‹ La Faculté de droit dans l'ancienne Université de Paris,Chapitre 125 sur 281 · CHAPITRE V Maîtres célèbres · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Maîtres célèbres

Les luttes intestines et les mesquins procédés que nous avons rapportés ne doivent pas nous faire juger trop sévèrement des

i. Cf. (B. D. UoiTereité, t V,Z 22S4, De la Qualité des Doeteun régens es Drmets.) n lis ptrùgeot avec les Nobles les ornemens qui les relèTent et mettent la distinction entr'eux et les roturiers, et venants à acquérir des terres despendantes des fiefs, dans retendue desquels les roturiers payent doubles profits, Us ne les payent qoe simples, non plus que les autres gentils- hommes,... Et conséquemment , au regard da droid des firancs fiefo, ils ne sont aucunement contribuables... » (p. 1). A Toulouse, ce droit de noblesse était tellement reconnu que les régents n'étaient portés en terre qu*avec « Tespee dorée au costé, les bottes et espérons dorés » (p. 5). On rappelait à ce propos le roman de la Roee de Jean de Mehon, qui égale le r61e dn dodeor à celui da chevalier :

Ou t'fl nal fmt là Fqs iUmûn

QjÊfàmê eheialcrit «atrtpnadrt

Om son é*AnMt m et UctVM.

A Bologne il en était de même : le docteur jouissait du privilège d'orner ses vêtements de broderies d'or et de fonrmres, il était mis au rang des nobles, ne payait pas d*impôU ni de charges de gnerre. Cf. R. Laorauno, Die UnmertUêi MofMi im Mt7ielaUer, p. 90.

2, HcaTACT, IV, p. 747.

3. Le doyen, en sadressant à ses collègnes» avait toi^ows soin d'eaiployfr la formule : • Sp«:Ubiles viri a honorandi mihi coUega... Co Mi lth ai mi •U. •

L Conseil dn 19 janvier 1S43 (4« Mémonmi^

mattres qui enseicroaient à Paris. Ils n'étaient, en effet, pas dénués de mérite et quelques-uns même ont laissé un nom justement célèbre et une mémoire honorée.

Du Qast, curé de Saint-Hilaire, principal du collège de Coqueret, et MiLsmier furent les derniers représentants de Tancienne dynastie doctorale. Leur rôle pendant cette nouvelle période demeura assez effacé. Nous avons déjà eu occasion de nous entretenir du premier. Nicolas Musmier, ministre général de l'ordre de la Rédemption, continua comme lui à assister aux réunions, mais il fut trop retenu par ses autres fonctions pour consacrer beaucoup de temps à la Faculté.

Pierre Parpas, nommé doyen à la réforme de 1534, présida au rétablissement des études sous la direction des conseillers du Parlement. Nous savons peu de choses de lui. Ses registres sont fort mal tenus : il se borne à signaler quatre fois sa réélection et pendant ces quatre années il remplit à peine trois pages du volume décanal d'une écriture grossière et illisible. Il se déchargea de son office en 1541 et, deux années plus tard, il était nommé président au Grand Conseil. Auprès de Parpas, nous voyons souvent les docteurs /^e^nartl et Fodry, qui demeurèrent attachés à l'accomplissement de leurs devoirs, sans attirer autrement sur eux l'attention, pendant les quelques années qu'ils enseignèrent.

La figure la plus originale de cette époque est, sans contredit, celle de Pierre RebufK II naquit en 1487, à Montpellier, où il commença l'étude du droit, qu'il termina à Toulouse. Reçu avocat dans cette dernière ville il ne prit jamais les saints Ordres. Après avoir enseigné dans les deux Universités, où il avait étudié, il devint maître à Poitiers, en 1527; puis, sa renommée grandissant toujours, il fut admis dans le collège des régents à Bourges, en 1529. C'était le moment où la Faculté de Paris subissait la crise d'où elle devait sortir régénérée. Rebuf, qui se sentait capable de concouriràson renouvellement, se tint prêt à offrir son concours, et c*est avec joie qu'il se vit choisir par le Parlement, en 1534, comme premier professeur, charge qu'il conserva jusqu'en 1557, époque de sa mort. Durant le cours de son enseignement, il publia de nombreux traités, aussi importants que variés, grandement appréciés de ses collègues. D'un caractère aitier, mais d'une énergie puissante, Rebuf contribua plus que tout autre à donner un nouvel essor aux études juridiques, et le terrain sur lequel il se plaça témoigne de ce qu'il y avait de neuf et de progressif

1. Appelé iodifféremmeot Rebuf, Rebuffé, Rebuffus, RebulTy, etc.

dans ses idées et ses théories *• C'était le droit actuel, dans ses modifications les plus récentes, qu'il aimait à envisager; il scrutait les difficultés de procédure bénéficiale, les conséquences subtiles des règles de la Chancellerie apostolique, retendue de la bulle « Cœoœ Domini », le Concordat, etc*. — Rebuf fut inhumé dans la chapelle du collège d*Autun, à Paris. Une pierre plate placée sous les bancs des chantres recouvrait son tombeau. Le docteur y était représenté au trait, avec son costume de régent. La figure est intelligente, le front large. Le vêtement est une cappa à pèlerine herminée, ouverte jusqu'au-dessous de la taille pour le passage des mains, qui sont jointes. Les armes de comte sont reproduites de chaque côté du visage '.

Après Rebuf, c'est Quentin qui fut le plus considérable des docteurs. Nous avons assisté à une des phases de la lutte que ces deux savants ne cessèrent de soutenir l'un contre l'autre, tantôt d'une manière sourde, tantôt avec éclat, comme dans l'affaire de l'élection de Yiolier. Jean Quentin, cadet d'une famille noble, naquit à Autun^, où son père était greffier de l'Officialité. Il entra dans l'Ordre des chevaliers de Malte et reçut la prêtrise. Après avoir parcouru la Grèce, la Syrie, la Palestine et avoir séjourné à Rhodes, puis à Malte, auprès du grand-maître, il revint à Paris où il enseigna le Droit canon (1536). Esprit cultivé et solide, rempli des connaissances variées que ses nombreux voyages lui avaient permis d'acquérir, il possédait à un haut degré cette distinction parfaite, que Rebuf n'avait pu apprivoiser avec sa rude

1. Il était fréquemment cité dans les plaidoieries et mis au nombre des plos célèbres jurisconsultes. Nous en avons un exemple dans Monsieur de Poureeaugnac (acte U, scène xvu).

• ... Si vous consalla noi ntaan

LéfisUtaort et floiatsan

Jurtiniin, Papiniin,

Ulpian, Tribonian.

Ftnand, JUàuf*. iein Isole, etc. »

2. Taisand ( Vie des plus célèbres jurisconsultes, p. 483) résume ainsi renseignement de Rebuf : «... U avait un mérite particulier, car, à la différence des autres docteurs, « il était plus babile praticien que jurisconsulte ; mais son stile tient de Tancienne bar- « barie. » Nous ferons aussi cette dernière remarque ; ses rédactions dans le livre des doyens, sont extrêmement négligées et pénibles à la lecture.

3. Cf. Collection Grignières-Oxford , f« 97. — On lisait sur cette tombe les lignes suivantes :

Hic iacet D» Petrvs

Bebvffbs Jvris vtrivsqve doctor et cornes

Professer pvôlicvs

Pttrisiorvm. Qvi obiit die i* Novembris anno 1557,

4. D'où le surnom de Heduus qui suivait toujours son nom dans les actes officiels.

nature. La Cour le connaissait et Te^timait; aussi fut-il choisi^ en 1560, comme orateur du clergé aux États généraux d'Orléans\ Quentin ne faillit pas à son devoir, et, dans un discours énei^gique, il flagella Thérésie et montra ses effets destructeurs et immoraux. Son éloquence avait tellement atteint le but qu'on se proposait en haut lieu, que Tamiral de Gh&tillon se croyant visé directement obtint une sorte de rétractation, dans laquelle Torateur protesta en pleine assemblée, que son discours ne contenait pas d'allusion au prince renégat. Quentin mourut, àParis,enl561,et fut inhumé dans le chœur de Saint- Jean de Latran'. Il écrivit plusieurs commentaires des Conciles, en particulier du concile de Gangres, qui n'avait pas encore tenté les érudits, un traité de Tordre et un autre de la hiérarchie*.

Antoine Le Conte (Contins], né à Noyon en 1517, professeur à Bourges et à Orléans, puis à Paris, donna dans cette dernière école une bonne influence aux études critiques en publiant une édition du « Corpus Juris Ganonici ^ » et en faisant profiter ses auditeurs des travaux que nécessitait son œuvre de revision. J. Scaliger nous apprend que Le Conte était cousin germain de Calvin. Les liens de la parenté ne l'empêchèrent pas de se montrer en toute occasion, l'adversaire acharné du réformateur, et de com-

1. François II était mort le 5 décembre 1560. Afin de calmer la colère du peuple qui se plaignait de la faveur dont on entourait les huguenots, la Reine-Mère et Charles IX se décidèrent à réunir les États, pour établir dans un acte public les lignes politiques que le gouvernement et le pays comptaient suivre ensemble; L*ouverture des séances eut lieu le 13 décembre.

2. Voici, d'après Doujat {Prmnot, Can,, lib. V, ch. viu), Tépitaphe qu'on lisait sur son tombeau :

Celeberr, Jur, Doçto. et ordinarii LiUetim professons Fr, Jo,

, Quintini Hedui

Epitaphium

Quintinus Doetor, Librorumque helluo summus,

Dum nuUa dapis alterius teniatur orexi,

Dwnque fidem pro quà calamo pugnavit, et ore

Fortiter, affligi videt, acriùs et dolet, ex hoc

Orbe, invitis, non invittis, migrât anàcis...

Obiit nond aprilis 4564,

3. Quicherat (Histoire de sainte Barbe, D, p. 85 et s.) lui consacre une courte, mais sympathique étude. Voici ce qu'il dit de ses travaux de professeur de décret : « Outre ses cours qu'il travailla toujours avec un soin extrême, il ne laissa guère passer d'année qu'il ne publiât quelque texte important sur,' les origines du Droit canon. H fit aussi des traductions commentées, des recueils que l^glise grecque possédait sur cette matière. Doujat a donné une liste de ses ouvrages, mais qui est loin d'être complète. La plupart sont adressés à un personnage qui avait été le maître de Quintin, et qu'il ne désigne pas autrement que par l'épithète de Sophus, Peu dé professeurs ont joui d'une plus grande considération. »

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