‹ La Famille Alain. [Suivi deChapitre 8 sur 11 · A FAM1I.U ‘AI.AfPT · texte numérisé non relu

A FAM1I.U ‘AI.AfPT

— JVnai mangé, momiriir, mats je n’eu sait pas davantage.

— Je n'ai pas besoin que vou< en sachiez davantage; il a’agjt xulement de mettre met recherches en ordre et de recopier le» note* que je prend».

Du reste, monsieur Garandin, mon Essai sur Us huîtres est un ouvrage sérieux qui sera lu à l’Académie des science*; je travaille lentement, parce que je ne veux rien avancer qu'accompagné de preuve». Sivrz-vous le grec, monsieur Garandiu ?

— Non. monsienr; je t’ai montré, mais je ne le uis pas.

— Vous uvex peut-être le lire et l’écrire?

— Oui , mon»ieur, du moins h peu prè«.

— 0*1 assez : il ne «'agit que de quelques étymologie»; mais, ie vous l’ai dit, je travaille lentement, déni lignes quelquefois me coutrot huit jours de recherches préalable»; il faudraitque je vous eusse toujours sous U main.

XXTI. •

Il se passa encore nn an sans qu’il se fit de grand* changements dans b situation de nos personnages. Bérénice allait épouser le ft's de Parômr Glam. Pacdme Clam était mort il y avait quelqnes mois, ce qui avait nécessairement retardé le mariage.

Quant h M. Bréville, il avait sa réputation complètement faite, et cette réputation était celle d’un homme parfaitement sourd et un peu niais , h qui l’on peut tout dire et tout faire accroire.

Désirée était femme de charge à Beu»eval , et M. el madame Garandîn avaient fini par venir y demeurer.

Epiphane travaillait énormément pour M . Bréville, dont 1rs recherches prenaient des proportions tout à fait formidables. Il est vrai qu'un volume d'extraits fait pir maître Epiphane Garandin ne donnait, en résumé , que quelques lignes à l'ouvrage du nouveau propriétaire de Benzeval.

Tout portait h croire que cet ouvrage durerait autant que la vie de l’autrur et que celle de son secrétaire. Désirér , d'un eôté, et les Garandin, de l'adtre, passaient pour piller M. Bréville sans aucune uoesnre.

b belle saison ramena les baigneur», et M. Bréville donna quelque» j fêtes. La lionne intelligence qui avait régné jusque-là entre Désirée et madame Girondin ne put durer plus longtemps. Désirée voulait dominer dans la maison ; madame Garandin opposait quelque résistance.

Garandin, quand survenait nne discussion, donnait tort à sa femme; mais celle ci finit pas lever l’étendard de la rébellion et méprisa les rn jonction» d’Epipbnne.

Quelques personnes trouvaient que M. Bréville ne faisait pas tout ce qu'il aurait pu pour faire régner la paix dans la maison ; on aurait pn rrrolre que ces bavardages et ces récrimination», qu'on appelle potins en Normandie, d’oh le verbe potiner, l'amusaient singulièrement; il | ('contait séparément les plaintes et semblait irriter les adversaires les uns contre les autres au lieu de les concilier, ce qu'on affirmait être la marque d'un petit esprit.

On était dans le cabinet de travail de M. Bréville; il était entouré rie livres et dictait à maître Epiphane Garandin, tout en entremêlant ses doctes élucubration» de dialogues plus familiers.

— Y êtes-vous , maître Garandin ?

• — Oui, monsieur, j'y suis.

— Très bien I Ecrivez : Huître, en latin osfreum; en grec ou fréon. , Ménage affirme qu'on a dit en français des ofslrra avant de dire des j huître».

Il serait bien intéressant , monsieur Garandin , de pouvoir suivre ce mot oslreon , ostreum , outres, huître», dans ses diverses transformations. Ce sera l'objet de recherche* ultérieures.

Vous me diaiex que vous aviez donné des leçons de grec, c'étaient sans doute des leçons particulières, car on n'enseigne pas le grec dans le» école» communales.

— Oui , monsieur, je donnais pendant les vacances quelques leçons h an fila de M. Malais, l’ancien propriétaire de Bernerai, mais ce jeune homme est mort prématurément.

— Est-ce que vous étiez encore instituteur lors de la mort du men- j hier, mort dont on a tant parlé et dont tm parle encore de temps en 1 temps dans ce pays?

— Non , monsieur, j’étais huissier.

— Très-bien! Ecrive* ? Pondant longtemps, le» Romain* ne mandèrent que les huîtres du lae l.tterin, il» en tirèrent ensuite de Brindes et de Tarante ; pois enfin , le» seule* estimées furent les huîtres de \ l’océan Atlantique. L'huître est an coquilLge bivalve; l’écaille de l'huître est d'une figure presque ronde, ordinairement épaisse, rabo- i

teuse. inégale On a dit que vous aviez été témoin a charge dans

l'affaire?

— Quelle affaire?

— Mais l'affaire du meunier.

— Oui , monsienr.

— L'assassin était le fils d’un pêcheur d’ici ?

— *Ooi, monsienr, c'était le fils de Risque- Te lit.

— Et il s’est , je crois , sauvé de pri»cn '

'- —Oui, motmtcnr, et dejam on l’a dit mort. •»

— On m’a assuré qn'il l'était. ,P«» en quelque» dêt-rif# à ee sujet quand j'ai acheté Beuzev.il , parce que Beuteval était hypothéqué pir le meunier, et que son héritier était ce... comment rappelez vous?

— Qui, monsieur?

— L'asussin ?

— Oh ! l'assassin , il s'appelait Onésime Alain.

— Je vous croyais bien avec Désirée, monsieur Epiphane?

— Mais je ne crois pas que nous soyons bien mal ensemble, monsieur.

— Elle ne parle pas de vous comme on parle d'un ami , elle méiit surtout de madame Garandin. J'ai dft Ini imposer silence hier; elle trouvait mauvais que votre femme eût nu bonnet neuf.

— Désirée est à son aise et elle est un peu fi ère , quoiqu’il n'y Kit pas de quoi. Ce qu'elle a , elle ne l’a pas voté. I.e vieux meunier, avec qui elle est resté longtemps , la faisait pleurer plus souvent qu'à son tour. H n’y avait personne d'aussi manant que lui quand il avait hU.

— Qu»- voulait-elle dire en s’écriant : Madame Garandin porte son bonnet trop haut?

— Je ne sais pas, monsieur. Peut-être veut-elle par là l'accuser d’on peu de vanité. Un bonnet neuf pour une femme de cette clasae-li, monsieur, car la mienne ne vaut guère mieux que Désirée, c’est une cotr’ronne ; celle» qui l’ont en sont aussi fières, celles qnl le voient en sottt anssi jakmses.

Après ça, Désirée n'a pas tout à fait tort. Madame Epiphane obéh on peu trop à tes caprices; quelquefois elle oublie que noua sommet de pauvres diables, et on la prendrait pour la femme d'an négociant;, mai» de temps en temps j'y mets bon ordre.

— Ecrives : Microbe dit qu'on servait toujours des huîtres sur U table des pontifes romains. Apicra» avait un moyen de conserver les huîtres qui n’est pat veno jusqu'à nous i il en envoya d'Italie en Perse à l’empereur Trajan, et à leur arrivée elles étaient aussi fraîche» qu'au départ.

Quant aux qualités des huîtres Raoontes-moi donc l'histoire de

cet assassinat..,..

— Cela n'a rien de bien carieux, monsieur; Onésime Alain avait . rendu un service à son cousin Eloi , celui-ci l’avait mis sur son testament. Il iui laissait sa fortune , mais il ne loi donnait pat un sou de ton vivsnt.

Onésime s'était cependant habitué à se croire riche ; il dépensait de l'argent, il faisait des dettes. Il parait qu’un iour, poussé à bout, tl lui demanda de l'argent. Le cousin en refusa , ils te querellèrent. On vit s'enfuir Onésime par une fenêtre, et on trouva Eloi étranglé.

— Et on n'a pas soupçonné un complice?

Rien n*indiqnait de» comnliees. D'ailleurs, les charges eoutre Onésime étaient suffisantes; sa faite a été prise pour un aveu par lea gens sensés.

Moi, j'en savais davantage. La famille m’rn veut de l'avoir accusé; mais il n’en est pas moins vrai que j'ai beaucoup aidé à Je sauver.

— Ah f vraiment!

— Je l'avait connu tout enfant. Cela me fendait le cœur de déposer contre lui. Enfin, qtnnd on voua a fait faire serment de dire toute la vérité, il faut bien la dire; j’ai dit ce que je savais; malt, quand 11 s’est agi de le faire évader, je l’ai conduit jusqu’à une barque qui devait le transporter en Angleterre.

C'est alora qu’il m’a remercié , qu’il m’a embrassé et m’a ton! avoué. Seulement il m’a toujours dit que c’était le meunier qui avait frappé le premier.

C’est possible, parce qu’F.loi Alain, de son vivant... son fort n'était pas la patience ; mais ce n'était pas une raison pour l’étrangler.

— Parfaitement raisonné... Nous laisaerons-là pour aujourd’hui mou Essai sur tes huître*.

M. BtIVllU A V. KIMOSB ***, AO JAtniB BX9 HASTS» . A PABIS.

• Mais, mon otaer ami, voua êtes par trop avare de votre science. Vous ne m'envoyez rien, et me voici arrêté an milieu d’nne phrase daii» mon Essai »ur les huitres... Ne perde» pas un instant pour m’envoyer la suite. Tout à vous.

Toujours à M. Bréville , au château de Beuxeval , près Dive. »

— Madame Désirée, dit on matin M. Bréville, venes faire les comptes de la maison. Abl ma ebère dame, ajouta t-il, pourquoi depuis trois jours ne me faites-vous pins manger de poisson?

— Par une raison tonte simple, monsieur, répondit Désirée; cY<t que le* pêcheurs ne sont pas sortis à cause do mauvais temps.

— C'est bien singulier, ma chère dam'- ; M. Epiphane GaraMin , à qui je confiais, je ne vous le cacherai pas, que von» me priviez de poisson, me disait, il n'y a pas une demi-heure, que le» bateaux étaient revenu» pleins.

— M. Epiphane devrait bien »e mêler de ee qui le regarde.

— C’est ee que Je hti ài dit quand il a voulu aller pins loin... Je voua croyais bien ensemble, madame Désirée

— Comment, monsieur, est-ce qu'il t’est permis de parler de moi •ans respect?

•— Et aujourd'hui, àvet-vow du poisson à me donner? *

ST

— Pardon , monsieur, mats je donnerai* tout au monde pour lavoir ce qu’il a dit de moi, ce...

— Si vous pouviez avoir une belle tôle au gratin...

— Au nom du ciel, monsieur Bréville, que voua a-t-il dit?

— Rien qui vaille la peine d'être répété, ma chère madame Désirée, des niaiseries... Ce qne vous appelez ici des poftru.

— 11 sied bien à une pareille espèce de sc penne tire de parler de moi.

— Calmez- vous, madame Désirée, M. Garandin n'a rien dit qui puisse porter atteinte à votre honneur.

— A mon honneur! jour de Dieu! il n’oserait pour sa vie; mais je ne veux pas qu’il se permette de jamais parler mal de moi.

— Ah! mon Dieu! voici maître Epipbaoe, ma chère madame Désirée; soyez prudente, je vous prie. Jé suis très-occupé au dehors, il faut que je le charge de faire mes comptes avec vous.

J'espère que vous n'allez pas vous emporter et que vous ne lui parlerez de rien... M. Epiphane, obligez-moi de faire mes comptes avec madame Désirée.

El M. Bréville sortit de la chambre, où il Lajx>a madame Désirée et Epiphane se mesurant des yeux et attendant qu’il te fût éloigné pour commencer les hostilités.

— Je suis contente de vous rencontrer, monsieur Garandin, commença Dé urée quand elle vit fermée la porte par où était sorti M. Bréville.

— Et moi, je vous cherchais, madame Désirée, répliqua Epiphane.

— Zl faut que vous soyez bien effronté, monsieur Garandin...

La conversation, ainsi entamée, promettait d’être assez chaude, et il est probable que Rl. Bréville, malgré sa surdité, s’arrangea pour en entendre la suite; ce qui justifie singulièrement l’accusation que dans i le pays on portait volontiers sur lui.

— M. Bréville aime à potiner, disait-on, mais on n’est pas parfait, car, à part ce léger défaut, c’est bien i’bomme le meilleur, le plus doux, le plus facile à attraper qu’on puisse rencontrer.

, On lui fait ptyer tout trop cher, ce qui n’em|>éche pas le plus souvent de le lui faire payer deui fois. Un fait des fagots dans ses bois, on mèt.e paître les bestiaux dans ses p:éi; il en est encore à le trouver mauvais.

Il donuc des fêtes, il fait travailler, ü ne refuse pas dans l’occasion (in secours à un malheureux. Seulement il veut tout savoir; mais enfin, 4i c’est son plaisir, à cet homme... D’ailleurs il n’est pas le seul.

H. EBMOKB A M. BtlviLLK, AU CHATSAU B Z ■■ HZ IV AL, filS BITS.

■ Mus cuza AMI,

• Je m’empresse de vous envoyer tout ce qui existe sur le mollusque auquel vous portez un si vif intéièl. Tous les traité* sur l’éducation des huîtres ne comprennent jusqu’ici que l’art de les engraisser au moyen d’une maladie qu’on leur procure par uu mélange progressif d’eau douce.

• Quel que soit votre projet, mon cher ami, je mets à votre disposition le peu que je sais et même davantage, car il se trouve dans les divers traités que j’ai réunis pour vous non -seulement des choses que je ne sais pas, mats d’autres aussi dont je ne crois pas un mot.

• J’espère encore, à U fin de cet automne, aller vous aider à manger vos élèves.

• Ebmo.vii •*•. •

M U S BR T A M. BtlviLLE, AU CHATEAU BE BECXEVAL, rnis mvt.

« Mon CHS» AMI, MON ràlSE,

• Je donne celte lettre à un navire qui sera en France avant moi, mais qui ne me précédera que d’un mois à peu près. Mon premier voyage comme capitaine a surpassé toutes les espérances que Ira armateurs et moi nous avions pu concevoir : le navire s’est comporté s la mrr comme un poisson ; mais celui ci n’a pas été aurai favorable, unus avons essuyé une affreuse tempête, nous avons été démâtés, et enfin obligés d’abandonner le navire.

• Je puis dire qa’il n’y a rien à me reprocher, et le témoignage de l’équipage et des passagers en a tellement convaincu les armateur.., qu’ils m’ont déjà écrit pour m’offrir le commandement d’un autre navire. Celui que nous n’avons pu empêcher de se perdre était assuré.

• Après que nous eûmes abandonné notre malheureux bâtiment, nous avons erré, peudant un jour et une nuit dans notre chaloupe, sur la mer en fureur. J’ai fait à 1a Vierge un vceu que j’ai promis d’accomplir dans l’églùe de Divc : tous mes hommes ont promis avec moi.

» A peine ce v«ru élait-U fait, que le ciel, qui semblait de plomb, «’isl entrouvert pour nous laisser voir comme une tache bleue. Du des matelots s’étant écrié : Voilà une fenêtre ouverte au ciel l le bon Dieu nous regarde !... . nous nous sommes sentis pris d’un grand cou mge et d’une grande confiance dans l'intercession «te 1a Vierge. EacQVt, vers le milieu de la seconde journée, nous avons rencontré uu navire qui nous a recueillis et nous ramènera btealôl m France.

• Quel beau jour ce sera, mon cher ami, mon cher bienfaiteur, que celui où, à la tète de mon équipage, j'accomplirai dans l'église de Dive le vœu que j’ai fait h la Vierge!

• Je ne vous dis rien de plus aujourd’hui. Cette lettre, confiée à un homme que je ne connais pas, pourrait, par des circonstances imprévues, ou ne pas vous parvenir, ou tomber en d’autres mains.

• Adieu, mou cher, mon excdleut ami. A bientôt, je l’espère. Comment reconnaîtrai-je jamais toutes les bontés que vous avez eues pour moi ? A vous de tout coeur. Vous me dites qu’il va y avoir une noce. J’aurai bien du mal à ne pu y être.

• Hiibiit. •

M. Bréville ne répondit que deux mots k la lettre de Hubert : « Ne t’en avise pas. • Hubert ne reçut pas ce billet, qui fut perdu.

— - Ah 1 madame Garandin, dit un jour M. Brévilleh la femme de son secrétaire, pourquoi ne mettez-vous doue plus lin superbe collier que je vous ai vu une fois et que je ne vous ai plus vu depuis? Ce collier vous allait réellement fort bien.

- — Oh I mon Dieu, répliqua madame Garandin 1 M. Bréville, c’est Epiphane qui ne veut pis que je me pire de mes he.ux «lurcaoitE. 11 me l’a acier, dit le jour que je n’ai pas eu le temps d oter ce collier avant d’aller vous ouvrir. Si je l’on croyais, je serais toujours affublée comme une mendiante.

Et elle montra k M. Bréville toute sa coffrée, c’ est-h-dire «on armoire, son linge, ses habillements, ses bijoux.

— Mai» h quoi me servent ces monyaur, dit-el’e en soupirant, puisqu’on ne me permet pas de les mettre jamais ni de m’en parer même les jours de fête ?

— S ins étaler trop de bijoux ni de riches étoffes, madame GaranJin, vous pourriez, ce me semble, tenir votre rang; car enfin, votre maria été instituteur et même huissier.

Voici, par exemple, une petite robe à laquelle, h votre place, je voudrais faire prendre l’air de temps en temps. Une robe toujours renfermée, ça se fane, ça se passe!

Je comprends bien qne les jours ordinaires, chez vous on anx bains, vous vous babilliez de la façon qui vous semble la plus commode ; m.«U quand le dimanche, par hasard, vous allez h la messe, pourquoi mettez voui un simple bonnet?... Est-ce qu’autre foi* vous ne |«orlirz pas chapeau ?

— Oui, monsieur, c’est vrai; mais dans ce temps-là Epiphane était huissier et la femme d’un huissier devait porter chapeau : c'élail ; our faire honneur h mon mari et à si profession. Aujourd’hui, les temps sont bien changés, 1rs temps sont bien durs.

— M. Epiphane Garandin est mon secrétaire aujourd’hui, madame, et je ne prétends pas qu’il se croie déchu pour cela. Je pourrais peutêtre, si je le voulais bien, trouver des gens qui penseraieut le contraire. Il ncGut pas se déclasser, madame Garandin.

Le dimanche suivant, madame Epiphane Garandin n’osa pas tout h fait mettre le fameux collier, mais elle se para de la petite robe qui, selon M. Bréville, devait lui aller si bien, et elle arbora le chapeau.

M. Bréville était dans la salle à manger, à la fenêtre, et madame Désirée s’occupait à enlever le couvert du déjeuner, lorsque madame Garandin sortit pour aller à la messe.

— Ah ! par ma foi, s’écria M. Bréville, voici madame Garandin qui peut se flatter d’être parfaitement habillée. Cette robe lui va a ravir et lui donne tout k fait bon air. C’est que vraiment elle a la taille assez svelte.

Madame Désirée avait quitté lx table et i’élait approchée «le la fenêtre.

— F.lîe parte donc chapeau ordinairement? demanda M. Bréville.

— - El'c peut bien porter ce qu’elle veut, dit madame Désirée; bonne renommée vaut bien mieux que ceinture dorée. Et pourtant je u 'aurais qu’on mot k dire!

Un chapeau, bon Dieu!

Elle en portait autrefois, quand elle était bniatière; mais j’eipér.ii* pour elle que ça lui avait passé de faire 1s grande dame; il parait que ça ne va pas mieux.

— Madame Garandin aurait -elle donc fait parler d'elle? demanda M. Bréville. Toujours est-il qu'cite a vraiment l’.iir comme ii faut ainsi habillée, et je n’avais jamais remarqué qu’elle a de fort beaux yeux.

Les éloges de M. Bréville finirent par porter l'exaspération de madame Désirée nu plus haut degré, si bien qu'elle demanda son congé a M. Bréville. Comme elle avait de quoi vivre, grâce aux libéralités de sou ancien maître, clic disparut tout k coup, et l'on n’cnlrndit plus parler d'elle.

Le moment de 1a no:c de Bérénice et du AU Glam approchait. Pélagie avilit dit doucement qu’elle dérirsil qu'il n’y eût point de tête. Certes clic souhaitait le bonheur de sa fille et elle le ressentait vivement, mais elle ne prendrait sa part d’aucun plaisir; d’ailicu't, on peu «le gravité nerae&seyail pas au bonheur.

Pour Tranquille, il dit plu sévèrement qu’il ne voulait pas de noce ; Bérénice était dans les mêmes dispositions; seuls, le fils Glam et ses . amis murmuraient tout doucement.

» Cependant tout 1e monde comprit qu'il fallût respecter La douleur

«le la famille ALiiu. On décida qu’il n'y aurait pas de noce, et que tout se borne rail aui cérémonies de l'église.

— Le bonheur, disait Pélagie, ne peut plus être notre hôte. Le fils qui faisait notre joie, et peut-être aussi trop notre orgueil, est devenu notre désespoir tt noire bonté. Pour qu’un bonheur vienne s’asseoir à notre foyer, il faut qu’il se déguise etn’ait pas d'habits de fête.

— Oui, dit Pulchérie, le souvenir de nos cher» morts doit se mêler à tout. Il ne nous manquerait plus que de nous consoler, c’est-à-dire de les voir mourir dans notre «eur comme ils sont morts sur la terre!.- Oh! non, heureusement qu’ou ne se console pas.

Tranquille voulut que la veille du mariage on dit à l’église une messe pour Onésime.

Pulchérie alla au cimetière pour prier sur les tombes de sa taule et de snn enfant. Il y avait alors sur un pilier de la porte du cimetière de Divc une inscription qu'on a effacée depuis, et qui assit sans doute été tracée autrefois par quelque voyageur :

ta rie e*t un «orns à l'arrêt du trépas, tous ces morts ont vécu ; toi qni vis , tu mourras.

En sortant du cimetière, Pulchérie alla se promener seule furie bord de la mer, qui était basse et qui commençait à remonter.

Elle resta livrée h une profonde rêverie, et lorsque Bérénice qui la cherchait finit par l'apercevoir, elle traçait presque sans y songer, avec le bout de son petit pied, sur le Sable de la tuer quelques lettres qu'une hme ne tarda pas à venir effacer, mai* pas asses vile cependant pourvue Bérénice ne pftrtftc le nom d'Onésitne.

— l)h ! Pulchérie, dit-elle, tu penses donc h lui ?

— Oui, dit Pulchérie. J’ai retrouvé depuis longtemps déjà mou cœur d’alors. D’ailleurs, n’est-ce pas pour moi qu'il S’est sacrifié? Toute sa vie n’a-t-HIc pas été un long dévouement, depuis le jour oü, tout enfant, il a failli mourir de froid pendant cette nuit oh nous nous étions égarés sur la mer.

Ce n'est pas d'aujourd’hui que je me suis reproché la légèreté qui m’a fait méconnaître ce cceur sublime. Maintenant qu’il n’eat plus qu’une âme, je vois cette kmc dans toute sa beauté.

Nous attristons tous ton jour de noce, ma pauvre Bérénice I

— Le sérieux va bien au bonheur, et la tristesse ne lui metsied pas autant que celte grosse joie qui règne d’ordinaire dans les fêles de mariage. D'ailleurs, après tout ce qui est arrivé dans notre malheureuse famille, ce que les autres appellent bonheur, nous ne pouvons guère l’appeler que consolation.

La cloche sonnait au mort, comme ou dit à Dive. La famille Alain, dans laquelle il faut compter Pulchérie, se rendit à la messe en vêtements de deuil ; le fils Glam y accompagnait Bérénice ; quelques autres amis s'étaient joints à eux.

La cérémonie eut lieu avec un grand recueillement. Au moment où le prêtre finissait l’hymne ftics ira», Jin ilia , une voix répondit : — Amen! s l'entrée de l’église.

Quelques personnes se retournèrent et aperçurent un homme pauvrement vêtu et étranger à la paroisse, qui ne se vit pas plutôt l'objet de l'attention générale, qu’il sortit de l’église et disparut.

D’autre* événements sc passaient à Divc. Le grand pianiste, monsieur de Morgenstern, avait retrouvé aux bains madame la vicomtesse du Mortal et sa fijle, i r s avsient fait ensemble de la musique et quelques petites excursions. M. de Morgenstern avait fini par avouer sa 11.» m me; la jeune personne avait laissé voir quelque sensibilité et en avait référé à sa mire.

Madame la vicomtesse avait demandé un peu de temps pour se décider ; mais de ec moment sa bienveillance pour M. de Morgcsatein s'était accrue si visiblement, que l’affaire avait paru arrangée et que leur existence était devenue presque commune.

Cependant M. de Morgenstein ne laissait pas d'avoir quelques inquiétude, et son ciel n’était pas précisément sans nuages. Après de lorgnes méditations, il résolut de sortir d’embarras par un coup hardi.

Mademoiselle du Mortal et sa mère achevaient toutes deux leur toilette et s'entretenaient do leur côté d’un sujet qui les tracassait également un peu.

— Mais enfin , maman , disait la jeune personne , comment sortirons nous de l’embarras où nous jette ta manie de te créer vicomtesse de ta propre autorité? que penser* Adalbert quand il apprendra que nous ne sommes point nobles, et que nous nous appelons simplement madame et mademoiselle Dumortal?

— A quoi Ini sert un nom qne tu dris perdre eu lui donnant ta main ?

— J'ose espérer , dit mademoiselle Claire en b.ùunt les yeux , que ce n’est pas là seulement ce qu’il aime en moi. Mais ta famille , cette famille si fière de sou blason , dout il ne nous parle plus depuis quelque temps, peut-être parce qu'il craint que même la noblesse que tu as inventée ue soit insuffisante , savons- nous ce qu'elle pensera de ce changement dans notre condition sociale?

— Je ferais , à ta place , bien peu de cas d'un amour qui ne saurait

pas triompher et de ce ridicule orgueil des cistes et de finjusti'e tyrannique de parents aveuglés par la vanité.

— Alors pourquoi nous être parées de ces titres que tu méprise; si souverainement ? Certes , si , m’ayant toujours connue cc que je suis . c'est-à-dire la fille de bon* et simples bourgeois, Adatbert eût renoncé à moi pour cela, je ne lui aurais pas fait même l'honneur de le regretter ; mais ici c’est bien différent, U a le droit de nous accuser dg fourberie.

— Allons , allons , tout s'arrangera.

— Et quand il saura que je n’ai pas de dot?

— Comment , pas de dot ! Mais n'est-ce rien qu’un trousseau magnifique , qu’un appartement chez moi , que la Labié pour les deux époux? S 'est- ce rien oue mes relations?

Crois-tu donc que l'homme qui t’aime ait l’âme ri intéressée ?

— Non , ma mère , non; Adalbert a le coeur mieux placé; mais sa famille n'a-t-elle pas dû concevoir pour son établissement de plut hautes espérances , et , si elle pisse par-dessus Le défaut de noblesse « ne s’attendra -t-ellc pas à une compensation en argent ?

Il faut absolument s’expliquer avec Adalbcrt. Chaque jour cet aveu devient plus difficile , et chaque jour je suis plus honteuse de ne pat l’avoir fait encore.

A ce moment , on apporta une lettre poar ces dames de U part de M. de Morgenstein. Madame du Mortal se hâta de l’ouvrir ; elle contenait ces mots :

• Madame la vicomtesse , et vous , trop adorée Claire , ’

» Je ne puis attendre plus longtemps pour vous faire un aveu nécessaire , mais je n'co subirai pus la boute. Je vais en finir avec le plus cruelle destinée. La mort va ?enir mettre un terme à une vi« depuis longtemps décolorée.

» Oui , le ciel , qui m’avait donné l'aristocratie de t’ime, et, — oserai-je le dire ? — celle du talent , m’a , pur un odieux et cruol sarcasme , fait naître dans uue classe dont m’éloignent et mes goûts et mon organisation. Je ne suis pas noble I ou du moins je ne le suis que pur les sentiments.

» Pourquoi ne puis je sur les champs de bataille conquérir une couronne de duc et la déposer à vos pieds ? Mais que faire en ces temps prosaïques, sinon s’élever par les dons de la nature, sinon devenir comte par le talent et prince par le génie I C'en est fait! Je ne veut pas m’exposer aux dédains d'une race orgueilleuse.

» Pendant que vous lises celle lettre, je charge les pistolets, cl, comme Werther , j'abandonne celte vie trop étroite pour mon Ame.

« Adieu , madame la vicomtesse ; adieu, Claire, adieu I •

— » Oh ! mon Dieu! courons, ma mère , s'écria U jeune fille ; sauvons- le s’il en est encore temps.

— Il en est parfaitement temps , répondit froidement madame du Mortal. Tout ceci veut simplement dire que M. de Morgenstein M s'appelle pas M. de Morgenstein , et n'est noble que de h façon.

— Rb bien ! ma mère, tant mieox... Mais allons.

— Tout de suite.

— Mais s’il était trop tard?

— Il ne sera pas trop tard. Je me demande seulement si c« mariage peut encore me convenir.

— Ah ! ma mère , ne serous-noos pas indulgentes pour une supercherie dont nous sommes coupables nous-mêmes?

— Ceci n’est pas une raison ; mai* on peut faire quelque chose de cc jeune homme. Il ne manque pas d'entregent; on le podssera avec les journaux , comme disait un homme très-habile de ce temps-ci : • Prcntt rien du tout , fjites-le beaucoup annoncer , et vous en vendrez immensément. •

— Mais, ma mère , par pitié , quand je devrais me perdre, je cours à sa chambre.

— Ce pauvre gsrçoo , vous ne lui laisserez pas le temps de charger se* pistolets. Allons , laissci-moi parler , ou tout est rompu.

Claire précéda sa mère en courant. Il n'y avait qn’un corridor à traverser pour arriver à h» chambre de M. de Morgenstein ; elle frappa avec violence ; une voix faible répondit t

— Entrez.

Pendant ce temps , madame du Mortri avait rejoint sa fille , et c’est elle qui ouvrit la porte en disant :

— Ah ! la clef est sur la porte ; 1a mise en scène est médiocre.

On trouva Adalbert debout , deux pistolets sur uue table.

— Adalbert! s'écria mademoiselle du Mortal , qu’alliez-vous faire?

— Infortuné jeune homme! dit madame du Mortal. Heureusement nous n'arrivons pas trop Uni. Renoncez à ce faUl projet ; ma fille rat à vous.

Adalbert se précipiU sur une main de madame du Mortal et la couvrit de baisers ; en se relevant, il rejeUit tes cheveux en arrière , absolument comme au piano.

— Comme il est pâle ! dit madame du MorUl ; et Adalbert , trèsétonné d'être pâte , faisait toutes aortes de manoeuvres pour se voir dans une glace.

— Laisse -nous, Claire , ajouta 1a vicomtesse ; je vais faire t.i tour de promenade et causer avec lui.

C'aire sortit en échangeant un long regard avec M. de Horg'udau,

Madame do MorU) prit le bras d'Adalbert , et il* «lièrent au bord de la Ber.

— Voyez on pet» le beau malheur ! Parce que voua n'ètea pas noble, faut-il donc mourir ? Les vertus que l’on a soi- même ne valent-elles pas celles qu’ont eues nos aïeux ?

Crojea-vous que ma fille se contenterait de la preuve qu’il y a eu sous Philippe-le Bel un Morgenstein très-aimable et très-bien fait? N’aime-t-elle pas mieux que vous soyez tel vous-même ! Le cœur n'eat pas si bête qu'on le dit, et U a souvent raison.

Que fait un de ajouté devant un nom ? Ces deux lettres ont-elles donc un charme magique qui rend un homme plus beau , plus noble , pfus généreux? dites , Adalberl?

— C’est un sot et ridicule préjugé, reprit Adalbert.

— N’êtes-voua pas noble par le talent et le génie , noble par le cœur et per l’Ame r

— Je te croia , madame.

— Croyez-vous que le de ajoute beaucoup de charmes A ma fille ? Est-ce au de qtx*elle est redevable de sa pesa de camélia , de ses cheveux souples et épais , de sa taille fine et cambrée ?

— Oh! non.

— Et vous-même, qu’est-cc que le de vous donnerait? Auritavou> plus de verve , plus de rapidité ? Etait-ce pour ces deux lettres que Claire vous aimait? Eat-ce pour cette «yllaMe que vous aimiez Claire ?

— Non, madame. Je voudrais, pour le prouver, être né sur le trône et que Claire fût une simple bergère.

- — Adalbert , voilà la véritable noblesse ; clic est dans les sentiments. Eh bien 1 voyons , que penseriez-vous de vous-même si ce ou* vous disiez tout à l’heure venait à se réaliser , si vous né sur le trône vous refusiez la main de Claire simple fille des champs?

— Ah ! madame , je aérais le plus lâche des hommes. Je vous le répète , je voudrais qu'elle n’eût ni titre ni naissance.

Soyez donc heureux. Claire n’est pas plus noble que vota.

.' — C'est pour m’éprouver que vous parles ainsi.

— Non , vraiment... C'est mon mari qui avait pris ce titre. A mes yen', il ne valait même pas l’honneur d’être quitté. D'ailleurs, cela jette de la poudre aux yeux des imbéciles. Aux philosophes , aux gens distingués , on montre par quoi l’on est vraiment noble ; au vulgaire, on se contente de jeter un titre.

— Mais , madame... c’est que je ne sais pas plus riche que je ne

— Qu’est-cc que ods fait ?

— Ah 1 madame...

— - Si vous n’êtes paa riche , vous le deviendrrs. Tenez , Adalbert , voici »*sez longtemps que nous jouons de comédie ; je vais vous parier franchement, et ne vous avisez pas de continuer votre rôle avec moi. Vous n’êtes pas assez fort pour me tromper un instant an point I où noue en sommes maintenant.

Nous ne sommes pas plus riches que vous} mais j’czerce une industrie qui à la fois me donne une position et me permet de vivre dans le I monde : j'écris dans certains journaux d’une manière productive. Vous avez ce qu’on appelle pour le moment du talent , ou du moins vous passez pour en avoir : cela suffit.

Pre-quc tous ceux qui ont aujourd'hui le plus de succès et gagnent lé plus d’argent n’en savent et n‘cn font pas plus que vous. Le monde I et les frmmcs surtout vous aimeront bir-u plus pour le talent qu’on vous trouvera que pour celui que vous aurez rt : elle ment.

Vous n’êtes pas musicien ; vous tapez très-vite sur les touches noires ou blanches d’un piano ; vous prr e* des airs inspirés e« répétant un ! passage pour Is centième fois , chose d'ailleurs purement mécanique que l’inspiration vous rendrait tout à fait impossible. Vos manières ‘désolées sont une imitation ; mais ce n'est paa mal imité , et cela réussit...

- — Madame...

— Attendes un peu. Je suis répandue dans un certain monde : je dispose de» journaux auxquels vous savez avoir recours dans l'occssioo.

On vons connaît déjà , mais je vous ferai une grande réputation. Nous gagnerons de l’argent, nous vivrons très-heureux tous trois. , Vous continuerez »u dehors votrt rôle , comme moi je joue le mien. (

Qui est-ce qui ne joue pas un rôle? Par exemple , voire suicide a ; été très mal joué. Si vous donnes jamais une seconde représentation, j je ferai la critique de la première et vous réussirez mieux. Je ne reçois votre suicide qu’à correction.

— Je vous jure, madame...

— Ne jurez pas; je laisserai Claire croire au suicide. Soyons amis; ■je ferai quelque chose de vous; mais plus de comédie. Si vous me trompiez, ce ne serait pas pour longtemps, et je ne pourrais vnu» être bonne à rien. Dites-moi la vérité, u’importe laquelle, et j’rn tirerai parti:

Cette vérité, on 1a devine : c'est que l’origine de M. de Morgeiistein était des plus humbles, et que l’illustre pianiste n’avait pour père qu’un obscur ouvrier.

Madame du Mortal n’en voulut pas savoir davanUge, et cet areu termina l’entretien.

m. Kimono *** a m. iiinui, «o csatkao ai ssuzxvai., rais divx.

« Je sois en route pour Beuzeval, mon cher ami, mais je vous amène un hôte bien maussade. Il m’est arrivé l’aveuture la plus déplorable qui se puisse imaginer.

• J’étais allé voir des ami» à Lisieux, ils m’ont fait conduire jusqu’à ïlonfleur, oh l'ai couché. One voiture parlait le matin pour Trouville. J’étais déshabillé et J’Allais entrer dans mon lit, lorsque le garçon de l'hôtel vint me dire qu’on me priait d’envoyer ma malle dès le soir à la voiture , qu’on allait charger d’avance, parce qu’on partait le lendemain à cinq heures du matin.

• J’étais fatigué, j’avais sommeil; je fis cependant ce qu’on me disait. Le garçon prit la malle, et moi je m’endormis d’un profond sommeil, qui ne cessa qu’à quatre heures et demie.

• On vint me réveiller pour le dépari; je me levai en toute hâte, je voulus m’habiller; mes babils avaient disparu. J’appelai le garçon.

— Je vais chercher vos babils, monsieur, me dit-il. On les aura portés dans la chambre où on brosse tous les habits de la maison.

• Dix minutes après, il revint me dire qu’il ne les avait pu trouvés.

• Je l’envoyai au bureau de la voiture pour la faire attendre , et je me remis à chercher avec l’aubergiste sous le Ut, dans Les tiroirs, partout.

• Le garçou rentra bientôt et me dit: — La voiture est partie; je l'ai renrnue plus de dix minutez, mais U a bien fallu la laisser partir.

— Ah ! mou Dieu! m’écriai-je alors, je sais où sout mes kabiu.

— Et où cela, monsieur?

— J’étais latigué hier soir , je tombais de sommeil ; on m’a dit de (sire ma malle, j’ai très-bien plié et enfermé dedans le pantalon et l’habit que je venais de quitter. Quand part-il une nouvelle voilure?

— Demain matin, monsieur.

— Ce sera un jour de retard ; mais on peut bien passer une journée à ïlonfleur... Bemontez-moi ma malle, je vais m’habiller.

— Mais elle est en route, monsieur , votre malle.

— Comment! en route?

— Oui, votre place était retenue , voua la devez au voiturier ; il a dit qu’on vous rendrait votre nulle à Trou ville contre le prix de votre place.

— - Imbécile!

— Pardon, monsieur, mais le voiturier a raison ; il n’est pas juste qu’il perde le prix de votre place, qu’il aurait donnée sans doute à 4‘autres , s’il ne vous l'avait pas réservée.

— C’est bien de cela qu’il s’agit) Mes habits sont dans nia malle, et vous avez envoyé nsa niaüe à Trouville. Me voici es chemise pour jusqu'à demsin malin.

— C*m désagréable , mais ce n’est pas ma faute.

• J’entrai alors dan» une telle colère que je renversai les chattes et brisai un pot à i’eau. L'aubergiste finit par me dire : — Monsieur, ma maison est une maison bonuète, dans laquelle on ne fait pas en sis mois le bruit que vous faites depuis une demi- heure.

• J’étais hors de moi, je m’emportai en invectives.

*> Il me dit : — Monsieur, obligez-moi de débarrasser ma maison d’un hôte aussi bruyant et aussi incommode , et cela tout de suite , ou je vais vous faire sortir au moyeo de la garde, qu'on va appeler.

— Mais, sot que vous êtes, comment voulez-vous que je sorte dans Pétat où je suis? Mon portefeuille est dans la poche de mon habit, ma bourse est dans celle de mon pantalon ; tous deux sont sur la roule de Trouville.

— Alors, monsieur, dit l’hôte, comment allez-vous me payer?

■ Je pensai à vous, je demandai ri la poste était partie; on me dit qu'elle ne passait qu'à deux heures; c’est en i’sUeadant que je vous écria si longuement, mon cher ami.

•* Cette lettre arrivera ce soir à Trouville; vous ne l’aurez à Beuzeval que demain matin-, envoyet-moi promptement un homme avec de l'argent, de* habita et une voiture.

• Tout à voua.

• Edmond s

Monsieur Brévilio se mit eu route à l’iuaUut même pour aller au secours de son ami.

XXTHL

Bérénice, dont la noce devait être célébrée le lendemain matin , se promenait depuis le coucher du soleil jusqu'à la nuit avec le fils Glana au bord de la mer, tous deux parlant de l’avenir.

■ — Mon père, disait Glam, « amassé quelque argent ; il est vieux, il me donnera son bateau, en se réservant un lot sur Ta pêche. Pour vous, Bérénice, vous laisserez là U dentelle; vous aurez bien assez à raccommoder les filets ; il faudra aussi que vous continuiez à aider votre lucre dans ton ménage; vos parents ne sont plus jeunes; loin de leur ôter une si bonne fille, je veux remplacer pour eux uu des fils qu'ils ont perdus.

la famille, a lai b,

Ce pauvre* Oü(»ini« , j’ei prié pour loi de bien bon ccsu- ce KM lin. Aofare premier enfant s'appellera Ocrume.

Bérénice Je». i l toute rou°c t l demanda à rentrer. D'iillrunil illtit faire de l’orage; les arbre» frùsotio'iicnt s;ins qu'il fit de veut; puis des bouffées suinte» vruJtsl bue iilwycr les peupliers jusqu’à terre, et on retombait dans un calme pesant; des éclairs, les uns d’un blanc bleuâtre, 1rs autres d'on violet pâle, déchiraient la voûte noire et abaissée que formaient d’épais nuages; aux éclairs succédaient des bruits de tonnerre, tantôt roulant sourdement , tantôt éclatant en sons aigus.

Entre les coups de tonnerre, des fauvette* chantaient dans les arbres, fl écartaient leurs ailes pour recevoir lu pluie qui allait tomber.

Pukbr rie, suivie de Mopse, avait remonté la rivière de Heure val, et i elle était allée s'asseoir sous le saule d’Onëriine , elle se laissait bercer , s. d c s rêveries qui faisaient passer devant clic 1rs fantômes de n» jour nées écoulées; mais bientôt, voyant le jour presque fini, die se dispooa ii redescendre à Dive, d’où elle comptait se faire reconduire n Cabenrg | par quelqu’un du village.

i^ienéint elle voulut passer par licuitiii , oii son existence avait 1 changé si complète oient. J)éje clic <) était plus qu’à quelques pas du châtrait, quand elle rencontra Epi |. ha ne qui allait y rentrer.

Mopie grogna eu montrant ses dents blanches et aigues. Epiphane salua Pulcbéric, et loi otfrit , si die avril peur, (le l’accompagner jus- i rpi’à Dive ou jusqu’à Ga bourg.

— Vous voj cs, dit-elle en montrant Mopse, qui, le poil hérissé, cou* linuail à le regarder en grognant , que j’aurais au besoin un bon défeuseur.

— Qu’est ceci ? demanda maître Garindiu ; ne voit* je pas quelqu’un qui rôde autour du «bateau ?

Et- ii s’avança au moment où un étranger venait de sonner; une femme ouvrit la porte.

— M. Bréville est-ii chia lui? demanda l’étranger.

— Il est en voyage , monsieur.

— Pour longtemps?

— Il reviendra sans doute ce soir, mais pour sûr demain matin.

— Alors je ne pourrai pas le voir. Vous lui direz que c’est M. Hubert qui n’a pu l’attendre et est reparti tout de suite.

Mopse avait recommencé à grogner de plus bello; pais tout b coup , malgré les efforts de Poâchérie qui le rappelait, il s’élança sur l’étranger ; nuis , au lieu de le déchirer ou de le mordre, U muta sur lui, léchant sn mains, ses habits; il se roula par terre en gémùsaut; puis il recommença set gambade* , courant autour de lui an cercle et sautant ; a»cr haut pour lui lécher le visage.

— Mopse , Mopse 1 cria l'inconnu , et lui-même prit le chien dans scs bras et le couvrit de caresses.

— Epiphane s’avança i — Vous avec , monsieur, demandé M. B ré-

ville ?

— Etes-vous de la maison?

— Oui, monsieur.

— Eh bien 1 j’ai laissé mon nom.

— Monsieur Hubert

— Oui, monsieur...

— Ecoute , Onésime , si c’est pour moi que tu cherches b déguiser ton nom et ta voix, cela ne te servira pas b grand 1 ch ose. Je U recon i nais parfaitement; que vieus-t# faite ici, malbcttreux Onéstme ?

Pulcbérie s’était approchée en croyant tu tendre le nom d’Onéûmc, et déjà surprise de U joie du chien ; mais quand elle entendit Garandin nommer Ouésime pour la seconde fois , die jeta un grand cri et tomba à genoux.

— Pnlchérie! s’écria Onésime.

— Est -ce loi, Onésime, qu’au nous disait mort?

— Ce o’cst pas le moment de causer, dit Epiphane; si •* «ait qu'Onésime est ici , il est perdu.

— Et on ne tardera pas à le savoir par ton moyen , lâche et traître que tu ess! mais ce n’est pas encore le moment Je régler nos comptes, seulement disparais à l'instant.

Et eu disant ces mots, Onésime mit la main sur un poignard de maria qu'il portait à la ceinture. Epiphane était déjà loin.

— Chère Pulcbéric , reprit Qnddrae, ce n’est pas seulement la peur qui fait fuir Epiphane; d’ailleurs le temps n’est pas arrivé oh je veux être au milieu de vous, mais je n’ai pu résister au besoin de vous voir de loin hier à l’église.

De qui étiex-vou* donc tous en deuil ? Je n’ai appriaia mort de per-

— Onésime , c’était un service pour le repos de votre âme qu’on célébrait hier.

— Chère Pulcbéric, ma seule pensée, tout ce que j'aime su monde , ions avei donc adopté mon pauvre Mopse ?

— Etes-vous en sûreté, Onésime?

— Moi, pu le mob» du monde.

' — Fuyez alors, malheureux 1

— Il mut que je voie quelqu’un qui ne sera ici que demain.

— Mais si Eppt^oe vous trahit... c’est possible.

— C'est même parfaitement sûr. Aussi je ne voulais être reconnu par personne; j'aimais mieux qu'on me crût mort; il faudra peut-être que mes anus sue perdent uuç seconde fois. f „ ,

ts

— » Et cette horrible aflhire...

— Je suis innoceut, Pulcbéric; mus je nVu suis pas moins condamné à mort.

— Comme vous êtes changé, Onésime 1

— J’ai étudié, jj'ai travaillé , depuis que noos ne nous sommes vos ; mais... tenci , j’aimerais mieux que noos no nous fassions pas rencontrés.

Adieu, ne parles de moi à personne , pas même à Bérénice, «i toutefois il o’amve rien de mal ; cor, si je sais trahi el arrêté, voua «s'entendrez qae trop parier de mot. >

Soyer lûre d’une chose, Pulcbéric , ma vie entière vous appartient ; quoi qu’il arrive , elle sen b vous jusqu’à la fm ; mon dernier soupir sera pour vous. Adieo.

Et Onésime départit sous les saules et les arbres delà rivière. Mopse voulut le suivre, mais il le chassa.

Puicbérie n’osa pas entrer à Dive, oh elle devait cacher un ri grand secret et oh on aurait remarqué sans peine ion émotion ; elle alla droit à C j bourg; son oncle était couché depuis longtemps.

Il était près de minoil lorsque M. Bréville arriva à Beute val avec son ami , M. Edmond. M. Edmond était un homme d’un embonpoint peu ordinaire; il n'aurait pu mettre aucun des habits de M. de Uréville , qui n’avait pas cru devoir lui en faire porter , et ne l’était muni que d’argent; on appela des fripier», on eut beaucoup de peine à trouver ce qu'il fallait pour mettre en état de sortir de l’auberge M. Edmond** 4 , dont le* formes démesurées n’avaient pas été prévues par les tailleurs.

On finit cependant par trouver un habit è peu pris à «s taille. Pendant le cours de ces recherches, M. Bréville demanda avec empressement le prix d'une redingote qui était mêlée aux hardes qu’on leur montrait; il la paya sans marchander, et ht beaucoup de questions au fripier.

La voiture qui ramenait M. Bréville et Bf. Edmond n'était pim qu'à quelques pas du château , quand un hûmmt arrêta brusque nient le cheval.

En même temps une voix cria :

— Ce»! moi, Hubert.

— Malheureux! imprudent! quelqu’un vous a-t-il vu?

— Oui. Epiphane.

— Diable!

— Et tout porte à croire qu’il a déjà pris soi mesures pour me faire arrêter. Aussi, ai je ne vous avals pas rencontré ce soir, je serais parti dans 1a nuit.

— H faut que vous entries an château ; nous allons voir ensuite ce qu'il y a à faire. Attendes que tout soit fermé.

Quand vous verrez une lumière eu dehors de 1a porte du salon, vous entrerez par la porte du jardin, où je vous attendrai,

— Très-bien!

H se passa au moins une demi-heure; après quoi, U lumière, s’étant fait voir, Onésime fut reçu à la porte du jardin par M. Bréville, qui l’cmbrswa tendrement.

— Je sois bien mécontent de vous, Onésime. Comment , malgré

ma défense?... **

— Vous êtes un fou... Epiphane est allé prévenir les gendarmes I II

est déjà revenu.

— Je m’en doutais.

— U m'a parlé de votre rencontre. Ce qu’il fait , c'est dans votre intérêt et dans celui de votre famille. Il vous a d’abord conseillé dt prendre la fuite , voua avez refîné de l'écouter; «lors, peur vous muver malgré vous, il est allé meure les gendarmes en campagne , mai* Les renseignements qu’il leur a donnés les feront promener innlilcmeni 4em«in toute la matinée.

Il a pensé que, voyant le danger si imminent, vous vous dé ci d cri ne •ans doute à fuir.

Voici dans quel ordre il a indiqué au brigadier de gendarmerie ht» recherches à faire : d’abord ici , où il est bien sûr que vous ne serf» pas; ensuite chez vos parents, puis à Gabourg, chez al. Malais ; enfin chez les Glam, dont le fils va épouser voue sœur.

U pense que ces fausses démarches von* donneront , et an delà , U temps de vous mettre à l'abri.

— Quelle trahison cachent ces précautions? *

— Pas celle que voas croyez. Epiphane aime mieux , en réalité, vous voir en fuite qu’arrêté. Les gendarmes viendront ici à la point, du jour. .Soupes el dormez; noua causerons pendant que vous sou pçrez.

Il était à peine si* heures du matin ; Bérénice m réveillait beitrema fiancée. Puicbérie était venue surveiller ta toilette.

Tout à coup le fila Glam arriva ; il apportait la nouvelle qu'Onésînic n'élail pas mort , qu’on l’avait vu dans le village , et qu’il av«î été arrêté par les gendarmes au moment même où û prenait la fuite par-dessus les murs do château de Beuze val.

Cette nouvelle livra tout le mondé aux impression* les plus diverses et même les plus opposé». Onésime était vivant, mai» U ne mu. sans doute que pour mourir d'une mort infamante.

Il ue fut plus question dé mariage pour ce jeoHà. Puicbérie alor

C dire qu'elle l'avait rencontré 1a veille. Tout le moade caressa i jmt, qui avait ai bien recoanu aoa maître.

— Oh ! dit Pélagie, ai je l’avaia au moins embrassé et serré sur mon

C °On remarqua avec étonnement que lei gendarmes , après avoir coudait Onésime dans la prison de Caen, revinrent à Beuaeval, et ne s'en écartèrent pas pendant quelques jours.

On ne tarda pas à citer les témoins , maître Epiphane Carandin et sa femme, ainsi qoe la servante du meunier ; mais, ainsi que nous l'avons dit, Désirée avait quitté le pays sans laisser de traces.

Madame Êpipbane Garandio aa parant de seo beaux morceaux.

M. Bréville alla souvent h Caen. Lorsque le ionr du jugement fut Axé , il demanda h Tranquille Alain et k Pélagie s'ils voulaient y assister.

Ils hésitèrent longtemps , mais ils reçurent une citation comme témoin* , eu vertu du pouvoir discrétionnaire du président. M. Malais, également cité, emmena sa nièce Pulchérie.

Le jour du jugement arrivé ( peu de nos personnages avaient dormi pondant le nuit) , le* témoins se rendirent k leur poste. Bérénice et Pulchérie se tenaient k l’écart avec Pélagie : toutes trois étaient pâles et se parlaient k peine. M. Malais, Tranquille Alain, Epiphane et sa femme étaient au banc des témoins.

Les juges ne tardèrent pas k monter sur leurs sièges , (mis le président ordonna d’introduire l'accusé. Alors Onésime parut entre deux , gendarmes , et s’assit aa banc des prévenus.

Los trois femmes , en le voyant , ae prirent k pleurer en silence. Tranquille Alain évita de regarder du côté de son fils ; sa tristesse était mêlée de aévérité. On ht l'appel des témoins ; tous répondirent , à l'exception de Désirée, ls servante du meunier, dont on n’avait pu retrouver la demeure, et de M. Bréville, dont on ne put expliquer l’absence.

Le président annonça que les débats étaient ouvert*-. L ‘accusé ayant répondu aux qumtions d’usage qu’il était marin et capitaine marchand, le procureur du roi l’interrompit et dit : — Le prévenu n'avait pss ce titre lors de l'isMtnietion qui précéda son évasion; ce titre est-it réel? 1

— Monsieur , reprit Onésime , je me suis enfui , parce que , bien qu'innocent , je voyais accumulées contre moi dei probabilités qui auraient pu tromper la sageaae des juges.

J'espéraia que le hasard ou plutôt U Providence m’apporterait quelque preuve de mon innoeeace que je serais venu moi-même mettre sous les yeux de la cour.

Eu attendant, sous le faux nom de Hubert , j'ai travaillé, je me suis | fait recevoir camUino et j’ai fait on voyage dns le* Indes. Voici les . papiers qui vu fout foi. », J

Le procureur du roi , donnant lecture alors de l’aete d'accusation , commença par rappeler la mort do meunier , qui avait évidemment perdu la vie en détendant son trésor. • La justice , Continuâ t il , (ut un moment embarrassée.

• I n seul homme était entré la naît et avait accès cbex F. loi Alain ; mais cet homme était son neveu , cet homme était son héritier , ainsi qu’en fait foi le testament, et il le savait, comme l’ont établi non -seulement plusieurs témoignages , mais aussi ses réponses et ses aveux k lui-même.

> La défiance de la justice reculait devant un crime aussi odieux , lorsque les révélations d uo témoin oculaire vinrent l'obliger k croire k une perveraité heureusement peu commune.

• Dn personnage que des liens d'amitié et d'intérêt attachaient k ce tu- famille, le nommé Epiphane Garcndin, qui. maître d'école, avait élevé le prévenu , dit que . vaincu par la force de la vérité et par l’horreur du crime , il venait révéler aux magistrats un épouvantable forfait.

• (Quelques heures avant le crime , U avait laiasé Eloi Alain en parfaite sjnlé partant pour un petit voyage. Ouésime Alain, marin réfractaire , caché dans le pays , s’était introduit cbet son oncle , et peu de temps après on l’avait vu s'échapper par une fenêtre.

• Le lendemain , on avait trouvé mort le meuuicr , qui était rentré dans la nuit , au lieu de ne rentrer que le lendemain , comme on devait s’y attendre.

• Le prévenu , qui avait cette nuit même quitté le pays , fut arrêté au milieu d'un repas de matelots , au Havre , et amené en prison. Lk , dans l'instruction, il svoaa qu'après avoir épuisé toutes les prières atin d’obtenir quelques délais pour un débiteur du meunier, qui était de ses amis, il avait cru pouvoir prendre k son oncle, dont il se savait le seul héritier, une somme qui serait rentrée quelques heures après entre ses mains, puisqu'elle devai; lui être remise par ce débiteur aux aboi*.

Onésime voulut se mettre â genoux devant son père et sa mère , qui la bénirent avant de l’embrasser.

• Il s'était, en effet, introduit cbex le meunier de Beuteval pendant r.ilm*uce de ce dernier, et avait ouvert une cachette dans laquelle il savait être renfermées des sommes importantes. Au moment où il venait de prendre l’argent dont il avait besoin, il avait entendu du bruit, et , regardant k travers la serrure , U avait vu un œil qui, de l'autre côté de la porte, suivait tousses mouvements.

• Effrayé, il s’était enfui et n'avait appris La mort de son oncle que longtemps après et seulement lors de son arrestation au Havre. Il avait enfoui, en elfet , la somme au pied d’un arbre, où les personnes auxquelles cet argent étiit destiné furent invitées par une lettre k l'aller chercher ; mais celles-ci s’empressèrent de remettre entre les mains de la justice le résultat d'un crime dont il ne peut retomber sur elles le moindre soupçon de complicité.

■ Cette déteme mmqusit complètement 4e la vraisemblance même

Pulchéria resta plus d'une heure dans l« cimetière * pleurer, à prier...

Il félicita Epiphane Garandia, qui, saisi d'horreur k la vue d'un jureil forfait, avait rejeté loin de aon coeur honnête une vieille amitié et n’avait pal hésité k faciliter à 1a justice l'accomplissement de sea rigoureux devoirs.

Il termina en demandant contre Ooésime l’application des articles 20 G , ?97 et 302 du Code pénal.

Le président demanda k Onésime s’il avait quelque chose à dire pour sa défense et s'il avait fait choix d'un avocat. Un homme grand et sec perça la foule alors, t'avança jusqu'au pird du tribunal et dit :

— Monsieur le président, témoin cité, je demande, du consentement du prévenu, à prendre sa défense devant MM. les jurés et les juges.

— Prévenu, dit le président, pr en es -vous le témoin ici présent pour défenseur?

— Oui, monsieur.

— Comment vous appelfs-voua?

— Hector-Eugène, comte de Sievenn.

Les habitants de Dive et de Br useval se regardèrent 1rs uns les autres avec étonnement. Le président avait parlé assez bas, et M. Bréville, qui s’appelait maintenant le comte de Sievenn, avait répondu fe l’instant même, lui qui semblait si souvent avoir peine à entendre les voix les plus fortes et les pins stridentes.

— Le témoin, dit le procureur du roi, n'est assigné que sous le nom de M. Bréville.

— Mettes Bréville, si vous voules, c'est peu important. Voici cependant des papier* qui constatent mon identité.

— Ah çàl mais il n’est plus soord, murmura Epiphane.

C’est une singulière transformation, dit M. Malais. Dn reste, je

ne suis pas fâché que le propriétaire actuel de Beuxcval soit un homme tout h fait comme il faut; je m'en étais douté.

*- Puis-je prendre la parole?

— Parles , monsieur.

« Messieurs les juré* et messieurs les juges, je me trouvais sur Ta jetée du Havre au moment ou un navire allait se perdre. Le dauber

Ce* cendres soni tout ce qui reste de l'acte de vente du r Liteau de Bcusoal et des titres de ce q<re vous deviez au meunier

était ai effroyable, que les plu* banlis pilotes hésitaient k se nsettre k la mer.

• Onéaime Alain se présenta, son exemple encouragea d’autre*

la plus vulgaire. Le prévenu avouait tontes les choses matériellement prouvées et niait tontes les antres.

a L’instruction crut devoir le renvoyer devant la cour d'assises ; •aïs. lorsque vint le jour du jugement , Onésime Alain s’était évadé.

» C’est seulement il y a quelques jours qu’il a reparu dans le pays, ramené par son imprudence, par aa confiance dans une trop longue impunité, os plutôt par un arrêt de la Providence, qui ne laisse quelquefois les plus grands crimes impunis que pour leur infliger ensuite leur châtiment avec plus d’éclat.

. Onésime Alain, aujourd'hui entre les mains de la justice, est donc appelé de nouveau à te défendre ; mais les preuves accumulées contre lui ne permettent guère d’espérer qu'il puisa* le faire avec succès. • Celte exposition de l'affaire fut suivie de la plaidoirie du ministère

E ublic. Il démontra l'épouvantable ingratitude d’Onéaime, qui, comlé des bienfaits de son oncle , l'avait lâchement assassiné dans l'impatience que lai caasait l'attente du testament.

Putcfcéria sa jeta dans Iw bras da Pélagie, pas dans ceux de BvrAaica.

matelot». La fureur de la mer fut vaincue, et six hommrs furent a.rschét h une mort certaine.

• Le lendemain , au milieu d’un refia) auquel on me fit l'honneur Je

LA l' A MILLE A LA liY

m'admettre, Onésime Alain fut arrêté comme coupable d'un assassinat cm . uns sur la personne de »on parent et «1e aon bienfaiteur dans Tin— Imili— de le vofcrr.

— Moi, qui avait vu le dévouement d'Onésime pour dea inconnus, moi qui avais vu aussi de quel air il m’avait repoussé quand je lui avait s- iwmcnt offert de l'argent, je trouvai l'accusation invraisemblable

i: «! «uiJe.

• Je n’abandonnai pas cet homme si brave et si généreux; je ne tardai p. s à apprendre qu’il avait, il y a quelques années, exposé sa yie pour sauver celle de ce parent qu'on l'accusait d'avoir lâchement

assassiné.

» .V-.nmoins des témojgsagnes accablants ae réunissaient contre lui. Dr» circonstances qui ressemblaient singulier! ment à des preuves s’accumulaient,

» Je m’informai; je vis qu’Onésiae allait être condamné; excuses mon audace, messieurs, mais je pensai que la justice se trompait cl qu’elle allait commettre une de ces très-rare» mais très-déplorables erreurs qui ont taché son hermine de quelques goutte» de sang

innocent.

• Je n’avais absolument rien à répondre h l'accusation , mais une voa i loquentc me disait dans le coeur : Cet homme est innocent. Je le fi- évader. Je fus aidé, je dois le dire, par un homme dont M. le procureur du roi vient de faire un remarquable éloge, par Epiphane G..r mdio , qui montra le plus grand sèle et le plus grand courage pour faciliter celle évasion.

• J’ena quelque peine à décider Onésime Alain A prendre la fuite. H prétendait qu’étant innocent , il ne courait aucun risque d’être condamné.

• \ otre sagesse , messieurs, était parlai dignement appréciée; mais je suiit moins jeune, j’ai vécu, j’ai vu le monde, cela m’a douné une défiance sans aucun doute exagérée : je fis partir Onésime.

• J'ai quelques amis, quelque influence, même un peu d'argent. Onékiiuq, dont l’éducation était nulle, travailla dans la retraite, travailla avec intelligence et opiuiitreté.

a Au bout d'un au et demi, il était reçu capitaine au long cours sous le nom d’Hubert, laissant, par mon conseil , de côté son nom d’Onésimo Alain, en attendant qu’il pût le porter de nouveau uns tache et sans soupçon.

— >Di$ , monsieur, dit le procureur du roi, il me semble que vous nous contes là des histoires qui vous sont parfaitement personnelles; ces épisodes n’appartiennent que très indirectement au procès, fatiguent l’attention de MM. les jurés, et...

— Monsieur . répondit M. de Sievenn , vous aves porté pendant deux heures et demie pour soutenir l’accusation , je ne demande qu’une demi-heure pour la détruire.

• Laisses- -moi employer ma demi heure à ma fantaisie. MM. les jurés, j’en suis sûr, ont trop d’intérêt à ne pu condamner un innocent pour s’ennuyer de mes paroles; d’ailleurs je vous ménage des détails qui à vous-même, monsieur le procureur du roi, procureront quelque satisfaction.

— Puis-je continuer ?

— Continues . dit le président.

» Mon ami était à l’abri; je dis mon uni, messieurs, parce que l’homme oasis là entre dnis gendarmes m’avait fait l’honneur de m’appeler son ami, honneur qoe j'avais brigué le jour du sauvetage du navire, honneur que je trouvais plus grand encore depuis qu’il était malheureux , injustement accusé et abandonné de tout le monde : le uuiiieur donne aux hommes une sorte de cemécntkm rt les rend vénérables.

*• Pour moi cependant, ce n'était point ansez qu'Onésime Alain fût en sûreté contre l’erreur probable de I» justice , je croyais, j« sentais , je s .vais qu'il était innocent, et je n’avais pas la moindre preuve à en donner; cette preuve, il me la fallait, quand j’auraia dû consacrer ma vie entière à la chercher j c’était une grande et noble occupation, je m’y dévouai entièrement.

• J’arrivai è Beuzcval comme par hasard ; je me montrai le plus -ou d et le plna crédule de tous les hommes ; je n’entendais nen , et je croyais tout.

• Ces deux infirmités écartèrent de moi toute défiance; on parlait librement devant moi comme si j’eusae été absent : Je courus tout le P* js, je voulus savoir la vie de tout le monde. 11 n'y a preaque personne qui ne m’ait raconté à deux ou trois reprises l'histoire du meunier Eioi Alain trouvé mort dans su chambre.

> Cent fois j’ai cru voir un commencement de clarté , cent fois je me suis heurté contre le faux et l’absurde. J’enregistrais tous les rapports , toutes les contradictions. Cela a duré trois ans, messieurs, et c'est seulement il y s trois semaines que j'ai eu 1a dernière preuve qui me manquait, non pas pour ma conviction, elle n’est pas plus forte que le premier jour; mus pour la vôtre, messieurs, et aujourd'hui je viens voua dire et vous prouver d’une manière irréfutable d’abord qu’Onésime Alain, mon ami, est innocent, ensuite que l'auteur de rassaiaiujt «iu meunier Eioi Alain est cet homme, Epiphane Garaudin, dont M. le procureur du roi vient de faire l'éloge. *

Ko prononçant ces paroles, M. de Sieveun , la taille droite çl majestueuse, les jeux étincelants, s'avança vers Epiphane , pâle comme un

I mort, le saisit par le bras, et avec une force invincible le iraiu* jusqu'au milieu dn prétoire devant les juges et les jurés , muets d'étonnement et de terreur.

Là il répéta : Oui, messieurs, cet homme, Epiphane Garandin, est à la fois l'accusateur d'Onésime et l’assassin du meunier.

— Messieurs , s'écria Epiphane, c’est une calomnie; cet homme «»t fou.

Toute l'assemblée était dans la stupéfaction. Quand Epiphane , sur un signe du président, ae remit à sa place, les témoins assis à côté de lui s’écartèrent par une sorte d'horreur instinctive, pour ne pas te toucher.

La cour délibéra. Les assistants , malgré les fréquentes invitations an silence , se communiquaient leurs impressions. Les femmes pleuraient.

Le président, après avoir conféré avec les autres juges et ave: le procureur du roi , ht conduire les témoins dans la salle qui leur est réservée, et ordonna qu'Epiphane resterait seul devant la cour.

Al. de Sievenn demanda alors que M. le président voulût bien faire introduire comme témoin la fille Désirée Maurel , qui avait été servante du meunier jusqu'à sa mort. Ce témoin , ajouta-t-il , n’a pas répondu à l’appel de son nom , pour des raisons que je me réserve de vous expliquer.

On appela , sur l'ordre du préaideot , la filia Désirée Maurel, qui répondit aui questions d’usage et alla rejoindre les autres témoins.

— Monsieur de Siavenn , demanda lé président , voulez-vous continuer votre plaidoirie ?

— Oui, monsieur le président. Je désirerais seulement qu'Epiphane Garandin répondit à une question.

— Dites-moi cette question , monsieur, et je 1a transmettrai au... témoin.

— Voulez-vous , monsieur le président , demander au... témoin, pour Parler comme vous , s’il persiste dans m déclaration ?

— Témoin Epiphane Garandin , «pie savez-vous de l’assassinat d’Eioi Alain, meunier à Beu levai ?

Epiphane se leva et dit : — Je maintiens ce que j’ai dit dans l'instruction .

Le procureur du roi lut à hante vois la déposition d'Epiphane.

— Ainsi, dit le président, vous maintenez tout ce qui est contenu

• dans cette déposition ?

| — Oui, monsieur le président.

! — El votre conviction est que le meunier a été assassiné par Oné-

sime Alain ?

j — Oui , monsieur le préûdent.

— Est-ce là , monsieur de Sievenn , ce que vous désires ?

— Ooi, monsieur.

— 11 me semblerait juste et convenable, interrompit le procureur du roi , que, dans la nouvelle position que le défenseur du prévenu essaie de faire à un témoin , ce témoin fût, dès à présent, aaaûlé d’un avocat. Est-ce l'avis de la cour ?

Le président recueillit les avis, et demanda s’il te trouvait des avocats dans la salle. Plusieurs se présentèrent. — Epiphane Garandin, dit le président, je remets d’office votre défense à maître ***, c'est un

• de nos plus éloquents avocats ; l’acceptex-vous ?

— Oui, monsieur.

L’avocat ae plaça auprès d’Epiphane, avec lequel il échangea de temps en temps quelques paroles à voix haaae. Le président invita M. de. Sievenn à reprendre la parole.

• Installé dans le poys, messieurs, ayant établi convenablement ma réputation de surdité cl de crédulité, je pris pour gouvernante la fille Désirée Maurel, servante du défunt meunier, et pour secrétaire M. Epiphane Garandin, avec qui je n'avais eu que des rapports indirects lors de l’évasion d’Onésime.

• Maître Epiphane avait été tour à tour maître d’école , ferblantier . soldat , ménétrier, chantre , pharmacien ; pois, en dernier lieu , assassin et faux témoin. Pour trouver de l'occupation ait,., témoin, comme l'appelle M. le président, je fis semblant de composer un ouvrage

i savant sur les builrcs.

• De ce moment, le combat fut engagé : tantôt je faisais vivre en paix Epiphane, sa femme et 1a fille Désirée; alors ils causaient San» %<e défier de moi; tantôt je jetais parmi eux quelques germes de discorde, et chacun d’eux, sous l'empire de la colère, me parlait des autres avec assex de liberté ; j’écrivais, je composais mon dossier.

• Enfin aujourd’hui , messieurs , je puis vous apprendre comment le crime a été commis en réalité. Je n’avancerai rien dont je u’aic à fournir lea preuves les plus complètes.

• Onésime, poursuivi comme réfractaire, retenu dans le pays par une passion pins noble que raisonnable, trouvait un asile cbes son oncle, auquel il avait sauvé la vie avec uu rare dévouement. Voici une médaille qui constate sa belle action.

. * Eioi Alain , — il faut le dire , milgré l’usage qu’ont les vivants de sc débarrasser en faveur des morts de toutes les vertus qui les embarrassent , — Eioi Alain faisait l'usure.

• Il s’était approprié par toute sorte de moyens peu honorables la plus grande partie des biens de M . Malais de Bcuxeval, et il le poursui

i vait a outrance pour faire vendre sa maison, tout ce qui lui restait

1 d'une fortune considérable.

LA FAMI LLR ALAIN.

■ Depuis longtemps un lien d'amitié existait entre U feuille d'Onétirae et celle Je M. Main». Les enfants des deux mettons avaient été élevés » nxemble. Onésime supplia son oncle d'avoir pitié d’un vieil* brd déchu d’une grande position de fortune, accablé par des malheurs de tout genre , et qui allait être réduit à 1a mendicité et au désespoir.

■ Le meunier fut inflexible ; le vieillard et le reste de sa famille allaient être chassés. Leur maison , leur dernier asile, allait être vendue , les affiches étaient apposées, lonqu’Onés me , après s'être une drrnière fois jeté aux genoux de son parent, ne prit conseil que de sou désespoir.

• Il résolut de lui prendre la somme qu'il réclamait à >1. Malais , pour que >1. Malais U lui rendit le lendemain, sous forme de payement.

• Eloi Alain était en voyage; Onésime ouvrit une eachett* dont U soupçonnait la place, compta juste la somme nécessaire, puis, entendant ‘du bruit , voyant un œil à travers la serrure, il prit la fuite et ht parvenir cette somme au malheureux débiteur du meunier, lequel, du reste , refusa d'en profiter et 1a rendit quelques jours après à la succession.

a L'homme qui avait surpris Onésime et qui l'avait vu sans être vu par lui n’était pas le meunier, mais bien Epiphane Garandin , qui avait , comme Onésime, accès facile dans la maison.

u Soit qu'il eût voulu, comme Onésime, profiter de l'absence du meunier pour ouvrir la cachette , soit que , témoin par hasard de ce qui se passait, il efit songé qu’il lui était facile de faire retomber le vol sur un autre, il vida le trésor.

• Onésime avait enlevé huit mille sept cents francs, qui ont été restitués à la succession par M- M-lnis de Beuxeval ; mais il restait en pa- j picr et en or vingt-huit mille francs, qu’Epipldue Garandin «liait I emporter lorsqu'il fut surpris à son tour, nuis cette fois par le meunier, qoi le saisit au collet , voulut crier, et qu'Epiphane étrangla , I après quoi il emporta les vingt-huit mille francs.

» Le lendemain on trouva le meunier mort et la cachette vide. Le cadavre avait dans la main nu morceau de drap qu'il avait arraché probablement à l’habit de son assassin.

• On négligea de le mettre sous scellé; quelques heures après le morceau de drap avait disparu. Le voici.

• Epiphane, en rentrant chez lui, fut obligé d’avouer à peu près à sa femme ce qui s’était passé. Il avait, disait-il, trouvé le meunier assassiné, agonisant. Le voleur n'avait pas tout pris; il avait, lui, ramassé le reste , qui sans cela devait revenir à Onésime , assassin et héritier de son oncle.

• Dans les convulsions de son agonie, Eloi Alain, qu'il avait voulu accourir, avait déchiré sa redingote, sur laquelle avaient jailli aussi quelques gouttes de sang. Il ordonca à sx femme de brûler la redingote : celle-ci la mit au feu ; mais, craignant que l’oieur du drap qui commençait à brûler ne se répandit dans le voisinage, poussée aussi peut être par un sentiment d’avarice sordide ou par un aveuglement providentiel , la femme Garaodin se hâta de retirer du feu la redingote et la cacha.

.. Depuis elle la vendit à Caen à un fripier, nommé Samuel, qui la raccommoda et la revendit à un de ses confrères, Salomon , demeurant à Trou ville , oh je l'ai achetée.

• Voici la redingote, avec deux pièces d’un autre drap de même couleur, et remplaçant, l’une la partie arrachée par le meunier expirant, l’autre le morceau brûlé. Des chimistes retrouveront peutêtre les traces de sang. Monsieur le président peut faire citer les deux fripiers.

■ Pendant qu'Epiphane croyait, comme il l’a toujours cru jusqu’à ce jour, que u femme brûlait ce fatal vêtement, il allait trouver 1a fille Désirée , lui faisait la même fable qu'il avait faite à sa femme, mais avec quelques changements dans les détails : il ne parla pas des vingt-huit mille francs.

• 11 lui persuada d’enlever le morceau de drap laissé daut la main crispée du cadavre ; mais cette femme , à laquelle ce rlaiuei circonstances étaient suspectes, garda précieusement ce morceau de drap, que j’ai fini par me faire remettre.

> Elle était fort attachée à son maître. Epiphane ta décida à tromper la justice, surtout en lui faisant espérer qu’on ne saurait pas que je mcuuicr avait été assassiné par son neveu, ce qu’il serait, lui Epiphane, obligé de dire s'il ae trouvait en danger.

• Plus tard, quand elle fut suffisamment compromise par l'enlèvement du morceau de drap et par sou mensonge à la justice , on se gêna 1 moins avec elle , et elle eu apprit un peu plus ; mais elle crut toujours qu'Onérime était l’aaaacrin.

» Aussi lui persuada- t-ou de le bisser accuser, lorequ'Epiphane , croyant voir planer quelques soupcooa sur lui même, se décida à perdre Onésime , contre lequel il n'était pas difficile d’accumuler des preuves apparentes. v

a Cependant , tout pris qu’était Onésime dans les toiles qu’avaient ourdies autour de lui et le hasard et b perfidie de Garaodin, celui-ci craignait qu'aux débats uue lumière subite ou la prudence de» juges ne vint éclairer et faire apparaître la vérité.

» Aussi a'emptoya-l-il de son mieux à l'évasion de l’accusé. Quand j’eus pris lw lôolution «le découvrir b vérité pour venir ensuite voua

la dire, messieurs, je ne voulus pas par trop de précipitation rendre impossible une entreprise déjà au moins difficile.

* Aussi ai-je mis trois ans à ramasser des preuves , et mon trésor est-il rassemblé grain à grain, comme celui d'une fourmi. Je réserve ce que j'ai à dire pour les témoins quaud M. le président voudra bien le* mterroger. •

Le président demanda alors à Epiphane ce qu’il avait à répondre à l’accusation que venait de porter contre lui M. de Brévilie.

Epiphane se leva et retomba sur son banc sans avoir pu prononcer uu mot, puis il ae releva et dit : — U n’y a pas dans tout ceb un mot de vrai , mais mon avocat répondra eu phûLut.

L’avocat prit la parole et dit : — J’ai conseillé à mou client de ne répondre à aucune question jusqu'à ce que j’aie conféré avec lui.

— Alors, dit le président, nous allons entendre d’autres témoins. Appelez U femme Garandin , faites retirer Garandin , et que les gendarmes ne le quittent pas.

— Monsieur le président, demanda M. de Saevenn, puis-je adresser quelques questions aux témoins ?

— Vous me les communiquerez.

Après les premières questions d'usage, le président demanda a madame Garaodin si elle reconnaissait la redingote achetée par M- Hréville. Elle affirma ne pas b reconoailre.

— Avez-vous vendu une redingote à Samuel, fripier?

— Je n’ai jamais vu Samuel , et je ne connais personne de ce nom.

— Asseyez-vous. Qu’on appelle le témoin Samuel.

Samuel fut interrogé : il reconnut au milieu des assistants b femme Garandin , qui lui avait vendu b redingote que loi avait achetée da puis Salomon de Trouville.

D’ailleurs cette vente était inscrite sur ses livres ; seulement madame Garandin avait un peu altéré son nom et avait dit s’appeler madame Par en tin.

— Et vous, femme Garandin, perrisles-vou* a nier avoir vendu au fripier Samuel b redingote qui vous est représentée ?

— J'avoue que c'est vrai, mais j’ai peur. Je ne sais pourquoi ou me fait toutes ces questions; je crains de faire des réponses qui me compromettent.

— Il n’y a que le mensonge qui puisse vous compromettre. Dites b vérité, ainsi que voua l’avez juré devant b Christ. Est-ce vous qui avez mis ces deux pièces, l'une remplaçant une déchirure, l’autre «sms brûlure?

— K on, monsieur.

— Votre mari ne vous avait- il pas ordonné de brûler cette redingote , et n'aves-vous |mm» préféré b vendre ?

— Tout ee que je me rappelle, c’est que je l’ai vendue.

— Le jour de l'assassinat du meunier, votre mari b’a-t-il pas apporté beaucoup d’argent à b msason ?

— Non. monsieur, jamais nous n’avons été si pauvres que depuis ee malheur-là ; tout le monde le sait bien.

— Monsieur le président , interrompit M. de Sieveun , voulez- vous demander à madame Epiphane ri ee n’est pua b une ruse imaginée par son mari, et qui b contrariait beaucoup ?

Demandes-lui aussi, je veut prie , ai elle n’avait pas fini par obtenir de lui b permission d’acheter certains ornementa qu’elle mettait chez elle en fermant bien les portes.

Demandex-kui ri, b première foi* que je suis allé ches eux, dans si précipitation, elle n’avait pas gardé un collier d'or, et ri Epiphane, M

— On peut bien chercher à U maison , ou n’y trouvera pas de collier d’or.

— Cela dépend du lieu oh l’on cherchera . Si on lève une pierre sous les cendres , au fond du foyer de b cheminée , on trouvera le collier d’or et d'autres bijous, et aussi b presque totalité des vingt - huit Bille fraucs volés par Epiphane.

— Que répond* z-vous à ceb, femme Garaodin?

— Monsieur le président , je dis que ceb n’es» pu vrai.

— On va aller faire des recherches.

— Eh bien ! c’est vrai qu’il y a de l’argent , mais Garanuiu l'a trouvé.

Mutuieur le président, veuillez, je vous pne, demander a madame Garandin ri, (bas une des querelles que j'avais soin de susciter entre elle et 1a fille Désirée, celle-ci n'a pu fait des allusions au crime d' Epiphane , qu’elle ne counaisaait qu'en partie.

Ne lui a-t-elle pu dit une fois entre autres ; — Quand je vendrai , j’enverrai ton mari aux galères?

A quoi madame Epiphane a répondu d’on air suppliant et en iu« désignant ; mais b fille Désirée a rappelé par on signe que j’étais sourd.

Madame Epiphane parut accablée et ne répondit pu. On fit paraître la fille Désirée, dont les réponses furent conformes aux asaertions de M. Sievenn.

Elle ae plaignit de M. Brévilie , qui l’avait trompée ri longtemps eu faisant semblant d’être sourd ; et pub U avait l'air ri bonasse, ri eu»dule ! on ne pensait pas à se défier de hù.

Cependant elle se rappelle comment il avait soin Ualût de b breori-

1 tfflr. tantôt de I» raccommoder avec les Alain. C'est par son conseil qu'elle avait quitté le paji.

On Al revenir Garandin. Le procureur du roi lui demanda oii il avait trouvé l'argent qui était chez lui. Il répondit qu'il n'avait pas trouvé d'argent.

— Ce n'est psi la peine de nier plus longtemps, répliqua le inagistmt ; votre femme vient d'avouer que vous avrs trouvé de l'argent.

— J’ai trouvé une fois un écu sur U route deTrouville.

*- Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il s'agit de vingt-huit mille francs qui sont sons une pierre de votre cheminée.

Votre femme, interrogée sur l’origine de cette somme importante dans votre situation, dit que vous l'avez trouvée.

L'avocat se leva et dit qu'il engageait derechef son client h ne pas répondre.

— - ■ Messieurs les juges et messieurs 1rs jurés, ajouta-t-il, la position du client qui m'a été donné ne me permet pas de le défendre sans quelques préparations et sans avoir conféré avec lui.

Je demande doue que l’affaire soit remise à quelques jours.

Nous aurons sans doute quelques témoins à faire cher, et nous demandons des délais convenables.

Le tribunal pensa que, de son côté, il avait des témoins h faire monder. Les distances étant fort rapprochées , il remit l'affaire au surlendemain; mais il décida qu'Epiphane Garsndin serait retenu eo prit on ainsi que ta femme et la fille Désirée, que tous les prisonniers seraient tenus au secret et ne pourraient conférer, même avec leurs défenseurs, qu'à partir du lendemain à midi , attendu que la nouvelle fcce qu’avait prise l'affaire exigeait un supplément d'inatruclion.

Les gendarmes emmenèrent d’abord Ooésirae , puis Epiphaue Garandin, si femme et Déairée.

Je n'ai pas beaoin de dire h quelle émotion tous nos personnages furent en proie jusqu’au jour du jugement. Tranquille et sa femme ^embrassaient, pleuraient et remerciaient le ciel.

Puicbérie et Bérénice ae vantaient de n'avoir jamais en» Onésime coupable; tout le monde maudissait Epiphane et son double crime; mais surtout on s'entretenait de M. de îiievertn, de sa patience et de ion dévouement a l'innocence; on rendait grâces à la Providence qui lai avait inspiré une ténacité si extraordinaire.

Le rarlendemain arriva; l’avocat d'Epiphane plaida longuement, mais il ne dit pas grand 'chose. D’ailleurs, M. de Sievenn avait un inflexible cahier rempli de note* accablantes, qui, lorsqu'elles étaient niées par un des accusés, étaient prouvées et reconnues vraies par les témoins.

Il y avait là des observations ponr chaque jour pendant trois ans.

Cl souvent même il y avait trois ou quatre observations pour le même jour. La cour et les assistants furent très scandalisés d'entendre le chef du jury déclarer que lea jurés reconnaissaient en faveur d'Epiphane des circonstances atténuantes.

On ne manqua pat de rappeler que, dans le jugement qui avait frappé par contumace Onésime innocent, celui-ci n’avait pas rencontré le même bénéfice et avait été bien et dûment condamné h mort.

Epiphane fut condamné aux travaux forcés à perpétuité , sa femme à cinq ans de prison et la fille Déairée à un an , dont elle ne fit que trois mois, M. de Sievenn s'étant intéressé à elle, comme il le lui avait promis.

Pour Onésime, U fut déclaré qu’il n'y avait Heu à suivre contre lui ; et la cour ordonna qu’il fût sur -le -chu m p relaxé et mis en liberté s’il n’était détenu pour autre coûte.

C’est par là que commença et que commence d’ordinaire le dispositif du jugement quand il y a plusieurs accusé*.

Par une attention délicate de la justice, l'innocent acquitté apprend anui son sort le premier. Onésime, bien que conscrit réfractaire, fut ini*: également relâché, M. de Sievenn s'étant porté caution pour lui, ci U- pi câblent ayant promit d’obtenir ia grâce.

L’assistance vit avec attendrissement ce grand et beau jeune homme, ' auquel lea gendarmes livraient passage, s’aller mettre à genoux devant | son père et sa mère, qui le bénirent avant de l’embrasser.

M. de Sievenn avait des voilures toutes prêtes, et tout le monde 6e an t en route pour Dive.

Ce n’est que quelques jours après qu’un autre jugement rendu devant un tribunal civil ordonna la délivrance â Onésime Alain du legs de son cousin Eloi Alain, conformément au testament de celui-ci; mais c’était là une affaire de forme dont on n'apprit le résultat que par une lettre de l'avoué.

Je n’ai pas besoin de dire cruelle fut 1a joie de toute la famille Alain quand elle ac retrouva dans la chaumière de Dive, où Onésime coucha cette nuit-là. Pélagie, par une douce et délicate prévision de femme, appela Puicbérie et, la serrant dans ses bras, lai dit i Ma fille f

Les jours suivants, on ne vit plus ni Puicbérie, ni Onésime. Oné-

I aime ne quittait on le château de Beuxeval , où il était probablement i occupé avec M. de Sievenn. Puicbérie, sons divers prétextes, resta chrs -Ile à Cabourg.

Une indisposition de M. Matais vint d'ailleurs remplacer hfi prétextes j

par une raison. Certaines révélations qui s’étaient faites au procès re* laliverrent à fa ruine l'avaient profondément humilié.

Il s'écriait sans cesse : — Que dira-l-on, mon Dieu ! Je n'oserai pins montrer ma figure dans le pays; j'avais caché ma misère avec tint de soin cl de succès, et voilà que ces maudits bavards en font le texte de leurs plaidoiries.

Puhhérie n’oxa pas lui dire que personne n’avait jamais été dupe de sa triste comédie. Bérénice vint souvent voir Pulchérie ; mais Bérénice elle- même était embarrassée.

Contre l’attente de toute la famille, Onésime ne parlait pas d'épouser Puicbérie , on n'osait pas lui en parler non plus; mais Pélagie »t Bérénice en causaient entre elles.

— Cela manquerait à mon bonheur s'il ne me donnait pat Puicbérie ponr fille, disait la bonne mère ; je sens que je bais déjà celle qu'il épousera à sa place.

— On ne peut forcer personne pour ces choscs-là, disait le père Alain ; mais j'espère que ce n’est |»1 parce qu'il est devenu riche et qne Puicbérie est pauvre qu'il est changé à sou égard , j’espère que ce n’est pas cela.

— Oh! non, bien sûr, s'écria Bérénice, et je sais certaine qu'il ne pense pas à antre chose qu’à épouser Puicbérie ; je gagerais qu’il viendra ce soir, mes chers parents, vous demander votre consentement.

— Il ne l'attendra pas longtemps, dit Pélagie.

Mais il ne vint ni ce soir-là , ni les soirs suivants, et Bérénice commença à s’inquiéter. Aussi ses conversations avec Puicbérie élûentelles embarrassantes; elle craignait de froisser le rcrur on de blr*s~r l’orgueil de madame de Morville. Pulchérie pleurait et disait :

— Il a raison, il me rend mes dédains. Ne l’ai-je nas dédaigné, moi, quand il m'aimait tant et qu’il était paovre? Hélas! le ciel m'est témoin que ce n'est pas sa pauvreté qui m’empêcha alors de songer à loi.

Comme il est changé! comme son visage a pris de la noblrsrc! comme sa démarche est imposante ! Et , depuis si longtemps que je sais qn’il s'était sacrifié pour moi , comment ne l’aurais -je pas aimé pour tant de misères endurées à cause de moi! Mais aujourd’hui je dois l’éviter et lui cacher ma tendresse ; quel malheur qu'il soit riche!

M. .Malais l’appela auprès de son lit.

— Puicbérie , dit -il , je n’ose pas trop te demander de quitter tes amis; mais, moi, il faut que je m’éloigge de Beuxeval : on sait maintenant ^ue je suis pauvre, je n'ose pas sortir; les enfants me montreront au doigt, je ne resterai pas ici.

— Nous partirons quand vous vendrez, cher oncle, eher père; je ne demande pas mieux, pourvu que j'aie ouelquea nouvelles des amis que je hisserai ici, pourvu qu’nne lettre ae temps en temps m'apprenne qu’ils sont heureux.

Je pense que vous et moi nous serons mieux partout ailleurs; je vais écrire à madame de Fondois, mon ancienne amie, je vais la prier, elle qui va dans le monde, de me trouver à Paris de* leçons de piano.

Nous irons à Paris : là on paraît ce qn’on veut, personne ne sait ce qui se passe chrs vous et n’en prend souci ; je vous soignerai bien, noos vivrons heureux.

— Merci, merci ! ma douce Puicbérie, s’écria le vieillard , je n’anrais pas osé te le demander, mais tu me sauves la vie; je ne voulais pas te laisser seule, et cependant je ne pourrais plus vivre ici, ici où fout le monde me sali dans la misère, ici où le meilleur sentiment que je pourrais inspirer serait de la pitié ; merci, merci! Qaand parliroosnous?

— Quand vous voudrez, mon oncle; mais ne pensez-vous pas qu'il faille attendre la réponse de Marie ?

— Comme tu voudras; toujours est-il que je ne mettrai jm les pieds hors de la maison, si ce n’ext pour quitter Dive et n’y jamais rentrer.

Oh ! non ; je ne donnerai pas sus gens le plaisir de rencontrer pauvre et humilié par les chemios le seigneur de Beuxeval qu’ils ont vu riche et heureux.

J'attendrai; d’ailleurs je n’ai pas bien besoin de sortir : qu'est- ce qne je vois quand ie «or» ? Des terres qni ont été à moi , des bois h moi que l’on abat, le château de Beuxeval , un château où j’ai dépensé tant d'argent et de soins , et où je ne puft promener mes regard* qu’à travers une grille.

On dit que ce M. de Sievenn, qni «fait une belle action eu snavant un innocent de l’écbafaud, mais qni a parlé de choses et de gens dont il aurait pu se dispenser de parler, fait énormément travailler à Bcuxeval. comme si j’y avais laissé quelque chose à faire.

Je suis sûr qu’il gâte tout; je voudrais seulement y entrer nue fois pour voir le mauvais goût de ces geus-là.

— Pourquoi faire, mon oncle? ce serait vous douner encore de

nouveant chagrins; pour moi, pourvu que j’apprenne quelquefois que mes amis d’enfance sont heureux , et ils léseront , — Ils ont maintenant tout ce qui leur manquait, — je ne regretterai iei que des tombeaux. .

Le vieillard revint en peu de jones à la santé pir l’espoir de quitter bientôt Itfve ; il ne voulait pis même ouvrir nne fenêtre , et ne prenait l’air que le soir pour ne pa< être vtt.

Oa rcçnt bientôt nne lettre de Marte de Fondois. Le ton de cette lellte était un peu protecteur.

Cependant Marie s’était occupée de ce qui* lui avait demandé Pulcbérie ; elle lui avait déjà trouvé deut leçons cl était sûre d'en trouver d’autrts. La lettre renfermait beaucoup de doléances sur !c malheureux sort de madame de Morville, et cela sous une forme assrt peu obligeante.

Il faut dire pour l’explication de ceci que Marie de Fondois n’avait pas supporté avec patience d’être éclipsée dans le monde par Pulchérie de Mordille, qui, pendant uu temps du reste assex court, avait été plus riche tt plus élégante qu'elle, et n'aTait pas cessé d’ètre plus belle.

Malgré le ton dédaigneux de son amie, Pulchérie fut enchantée de celte lettre, et, d’accord avec M. Malm, elle pressa les préparatifs de leur départ.

Un jour, Bérénice rentra à 1a maison , tomba dans les bru de Pélagie et fondit en larmes.

— Tu ne sais pu, maman, Pulchérie va quitter le pays. Je l'ai trouvée faisant des paquets. Elle va à Paris avec M. Malais; elle dit que M. Malais ne peut supporter d’être pauvre U où il a été riche, surtout depuis qu'on a parlé dans le procès d'ünéiime d’une misère qu’il croyait avoir cachée à tout le monde.

Depuis ce temps-là, U n’a pu voulu sortir une seule fois de sa maison, tant il est honteux, et ta ne Murais croire combien il est changé. Pulchérie va donner des leçons de piano à Paris, et je pense aussi

a u'ellc n’est pas décidée seulement par le chagrin de M. Malais : Inésîme et sou inexplicable indifférence y sont pour beaucoup.

Elle a souvent les yeux rouges. Je ne lui parie pas d'Onésime, car, à vrai dire, je ne sais que penser de lui; elle ne m'en parle pas non plus, mais je vois bien que cela lui ronge le coeur.

Il faut dire aussi qu'Onésime est bien singulier. Lui qui n’a jamais vécu que pour elle, au moment où il peut l’avoir, il a l'air de ne pas seulement y penser. Je ne veux cependant pas croire qu’il soit changé ainsi parce qu'il est devenu riche.

D’ailleurs, que pourrait-il désirer? Pulchérie est si belle, si distinguer, et elle l’aime Je lui ai tant parlé depuis trois ans de l’amour, du dévouement et des chagrins de mon frère!

Enfin Pulchérie va partir, et en effet je comprends qu'elle ne veuille pas rester ici. Je n’ri rien pu lui dire; j’étouffais et je suis accourue pour pleurer avec toi.

— .Mais c'est affreux, s’écria Pélagie; je ne veux pas que Pulchérie s’en aille. Il est vrai qu’Onésime ne nous gâte pas non plus; il est toujours en course au château de M. de Sievenn.

Ce M. de Sievenn lui a rendu un grand service, et c’est un véritable ami; mais enfin il ne peut pas lui faire oublier sa famille et sa maîtresse.

Ecoute, Bérénice, cela ne peut pas aller ainsi; il faut au moins qu'il s’explique. Prends ta cape, et allons toutes les deux au château, nous lui parlerons; il faudra bien qu’il nous laisse voir ce qu'il a dans le coeur.

— Allons, ma mère.

Toutes deux sc mirent en route. Comme elles passaient à une petite distance du cimetière de Bcuzeval, elles virent Pulchérie qui était à genoux sur la tombe de son enfant, et qui alla ensuite prier sur celle de sa tante; puis elles la virent cueillir des fleurs sur les deux lombis et baiser la pierre qui les recouvrait.

— Mu mère , dit Bérénice, vois-tu , elle vient leur dire adieu.

Elles ne furent pas longtemps sans arriver au château. Elles demandèrent Onésime.

On leur dit qu’il était parti le matin à cheval, mais qu'il ne larderait pis à rentrer.

Elles attendirent une demi-heure, et il arriva. Il embrassa sa mère et sa ueur avec effusion.

— Onésime, dit Pélagie, nous venons de passer auprès du cimetière de Beuxeval ; nous avons vu Pulchérie qui disait adieu aux morts qu'elle y laisse.

— Adieu !

•—Oui , ajouta Bérénice, elle s’en va à Paris avec M. Malais ; elle quitte D.ve pour n’y plus revenir.

Ouéii me aevint pâle, et prenant sa soeur par le bras, il s’écria :

— Elle n’eat pu partie, au moins, elle n’est pas partie?

— Oh ! maman I s’écria Bérénice en pleurant de joie, il l’aime; tu vois bien qu'il l'aime toujours.

— Que veux-tu dire? demanda Onésime.

— Nous pensions que tu n’aimais plus Pulchérie.

— Moi ! Et pourquoi donc ai-je vécu? quel a donc été toujours le but de nia vie ? en quoi a-t-on pu en douter?

— Mais, dit Pélagie, ta conduite a été bien singulière, et Pulchérie a dù sp croire dédaignée.

— Dédaignée, Pulchérie I Mais je l’adore, ma mère ; mais je ne res- % pire que pour elle I Je n’ai pas cru un moment qu’elle en pût douter ni vous non plus.

— Eh bien I ton silence , dont elle ne dit rien , est sans aucun doute ce qui la fait partir, quoiqu'il y ait aussi le vitux Malais qui meurt de chagrin et ne veut rester ici à aucun prix.

— C’est une idée de M. de Sievenn qui me relient ici ; mais tout est fini. Comment 1 vous avex pu croire que j’oubliais Pulchérie ? Vous êtes sûres qu'ils ne partent pas aujourd’hui, au moins?

— Oh f non, Pulchérie ne nous a pas dit adieu.

— Mais êtes-vous certaines qu’elle veut vous dire dieu ? Redescendes bien vite, surveilles tout; mou père est -il à It maison ?

— Oui.

— Eh bien f je vais chercher M. de Sievenn , altendex-aoi à Dive.

Pulchérie resta plus d’une heure dans le cimetière à pleurer, à prier,

à répéter : — Adieu 1 adieu !

Puis elle rentra à Cabourg, où elle trouva 1* vieux Malais tout joyeux , car on devait partir le soir même, et Pulchérie laissait le vieillard arranger les choses au gré de ta triste et maladive vanité.

Ils avaient vendu leurs meubles , et u’cmporUient que leurs vèl«- ■«nl* ot leur linge. M. Malais, se voyant un peu d’argent, voulait sortir décemment du pays qui lui paraissait triompher de sa pauvreté. 11 voulait se faire conduire en chaise de poiU jusqu’à Ronfleur. — Là , dit-il, on ne nous connaît pu, nous pourrons voyager dans 1a rntooek de 1a diligence, et nous rattraperons ce que nous aura eoûté la chaise de poste.

Ici, noos allons dire que nous jurions pour Paris, à cause d’un héritage important qui nous est survenu ; j’en ai déjà dit un mot an maire de Dive , qui passait devant la porte et que j’ai fait entrer un moment : cela va bientôt courir tout le pays ; j'ai écrit pour avoir une chaise de poste, et cela confirmera l’histoire de l'héritage. De cette manière, quand on pariera de moi à Dive ou à Beuseval , au lieu de dire t

C'est un pauvre diable qui s’est ruiné et qui est mort dans la misère , on dira i Oh f oh ! M. de Beuxeval , voilà un homme qui avait du bonheur : on l’avait ruiné en abusant de sa générosité ; eh bien! il Ini est survenu une fortune plus belle encore que la première.

Voù-tu, quand les gens sont pauvres, on dit toajnun que c'est leur baie, c'est plus commode ; mais, si on nous croit redevenus ri-* eh es , on trouvera toute sorte d’excuses à mes sottises.

— On ne dira que la vérité, mon cher onde, en disant que voas vous êtes ruiné par votre générosité.

— Et un peu aussi par la vanité de m'allier à un comte , petite nièce. C’est égal , j’ai écrit à la poste d'envoyer ce soir à six heures une chaise de poste pour M. Malais de Beuxeval et madame la comtesse de Morville.

A six heures, les pêcheurs seront rentrés, je veux qu’on nous voie

rtir, qu'on nous voie partir en chaise de porte. As-ta fait tes adieux à

famille Alain ?

— Pas... tout à fait... mon oncle ; ils sont de ma famille aussi , et si vous vous accuses d’un peu de vanité, je puie, moi, m'accuser avec au moins autant de raison d’en avoir eu beaucoup et de la plus mauvaise espèce.

Je n’ai pas toujours été pour la famille Alain ce que j’aruraisdê être, et cependant je les si toujours trouvés bons, tendres et dévoués, sans parler du dévouement sublime de P un d’eux.

Je vais aller à Dive. Je voudrais bien que cette pénible épreuve fût passée ; je vous avoue que je la redoute plus que tout le reste.

— IN 'oublie pas de leur faire part de l'héritage, parce que si nous ne disons pas la même chose à tout le monde , on flaira pir découvrir la vérité.

Pulchérie mit sa mante et allait sortir, lorsqu’on frappa à h porte , et on vit entrer Tranquille Alain avec Pélagie et Bérénice en habits de dimanche.

Ils étaient suivis de M. de Sievenn , d’Onésime et du flls Glana , qui resta en dehors avec M. de Sievenn.

— Bien le bonjour, monsieur de Beuxeval , dit Tranquille Alain ; mai» qu’est-ce que ces paquets ? est-ce que vous allex en voyage ?

— Oui, mon cher Alain, oui, mon bon ami ; j’avais uu coutin «jui s’est laissé mourir, le cher homme, c'est le seul plaisir qu'il ait fait à quelqu’un dans sa vie ; pendant que je me ruinais bêtement ici , lui s'enrichissait à Phris, et il est mort juste à temps pour rétablir me» affaires.

Me voie! un pett plus riche que je n'étais auparavant. Noos allons à Paris . où nous devons nous fixer.

— Oh I alors , monsieur de Beuseval, je ne sais plus s’il faut vous dire ce que... Non... je crois que non.

Pélagie entraîna Pulchérie dans une autre chambre, et lai dit : — Est-ce vrai , cet héritage? Alors il n'y faut pins penser.

Ce pauvre Onésime va te perdre encore une fois. Il t’aime... Il en mourra cette fois.... Je sais pourquoi il ne disait rien....

— Ma bonne mère, dit Pulchérie, c'est parce que ce n’est pas vrai qu'il me perd et que jé le perds aussi , car je n'ai appris à le connaître que pour le regretter.

— Rentrons, dit Pélagie.

— Mon faon ami, dirait M. Malais à Risque-Tout, si je puis vous être utile à Paris, vous me le direx , je serai enchanté de vous servir.

Pélagie prit à part son mari , Onésime et Bérénice. Alors Alain s’avança vers M. de Beuxeval : — Ecoutez , monsieur de Benxeval , lui dit-il , ce n'est pas pour votre argent que nous vous avons toujours aimé dans notre G mille ; nous ne vous respectons pu moins depuis que vous êtes ruiné.

Je ne rais si vous avez bien voulu y faire attention. Ce n’est donc pas à nom qu’il faut faire des histoires.

Ici Pélagie fil des signes à soa mari pour l'empêcher de continuer ;

1**1* cr fat psrfaitrmcnt iratile. Alain poursuivit : — Il ne «'agit pu |

de ça.

Je mis U distance qu'il y a entre tous et nous, monsieur de Beu- 1 tev *i nous ne voua méconnaissons pu , et ce n'est pas parce que voua j à.vtt un peu moins d’argent aujourd'hui que noua vous en ferons accroire.

C'est un peu hardi ce que je vais voua dire, maia il faut pourtant ‘I®* i* voa * dise: vous connaisses Onésime depuis son enfance ; on t a élevé avec Puichérie ; ç’a été son dieu toute sa vie; il a’eat toujoura dévoué h elle ; U a pour elle exposé sa vie, son honnenr.

Il noua a rendus bien malheureux tous pendant plusieurs années ; ü ai'a fait bien du foH désirer d'être mort ; enfin, c’est fini, n’en parons# plu*. Onésime n’est pins un paysan ; il a étudié, il parle comme un monsieur; il est capitaine au long cours, il est riche.

' Ce n’est pas quelque chose qui peut vou» toucher ; mais pour dimlnuer un peu la distance qu’il y a entre vous et nous, il ne faut rien né- ; giiflvr de no* petits avantages. Eh bien ! monsieur de Beuzeval, vouletvo«s lui dernier l’ulchérie ?

M. Malais allait répondre et commençait :

— Ma nièce, madame la comtesse de Morville... Pulcbérie le pria de l'excuser si elle l’interrompait, et dit : — Je ne veux pas avoir dédaigné Onésime quand j'étais riche, et l'accepter quand il est riche à aon tour et que je suis devenue pauvre.

Certes, depuis que je le connais, depuis que je sais ee qu’il a fait pour moi, j’ai conçu pour lui des sentiments aussi affectueux qu’il pourrait le désirer; mais il faut que je parle.

— Pardon, dit Onésime, ruichéru', au nom de l’amour le pins profond, au nom d'une existence qui vous a été consacrée tout entière, est- ce la seule cause qui vous empêche d’ètre à moi ?

— Je voudrais être riche ou que vous fusai ci pauvre , Onésime

mais cesses de me mettre à une épreuve trop cruelle. 11 faut que je parte, et je partirai.

Onésime alla appeler M. de Sievenn. Celui-ci t’avança versM. Malais et lai dit en ouvrant une tabatière pleine de cendres t

— Que voyez-vous là-dedans, monsieur de Beuseval ?

, — Pourquoi Cette question, monsieur ?

— Vous le sauriez déjà, si vou» m'aviez répondu.

— Eh bien I je vois quelques pincées de cendres.

— Ah|... Eh bien 1 ces cendres sont tout ce qui reste de l’acte de vente du château de Beuseval et des litres de ce que vous déviés au meus ter.

Peut-être même s'y mêle-t-il un peu des cigares qu'Onéaime et moi npus avons allumés avec ces paperasses.

Tous les assistants restèrent ébahi*.

— De sorte que vous ne m'avez jamais vendu Beuseval, de sorte que vous n'avez pi mais dû un sou dessus.

— Mais, monsieur, dit JU. Malais, je ne sais si..,

— Cela ne me regarde pas , monsieur de Beuseval ; j’avais acheté Beuseval pour le compte d'Onésime, qui m’a parfaitement remboursé.

Il m’a dit ses raisons pour allumer nos cigares avec les papiers en question, je les ai trouvées bonnes, et jamais cigares ne m’ont paru auui délicieux. Si von s vouiez qu'il vous dise se» raisons, j’espère que vous serez de mon avis.

— .Monsieur de Beuseval, dit respectueusement Onésime, je suis, vous le savez, je crois, héritier de mon cousin le meunier de BeuxcvaL J’ai trouvé dans ses papiers les preuves qu’il y avait eu des erreurs grives dans les affaires au’U avait faites avec vous et avec votre parent, moniteur le comte de Morville.

Os erreurs ont porté les intérêts des sommes prêtées à un taux exorbitant et ruineux. Mou cousin est mort subitement, et j'ai cru, pour sa mémoire, devoir effacer une injustice qu’il n’avait pas eu le temps de réparer.

Les hypothèque* sur le château de Beuzeval et sur une partie de ses dépendances m’ont paru devoir être annulée».

Vous ne pouvez, monsieur, refuser d'accepter ce qui est à vous, ce qui ne vous avait été enlevé que par une erreur de comptes.

— Eh quoi! Onésime, c’est toi, toi qui me rends le château de Beureval, mon château où ma pauvre Dorothée e»t morte S Je pourrais encore demeurer s Beuzeval !

— Souffle* là-dessus, monsieur, dit M. de Sievenn à .M. Malais en lui présentant la tabatière où était la cendre.

Vous ne voulez pos? je vais souffler moi-même. — F.t la cendre*’ envola et tomba dans la chambre, — Voilà qui est fini, ajouta M. de Siev.rnr. \l*iiqii est-ce que cette voilure qui s'arrête devant cette porte?

— C'est une voiture que j’ai demandée pour la comtesse de Motville . ma nièce, et pour moi, i cause de notre départ.

— Elle va vou* conduire chex vous, à Beuseval, où vous retrouverez ton! comme vous l'avez laissé. Nous avons eu assex de peine à remettre tout en ordre, Onésime et moi.

Iæ vieillard, succombant à tant d’émotions, tomba assis et pâle dans un fauteuil. Pulcbérie se précipita pour ie secourir. Ou donna de l'air, il ouvrit presque aussitôt les yeux.

— N’ayet pas peur, dit-il, cela ne fait pas de mal. Mars enfin, Onésime, que veux-tu . mon garçon? Je n’ai rien au monde que ce que tu me donnes. Demande à Puichérie si elle est plus riche que moi.

Onésime se tourna vers son père et lui donna des papier» que loi tendit M. de Sievenn : — Un fils, dit-il, ne peut pas être plus riche que sou père.

Ce* papiers vous donnent tout ce qui vient du cousin Eloi. Tout est à vous et à ma mère. Vou» prendrez chez vou* Bérénice et Glam, moi et Puichérie, si elle y consent. Puis, s’adressant i Pulcbérie : — Puichérie, ajouta-t-il, ma vie tout entière a été à vous jusqu’ici, voulez vous en accepter le reste? Je ne suis digne de vous qoe par mon amour.

Puichérie ze jeta dans les bras de Pélagie, puis dans ceux de Bérénice, qu’elle embrassa sur les deux joues. Onésime cueillit ces haisers sur les joues de sa sœur.

Il y a une douzaine d’années â peu près , par une chaude journée d'août, je me promenais sur la côte de Beuzeval. Le soleil brûlait la terre ; les oiseaux se taisaient; on n’entendait que les sauterelles dans les chaumes.

Je m’étais assis à l’ombre des saules, au bord de la riante et limpide rivière de Reuievai , qui murmurait sur les cailloux en baignant le cresson et les myosotis aux fleurs bleues.

Non loin de moi s'était mis aus-i à l’ombre un vieux berger , vêtu d'une üouquenille brune; d'un chapeau à larges bords s'échappaient de longue» mèches de cheveux blancs qui venaient se mêler à une bsrhe également blanche, malgré cela, il était loin d’avoir Pair vénérable. Sou* ses sourcils épais on voyait des jeux pleins de ruse , qui semblaient éviter les regards.

Ses chiens haletaient couchés à ses pieds. Les moutons cherchaient, dans les chaumes coupé», de petits liserons â fleurs rose pile , qui exilaient une odeur d’amande, seule verdure que le soleil eût laissée dans le champ où iis se trouvaient.

Quelques uns broutaient un peu d’herbe sous le* arbres, ou s'efforçaient d’atteindre quelques feuilles aux branches pendantes des saules.

Je voulus faire causer le berger. Je risquai l'observation usitée en pareil cas, qu’il faisait bien chaud. D'une part, U ne pouvait nier U chose; d’autre part, j'en paraissais tellement convaincu, que je n’avai* pas besoin d'être coufirmé < ans cette opinion par l'assentiment du berger.

Il n’y avait pas besoin de réponse, il ne me répondit pas. Je lai demandai alors combien il y avait de chemin de Beuzeval à Dive , où je logeais, et quel était le chemin le plus court.

Il se leva, rassembla ses moutons , siffla ses chiens et se mit en marche sans m’avoir répondu. Je ne tardai pas à le voir disparaître derrière le» haies.

Je m'égarai un peu en rentrant â Dive; mon hôtesse roc dit: — Monsieur, ce n’est pas ma faute si votre dîner ne vaut rien ; il n’y a réellement pas de bon sens à rentrer dîner à sept heures.

— Ma foi, dis-je, c’est la faute d’un berger qui n’a pas voulu m'enseigner mon chemin, et je me sois un peu égaré.

— Je ne risque rien, murmurai-je en m’adressant à la fille de l'hôtesse , de mettre la chose sur le dos de l’homme que j’ai rencontré. Si sa physionomie ne me trompe pas, il en a d'autres et de ptos lourdes sur 1a conscience.

— Si c'est celui que nous savons bien, dit l’hôtesse qui écoutait toujours ce qu'on disait à sa fille, surtout quand on parlait bas, si c'est un homme très-vieux, très-maigre, à cheveux blancs et à barbe blanche, vous n’en imaginerez jamais sur lui autant qu'il en a fait.

Aujourd’hui il est sorcier, il jette et lève des sorts, il préserve les jeune* gens de la conscription; mais il est sombre et taciturne, il y * des endroits oit il ne passe i»mai*. Vous ne le feriez pas descendre jusqu’au moulin de beuzeval pour tout l'or du monde.

Je parie de. moulin qui est au bord de la mer. Il y a bien longtemps, il a «-.aminé un meunier à qui était, non pas le moulin, buis un autre bâu à la même place.

Il ne pane pas non plus sur remplacement où était autrefois le château de Beuzeval. Il y a là-dessus une histoire... terrible, où il est question de bien du monde; mais la plupart des gens d’alors sont morts , le* autres ont quitté le pays et ne sont plus jeunes.

Le berger Garandin a, dit-on, quatre-vingt seite ans. mais il mourra ici. Il avait, dans le temps, été eoridamné aux galères à perpétuité; il a eu sa grâce au bout de douze ans.

Seulement on ne lui permet pis de s’écarter du pays où , tout vieux qu'il est, on le surveille sévèrement.

• Je demandai si on pourrait me raconter cette horrible histoire. L’hôtesse me mena chex «ne très-vieille femme sourde qui faisait de la dentelle noire.

Elle avait connu tous les personnages de ce récit, et était parente de Désirée, la servante du meunier. Elle mit plusieurs jour» â se rappeler et à me conter l'histoire.

Je viens de vous la conter â mon tour.

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