‹ La Famille Alain. [Suivi deChapitre 9 sur 11 · PAR ALPHONSE KARR · texte numérisé non relu

PAR ALPHONSE KARR

Quand ce ne aérait que pour l'étymologie , il noos semble que U garde civique devrait garder la ville. Il ne «cnit pas difficile d’y trouver une fouie d’autres raisons.

Mais la garde Dations le se réunit dans des corps de garde. Alors les voleurs savent parfaitement oh elle est , et accessoirement oh elle n’est fias. Cette connaissance doit être d’une grande utilité pour Les travaui de ces messieurs, et je ne serais pas étonné qu’ils fissent parfois ce raisonnement : « XL un tel, horloger, protège la tranquillité de la ville et Ira propriétés des citoyens du Louvre : c'est le moment de voler ehci loi au Marais, ■

Si la garde , qui veille on doit h la porte du Louve* , ne défend les ro:s ni de la mort ni du vol (on se rappelle Louis X VT tenant l'échelle a un voleur décrochant une pendule), on peut dire à plus forte raison que la garde qarveille h la porte du Louvre ne défend de rien du tout 1rs habitants de la rue Saint Lotm ou de la rue Sain pLaiare. Peut-être arrivera- ton plus tard à découvrir qu'an seul garde national dans chaque r*e, à portée de se faire entendre de ceux placés dans 1e# rue* voisines, suffirait pour rendre tout vol impossible, et que, par ce moyen , toute la ville serait préservée simultanément. ,

C’est en faisant ces théories et une foule d'autres, l’un de cea jours derniers , cher un peintre de nos ami*, que nous avons , à propos de volrun , recueilli une anecdote qui nous a paru renfermer un bon et utile exemple. Notre ami Ferret est un homme de talent ; un original qui va peindre b mer au bord de la mer, les montagnes dans les mont eues ; contrairement k beaucoup de contemporains , qui se font une idée de l'Oocan eu voyant les bassins des Tuileries et étudient les Pyrénées à Montmartre.

Il nous échappa dans le récit de soutenir une opinion un peu paradotale, à savoir : que le voleur est le plus souvent une Action, et que leu circonstances de nombre et de férocité sont dues presque toujours à la peur qui fait voir double, et à la vanité qui veut qu’on voie triple# In danger# dont on s’est laissé effrayer , les ennemi# par lesquel# ou a été vaincu. Un n'uie pas ânes, disions-notn, de la résistance à l’égard drs voleurs, il est vrai que la police, voulant que tou# les Français toient égaux devant la loi , défend , sous peine d'amende et de confiscation, aux citoyens de se munir d'armes qui pourraient leur donner quelques avantages contre ces industriels. Néanmoins, disions- nous , nous aurions un grand plaisir, nous, habitant d’un quartier désert, a prendre le chapeau ou la redingote du premier voleur qui noua arrêtera.

A ces mots un sourire ber et spirituel , qui se dessina sur la mâle et énergique figure de notre ami , nous fit prêter Poreillc , et voici i peu près ce qu'il nous raconta en fouillant dans ses cartons , dont il tirait à mesure des destins et des croquis qui lui rappelaient et nous rr présentaient les lieux dont il avait à nous entretenir.

• J’étais clans le* Pyrénées, dit-il, j'avais parcouru tous les chemins connus et battus, tous les pwi/j, tous les sites, sortes de lieux communs au physique , qui sont abordables à tous. Je commençai à vouloir visiter les endroits que paraissent s'être réservé î presque exclusivement les chamois et les ours, certain de n’y rencontrer sur la mousse la trace d'aucun pied humain, de n'y avoir été précédé ni parles touristes ni par les amateurs. Muni drs arme# convenables et des renseignements nécessaires, je me mis en route un matin. Dès lu début, le chemin était peu recou rageant.

• Je Inversai d'abord avec des peines ioosïes quelques torrents remue tu et mugissants, tantôt sur des roches humides et polies comme ii« Is glace, tantôt suc de grand# pins que les courants formés par la fouie des neiges déracinent, entraînent et Liraient en travers, dépouillés de brandies et d’écorce. Certes, sur de pareils ponts, on ne regrette ps» Le sou du péage du pont des Arts, infiniment plus commode sous tous les rapports, et qui n'a guère d'autre désagrément que ■e mener tant droit à l’Institut.

• Je trouvai ensuite un chemin étroit et couvert de mousse verte et «Iwtante entre deux précipice# dont le fond, hérissé de roches moins <<guës, n’est visibles que par l’espèce de lumière effrayante que répand l'écume blanche des torrent#. Quelquefois le bassin s'élargit sur une pente moins rapide, et l’eau qui fuit reflète le bien du ciel et la verdure qui pend des roches; d’autres fois les cimes des roche# noires se rapprochent, la pente plus ardue rend sa torrent toute son tmpétuHrité -, l'oeil interroge en vain les sombres profondeurs de l'abîme ou mugit invisible le torrent furieux.

■ Plus loin des rochers s’élèvent à droite à la place d'un d< s précipices ; ü n’y en a plus qu’un , ma» ces grandes roches d’uu g> » jaunâtre semblent vous y pousser. A chaque mitant le sentier devint plus étroit ; les morceaux de rocher, récemment tombés, obstruent le chemin. I)ea crevasses sortent en rampant de souples branches darisruseau qui vont fleurir plus près du ciel et du soleil, impatientes de quitter ces asiles humides d’affreux reptiles, où parfois le vent les frit retomber et pendre le long des roche ..

» Après avoir longtemps monté, je me trouvai au-dessus de la région des nuages , je les vis alors roulés par le vent à travers la vallée ; cependant malgré l’élévation où j’étais parvenu , malgré la vitalité et L’ipreté de Pair, il me parut alors que le sommet de la montagne s’a-

baissait et servait de base à d’autres montagne# , dont le# mamelons mobiles offraient le plus riche aspect comme le plus varié de formes •I de ternies.

• Il n’y a que deux sortes d’hommes qui parviennent jusque-là : te contrebandier et le douanier. C’est sur ce sommet que se livrent letira fréquenta combats, combats où la force, le «Mirage et l’adresse déploient leurs miracles sans témoin. Le contrebandier , semblable au chamois ; le douanier, au chien qui ne chasse pas pour lui même , et n’en a cependant pour cela ni moins d'ardeur ni moins d'opiniâtreté. C«l sur un seul passage qu'ils se rencontrent, passage qui permet de rrdsseendre le versant de la montagne et d’entrer en Espagne. Mais le contrebandier aime quelquefois mieux tromper non ennemi que le vaincre , et puis le douanier est souvent plus nombreux que lui ; alors il prend p»r des chemins détournés qua ira chamois et les ours ne tentent que Lorsqu’ils y sont forcés par un chasseur implacable. Ce n'est point; certes, par crainte que le contrehaadier élude la rencontre de ses adversaires, car la route qu’il a à suivre est mille foi# plus dangereuse que l< s fusil* des douaniers.

» Ch» suit des sentiers presque invisibles dans une forêt où les arbres meurent de vieillesse, tandis que la jeune génération qui leur su cèle peut à peine percer de son faible branchage Les cadavres des chéiKt et des sapins morts. Au milieu des rochers énormes qui viennent encore entraver la marche , tout passage semble fermé : cependant un énorme bloc ne touche U terre que par un point , soutenu qu’il est p r les grands bras noirs d’un chêne immense, qui s’étend sur te bloc et jusque psr terre comme use montagne do verdure ; ce chêne se cramponne su sol pierreux par des racines longues à moitié hors de U terre, noueuses^ «ouvertes de mousse, et semblables à de grands serpents endormis,

» En écartant péniblement quelques-unes des branches de ce chêne, l'œil glisse snr la roche inclinée , à travers une étroite percée. Le regard se petvl dans on vide immense, qui semble commencer de l’autre , côté du chêne , pour n'avoir ni fin ni bornes. Il faut ramper à travers le branchage . puis se laisser glisser sur la roche polie , puis sauter snr un Ut de bruyères. uL. - -

* Au bout do qadfpgs instants, l’œil accoutumé commence à discerner les objets dans cette obscurité silencieuse, et l’on découvre les ho rds escarpés d'un torrent que l'on entendait d’abord mugir sans le vorr.

» C’est la qu’il fiot se diriger. Tantôt se suspendant ut branches des arbres , tantôt se laissant glisser snr une roche luisante , jusqu’.* un arbrisseau auquel on se cramponne pour arrêter on modérer m tours* involontaire.

* Arrivé sa torrent qn’il me fallait traverser. Je ne trouvai ni pin renversé, ni rocher pour le patser-, l’eau en est aussi froide que la glace , et cependant en m’y plongeant je m’en aperças à peine , tant j’étais pénétré du froid que j’avais éprouvé dans m.i route, dans cette atmosphère où jamais n’est descend* un seul rayon de soleil.

arnon voyage était alors fini, je n'avais plus que do légères difficultés à surmonter, lorsque je vis sortir de derrière une roche noire de 1 i I fumée et la lueur d’on feu. Je savais qne les contrebandière ne te font pu le plus mince scrupule de dépouiller les voyayeurs , d’autant mieux que personne n'irait chercher le cadavre de la victime dans les précij pi cri profonds où on le jetterait. J'armai donc tan* bruit un de mes I pistolets: j’assurai mon bâton ferré dans ma main droite , et je marchai vers le feu. Alors une tète s'éleva, et j'aperens le canon d’une carabine tourné vers moi. Ce n’était pus le moment de crier à la garde, ni de me reposer sur une patrouille plus on moins ffrite du sein de ms défense. J’assenai un coup d« bâton sur la carabine «pie les mains qui la tenaient laissèrent échapper , pois je mis mon pistolet sur la poitrine ! du contrebandier. Mon mouvement avait été tellement rapide, et d’ailleurs il se croyait si peu vu qn’il n'avait pas eu le temps de parer mou attaque. — Uhé J camarade, lui dis-je, tu exerees mal l’hoipii» talité ; mets- toi à plat ventre, ou tu es mort. Il obéit, et je jetai as caj rabinc dans un précipice. Puis je lai dia : — Relève-toi et eonsote-tei d’avoir manqué ton coup : tu ne t'adressais qu'a une mauvaise capture , je suis peintre et comme toi vivant au jour le jour, ayant comme to» a lutter, mais contre l’ignorance et le mauvais goût , douaniers immortels qui ne laissent rien passer sans y apposer leur cachet. J'ai faim et soif, partage avec moi les provisions qui gonflent ce bissse.

• Cependant ses narines se gonflaient de fureur. — Ecoute, dis- je, je n’*i aucun mauvais dessein contre tei : seulement , si tu fris un po* vers moi ou le moindre geste inquiétant , je te casse la tête. Si tu veux être tranquille , nous resterons et nous nous quitterons bons amis, a

• J’ouvris son bimae, et je mangeai son lard et bus le rhum que contenait son ©être. Mon voyage, plus long et pla* difficile que je ne Lavai* supposé . me rendit ce repas on ne peut plus agréable.

* — Maintenant, mon brave, ajoutai-je, nous allons nous séparer, et je te souhaite meilleure chance. Seulement, j’ai encore uo petit serai ce à te demander. Tu as une belle et énergique tète, un regard expressif et pénétrant, et la fureur ridicule que lit conserves contre moi ajoute encore è la vigueur de ta physionomie. Tn dois une réparation aux arts, dont lu as failli tuer en moi un des plu# zélés serviteurs ; tn Vas donc bien vouloir poser pour que j’eaqnisse «ou portrait.

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