ACTE PREMIER
CLOTILDE
Pourquoi celle-là plutôt qu'une autre?
CHAMPROSÉ.
Pourquoi une autre plutôt que celle-là?
CLOTILDE
Et Si C'est Une demoiselle... (Elle achève sa pensée avec un gest«.) CHAMPROSÉ.
Alors je ne l'épouserai pas, voilà tout!
CLOTILDE
Quel libertin!... Vous mériteriez Adolphine, vous!
CHAMPROSÉ.
Ah! il paraît qu'Adolphine?... placement difficile!...
CLOTILDE
Ah ! Dieu !
CHAMPROSÉ.
Un rossignol! merci!... non, pas de mauvaise plaisanterie!... Mariez-moi sérieusement! Nous ne sommes pas ici pour nous amuser!...
Ah! mon pauvre ami, je suis bien dégoûtée du mariage
allez!
CHAMPROSÉ.
Pour vous?
CLOTILDE
Oh! pour moi, c'est fait depuis la mort de mon pauvre mariî... mais pour les autres aussi.
CHAMPROSÉ.
Se peut-il?... Une femme comme vous qui a poussé l'art des alliances!...
CLOTILDE
Ah! mon art! perdu, mon art! ruiné, mon art!
CHAMPROSÉ.
Le mariage?...
CLOTILDE
Le mariage so meurt, mon pauvre ami!... le mariage est mort!... Le progrès moderne en a fait un objet de luxe qui coûte trop cher!
CHAMPROSÉ.
Moi qui me marie par économie!
CLOTILDE
Ah! vous revenez bien d'Afrique! — Par économie! Mais, cher ami, il n'y a plus d'hommes assez riches pour prendre femme !
Parce que?
CLOTILDE
Parce que l'aisance d'autrefois est la gêne d'aujourd'hui! — Exemple : un employé de trois mille francs s'estimait jadis très-heureux d'épouser trente mille francs de dot; mais au prix croissant de toutes choses et devant ce désir furieux de bienêtre qui a gagné toutes les classes, qu'une fille lui apporte soixante mille francs de dot, il vous dira sagement que six mille francs de revenu sont la pauvreté... et viennent les enfants, c'est la misère ! Voilà donc une ûlle de soixante mille francs qui n'est plus un bon parti, et combien la petite bourgeoisie en a-t-elle à ce prix-là?
CHAMPROSÉ.
C'est vrai.
CLOTILDE, se levant ainsi que Champrosé et descendant au miliea de la scène.
Montons plus haut! — La dot est plus belle, mais aussi les exigences sont plus grandes. Les parents ont voiture, hôtel, campagne, et cent mille livres de rente ; la fille élevée sur ce pied, et avec les idées sérieuses qu'on leur donne aujourd'hui, trouvera plus naturel de régler sa dépense sur ses habitudes que sur se dot; c'est deux cent mille francs qu'elle apporte, c'est vingt mille francs par an qu'elle gaspille!... Total : dix mille francs de rente que coûte à monsieur la belle dut de madame, . i