CHAPITRE X Caractère de renseignement
Conseils didactiques. — Caractôre social des études de droit ecclésiastique. Esprit de famille de la Faculté et monopole de renseignement.
Tels étaient les cours et les principaux actes de la Faculté. Nous l'avouerons simplement, nous désirerions des détails plus circonstanciés sur les leçons des maîtres et sur les exercices des élèves, mais les écrivains canonistes ne nous ont malheureusement rien dit, à ce sujet, de bien positif. La raison de leur silence, leurs allusions pleines d'une réserve que nous regrettons s'expliquent par le fait qu'ils s'adressaient à des gens aussi instruits qu'eux-mêmes à cet égard. Nous possédons pourtant un précieux recueil de préceptes et de conseils donnés par un maître aux étudiants en droit. Bien que ce mémorandum des dispositions scolastiques n'ait pas été composé pour Paris, comme il y était vraisemblablement connu et qu'il forme le résumé exact des obligations imposées aux jeunes canonistes, nous allons le rapporter dans ses lignes principales. L'Italien Caccialupo Severinas qui le composa vivait au milieu du xv* siècle, et il mit à profit l'expérience des siècles précédents et les prescriptions coutumières des plus célèbres écoles pour faire sa rédaction '. L'auteur commence par recommander la pureté de l'&me : « Principat liter, quicumque cupit iuri operam dare sit circumspectus in c infrascriptis : in primis diligenter prœparet animam suam t confitendo peccata sua intégré ; 2^ satisfaciendo pro commis-
1/ « Dec&ni arbitrio reliaquitor qoibos bachalariis casus positionem et extnetioiiem N notabiliam, ac lectaram ^osarum ani vel plariinif imponat » (Arsenal , 1221 , Stat taDgentia Decaoam).
2. « Item ratione soi officii débet arguere, tam contra ezaminandos... et contra quos « de baccalariisvoluerit... » {làidX
3. Modta studendi in utroque iure. A la suite du commentaire intitulé : « Ezpotitiones sire delarationes omoiom titolomm Juris. » (Bon., 1493. Lyon, Est. Mallet, 1540.)
« sis^ » Relativement à ses maîtres, Tétudiant doit être prudent et ûdèle dans son choix : a quœrere doctorem sibi magistrum, « cuius auctoritas aperiat sibi jamiam sciendi'... postquam ido- « neum prœceptorem elegerit, iilum honorare;... prœceptorem « sine intermissione audiat '. » La méthode personnelle qu'il a à suivre est bien simple : « non curet scholaris habere in usu mul- (f toslibros^;... non credat se intelligere si aliquam particulam « non intelligat... Tempus non perdat in litteram commendando a mémorise, sed intellectui^.. Curet scire potiusquam apparere; « discal non videri doctus... in disputando solùm textum allega- « tionibus inhœreat*. j» — Ces excellents conseils dont beaucoup seraient encore très pratiques aujourd'hui, sont accompagnés de réflexions morales et d*explications techniques très intéressantes. L*auteur termine en se confiant à Tinitiative intelligente et à la bonne volonté de chacun ^ ~ Incontestablement, cette méthode n^avait pas la précision et la scrupuleuse recherche scientifique de celles que nous préconisons aujourd'hui, mais, était-elle si méprisable, et ne pourrions-nous pas redire ce qu'écrivait au siècle dernier un des docteurs de la Faculté : « On ne connoissoit « alors dans les sciences, ni la méthode, ni la critique ; Ténidition « étoit grossière et chargée d'une multitude de choses, sans choix « et sans goût ; mais on étudioit beaucoup, et Tétude presque « continuelle et toujours suivie, élevoit Tâme aux plus grands « objets et rendoit les hompies capables des plus grandes affaires. « Aujourd'hui, les secours sont multipliés à l'excès dans tous les a genres de science, jamais il n'a été aussi facile d'être sçavant. « On n'étudie point, l'àme ne s'élève pas et les affaires effrayent, « parce qu'on est véritablement incapable de les soutenir '. >
Pénétrant maintenant plus avant dans l'étude de l'enseignement canonique, nous avons à rechercher l'utilité et l'importance de ses résultats au point de vue social. Quel fut le rôle du droit de l'Éghse et de ceux qui l'étudiaient à Paris, au milieu de la société française du moyen âge? — Le droit canonique fut jusqu'au xrv* siècle absolument digne de la haute estime dont l'entouraient les papes et les universités. Il s'efforça de faire pénétrer dans