‹ La famille BenoîtonChapitre 10 sur 167 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ADOLPHINE, debout , descendant *.

Un butor qui sentait le tabac!

CLOTILDE

Oui, oui, trop vert! Et celui d'avant-hier, ce voyageur!

ADOLPHINE

Queiïe horreur! un homme qui a mangé du nègre!

CLOTILDE

Mais, dame, ma chère, c'est que nous en sommes là, pour vous!... aux gens qui mangent du nègre!

ADOLPHINE, indignée.

Oh!

Comment, oh? Mais depuis trois ans, du petit au grand, du jeune au vieux : que n'ai-je pas essayé? Je me disais : une femme qui n'est ni bien ni mal, qui a soixante mille francs de dot, une petite maisonnette et quarante ansl...

ADOLPHINE

Trente-huit, pardon!

CLOTILDE

En ce temps-là, oui; mais aujourd'hui quarante!... avec cela, on peut espérer un employé, un commerçant pas trop fatigué!... Ce que dans mon classement d'épouseurs, j'appelle le groupe des Indécis! Essayons! j'essaye!... vous savez l'effet. Qualre Indécis réunis dans mon salon... vous paraissiez!... Plus d'indécision!..- tous fuyaient! Je me dis: rabattons-nous sur les hommes de cinquante ans, un peu plus chauves, un peu plus mûrs... les veufs criblés d'enfants! les consuls de Noukahiva, les employés de Cochinchine, enfin la catégorie des Résolus! Je vous montrais!... Ils s'embarquaient!... De guerre lasse, il a bien fallu en venir à ceux qui ne reculent devant rien, la série des Enragés! ! les maniaques, les dragons, les anthropophages! Mais dame, après ceux-là! I

k. Clotilde, A.3olphine.

ADOLPHINE, sèchement.

Je ne vois pourtant pas, quand je me considère, de quoi mettre en fuite tous ces gens-là!

CLOTILDE

C'est que vous ne regardez pas votre toilette, ma chère., qui n'est ni de votre âge, ni de votre dotl

Alors, ce sont mes robes?

CLOTILDE

Mais vos robes et le reste... si la toilette les tient à l'écart, il y a quelque chose qui les chasse tout à fait... le désaccord de votre modeste fortune et de vos habitudes princières.

ADOLPHINE, debout.

Ohl cela, c'est plus fort que moi! J'ai reçu une éducation distinguée, celle de mon milieu, celle de mesdemoiselles Benolton, mes cousines.

CLOTILDE

Eh ! allons donc! Parlons donc enfin de mesdemoiselles Benoîton!

ADOLPHINE

Enfin, mon père valait bien leur père, n'est-ce pas? et s'il a 'était pas mort ruiné par la révolution do 48...

CLOTILDE, ennuyée.

Oui; mais il est mort ruiné par 48... (Elle va auprès du guéridon à ouvrage et ourre les lettres apportées pir Baptiste.) ADOLPHINE, amèrement.

C'est-à-dire que la pauvreté est mon plus grand défaut... Ah! je le sais bien... Hélas! en fait d'excentricité, Dieu sait si ma mise ~st comparable à celle de Mllcs Benoîton . ce qui n'a pas empoché Marthe de foire un très-bon mariage, et," entre parenthèses, par vos propres soins: mais elles sont riches, elles!... on leur passe tout, à elles!... des galants, tant qu'elles veulent .. l'argent!!! Et des folies, des défauts! tant qu'il leur plaît... l'argent!!!

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