‹ La famille CardinalChapitre 8 sur 8 · LB FEU D'ARTICICB SOB · texte numérisé non relu

LB FEU D'ARTICICB SOB

fronton, au lieu de: A bas les jésuites! Ce qui s'écrit, c'est:

YivK l'empereur!

» Gomment est-ce arrivé ? Je n'en sais rien encore. Était-ce une plaisanterie du petit prince, qui se serait amusé à nous envoyer un feu d'artifice bonapartiste, à la place d'un feu d'artifice anticlérical? Je ne peux pas croire cela de la part d'un jeune homme si distingué et si amoureux de Pauline. Était-ce une erreur de M. Ruggieri ? C'est une très grande maison dans laquelle il doit y avoir des feux d'arliflce pour toutes les opinions. Ils ont pu se tromper de nuance. Peut-être aussi ont^ils essayé d'écouler un vieux rossignol qu'ils avaient en magasin ! Bien des feux d'artifice ont dû leur rester pour compte au moment de la chute de l'Empire. Ça ne serait pas délicat de leur part, et môme, en y pensant, ce n'est pas admissible, car ils

devaient bien penser qu'on s'en apercevrait.

» Toujours est-il qu'en voyant flamboyer ces mots ! Vive VEmpereur ! la foule se met à crier, à siffler... Ils ne sont pas bonapartistes dans ce pays-ci... Monsieur Cardinal, comme un lion, se jette au milieu du feu. Les artifîciers lui criaient : « N*approchez » pas I N'approchez pas ! Vous n'avez pas )) l'habitude, vous allez vous faire faire du » mai! » Mais il n'entendait rien. Il était égaré par la fureur. Il voulait tout renverser... Moi, je me jette à sa suite dans les flammes. Je l'en retire... Le tour de mes faux cheveux, mes repentirs et les brides de mon bonnet en ont été roussis.

» Tous les invités s'en allaient furieux. Monsieur Cardinal se met à courir après le monde. 11 leu*r criait : « Revenez ! revenez ! » Je vais vous expliquer. Il devait y avoir : » A bas les Jésuites! .. » Mais personne ne voulait l'écouler.

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)> Et nous restons seuls, Monsieur Cardinal et moi. Il tombe conmie écrasé sur un banc. Alors, en le voyant dans cet anéantissement, j'ai eu du courage, une fois dans ma vie, et j'ai adressé un discours à Monsieur Cardinal.

» — Écoute, lui ai-je dit, si c'est l'écroule- » ment de tes ambitions politiques, c'est » peut-être une bénédiction du ciel que celte >» erreur dans ce feu d'artifice. C'est peul- » être écrit là-haut que tu n'es pas fait )) pour la politiquo. Ah! je sais bien que » tu ne crois pas aux choses écrites là- '» haut, mais j'y crois, moi, j'ai cette fai- » blesse... Vois-tu, Monsieur Cardinal, tu as » trop de fermeté dans tes principes. C'est >> fait pour les farceurs, lapoHtique, pour » les sauteurs, pour les gens qui changent » d'opinion tous les huit jours. Ce n'est pas » fait pour toi, qui n'en changes jamais! » Qui est-ce qui aurait dû arriver à tout? » Toi! Et qui est-ce qui n'est arrivi3 à rien ?

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» Toi I Sous rEmpire, tu me disais : « Après » l'Empire, j'arriverai! » Il est tombé, l*Em- »> pire, et tu n'es pas arrivé... Alors tu m'as » dit : « Après Monsieur Mac-Mahon, ce » sera mon tour... » Et qu'est-ce qu'on t'a » donné, après Monsieur Mac-Mahon? Rien » du tout. Tu t'en es consolé en disant : « Je » n'ai rien à attendre de ces Messieurs du » Centre gaucke. Mais quand Gambetta sera » aux affaires, j'aurai tout ce que je vou- » drai ! » Eh bien ! 11 y est aux affaires, » Gambetta I et qu'est-ce que tu empoches? » Des avanies de la part de ses fonction- » nairesl Tous ces gens-là se tiennent, » vois-tu, qu'ils s'appoJlent Napoléon III, » Mac-Mahon ou Gan^betta. Ils ont la même » routine, les mêmes préjugés. Ils ne com- » prendront jamais la grandeur de ton » caractère. Ils te jetteront toujours tes » filles à la tête. Tes filles!... tes filles U.. )> Eh bien! ils ont peut-être raison après » tout. Ah ! tiens, Monsieur Cardinal, laisse-

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» moi te dire une fois toute ma pensée... )) J'ai des sentiments vulgaires, c'est vrai.... » des idées bourgeoises, mais enlin ma » pensée, la voilà : c'est que ta vraie car- » rière, ça n'est pas la politique ; ta vraie » carrière, c'est tes filles ! »

» Là je me suis arrêtée, effrayée de ce que je venais de dire. Mais Monsieur Cardinal était redevenu paisible, presque souriant, et il me dit avec condescendance :

« — Je ne vous en veux pas, Madame » Cardinal, vous ne pouvez pas vous rendre )) compte de la portée de vos paroles... » mais rien n'aura raison de mon énergie. » Tout se tourne contre moi, même n^es » feux d'artifice... Le gouvernement de » Monsieur Gambetta ne veut pas de moi? » C'est très bien... Je serai patient. J'atten- » drai. Le suffrage universel est là. Mon » tour viendra. »

)> Au moment dû Monsieur Cardinal finissait de parler ainsi, je vois venir le mare-

chai des Jof^is de gendarmerie qui nous dit :

« — Je suis bien fâché de ce qui se passe, » mais je vais être obligé de faire mon » rapport. Je viens de consulter mon petit » guide du gendarme... Il y a dedans un » article contre les emblèmes séditieux. >> Votre. feu d'artifice tombe sous le coup de » la loi. Vous aurez un procès. »

» Un procès!... Il ne nous manquait plus que cela ! C'était le comble ! Mais, pendant que je levais les bras au ciel, qu'est-ce que je vois? Le visage de Monsieur Cardinal qui s'illumine.

« — Verbalisez, mon ami, dit-il bien » doucement au maréchal dès logis, verba- )> lisez. ))

)) Puis, me prenant à part :

» — Un procès, Madame Cardinal, un » procès politique!... C'est un piédestal!... » Je suis sauvé! Ma fortune est faite. Je » me défendrai moi-même, parce que

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» prendre un avocat dans ces cas-là, c est » une duperie. Tout le bénéfice du procès » est pour l'avocat, qui se fait une réputa- » lion sur le dos de son client, à qui il fait ^ flanquer le maximum. Et il faut les » payer, ces messieurs, si bien qu'ils ont » tout en môme temps... Thonneur etTar- » gent.. . Mais ils n'auront rien cette fois-ci. .. » Je serai mon avocat!... Je vais dès cette » nuit m occuper de ma défense. »

» Et depuis avant-hier il y travaille à sa défense. Voilà comment ça doit débuter :

*< — Messieurs, j'ai voulu tirer un feu ». d'artifice anticlérical ; un industriel sans » scrupules, qui voulait utiliser un solde de » feux d'artifice démodés, n'a pas rougi » de... etc., etc. »

» Mais il commence à être inquiet, Monsieur Cardinal, parce qu'il ne voit pas venir l'assignation pour son procès. A chaque coup de sonnette, il s'élance, il

court ouvrir lui-môme : « C'est elle !.. C'est mon assignation ! » Hélas 1 non , c'est le boucher, c'est le boulanger, ce n'est pas l'assignation.

» Monsieur Cardinal est très tourmenté el tout à l'heure il me disait avec amertume :

« — Est-ce qu'ils ne me feront pas même » un procès? »

» Votre vieille amie,

« ZoÉ Cardinal. »

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