CHAPITRE XII CONCLUSION
Depuis plusieurs années — et notamment depuis « le coup d'Agadir » — il n'était plus possible d'ignorer qu'il existait en Allemagne un véritable parti de la guerre, parfaitement organisé, « avec des chefs, des troupes, une presse convaincue ou payée pour fabriquer l'opinion, des moyens variés et redoutables pour intimider le Gouvernement ». De qui était-il fonné? De ceux qui considéraient la guerre comme nécessaire pour remédier aux crises « de la surpopulation, de la surproduction, du besoin de marchés et de débouchés ». De ceux qui professaient « une haine mystique de la France révolutionnaire ». Des industriels, fabricants de canons et de pla ques d'acier, banquiers qui '< spéculaient sur l'âge d'or et la prochaine indemnité » et pour qui la guerre serait « une bonne affaire ». Des économistes qui, à coups de statistiques, établissaient « la nécessité pour l'Allemagne d'avoir un empire colonial et commercial qui réponde au rendement industriel de l'Empire ». Des intellectuels, philosophes, historiens, juristes, publicistes et autres représentants de la « Deutsche Kultur » qui voulaient imposer au monde civilisé une manière de penser et de sentir « qui soit spécifiquement allemande ». Enfin, de tous les « Bismarckiens » qui se sentaient humiliés d'avoir à discuter avec ces Français détestés, « à parler droit, raison, dans des négociations ou des conférences, où ils n'avaient pas facilement eu toujours raison, alors qu'ils avaient la force plus décisive (i). »
(i) Livre Jaune f rançais, pièce n° 5, note à M. Stéphen Pichon, ministre des Affaires étrangères, sur l'opinion publique en Allemagne, d'après
Non, aucun doute ne pouvait subsister sur les sentiments à l'égard de la France de ces hobereaux et de ces Jnnker, piliers les plus fermes du militarisme prussien, alliant pour la domination du monde le plus triste esprit de servitude aux instincts de barbarie les plus bas.
Aucun doute non plus sur l'état d'esprit de cette bourgeoisie industrielle, commerciale et négociante, se ruant depuis trente ans à l'hégémonie économique sur tous les continents par l'effet tenace d'un labeur ininterrompu.
Aucun doute non plus sur les desseins de l'histrion couronné, cabotin sanglant de Bas-Empire, agitant constamment l'opinion européenne et troublant la paix par ses perpétuelles menaces de « poudre sèche » et « d'épée aiguisée >>.
Mais quelques-uns en France persistaient à conserver une foi aveugle dans l'idéalisme socialiste d'outre-Rhin.
Lorsque, depuis 1910, certains Français s'alarmaient de ce qui se tramait à Berlin, redoutaient la guerre et se préoccupaient de défense nationale, d'autres leur répondaient dédaigneux et pleins d'assurance :
— ■ Une guerre ! Impossible ! Le& socialistes allemands ne marcheraient pas !
Pendant ce temps-là, que faisaient les socialistes allemands disciples de Karl Marx?
Dans leurs journaux et revues, ils s'associaient à la campagne de méfiance et d'hostilité contre la France, inspirée et menée par les camarillas chauvines et les partis pangermanistes.
En 1913, ils votaient l'impôt unique d'un milliard destiné à couvrir les dépenses de l'augmentation de l'armée, sous prétexte que cet impôt, innovation fiscale heureuse, était prélevé sur les fortunes.
Surviennent les hostilités.
Le 29 juillet 1914, à Bruxelles, Haase déclare : « Notre protestation contre la guerre ne cessera pas. » Dans son discours au meeting populaire qui suit la délibération du Bureau socialiste international, il reconnaît formellement les responsabilités encourues par les Empires centraux.
Le i^r août, délégué du Parteivostand et de la Wilhelm-
les rapports des agents diplomatiques et consulaires (en date du 30 juillet 1913)-
strasse, Muller \dent déclarer à Paris : « Nous refuserons les crédits. •>
Le 4 août, tous les social-démocrates marxistes du Reichstag, de Sudekum à Bernstein, de Scheidemann à Ledebour, de Heine à Karl Liebknecht, tous — oui, tous ! — adoptent les crédits pour la guerre que leur empire vient de déclarer et qui débute par la monstrueuse violation de la neutralité lu.xembourgeoise et de la neutralité belge. Dans leurs journaux, ils affirment avec le chancelier, ils vont répétant que cette agression, longuement préparée, savamment préméditée, est une guerre de défense nationale. Ils absolvent, ils approuvent les crimes, les pirateries, les atrocités immondes des armées allemandes. Ils absolvent, ils approuvent Louvain et Malines et Dinant et Senlis et Reims et Arras.
Après les batailles de la Marne et des Flandres, Karl Liebknecht, cavalier seul, feint de rompre le pacte qui unit au Gouvernement impérial cette social-démocratie domestiquée et avilie. Le 2 décembre 1914, il vote, seul, contre les crédits. Il est désavoué, blâmé par le parti, considéré comme un dément. Son geste est sans portée.
Vingt mois plus tard, Haase, Ed. Bernstein et quelques autres votent timidement contre de nouveaux crédits demandés. Eux aussi sont vigoureusement désavoués et blâmés par le Comité directeur.
Entre majoritaires et minoritaires il n'y a, d'ailleurs, que des divergences légères. De Sudekum à Karl Liebknecht, ils se réclament également de Karl Marx; de Scheidemann à Karl Liebknecht, ils sont également Allemands et Prussiens ; de Heine à Karl Liebknecht, ils sont d'accord pour proclamer que ia question d'Alsace- - Lorraine ne se saurait poser.
Une telle attitude est-eUe surprenante?
Elle a pu, en dehors de l'Allemagne, étonner ceux qui . n'avaient pas observé, d'un peu près, les véritables tendances du socialisme d'outre-Rhin, du marxisme, qui a toujours été pangermaniste.
Mais à l'intérieur de l'empire elle n'a étonné personne.
C'est ce qui ressort avec évidence de l'Enquête en Allemagne menée par un distingué journaliste neutre, M. C, Ibanez de Ibero et publiée dans l'Echo de Paris.
Le professeur von Liszt, député au Reichstag, l'un des leaders du parti libéral-progressiste, déclare :
L'attitude observée par le parti socialiste au cours de la séance du 4 août 191 4 répond absolument à l'état d'esprit de la grande majorité de ses électeurs dans tout l'empire. Le peuple allemand a été, dans ces heures graves, i:nanime à reconnaître qu'il lui fallait employer tous ses moyens pour défendre la puissance de l'empire allemand contre les forces supérieures de l'adversaire. L'action du parti social-démocratique n'a pu surprendre que les rares politiciens qui avaient douté des sentiments nationaux du monde ouvrier allemand. Depuis le 4 août, rien ne s'est modifié dans les sentiments du peuple (i).
Le baron von Richshofen, député et conseiller d'ambassade, ne s'exprime pas autrement :
— Mon point de vue a toujours été que l' assertion d'après laquelle la social-démocratie lâcherait la patrie allemande était fausse. L'attitude de la social-démocratie a été la confirmation de ce que j'attendais.
Il est clair que cette manifestation du sentiment national de la part de la'fraction socialiste a la plus grande importance au point de vue de l'avenir de notre politiqtte intérieure.
— C'est parfait, lui fis-je observer; vous me parlez de r orientation socialiste au début de la guerre ; mais depuis lors ?
— L'attitude du parti ne s'est point modifiée entre temps, se contenta-t-il de me répondre ; car on ne saurait attribuer une importance quelconque à l'affaire Liebknecht (2). '
Ceux-là s'illusionnaient donc cruellement qui, en France, ajoutaient foi à quelque vague rhétorique de congrès, à quelques formules de réunions, à quelque platonique affirmation de solidarité internationale des socialdémocrates.
Les 93 intellectuels allemands ont proclamé dans leur manifeste que la culture allemande s'appuyait sur les baïonnettes prussiennes, ne faisaient qu'un avec le militarisme prussien.
On peut dire de même : la sociaLdémocratie allemande ne fait qu'un avec le militarisme prussien, avec l'impé-
(i) UEcho de Paris, 17 mars 191 î.
. (2) Ibid.
rialisme allemand ; elle est solidaire de l'empire ; elle lie son destin à celui du kaiser.
C'est la faillite — il faudrait écrire : la banqueroute frauduleuse — de la social-démocratie.
Faillite, non seulement du parti politiquement organisé, mais encore de la doctrine.
Cette doctrine, c'était le marxisme. Le marxisme enseignait — et depuis vingt-cinq ans les congrès internationaux ne cessaient de proclamer et de rabâcher — que la guerre et l'impérialisme étaient des produits directs du régime capitaliste, qu'ils étaient engendrés exclusivement parl'antagonisme des intérêts économiques, etc. (i).
Cette doctrine se heurtait à l'histoire. Car avant la naissance et le développement du régime capitaliste, soit dans l'antiquité, soit à l'aube des temps modernes, que de guerres formidables déchaînées, non par des raisons économiques, mais par des raisons purement politiques ou rehgieuses, par l'ambition d'un despote ou la cupidité d'un peuple ! Pour nous en tenir à un exemple unique, la conquête musulmane fut-elle inspirée par des raisons économiques? X 'eut-elle pas des origines purement religieuses? et pourtant quelle guerre exerça plus d'influence sur les destmées de l'humanité? Des montagnes d'Altaï aux rives de l'Atlantique, du centre de l'Asie aux confins de l'Afrique occidentale, tout succomba sous le terrible cimeterre, tout fut hvré à une totale submersion...
L'origine de la guerre actueUe a un caractère essentiellement pohtique. L'n peuple, fanatisé tout entier par l'impériahsme, aveuglément soumis au plus cabotin et au plus néronien des souverains modernes, affolé à son exemple de domination brutale et de sanguinaire orgueil, s'est rué soudainement sur la Belgique, sur la Russie, sur la France, tout entières vouées aux travaux et aux arts de la paix. Par le fer et par le feu il a rêvé d'imposer
(i) A un autre point de vue encore, au point de vue écoacmique, les données du marxisme ont été reconnues inexactes par les marxistes euxmêmes. Ed. Bemstein, ami de Marx, qui a vécu de longues années à Londres à côté de lui, a reconnu, dans son livre Socialisme théorique et social-démocratie pratiqua, la vie mouvante des classes, leur pénétration réciproque et que la concentration des capitaux était loin de se réaliser avec la rigueur que Marx avait prétendue.
au monde subjugué et terrorisé ses méthodes d'économie sociale et d'action, ses formes d'organisation politique et iuridiques, sa <> Kultur >> littéraire, artistique et scientifique, et sa dxTiastie des Hohenzollern. Comme le peuple juif de jadis, il est convaincu de son rôle historique, il croit en sa mission divine :
Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux, Il plut à tcni amour de choisir nos yeux...
Les Germains, les Allemands sont le peuple élu. A eux l'hégémonie sur le monde entier, sur les peuples inférieurs ! Tel est le sens de la guerre qu'ils ont déchaînée.
Et devant la féroce et sau\'age ruée de ces armées impériales, de ces officiers féodaux, de ces soudards cambrioleurs, de ces « intellectuels v assassins, que voyons-nous? Se dresser dans un même et admirable mouvement de fierté, dans le même sursaut de noble et généreuse révolte, tous les peuples, slaves et latins, soucieux de leur indépendance, toutes les puissances de l'idéalisme qui anime les nations hbres. Devant l'agression monstrueuse, contre les Allemands aux gaz asphyxiants et aux liquides enflammés, contre les Allemands tortureurs de femmes et d'enfants de sept ans, il n'est pas un ouvrier français qui ne se soit senti naturellement et nationalement solidaire de son patron, ni un patron qui ne se soit senti solidaire du prolétaire ouvrier, du prolétaire paysan, son compagnon de tranchées. L'un et l'autre font partie du même « bloc » national. L'un et l'autre, unis, confondus dans la plus stoïque fraternité des armes et le plus ardent amour de la patrie envahie, versent leur sang pour défendre jusqu'à la mort la terre natale où dorment leurs ancêtres et le trésor de civilisation que ceux-ci leur ont légué. Où donc trouverions-nous là dedans l'application de la théorie marxiste de la valeur, de la concurrence économique et de la division des classes? Où trouverions-nous, dans les effroyables événements de cette guerre, la justif cation de ce matérialisme économique dont Karl Marx et Engels ont fait la clef exclusive de l'histoire des peuples et auquel fait allusion le verbiage ampoulé et suranné de Bruxelles et de Stuttgart, de Copenhague et de Bâle, de Lugano et de la Haye?...
Mai= il y a pliu.
La guerre ne marque pas seulement la faillite du socialisme allemand, théorique et organique. Elle marque la faillite de l'Internationale tout entière — de cette seconde Internationale sortie en 1889 du Congrès marxiste de Paris, consacrée depuis par tant de congrès internationaux et de manifestations solennelles, et affirmant sa permanence par le Bureau socialiste international de Bruxelles.
L'Internationale devait assurer définitivement la paix entre les peuples ; l'esprit de classe et de luUe-de-classe devait, chez les prolétaires de tous les pays, primer l'esprit national ; la solidarité ou\-rière et socialiste devait ruiner toute action politique des gouvernements de nature à provoquer un conflit. Or, quand la crise terrible se produit, quand la guerre s'abat sur nous « comme le voleur dans la nuit », que \-oyons-nous?
Le Parti ouvrier belge défendant résolument, avec la plus magnifique abnégation , ses foyers et sa patrie ;
Le Parti socialiste unifié français, d'abord unanime dans la défense nationale, puis divisé en majorité qui vote les crédits de guerre et en minorité qui va à Zimmerwald ;
En Russie et en Grande-Bretagne, les organisations ouvrières et les éléments socialistes divisés sur l'attitude à l'égard de la guerre européenne, les uns coopérant à la lutte pour l'indépendance nationale et pour la civilisation humaine, les autres, pénétrés de germanisme, réclamant à tout prix une paix prématurée ;
Et par-dessus tout la social-démocratie allemande, favorisant de tout son pouvoir une guerre d'agression et de conquête ; le prolétariat allemand — le plus solidement organisé de tous les prolétariats, et si orgueilleux de ses organisations puissantes et riches — trahissant l'internationalisme, dont il avait fait un article d'exportation à l'usage des partis socialistes du dehors, et se mettant sans réser\-e à la disposition du kaiser et au ser\dce du mihtarisme prussien...
Ainsi, devant la guerre menaçante d'abord, déclarée ensuite, l'Internationale apparaît impuissante, désemparée, divisée — divisée non seulement de pays à pays, de « section » à « section », mais au sein même de chaque « section » nationale, au sein même de chaque pays. Que pour des esprits généreux et volontiers chimériques, qu
pour des -'- humanitaires » qui se grisaient de fraternité universelle, ce soit l'écroulement d'un beau rêve, nous n'y contredirons point.
Oui, l'aigle ii)i soir planait aux voûtes éternelles Quand un grand coup de vent lui cassa les deux ailes...
Mais les ailes sont cassées ; le rêve s'est écroulé. Il ne servirait à rien de « bluffer » pour le contester, et Gustave Hervé ne fait que dire ce qui éclate à tous les yeux quand il écrit :
L' Internationale ouvrière ? Où est-elle ? Qui ne voit que la guerre l'a jetée par terre? Qii' avons-nous de commun actuellement, nous socialistes français, avec les socialistes du kaiser, qui n'ont pas eu un mot de protestation contre la violation de la neutralité belge? La preuve qu'elle est bien morte, notre Internationale ouvrière, c'est que moi, qui prétends être un bon socialiste, je me sens mille fois plus près d'un réactionnaire français qui se bat dans nos tranchées que d'un socialiste allemand. Elle ressuscitera peut-être. En attendant, elle est morte. De profundis ! (i).
Hen/é est suspect?
Il est suspect depuis que, contre l'envahisseur, il reprend la tradition glorieuse des guerres à outrance de 1S70-71 et qu'il fustige les pacifistes bêlants.
Écoutez donc ce que disent les socialistes belges :
Terwagne, le courageux député d'Anvers :
Faisons de la clinique, et non de la théorie. L' Internationale est morte. Les Allemands l'ont étranglée (2).
Paul Conreur, l'un des fondateurs du Parti ouvrier belge :
La banqtieroute de l'Internationale socialiste est flagrante. Elle a failli à tous ses principes, à tous ses engagements, à toutes ses promesses. On en pourra examiner les causes. Mais quelles qu'elles soient, il faudra bien aboutir à une condamnation.
Certes, le socialisme ne périra pas avec la guerre. Mais,
(i) La Guerre sociale, 7 septembre 1915.
(2) D"" Terwagne, Pour la défense du pays (\'an Oest, édit., Paris et Bruxelles), p. 122.
quant à rétablir l' Internationale sur les fondements antérieurs, conformément, aux dogmes marxistes, c'est impossible. Il y aurait là une aberration, une sinistre et honteuse comédie (i).
Orner Boulanger, conseiller communal d'un des faubourgs de Bruxelles :
L' Internationale socialiste a vécu...
Le socialisme international a fait faillite quand, avec la Sozialdemokratie, il s'est mis, en Allemagne, au service de l'impérialisme... Quand, au Congrès de Londres, ses représentants les plus qualifiés dans les pays belligérants ont voté un ordre du jour qui équivaudrait, s'il était réduit en pratique, à une capitulation devant l'ennemi (2).
Écoutez maintenant les social-démocrates allemands... Konrad Hœnisch, député à la diète prussienne, écrit dans le Vorwarts du 9 septembre 1916 :
Un internationalisme, planant au-dessus des peuples, est, au milieu de la fureur de cette guerre, un non-sens. Il faut se dire cela très clairement. L' Internationale, dans le vieux sens, si déplorable que cela puisse être, est morte. Elle mène uniquement encore une vie de spectre dans la tête de quelques idéologues qui n'ont rien appris.
Dans la Chemnitzer Volkssiimm.e, Heilmann — celui-là même qui a écrit : « Que tous les Français crèvent, pour nous il s'agit aujourd'hui des intérêts allemands et encore une fois des intérêts allemands et toujours des intérêts allemands », celui qui a poussé ce cri de joie bien socialdémocrate : « Moi, je vais chez Hindenburg », s'écrie avec le soupir affecté d'une illusion déçue :
Retenons enfin un fait capital: l'Internationale ouvrière est morte et enterrée. Ce n'était qu'un noble rêve allemand. Assez d'illusions funestes sont venues, jusqu'à aujourd'hui, contrarier nos décisions. La guerre n'est plus qu'un cas de légitime défense d'une nation en péril de mort, et les victoires allemandes sont le seul chemin de la paix {3).
(i) Lettre à Omer Boulanger. '" ~' "^^
(2) Omer Boulanger, V Internationale socialiste a vécu (OUendorâ, édit.), p. 7.
(3) Le Peitt Parisien, 16 janvier 1917, 3'^ p., 3^ col. ; le Temps, 17 janvier 1917, 2* p., 3 col. ; l'Humanité, 19 janvier 1917, i" p., 4« et 5» col.
Retenez cet aveu dépouillé d'artifice : « l'Internationale n'était qu'un noble rêve allemand ». Impossible de dire plus nettement que l'Internationale ouvrière n'a été fondée, endoctrinée, caporalisée, despotiquement guidée et dirigée par les Allemands que pour servir les intérêts, les ambitions, la politique de l'Allemagne conquérante, au détriment des autres peuples.
Sans doute, M. Troëlstra, M, Huysmans et quelques autres ne veulent pas concéder que l'Internationale soit morte — elle ne serait qu'endormie, — et un peu partout il est des socialistes qui, insuffisamment éclairés par les événements, veulent lui redonner vie, reprendre les relations internationales d'avant 1914.
Mais avec qui? Quelles garanties auraient-ils que la social-démocratie austro-allemande n'agirait pas demain conmae elle a agi hier? M. Bernstein a lui-même; reconnu que la confiance entre les diverses sections de l'Internationale est bien ébranlée.
Et comment des Français, à part quelques lâches exceptions, pourraient-ils accepter de se rencontrer, de causer avec'les Scheidemann, les Heine et les Sudekum?
Les hommes qui, le 4 août 1914, ont applaudi à la déclaration de guerre, qui ont accepté, sans un geste de recul ni de honte, la souillure de toutes les atrocités, de tous les crimes commis, ne pourraient que salir de leur contact répugnant ceux à qui ils offriraient les mains.
Cachez vos mains, misérables ! Il y a sur elles trop de sang innocent.