‹ La Faculté de médecine de BeyrouthChapitre 1 sur 4 · A UNE ŒUVRE FRANÇAISE EN SŸRÏÉ · texte numérisé non relu

A UNE ŒUVRE FRANÇAISE EN SŸRÏÉ

domination intellectuelle, et c’est la seule dont je veuille parler, s’y est manifestée sous des formes très diverses : elle a, peut-on dire, trouvé, voilà près de trente ans, sa formule définitive, la plus heureuse et la plus conquérante, quand les membres de la Société de Jésus eurent la très grande et généeuse idée de fonder à Beyrouth une Faculté de médecine.

Gomment se peut-il qu’un pays étranger, tel que le nôtre, ait eu la possibilité de fonder une Faculté de médecine dans un très vaste empire, avec lequel il n’a que des relations diplomatiques et commerciales ? Gela tient à ce que l’Empire ottoman, malgré son étendue considérable, ne possède qu’une seule Faculté de médecine, celle de Constantinople. Jusqu’à ces temps derniers, cette Faculté était exclusivement militaire : les médecins formés par elle étaient tous destinés à entrer dans les cadres de l’armée. Pour la population civile, point d’écoles et partant point de médecins, si les jeunes gens instruits, intelligents, désireux d’entrer dans la carrière médicale, n’étaient venus faire leurs études en Occident, et spécialement en France. Mais pour venir en France et y séjourner, il faut une certaine fortune; c’est un déplacement de longue durée, qui coûte beaucoup d’argent et n’est pas à la portée de toutes les familles.

Ce que je viens de dire de l’enseignement médical est vrai pour tous les ordres d’enseignement, même pour l’enseignement primaire : dans une foule de localités, les écoles font défaut et la population est presque totalement illettrée. En Syrie et en Palestine, il en est autrement : l’instruction est répandue, la race est intelligente et s’assimile avec une extrême facilité les langues étrangères, ainsi que les notions scientifiques élémentaires qui figurent au programme des écoles et des lycées, dans les pays d’Occident. Aussi ces populations forment-elles le contraste le plus frappant avec celles des autres pays de l’empire ottoman. Il est équitable de dire ici à quelles généreuses initiatives sont dus ces résultats remarquables.

Voilà longtemps que différents ordres monastiques français, au premier rang desquels il convient de citer la Compagnie de Jésus, ont compris quelle belle œuvre humanitaire pouvait être accomplie dans ce pays déshérité : ils ouvrirent des écoles pour les garçons et pour les filles, non seulement dans les grandes villes comme Beyrouth et Smyrne, mais aussi dans les bourgades et les villages. Le succès en fut considérable, et c’est de là que résulte cette étonnante expansion de la langue française jusque dans les moindres localités.

L’éducation se répandant, les jeunes gens laborieux et intelligents, désireux d’entrer dans les carrières libérales, eurent besoin de l’enseignement secondaire. De là la création en certaines villes, et particulièrement à Beyrouth, de collèges plus ou moins calqués sur le plan général de nos lycées de France, et pouvant par conséquent préparer aux Ecoles supérieures, aux Facultés. C’est ainsi, par le progrès même de ces utiles institutions, qu’on se vit amené à fonder à Beyrouth une Faculté de médecine. Que dis-je? Une Faculté? Il s’en créa deux !

La plus ancienne a déjà quarante-cinq ans d’existence. C’est une Faculté américaine. Il faut bien que j’en parle, puisque je vais tirer de son existence, de son activité, des arguments puissants en faveur de notre Faculté française, plus jeune qu’elle de dix-sept années.

Donc, les missionnaires américains — qui eût jamais pensé qu’ils dussent venir si loin? — se sont implantés en Syrie et y ont créé, sous le nom de « Syrian protestant College », un très important établissement d’instruction, communément désigné sous le nom d’Université américaine.

Je dois avouer que l’aspect de l’Université américaine est très impressionnant. Elle occupe un magnifique terrain à proximité de la mer, d’où l’on a une vue splendide sur le Liban ; dans un vaste parc sont disséminés divers pavillons de belle allure. Toutefois, examinons les choses de près.

Il ne faut pas prendre ici le terme d’ Université dans le même sens qu’en Europe. En Amérique, il est souvent dévié de sa véritable acception et Ton entend fréquemment sous ce nom un assemblage d’établissements d’instruction dans lesquels on ne donne pas toujours un enseignement supérieur. J’étais, voilà quatre ans, à Sait Lake City, chez les Mormons; j’ai assisté à l’ouverture des cours de l’Université ; je pensais me trouver en présence de grands jeunes gens, s’adonnant à l’étude du droit, de la médecine ou des sciences : or, le principal noyau de cette Université consistait en gamins de douze à quinze ans, en fillettes en jupes courtes qui venaient y suivre simplement des cours de sténographie et de dactylographie. Il y avait bien aussi des élèves d’enseignement secondaire et supérieur, mais ils étaient en petit nombre.

L’Université américaine de Beyrouth est exactement constituée de la même manière. Sous l’aimable conduite du professeur Day, j’ai pu la visiter en détail et me rendre compte de son organisation. À plusieurs reprises s’est imposée à mon esprit cette réflexion ; « Nous ne pouvons pas lutter avec les

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