Épilogue
Parmi nos capitaines de vaisseau, il en est un qui a épousé une Anglaise immensément riche. Dans la marine royale, où les sentiments patriotiques sont poussés si loin, on regrette parfois sur le gaillard d’avant, autour de la. mèche, qu’un officier si accompli tienne par une alliance à l’éternelle ennemie du nom français. Quand ces doléances ont lieu en présence d’un maître d’équipage qui accompagne le capitaine dans toutes ses campagnes, cet homme s’écrie en fronçant le sourcil :
« Le commandant Fargeaud n’aime pas l’Anglais. Croyez-moi, il ne donnera jamais une poignée de main aux autres qu’à travers la Manche.... Non, il n’aime pas l’Anglais, et sa bonne dame non plus, voyez-vous! ils sont tous payés pour ça.... Maintenant vous êtes libres de me croire ou non, mais si quelqu’un s’avise de parler mal du commandant en ma présence, je lui casserai la bouche.... ou je le démolirai crânement.... pare h virer! »
Jusqu’ici maître Antoine Periot, autrement dit Gorge-
SAINTE-HONORINE
Salée, n’a pas eu h exécuter sa menace : car on tombe d’accord que le capitaine de vaisseau Frédéric Fargeaud est un des officiers les plus braves, les plus instruits, les plus expérimentés de notre marine, où il y a tant d’officiers braves, instruits, expérimentés.
Un mot encore. Le château de Grosville, revenu à l’ancienne et noble famille à laquelle il appartenait depuis le dixième siècle, ne porte plus aucune trace de la hideuse invasion des contrebandiers. Rendu à ses traditions d’urbanité, d’hospitalité courtoise, rien n’y rappelle plus aujourd’hui l’acariâtre Pétronille, l’avare et défiant officier de santé. En revanche, on y trouve réunies la touchante dignité d’Anna Graham, la droiture et la franchise de Frédéric Fargeaud.