua giganteus; C« Calcaire à Spirifer mosqiteusit, V«

s'écarte au Sud du plateau d'Oufa jusque vers les régions où nous avons cherché en vain ses traces, sur la ligne de partage entre TAral et Tlrghiz, et où nous avons vu les Mougodjars disparaître en s'affaissant sous TOust-Ourt.

Il est difficile de dire d'une façon positive jusqu'où Tinfluence de cet obstacle s'est fait sentir par devant, c'est-à-dire vers l'Ouest. Pavlow a supposé que la déviation du Kara-Taou au Sud du plateau d'Oufa se traduit encore, h une grande distance à FW.S.W., par la dislocation si remarquable qu'on voit prhsde StavropoL Là, les Monts Gé?yo^//l déterminent le coude brusque de la Volga (fig. 79). Ils sont coupés au Nord par une faille courant à l'W.S.W. Cet accident se suit sur environ 140 verstes ; à TE.N.E., sa jonction avec les plis qui

Allgemeine Geologische Karte von Russland. Blatt iS9, Beschreibung des Central- Urals, p. 379. Le chevauchement de l'avant-pays fait disparaître la nécessité d'admettre que lo pUssement a pris fin plus tôt dans le Kara-Taou que dans les chaînes voisines, orientées N.Ë.

s'avancent au Sud du plateau d'Oufa passerait par Bougoulma. La dislocation est postérieure à TEocène * .

Peut-être pourrait-on aller encore plus loin dans ces hypothèses, et grouper les Gégouli avec l'Erghéni et les autres accidents de la Basse Volga, ce qui donnerait un réseau analogue à celui du Vakhch, par exemple. Les plis récents de la basse Volga rappelleraient alors

Pio. 19. — L accident des Grégouli, d'après la Carte géologique de la Russie d'Europe, feuille IV, 1892.

I. Carbonifôre supérieur; 2. Permien; 3. Marnes et grès bigarrés; 4. Jurassique supérieur et dépôts volgiens; 5. Crétacé inférieur; 6. Crétacé supérieur; 7. Ëocône ; 8. Dépôts de la trans* gression marine Caspienne; 9. Âlluvions. — Échelle de 1 : 3000000.

les accidents de Kélif ou de Khodjent, la position d'Oufa correspondrait à Tangle rentrant du Karch ou de l'Aryss, et on verrait se dessiner entre TOural et le Caucase un système de lignes intermédiaires analogue à celui de la Bokharie et du Ferghana. Nous nous contenterons ici de faire ressortir deux conséquences : c'est que,

1. A. Pavlow, La presgu'ile de Samara et les Gegoulis, r. f. (Mém. Comité Géol.,

II, n<* 5, 1887, 63 p., 2 pi., 1 carte); pour la ligne de jonction hypothétique, yoir p. 55 et suiv. [Voir aussi A. W. Pavlow, Quelques observations nouvelles sur les phénomènes tectoniques dans la région de la Medvéditza et de la base Volga, f. (Bull. Soc. Imp. des Naturalistes de Moscou, Année 1901, n° 1-2, p. 230-231)].

cette fois encore, les dislocations les plus éloignées du point d arrêt, les extrémités libres, si Ton veut (Erghéni), sont les plus récentes; et en second lieu, que Tobstacle d'Oufa a eu pour effet d'accentuer le contraste existant entre la direction de l'Oural et celle du Caucase.

4. Faisceaux de plis entre Oufa et la Mer Glaciale. — Möller a comparé le plateau d'Oufa aux Monts Timan ; Tschernyschew a insisté sur sa faible importance orographique ; Stuckenberg, en ce qui concerne seulement les conditions tectoniques, se rapproche des vues de Möller*.

Au Nord de ce plateau s'avancent les plis du versant occidental de l'Oural, dirigés N.W. ou N.N.W. ; en juxtaposant la carte des environs de Perm-Solikamsk, par Krasnopolsky, et celle que Krotov a donnée de la partie du bord occidental des montagnes s'étendant jusqu'au 61® de lat. N., on voit que de ce côté plusieurs rameaux de roches cristallines se détachent à angle aigu, l'un derrière l'autre, sous la forme de coulisses (fig. 80). Il se produit par conséquent une véritable décomposition ou comme un démembrement de la chaîne*.

Deux de ces coulisses sont particulièrement frappantes. La première s'amorce dans les schistes cristallins, entre S8** 30' et 59**, au chaînon montagneux élevé du Basségi, qui s'infléchit légèrement à l'Ouest et qu'une longue bande dévonienne sépare, au Nord du 59®, de l'axe ou plutôt du bord ouest de la coulisse suivante; après avoir repris une direction exactement méridienne, elle se termine, par 59<*40' environ, sous la forme d'un long éperon de schistes cristallins. La seconde coulisse a pour extrémité la haute crête du Kvarkoiich, par 60® 25' ; elle est également bordée à l'Est par une intercalation dévonienne.

Il résulte de la description donnée par Krotov que, dans les ré-

1. A. Stuckenberg, Allgemeine Geologische Körte von Russland, Blatt i27, r. a. (Mém. Comité Géol., XVI, n« i, 1898, p. 5 et 306) ; A. PhiUppson a figuré dans un croquis schématique les relations avec l'Oural, Sitzungsber. Niederrhein. Ges. f. Naturu. Heilkunde, Bonn, 1898.

2. A. Krasnopolsky, Allgemeine Geologische Karte von Russland. Blatt 126, Perm- Solikamsk, r. a. f. (Mém. Comité Géol. XI, n" 1-2, 1889-91, xiv-o22-35 p., 2 pi.) ; P . Krotow, Geologische Forschungen am westlichen Ural-Ahliange in den Gebieten von Tscherdyn und Ssolikamsk, r, a.jibid., VI, n" 1-2, 1888, 563 p., 2 pl., 1 carte). Sur la figure schématique des dislocations de TOural que M. Karpinsky a donnée dans le Bulletin de l'Académie des Sciences de S*-Pctersbourg (V* Sér., I, 1894, n» 1, p. 13), on reconnaît nettement la présence d'éperons qui font saillie vers le N.W. |Voir aussi L. Duparc, Deux mois d'exploration dans VOural (Rastesskaya Datcha), Le Globe, 5« sér.. XII, Genève, 1902, Mémoires; et Sur la géologie du bassin supérieur de la Koswa (Archives des Se. phys. et nat., 4« période, XIII, 1902, p. 300-303).]

Fig. 80. — Basségi, Kvarkouch et Chatne Polioudov, d'après Krotov et Krasnopolsky . M^ Schistes métamcrphiques ; />, Dévonion ; C, Carbonifère ; CP, Permo-Carbonifèro ; Py Permioo.

Échelle de 1: 1200000.

LE NORD DE L'EUROPE. 4d7

gions dévoniennes et carbonifères adjacentes, des dispositions analogues ne font pas défaut. Et Ton constate en particulier que la chaîne Polioudov, qui représente le début des Monts Timan, n'est de même qu*une coulisse divergente (I, p. 670).

Peut-être le long anticlinal dévonienqui commence à TEstd'Alexandrovsk correspond-il à cette coulisse. Krotov note le parallélisme du Kvarkouch et du Polioudov ; au Nord de la lassva, ce dernier chaînon se détache de la crête du Solotoï Kamen, subit en s 'abaissant une courte interruption, puis devient tout à fait indépendant et prend plus au Nord-Ouest le nom de Monts Timan (fig. 81).

La connaissance de cette chaîne de hauteurs ou plutôt de ce groupe de chaînes parallèles a réalisé, grâce à Tschernyschew, de sérieux progrès. 11 résulte en premier lieu des recherches de ce savant qu'au Nord des Monts Timan, sur la Soula, il ne se produit pas, comme les observations antérieures l'avaient fait supposer (I, p. 671), un raccordement avec la chaîne qui occupe la presqu'île de Kanin, mais que celle-ci représente le prolongement immédiat, en direction, des Monts Timan*.

11 y a d'ailleurs, ici, une distinction à faire :

Tschernyschew montre que les Monts Timan consistent en une série d'anticlinaux et de synclinaux parallèles, qui ressortent dans lorographie avec une grande netteté, mais que, néanmoins, il existe au sein de ces plis des discordances. Le terrain le plus ancien est formé de schistes à séricite. Au voisinage de la mer, ces schistes sont recouverts en discordance par le Silurien supérieur, et un peu plus au Sud commence à se montrer le Dévonien supérieur transgressif, qui constitue en général les parties les plus saillantes des Monts Timan, notamment l'anticlinal de la haute Soula. Au Dévonien supérieur sont associées des roches eruptives. Ensuite vient le Carbonifère, et le Permien participe même encore au plissement.

Depuis qu'a paru (1891) le journal du voyage fait avec tant de succès par Grewingk, dès 1848, dans la presqu'île de Kanin, on sait que les schistes à séricite des Monts Timan se prolongent par deux petites îles qui séparent presque la Baie Tchesskaïa de la Mer Glaciale, dans la direction du Cap Mikloukin, et qu'ils forment effectivement dans la presqu'île de Kanin une chaîne de hauteurs alignée au N.W., du Cap Mikloukin au Kanin Nos, comme Keyserling l'a très

1. Th. Tschernyschew, Travaux géologiques exécutés au Timane en 4889^ r. f. (Bull. Comité Géol., IX, 1890, p. 41-84, carte); et Travaux géologiques exécutés au Timane en i890f r. f. (Ibid., X, 1891, p. 95-147, carte). [Voir aussi la Carte géologique de la Chaîne du Timan dressée par Th. Tschernyschew d'après les travaux des membres de IVxpêdiiion de 1889-90 et de L. J. Loutougouin, N. N. Yakovlew et V. N. Weber. 1 : 420 000.]

exactement liguré autrefois dans sa carte du bassin de la Petchora*.

Le Nord des Monts Timan est masqué en grande partie par les dépôts de la dernière transgression circumpolaire de la Mer Glaôiale. La presqu'île de Kanin supporte également une vaste nappe de ces dépôts et de matériaux remaniés ; pour cette raison, on ne peut pas y observer le recouvrement des schistes anciens, et Ton n'a retrouvé le Carbonifère et le Permien qu a une certaine distance.

Ces conditions témoignent que Talignement Polioudov-Timan- Kanin était déjà indiqué avant le Silurien supérieur, et que des plissements posthumes se sont manifestés jusqu'à Tépoque permienne. Mais la Carte générale de la Russie, publiée par le Comité Géologique en 1892, montre en outre que les schistes anciens de la partie méridionale du Timan ne correspondent peut-être pas exactement au prolongement du même anticlinal dans le Nord, et que le Timan, comme on Ta déjà dit, représente tout un groupe de plis parallèles.

Les levés de Fédorov nous apprennent que le tronc principal de rOural, au Nord du Polioudov, prend une direction exactement N.-S., rappelant la structure schématique des Monts Louchai (1, p. 594, note 3) ^

Fedorov décrit comment, près du 63® de lat. N., sur le bord oriental, une coulisse s'enfonce en profondeur ; au Sud, elle est formée de Dévonien inférieur ; plus au Nord apparaissent les étages à Stringocephalus Buriini et à Rhjnchonella cuboides, et enfin, sur la rivière

i. K. J. Grcwingk, Voyages dans la presquile de Kanin; publiés par Tschernyschew, Karpinsky et Nikilin (Supplément n« 11 au t. LVII des Mém. Russes Acad. Imp. Se. S^-Pétersbourg, 1891). Sur la carte géologique qui accompagne ce mémoire, M. Tschernyschew a colorié la partie septentrionale des Monts Timan, d'après les résultats do l'expédion de 1890.

2. E. Fedorov, Recherches géologiques dans l'Oural du Nord pendant les années 1884-1886 (Gornyi Journal, 1890, I, p. 196 et suiv.; ce mémoire se rapporte aux parties comprises entre 60» 40' et 62" 20' de lat. N.); Les syénites-gneiss de t Oural septentrionalyV. f. (Bull. Comité Géol., VII, 1888, p. 15-31 ; concerne surtout la chaîne Tchistop, de 61« 25' à 61" 35'); Nouvelles observations géologiques dans VOural seplentritnal^ r. f. (Ibid., VIII, 1889, p. 7-20; s'étend jusqu'à 63"45'). Voir en outre de nombreux articles du même auteur, dans le Gornyi Journal^ et on particulier sa Carte géologique du Nord de l'Oural, de 61» à 64«'45' (r., 1897, III). Dans ses premiers travaux, M. Fédorov admettait que la direction N.-S. de l'Oural actuel avait été précédée, dans certaines parties du Nord, par d'autres plis dirigés E.-W., d'une grande amplitude (Bull. Com. Géol., VII, 1888, p. 24); comme cette idée ne se retrouve pas dans ses derniers écrits, je n'y ai pas fait allusion plus haut.

LëGENDB de la PIQURE 81.

1. Schistes cristallins; 2. Granite, Syenite et Qabbro; 3. Diabase et Porphyrito; 4. Silurien supérieur; 5. Dévonien moyen; 6. Dévonien supérieur; T. Carbonifère; 8. Permo-carbonifôre ; 9. Permien; 10. Groupe mésozoTque (Marnes et argiles bigarrées ; Jurassique supérieur; Couches à Aucclla Palloêi; Néocomien); 11. Répartition approximative des dépôts morainiques (d'après Tschernyschew) ; 12. Dépôts de la transgression marine boréale et sédiments correspondants d'eau douce ; 13. Dépôts récents. — Échelle do 1 : 4 200 000.

Fig. 81. — Les Monts TimaD, d'après la Carte géologique de la Riusie d'Europe,

Nayssa, des couches à empreintes végétales de type carbonifère*. De même, de petits anticlinaux indépendants surgissent sur la lisière occidentale (Tima-Is par 63®20', Mertvaïa Parma entre 64® 10' et 64<>24'). De nouvelles coulisses divergentes apparaissent plus à rOuest à une certaine distance de la chaîne principale, et la Carte du Comité Géologique indique un anticlinal carbonifère très long qui, à environ 120 kilomètres à FOuest de TOural, entre 65*^40' et 66^40', subit dans le bassin de TOussa la même déviation au N.E. que la chaîne principale de TOural, sous ces latitudes. Ce pli, quand il est recoupé par la haute Oussa, porte, d après E. Hofmann, le nom de Monts Adak; la carte de cet explorateur indique même un chaînon situé encore plus à TOuest et orienté également N.E., le Pisé-To^,

La présence de ces arêtes et leur inflexion parallèlement à TOural montrent que la chaîne qui, en apparence, est l'arête maîtresse de tout le faisceau ne représente, en réalité, qu'une faible partie d'une zone de plissements beaucoup plus large.

Encore bien plus au Nord, au delà de la croupe suprême du Pays des Samoyèdcs, qui est formée de terrains mésozoïques et glaciaires, Keyserling et la Carte du Comité Géologique indiquent entre 56*> et 57° de long. E., au voisinage de la Mer Glaciale, un Poutkov Kamen, formé de schistes anciens, concernant lequel je ne sais rien de précis ^

A TEst se trouve la grande baie Khaïpoudyrskaïa des cartes russes ; Schrenk écrit son nom Hajodepadara, Ce mot désigne, dans la langue des Samoyèdes, les petits groupes d'arbres isolés qui se maintiennent dans ces solitudes au Nord de la limite des forêts quand les circonstances locales sont particulièrement favorables. Les Samoyèdes regardent ces îlots de végétation comme des lieux privilégiés. Ce sont leurs bois sacrés, et ils y amènent de loin les cadavres, à travers la toundra, pour y être enterrés *. Nous devons nous sou-

i. BaU. Comité GéoL, VllI, 1889, p. 7.

2. Voir la carte jointe à l'ouvrage : Der nordliche Vrai und das Kästengebirge PaC" choif untersucht und beschrieben von einer in den Jnkren i847j i84S und 4850 durch die k. Russische Geographische Gesellschaft ausgerüsteten Expedition^ in-4», S*-Petersburg, 2 vol., 1853 et 1856 (texte par Ë. Hofmann, carte par M. Kowalski, etc.). Les Monts Adak sont également figurés dans A. Keyserling und P. von Krusenstern, Wissenschaftliche Beobachtungen auf einer Reise in das Petschora-Land, S*-Petersburg, 1845, Atlas, carte 1 ; voir aussi dans le même ouvrage, p. 374, une coupe d'une coulisse anticlinale par 64« 20' de lat. N.

3. Mentionné dans A. G. Schrenk, Reise nach dem Nordosten des europäischen Russlands durch die Tundren der Samo jeden zum arktischen üralgebirge^ in-8'', I, Dorpat, 1848, p. 554.

4. A. G. Schrenk, Reise^ etc., I, p. 314; les cadavres sont placés sur le côté gauche, et les outils et les armes ensevelis en même temps sont brisés, de façon à ne plus pouvoir servir, coutume très répandue jadis en Europe (même ouvr., p. 524).

venir, à ce propos, de la variabilité de la limite des forêts, en nous rappelant la ténacité des traditions qui se rattachent îi certains sites et songer aux profondes modifications de climat que THomme a supportées pendant l'époque glaciaire; Ion peut se demander s'il n'existait pas également alors des îlots de verdure, dispersés au delà de la limite des forêts, et si à ces lieux sacrés d'une peuplade à l'état de nature ne se rattachent pas les souvenirs les plus délicats, remontant à l'enfance de l'humanité et bien antérieurs même à la tradition du Déluge.

Au Nord-Est, en dehors de la baie, se trouve le Sinikin Nos, où Ivanov, l'un des compagnons de Lütke, découvrit le long du rivage, sous les couches mésozoïques horizontales, des falaises rocheuses peu élevées. Ce fait, rapproché d'une observation de Linschoten qui remonte à 1594 et d'après laquelle l'île Maurice (ou île Dolgoï) est rocheuse*, de même que le nom de Gotetz, porté par l'une des îles, a conduit Schrenk a supposer qu'à partir du Sinikin Nos, une bande rocheuse court à travers la rangée des îles Sélénetz, Dolgoï, Matvéïev et Goletz, s'alignant au Nord-Ouest, parallèlement à la chaîne qui se dirige vers Vaïgatch*.

Cette hypothèse a été confirmée. Feilden et Pearson ont trouvé l'île Dolgoï, qui a 50 kilomètres de longueur, constituée par des calcaires et des conglomérats, plongeant régulièrement de 45<* vers l'Esté

D'après cela, il y a lieu d'attribuer également au Paé-Khoï, de même qu'à l'Oural, une largeur beaucoup plus grande.

Étant donné la grande longueur qu'atteignent ces chaînons, il n'est pas impossible que les Monts Adak se poursuivent, au-dessous de la nappe de terrains plus récents constituant la croupe principale du Pays des Samoyèdes, jusqu'au Sinikin Nos : une courbe tournant sa concavité vers l'Ouest rattacherait ainsi l'Oural au Paé-Khoï. Mais rien ne preuve que les choses se passent de la sorte.

1. Linschoten m J. C. Adelung, Geschichte der Schiffahrten utid Versuche, welche zur Entdeckung des nordöstlichen Weges nach Japan und China unternommen wurden, in-4'*, Halle, 1768, p. 155, 156; dans cet ouvrage, l'île Dolgoï porto le nom de Moritz- Insel.

2. Schrenk, Reise, II, 1854, p. 42. \\ convient de remarquer ici que la profondeur de la mer, entre le continent et l'ile Kolgouiëv, ne dépasse nulle part 30 brasses, d'après Feilden, et que l'île Kolgouïev, d'après Trevor-Battye et Feilden, n'est qu'un amas de débris erratiques et de dépôts marins récents; H. W. Feilden, Notes on the Glacial Geology of Arctic Europe and its Islands, part 1 : Kolguev Island (Quart. Journ. Geol. Soc, LU, 1896, p. 52-65).

3. H. \V. Feilden, Visits to BarenLt and Kara Seas with Rambles in Novaya Zemlya, i895 and 1897 (Geogr. Journ., XI, 1898, p. 333-364, carte; voir en pai'ticulier p. 350).

En ce qui concerne les relations de TOuraletdu Paé-Khoï, j'avais cm devoir admettre, m'appuyant sur laiitorité de E. Hofmann, en particulier, qu'il se produit un rebroussement au voisinage du Konstantinov Kamen (68*>29' de lat. N.). Les savants auteurs de la Carte générale publiée par le Comité Géologique ont suivi une autre interprétation. D'après cette carte, le Paé-Khoï se détache de l'Oural en biais, un peu au Sud du 68°, et, à partir d'un point situé un peu au Sud du sommet appelé Gnetiou, franchit la ligne de partage des eaux entre la Kara et l'Oussa, dans la direction du lougorskii Char. Le bassin de la Kara indiquerait donc la séparation entre l'Oural et le Paé-Khoï. Comme le faîte en question est recouvert de débris erratiques, et que le Paé-Khoï lui-même se résout du côté de l'Oural en une série de collines basses, polies par les glaces, on en est réduit, pour le moment, aux hypothèses; mais je n'hésite pas à me ranger à cette interprétation nouvelle, parce qu'elle implique un rattachement analogue à celui qu'on a constaté au Timan*.

Dans ces conditions, il serait intéressant de savoir jusqu'où l'Oural s'étend vers le Nord. Aux environs du 68®, dans le massif du Gnelion (1 307 m., Hofmann), régnent des talcschistes argileux dirigés N.N.E.; telle est aussi lorientation générale de la chaîne où s'élèvent, plus près de la Mer Glaciale, les monts Anaraha, Arka-Paï (Hofmann, =: Horamagha, Schrenk), et un peu à l'Ouest de ces derniers le Miniseï-Paï (« Roc du Ballon terminal »), enfin, non loin du Miniseï-Paï, la croupe arrondie de quartzite du Konstantinov Kamen, dont il a souvent été question (I, p. 668). Comme on Va vu, le Paé- Khoï n'arrive pas en contact direct avec l'Oural ; mais sa déviation du N.N. W. au N.W. , au voisinage du lougorskii Char, et enfin, en approchant de TOural, à rW.N.W. est indiquée par Hofmann, de môme que par Schrenk.

Le Konstantinov Kamen s'abaisse très brusquement sur la toundra septentrionale et est entouré d'une ceinture de lacs*. La distance au rivage de la mer n'est que de 30 h 35 kilomètres. Dès 1771, l'infatigable Souïev traversait cette toundra^ E. Hofmann la décrit avec précision. Au Nord du Konstantinov Kamen se dressent l'une derrière l'autre « des rangées de. collines rocheuses, dont le grand axe va de l'E.S.E. à l'W.N.W. et dont la hauteur au-dessus de la toun-

1. Carte géologique de la Russie et Europe ^ éditée par le Comité Géologique, 1 : 2 400 000, 6 feuilles, S'-Pétersbourg, 1892.

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