‹ La famille BenoîtonChapitre 158 sur 167 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

DIDIER, reculant, froidement.

Innocente, n'est-ce pas?

CLOTILDE

Ah! grand Dieu! Oui, innocente! (S'arrêtant devant le sourire ironique do Didier.) Eh bien ! quoi? Pourquoi ce mauvais sourire?

DIDIER, secouant la tête.

Rien!... sinon que je m'y attendais !...

CLOTILDE

Vous vous attendiez?...

DIDIER, ironiquement.

A être salué ce matin par cette heureuse nouvelle!... Hélas ! ne vous l'avais-je pas prédite hier au soir? Relisez donc mon adieu, Glotilde.

CLOTILDE

Mais, je vous assure...

L'innocence de Marthe?... (Avec un rire ironique.) Allons donc!... (n s'assied à droite.) Qu'hier, vous m'ayez vu fiévreux, emporté et prêt à tout nier comme à tout croire, oui; mais, maintenant, regardez-moi donc... Je suis maître de moi... et malheureusement trop calme pour me payer de folles espérances et de chimères.

CLOTILDE

Il ne s'agit pas de chimères, ni de folies, Didier, mais de vérités... que je vous atteste, moi!... C'est qu'au premier mot d'accusation toute son innocence a protesté dans un cri de stupeur... C'est qu'à la pensée que vous pouviez douter de votre enfant, le désespoir de la mère m'a répondu de la vertu de la femme, et que ses larmes...

DIDIER, froidement.

Eh bien, ses larmes ! Quoi?... ses larmes!... Après?...

CLOTILDE

Apres?... Mais vous ne croyez donc à rien, vous?...

DIDIER, souriant tristement.

Ah! si... Je crois que n'avouer jamais, mentirquand même, et nier le fait, fût-il flagrant I... c'est le premier et le plus sacré des articles de ce code féminin, qui n'est que fausseté, mensonge et hypocrisie 1... Voilà ce que je crois!...

CLOTILDE, à elle-même.

Ah! mon Dieu!... toutes mes craintes... (Silence. - Eue réfléchit sans le regarder.)

DIDIER

Pardonnez-moi la peine que je vous fais, Clotilde... Elle vous a convaincue, vous, c'est clair... mais, en vérité, à ma place, quel homme... (s'an-étant.) Enfin! voyons! que peut-elle dire? Qu'ose-t-elle dire pour sa défense?...

CLOTILDE

A quoi bon? puisque vous ne croyez rient

DIDIER

Enfin, voyons toujours, je vous prie!...

CLOTILDE

Et que répondre à cette froide raison qui ne sait que discuter là où il faudrait sentir? Je n'ai pas discuté, moi!... Je l'ai vue pleurer, et mon cœur s'est dit : puisqu'elle pleure, c'est qu'elle souffre!... et, si elle souffre, c'est qu'elle dit vrai !... Mais la belle vérité, pour un homme comme vous!... Ne faut-il pas des titres à l'appui... des chiffres sous les pleurs et l'addition avec la preuve?... Vous voulez des preuves, n'est-ce pas? Il vous faut des preuves?

DIDIER

Mais ouil

CLOTILD E.

Eh bien, mon cher ami, je n'en ai pas!... Et il s'agit de croire, comme moi, sans autre garant que sa douleur!... (Aveo élan.) Voyons, êtes-vous homme à me suivre chez elle, Didier, à la voir, à l'entendre et à ne pas exiger d'autre témoignage ?

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