M A II THE
Je gagne î... j'y prends goût ! — Le lendemain, je joue encore... puis tous les jours avec un bonheur!... Et le gain du jeu défrayait mes toilettes!... Mais un soir (Etie se lève.) la chance lourne... je perds!... je perds!... et, quand cela commence!... la passion s'en môle... je joue sans frein, sans raison... et je me trouve tout à coup avoir à payer sept fois ma mise... et rien sur moi!... rien!... On chuchote, on me regarde... je sens que je deviens folle... lorsqu'une voix inconnue me dit: «Voulez-vous permettre à votre associé, madame, de régler pour vous?» Et sans attendre ma réponse, celui qui parle jette sur la table ce que je dois et m'entraîne hors de la salle... C'était monsieur de Ghamprosé qui avait eu pitié de moi et qui me sauvait! — Le lendemain, mes bijoux, mes cachemires vendus, je lui paye une partie de ma dette; quelques mois plus tard je lui donne le reste aux Tuileries... Et avant, comme après... rien de plus entre nous, je te le jure, Glotilde, sur la vie de mon enfant malade... et si tu ne me crois pas... alors, qu'est-ce que tu veux...
CLOTILDE, la serrant dans ses bras.
Ah! si!... si, je te crois!... Va, je te crois!... — Ah! Marthe!... Ah! que je suis heureuse!... —Quel bonheur!... mon Dieu, quel bonheur !
MARTHE
Mais, pense... quand Didier m'a parlé de monsieur de Champrosé, à propos d'argent?...
CLOTILDE
Oui, oui!... Mais tantôt !... Cette après-midi!... pour ces dentelles!... Est-ce que c'est encore à lui ?...
MARTHE
Ah! Dieu non. Après cette querelle, hors de moi, et voulant cette garniture à tout prix, je suis allée où je t'ai dit : aux courses; — là... j'ai parié au hasard... J'ai gagné... Et je suis revenue... triomphante d'une folie qui me donnait vingt mètres de dentelles... en me faisant perdre à la fois le cœur de mon mari et la santé de mon enfant I...
CLOTILDE
Ah! tu ne perdras ni l'un ni l'autre, va!... le ciel est trop juste!... Didier! ... mon ami !
Tu l'appelles!
CLOTILDE^ joyeuse, courant à la porte de Didier.
Je t'ai trompée !... Il n'est pas parti! — Ii attend là! (Eiiepouss*
un battant de Ta porte et appelle.) Didier!... (Silence.) MARTHE.
Rien?...
CLOTILDE, appelant dans le j ardin.
Didier!... (Silence.) Oh! Ce n'est pas possible! (Elle s'élance dans le cabinet et disparaît, on l'entend appeler encore.) Didier!... (Elle rentre un papier à la main.)
Personne?...
CLOTILDE
Personne!... un mot d'écrit seulement!... (Lisant.) or Je n'attends plus, mon amie, je sais bien qu'à force de mensonges elle finira toujours par vous persuader de son innocence, et je ne croirais plus rien... Je pars!... »
MARTHE, douloureusement.
Ah!...
CLOTILDE
Parti !
MARTHE
Et où est-il ?
CLOTILDE
Ah ! je n'en sais rien!... mais je le trouverai, va ! je t'en réponds!.. Et je lui dirai tout, et il faudra bien! .. (Eiie s'arrôte.) Non!...
MARTHE
Quoi?
CLOTILDE
Il ne me croira pas!
MARTHE
Il ne te croira pas I