CHAPITRE ni
Rapports de la Faculté avec l'Université.
Charge confiées aux canonistes. — Largesses et pauvreté. — Dignité
de conduite ; opposition à la Faculté des arts; les Jésuites et TUniTersité.
La FaouUô do dêorel, malgré l'affaiblissement incontestable de son inrtuouot\ ne pervliùt pas lout prestige dans rUnlTersité ; les
l vT iji. Jv\*i^i.^. HtftMrr Àf rC\irf^f:?r. — Pris $Axr raTiclv lapriat^ : ArA. H., ;^, v'jd. JvXSM.x. Hiff.'4'r aV rO;i>r^;è «ru it.i» et 4iu ivai» si^cU. — Aità. M., ;^ FiK-^iivc «iwMiifoj^iuvc. «if J. Kca;^% ma: 1617. — Arch. H., hef^ XXK. loL Md.
suffrages de ses rivales et leurs fréquentes oppositions ellesmêmes sufQraient pour en fournir d*irrécusables témoignages. L^Université confiait volontiers les plus importants de ses offices à des docteurs-régents en droit. Nous la voyons, en particulier, accorder à 3f Pierre Le Clerc la charge enviée de conservateur des Privilèges apostoliques. Le Clerc eut beaucoup à faire dans Taccomplissement de ses fonctions, et son administration fut particulièrement agitée par l'affaire si complexe du Pré aux Clercs, dont tous les historiens de TUniversité font mention. — En 1626, Af* de Contes, licencié en droit canon, l'un des élèves les plus distingués de la Faculté, succédait à Sylvie de Pierre Vive, chancelier tie Notre-Dame*. Pendant plus de vingt ans qu'il remplit cette haute fonction, M. de Contes fit honneur à la Faculté dont il était sorti, et il sut, sans blesser en rien la justice, sans faire aucune acception de personnes ou de familles, rendre de signalés service à l'école de droit. Au reste, les docteurs-régents et leurs disciples n'étaient pas ingrats pour TUniversité dont ils partageaient la gloire et la puissance, ils savaient à l'occasion montrer généreusement l'attachement sincère qu'ils lui portaient. Robert du Gast disposait en mourant (1556) du fruit de ses longues épargnes pour doter princièrement le collège Sainte-Barbe dont le nom et l'emplacement sont demeurés les mêmes ^ Ce désintéressement était d'autant plus méritoire que les docteurs auraient bien eu l'occasion de consacrer à leur Faculté l'argent dont ils se montraient parfois prodigues pour l'intérêt général. La misère devint même si pressante, qu'en 1602 le Décret était incapable de payer sa quote-part dans les frais généraux. Le recteur Romain Dufeu étant mort, ses obsèques eurent lieu à Saint-Étienne du Mont, presque sans apparat', mais, la nation de France et le Décret durent être contraints par la voie judiciaire à payer les vingt-huit livres qui leur étaient imposées dans le compte général \ Cette
1. Arch. M., Reg. XXVI, p. 141, et Reg, XXVIl, p. 86. — Défense des droits de l'Université, p. 129.
2. Il chargeait M* Baptiste Sapin, docteur en décret et conseiller au Parlement, d'exécuter sa volonté, et en même temps, il donnait pour visiteur perpétuel à la maison qu'il fondait, le chancelier de l'Université. Le « spéculateur » devait être le plus ancien docteur-régent de la Faculté de décret.
3. fi Cum minore apparatu, non sine nonnullorum murmure... >» Arch. If., Beg. XXV, p. 45.
4. <« Supplicuit t). Ant. Gallot, antiquus rector Universitatis, ut quemadmodum plo- •( rimis comitiis professus fuerat, Facultas Decretonim et Gallicana Natio teneantur per- «( solvere tam suam pecuniœ summam que in funere D. rectoris Dufea décréta erat, « quaro sumptus omnes forenses qui facti sunt, propterea quod, nec dicta Facultas, nec <( eadero Natio quidquam ad hune diem persolverint, licet scpè monitc et provocaUe ; « ipse vero Gallot immunis esset et liber ab omnibus sumptibus ei expensis, tam agendi n quam defendendi, que (acte essent et fleri possunt. » Ibid., p. 46 et 60.
pauvreté provenait du manque d'étudiants et de la modération relative des frais d'études ^ Tandis, en effet, que renseignement du droit civil se développait à Bourges et à Orléans, à mesure que la législation s'unifiait en restreignant le pouvoir des offîciaux et en réglementant l'obtention des bénéfices'; les hommes de loi ecclésiastiques devenaient moins nombreux, et par conséquent les étudiants en droit canonique de Paris diminuaient aussi. Les grades universitaires étaient pourtant toujours strictement requis en France pour l'obtention des bénéfices', mais le renom delà Sorbonne attirait davantage les aspirants. Malgré cette concurrence assurément désastreuse pour le droit, grâce à la réputation de savoir de ses maîtres, grâce aussi à la distinction des* élèves qu'elle avait formés, la Faculté n'était pas encore trop effacée. Les maîtres de Toulouse qui toujours s'étaient tenus en communion de pensée et d'aspiration avec leurs collègues de Paris ambitionnèrent même l'avantage de leur être agrégés, et cette faveur leur fut accordée*.
La Faculté sut se montrer digne dans deux circonstances délicates , où elle défendit tour à tour l'honneur du corps universitaire en même temps que ses intérêts et la cause de la liberté et de la justice, malgré les inconvénients qui pouvaient lui en advenir.
La Faculté des arts, avec ses quatre nations et ses procureurs, prétendait primer les trois autres facultés. En vain, le recteur qui favorisait ces prétentions essaya-t-il d'endormir la vigilance des intéressés. La Faculté de droit engagea fortement celle de théologie à n& pas accepter de transaction compromettante , et à porter l'affaire devant le Parlement. Cette cour n'osa pas trancher la question de principe (1614), mais les empiétements audacieux des artistes furent un instant arrêtés. — Le rôle du Décret fut plus personnel et plus remarqué encore dans l'affaire des Jésuites, aussi nous entrerons ici dans quelques détails.
En 1603, les Pères Jésuites voulaient obtenir une nouvelle
1. Chaque régent touchait, pour le cours entier d'un de ses élèves, la somme de 28 écus. Dans les autres facultés, où les disciples étaient cependant plus nombreux, on était beaucoup plus exigeant. Cf. Crivirr, t. WU p. 90.
2. Édit sur la réformation des abus dans Timpétration des bénéfices ecclésiastiques (dit édit des petites dates), 1552.
3. Les rois de France y tenaient plus encore que le Pape, s'il est possible. Dans l'exposé des demandes de Sa Majesté très chrétienne au concile de Trente, on lit sous l'article 8 la requête suivante : « que personne ne fut regu abbé, ni prieur régulier, qui «( n'eut ses degrés et n'eut enseigné les saintes lettres dans quelque célèbre Université. » Fra Paolo., Histoire du concile de Trente.
A. 23 février 1554. Cf. Preuves justificatives des droits des docteur s-régtns,.. p. 62.
chaire *. Ils préparèrent donc doucement leurs voies, conquirent des sympathies dans le Parlement, et, le 26 août, ils notifièrent leurs patentes au recteur Etienne Dupuys qui, ayant déjà eu sous main connaissance de Taffaire, mettait tout en œuvre pour leur résister '. La Faculté de droit avait pour principe de favoriser, autant que possible, la diffusion de la science : elle ne se montra donc pas hostile à la Compagnie comme les autres familles universitaires. Son avis fut qu'on pouvait restreindre , dans une certaine mesure, Textension de Tinfluence des Jésuites, jugée alors excessive par des esprits hostiles, mais, qu'il convenait de leur laisser occuper le même nombre de chaires qu'ils avaient avant leur bannissement. La Médecine opina dabord dans le même sens que le Décret, puis, influencée par des sollicitations pressantes, et effrayée surtout par la majorité, elle changea bientôt d'avis, et se disposa à joindre son opposition à celle des Arts et de la Théologie. Seule, la Faculté de droit persista jusqu'au bout dans son opinion libérale. — En 1614, il en fut encore de même. La Cour n'ayant pas voulu admettre l'Université aux Ëtats Généraux, celle-ci dut recourir à l'expédient des cahiers pour présenter ses doléances. Ce fut Georges Turgot qui fut chargé de leur rédaction. Au bout de trois mois son travail était terminé, et il y avait incarné tout ce qu'il nourrissait de haine contre l'Institut célèbre dont il voulait la ruine. La Faculté de théologie, dont une partie des membres appartenait à des communautés religieuses, ne pouvait admettre un plaidoyer infecté des erreurs de Richer et déshonoré par des accents de basse jalousie, aussi partagea-t-eUe les appréciations de la Faculté de droit, qu'elle avait jusque-là combattues. La question se trouva ainsi décidée pour un temps , les médecins jugeant à propos de s'abstenir, et les artistes ne parvenant pas à s'entendre entre eux. L'Université était pourtant loin d'être gagnée aux Jésuites, car, si elle sentait Tinconvenance d'attaques haineuses et profondément iniques, elle entendait pourtant persister dans son opposition, et contrebalancer efficacement les réclamations de la noblesse et du clergé pour le rétablissement de la Compagnie. Chaque Faculté, sauf le Décret, nomma ses députés «... par une légèreté ou une faiblesse qui ce avait tous les caractères d'une trahison, • dit sévèrement M. Jourdain, « M^'Guyon, dans une visite qu'il faisait avec ses
1. Voir, au sujet des luUes quMlt avaient eu précédemment à soutenir, les ourrages écrits, ù uo point de vue très différent, par M. F. DfajAMDtfis {Les Jésuites et Wni^ versité devant le Parlement au xvi* siècle) et Ed. Po5tal {L'Université et les Jésuites).
2. ConvocatioQ préalable des députés de l'Université le 21 août 1603. -^ Arcb. M. Reg. XX V\ p. 280.
« collègues chez le chancelier, déclara que la Faculté de droit, € dont il était le doyen , et celle de médecine, n'avaient pas d'ob- « jection à élever contre la Compagnie de Jésus, et ne s'oppoa saient pas à ce qu'ellç fût admise. » L'Université garda rancune au Décret et à son cToyen de la fermeté qu'ils avaient montrée et elle leur renouvela, en toute circonstance, les témoignages de son mécontentement. Le passage suivant, tiré d'un de ses procès -verbaux, suffit pour donner la note de son irritation : a D. Guyon cum aliis deputatus ad causam Âcademiae tuendam, c eamdem prodiderat; asseruerat enim coram D. Cancellario, c etiam prsesentibus aliis deputatis, Facultatem Juris Canonici et « Medicinse, réception! Jesuitarum non intercedere. Conclusum « itaque, prœdictum D. Guyon non agnoscendum pro decano, sed a privandum omni iure suiTragii donec se prsedicto crimine pur- € gasset*. » La Faculté de droit n'avait donc pas failli, malgré les contrariétés et les mesquines persécutions qu'il lui fallait désormais endurer, elle pouvait au moins s'enorgueillir d'être demeurée fidèle à l'opinion qu'elle avait choisie et noblement défendue sans aucune espèce de profit égoïste '.