CHAPITRE PREMIER Droit canonicpie : ±^ Le Décret de Gratien
PablicatioD. — Nom. — Nature du Décret. — Genèse de son enseignement.
Effets de son étude.
Un moine italien ^ nommé Gratien^ dont la vie nous est très peu connue, publia dans le courant du xii® siècle une compilation des lois ecclésiastiques. M. Maassen croit pouvoir fixer Tannée à 1150 ou 1151 la rédaction de son ouvrage. M. de Schulte trouve cette date trop tardive, parce que la décrétale la plus récente qui est insérée dans le recueil remonte à 1139. Il tiendrait donc pour 1141 ou très peu après *. Le titre originaire de ce livre doit avoir été Concordia discordantium canonum, et les données puisées dans les glossateurs semblent appuyer suffisamment cette opi-
1. Des religieux camaldules de Saint-Félix de Bologne, communément appelés moines noirs.
2. Nous avons emprunté beaucoup de détails relatifs au Décret et aux Décrétales, à Texcellent ouvrage de Schulte (Geschichte der QueUen und Literatur des canonischen Reckts von Graiian bis auf die Gegenwart) et à celui de Mgr Laurin (IntrodiAciio in Corpus luris canonici). .
Dion ^ Les sommes de Paris et de Leipzig fournissent des témoignages identiques. Dès lors, les manuscrits portent Tinscription consacrée : Concordia discordantium canonum, L*abréviation généralisée depuis, Decreium Oratiani, remonte à la fin du XII* siècle. Le Décret est une œuvre privée, et il a toujours conservé ce caractère *.
L'étude des différentes divisions qui furent successivement attribuées à l'œuvre de Gratien ne doit pas être traitée ici, il nous suffira, pour bien comprendre le travail auquel se livraient les docteurs qui le commentaient, de saisir la raison de sa composition. Le but du Décret est indubitablement d'élucider les apparentes contradictions qui existaient dans les anciennes collections. Marchant sur les traces de ses prédécesseurs, Gratien étudie, sans beaucoup discerner les époques ni les disciplines, toutes les lois qu'il rencontre, tant dans le domaine ecclésiastique que dans le civil, pourvu qu'elles aient rapport au sujet qu'il abordé. Sa méthode consiste à opposer l'une à l'autre ces décisions en apparence contradictoires, pour montrer qu'en réalité, elles ne le sont pas. Sans doute, bien des erreurs d'appréciation se glissent dans ce travail, bien des données sont fausses, des enquêtes insuffisantes, des solutions hasardées ', mais, il faut tenir compte du temps où vivait l'auteur, de la pénurie des livres dont il souffrait, de la difficulté des moyens de communication. Si l'on a présentes à l'esprit ces considérations, loin de s'étonner d'une imperfection relative, on ne pourra s'empêcher d'admirer l'esprit d'ordre et de généralisation qui apparaît dans le cliché de ce travail probablement inachevé^ constitué peut-être comme une pierre d'attente destinée à étayer d'autres œuvres plus parfaites.
Le Décret de Gratien, comme le travail de Pierre Lombard, est conçu dans la forme scholastique ^. A la seule lecture de l'affirmation succincte qui constitue le point de départ de chaque thèse, on saisit immédiatement la parenté des tttuli d'un chapitre avec les sententiœ des questions théologiques de saint Thomas. Les commentateurs et les docteurs suivaient une marchei iden-
i. RoLAiiDos. Intr. : « Cam ergo de negotiis ecclesiasUds Concordia canonum agat... » — Ronifus : « Titalam prascribit : dUcordantium canonum coneordiam. » etc. — Cf. et. D' Hnoo LàBimiR : IntHtuHonen des kathoUichen Kirchen" rechts, p. 24. ~ Sarti, De clans archigymnasii Bononiensis professoribus, 1. 1, part i, p. 266.
2. II ne reçut, en effet, jamais une approbation spéciale de la part des souverains pontifes. La prétendue approbation d^Eugène m était empruntée à une pièce reconnue apocryphe, le « Calendarium Archigymnasii Bononiensis. >» Cf. Ladrui, p. 46.
3. Cf. D' HbrobnrOthsr , Lehrbuch des kathoUschen Kirchenrechts, p. 137, a.