CHAPITRE PREMIER Influence, abus et réformes
Affaiblissement général des Universités. — Place de la Faculté de droit ;
ses conflits d'intérêt avec les autres Facultés.
Indiscipline et inconduite : l>esoin de réformes.— La réforme vient
uniquement de la royauté, nullement de TÊglise.
Les Universités, dans leur ensemble, subissaient ime crise qui devenait de plus plus en aiguë, à mesure que les séminaires prescrits par le concile de Trente restreignaient, en se multipliant, l'ancienne liberté d'allures et rendaient impossibles pour quelques-uns, presque inutiles pour d'autres, les déplacements dispendieux. Le caractère des Universités se trouva ainsi brusquement changé, surtout au point de vue de leurs attaches ecclésiastiques. La constitution de l'état moderne, l'indépendance religieuse des souverains, la séparation opérée de fait partout entre la société politique et TÉglise, concoururent encore davantage à enlever à
i. 4«c Mémorial, 20 novembre 1551.
ces centres scientifiques leur rôle de Studia Generàlia. Les Universités cessèrent donc rapidement d'être ces corporations entièrement libres que nous avons connues et il leur fallut plus ou moins se subordonner à TÉtat. Remarquons-le bien, il ne s*agit pas ici seulement de leurs privilèges ou de Tobservation plus ou moins exacte de leurs statuts, chacun sait.qu*à cet égard elles durent beaucoup en rabattre,- mais elles furent surtout atteintes par la diminution du nombre des étudiants et par le changement de situation des professeurs, qui devinrent des sortes d'employés à gages ou de serviteurs du gouvernement, aspirant à la renommée publique ou à une situation politique. Seuls, la théologie et le droit canon restèrent d'abord un peu en dehors de ce mouvement accentué de respectueuse et plate sut)ordination, mais il était aisé de prévoir qu'il n'en serait pas longtemps ainsi. La place occupée par le Décret dans l'Université de Paris ne s'amoindrit, en réalité, pas trop depuis sa grande réforme. Sans doute, la période brillante qui finit avec le xiv® siècle ne se renouvela pas, mais, après ré vanQuissement presque complet du XV® siècle et du commencement du xvi®, en présence des travaux critiques, auxquels commençait à se livrer l'école juridique, il était permis de ne pas trop s'effrayer*. La Faculté aurait évidemment pris alors, malgré les difficultés générales, une extension magnifique, s'il lui avait été donné de se régénérer aux sources vives du droit romain : ce furent des obstacles extérieurs courageusement combattus, mais toujours subsistants, qui l'empêchèrent d'arriver à son but *. — Les difficultés des temps n'étaient pas non plus faites pour soutenir les efforts d*un corps enseignant qu'affaiblissaient des causes si multiples : Minos, dans un discours destiné à éclairer le Parlement sur la véritable situation de l'école, dépeint les docteurs-régents privés d'appointements, sans revenus, dépouillés de cens et de rentes et habitant des édifices en ruines '. Le voisinage de la Faculté de théologie qui, incarnée dans la maison de Sorbonne, brillait alors de son plus vif éclat, ne faisait que trop ressortir cette pénurie; mais, de toutes les causes de faiblesse et d'inévitable décadence, la plus réelle à notre avis et la plus incomprise alors, c'était la tendance gallicane qui entraînait le droit canon dans une voie diamétralement opposée à la jurisprudence ecclésiastique et lui enlevait son caractère de Jus Pontîficium.
1. Cf. Proffmium reformandm AcademiJt ad Car. IX, 1562. — Ramus, dans le plan de réformes qu'il propose au Roi pour l'Université, ne fait que des éloges de la Faculté de droit, tandis qu'il se plaint fort des autres familles universitaires.