L ÉDUCATION
alors aux méchants, mais récompense éternelle pour les bons !
On ne négligera point l'histoire évangélique. Un Dieu s'est fait enfant pour nous; il est né dans une crèche. Comme on doit l'aimer, l'Enfant Jésus ! Comme il faut éviter de faire couler ses larmes en commettant le péché !
Puis, Jésus a une mère qui est notre mère à nous aussi, la plus belle, la plus puissante et la plus aimante des mères. Comme on doit aimer la Vierge Marie !
C'est par de telles leçons que l'âme de l'enfance se façonne à la forme de vie chrétienne. Il lui en restera jusqu'à la fin un sentiment de révérence pour la divinité et d'estime pour la vertu que les passions n'effaceront jamais et que l'âge ne fera que raviver.
Les prières doivent s'enseigner non comme des mots qu'on récite mais comme des discours qu'on parle, des sentiments qu'on éprouve. On s'attachera moins à la lettre qu'au sens, et l'on ne sera jamais plus heureux que lorsque ou entendra le petit enfant s'adresser à Dieu même, et tirer de son fonds les choses qu'il veut dire.
Il est évident que, dans cette éducation, les mères ont le premier rôle et le plus important. Le père, néanmoins, n'en est pas déchargé. S'il travaille tout le jour ne revient-il pas le soir au logis, ne fait-il pas la prière en famille, ne peutil pas s'informer auprès de sa femme de l'état moral des siens, ne doit-il pas surveiller leur langage et leurs manières, sanctionner de
son autorité et, au besoin, de son bras, l'autorité maternelle toujours un peu chancelante?
Le dimanche, jour de repos, ne doit-il pas conduire ses enfants à la messe ? Qui l'empêche de les interroger sur leur science religieuse, de s'informer auprès de Monsieur le Curé de leur conduite et de leurs progrès à la classe de catéchisme, de veiller sur les compagnies qu'ils fréquentent ?
En vérité, le père qui connaît son devoir peut beaucoup pour la formation morale et religieuse de sa famille.
Passons maintenant à l'instruction civile. Sur ce point comme sur l'autre, beaucoup de parents ont de graves reproches à se faire.
Vous le savez, Dieu ne vous demande pas de laisser de la fortune à vos enfants. L'unique chose qu'il exige est que vous leur laissiez les moyens de gagner honnêtement leur vie dans le rang social où ils sont nés.
Or, si l'instruction a toujours été fort utile, elle est aujourd'hui indispensable à celui qui aspire à une vie indépendante; car quiconque est ignorant reste l'esclave des autres et ne peut aspirer qu'à l'état de serviteur.
Sans doute je n'approuve point l'ambition de certains pères de famille qui, poussant leurs enfants dans des études au-dessus de leur état, n'aboutissent en définitive qu'à en faire des déclassés; mais, d'autre part, de quel nom qualifierai-je ces hommes ignorants qui sont fiers de leur ignorance et qui détournent leurs enfants
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de l'étude sous prétexte que l'on peut réussir sans instruction ? Ce ne sont pas des pères, ce sont les ennemis de leurs enfants.
D'autres, plus nombreux, se trompent à un point de vue bien différent. Par tendresse mal entendue, chaque fois qu'un conflit s'élève entre le maître et ses écoliers, ils prennent parti pour leur enfant et ne manquent pas de blâmer le maître, sapant ainsi son autorité, que des règlements méticuleux n'ont déjà rendue que trop précaire.
Pourtant que peut faire un maître ou une maîtresse sans autorité?
Si vous vous plaignez d'avoir tant de peine à élever votre famille, par ce temps d'indépendance, dites-moi, comment s'y prendra un maî- • tre pour maintenir la discipline dans une classe de cinquante enfants, à moins que les parents ne le soutiennent ?
Aussi bien ne trouve-t-on plus au Canada d'hommes, hormis les chers Frères, pour embrasser le métier d'instituteurs.
Puis, quel salaire donnez-vous à vos institutrices? Cent piastres. Salaire dérisoire inférieur à celui d'une servante.
Etonnez-vous, après cela, que vos enfants n'apprennent rien !
Les jeunes filles qu'on exploite ainsi auraient bien tort, assurément, de s'attacher à un état si misérable. Dans l'Ontario, une maîtresse d'école gagne aisément trois cents piastres; en France, autant. Heureusement, chez nous, les institu-
trices se marient vite et trouvent facilement un bon parti.
Nous voici parvenus à l'âge de la première communion.
Les parents ne sauraient trop veiller à la préparation de ce grand acte qui marque, pour ainsi dire, le départ de la vie tout entière.
Insistez, je vous en supplie, mes frères, sur la formation du caractère et de la raison de vos enfants. Vous cultivez leur mémoire, leur sensibilité, leur intelligence, ou plutôt leur intellectualité; mais vous négligez trop ce qui fait véritablement les hommes, je veux dire la réflexion personnelle, la haute idée qu'en a de soi, le sens de l'honneur, la volonté, l'initiative, la noble ambition, la constance. Je voudrais qu'un jeune homme, quand il a commis le péché, ne se con-* tentât pas de s'en confesser, mais qu'il en rougit comme d'un déshonneur. Si notre éducation était plus virile, nous verrions moins de ces apostasies et de ces scandales qui contristent si fréquemment notre mère la sainte Eglise.
Lorsque l'enfant est parvenu à l'adolescence,, ses relations avec ses parents doivent changer. A l'autorité des premières années succèdent la raison et la bonté. Il n'y a qu'aux soldats et qu'aux religieux que l'obéissance passive s'impose. Si vous voulez faire de vos fils des hommes, traitez-les comme des hommes. Mais autant vous devez être modérés dans l'exercice du commandement, autant devez-vous éviter une faiblesse qui vous amènerait à tolérer le mal
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sous votre toit. Ne l'oubliez pas; aussi longtemps que vos enfants restent sous votre garde, vous avez la responsabilité de leur âme. Que d'infortunés jeunes gens ont péri, victimes de la condescendance paternelle !
Mettons ici un terme à ce discours. Aussi bien reviendrons-nous sur ce sujet dans les instructions que nous réservons aux jeunes hommes et aux jeunes filles.
Par tout ce que vous venez d'entendre, vous comprenez mieux que jamais, maintenant, mes frères, l'importance d'une bonne éducation et la responsabilité qui repose sur les épaules des parents chrétiens.
Quel compte redoutable auront à rendre plusieurs d'entre eux ;
Je m'imagine, parfois, voir monter devant le Juge suprême des pères et des mères de famille. Parce qu'ils ont observé assez exactement la loi, ils s'avancent d'un air assuré; mais voilà que, soudain, le sol s'entr'ouvre, et que du fonds de l'enfer des petits démons apparaissent : « Seigneur, disent-ils, si nous sommes damnés, c'est à la négligence de nos parents que nous devons notre malheur. Vengez-nous. » — « Emmenez-les avec vous», dira Jésus-Christ.
D'autres parents, au contraire, comparaîtront devant Dieu le front bas, dans la conscience de leur misère. Tout à coup, de la voûte étoilée, des petits chérubins descendus s'écrieront : « Sei-
gneur, si maintenant nous sommes heureux près de vous, c'est à la vigilance de nos parents que nous le devons. » — « Eh bien ! dira Jésus, emmenez-les avec vous en Paradis. »
La Jeune Fille
Mes Enfants,
De toutes les créatures humaines, rachetées par le sang de Jésus-Christ, aucune n'égale en grâce et en beauté la jeune fille. S'il m'était permis d'employer ici le langage de la poésie je dirais qu'elle ressemble à la fleur de lis par la blancheur de son âme et le parfum de ses vertus. On se délecte à la considérer, tant son visage respire la santé physique et morale, tant la candeur brille en ses yeux, et la pudeur sur ses lèvres. La vierge chrétienne est le chef-d'œuvre de l'éducation catholique.
Je dis le chef-d'œuvre de l'éducation; je dois ajouter d'une éducation raffinée. On ne croit plus aujourd'hui, grâce à Dieu, à l'efficacité du retour à l'état de nature pour le perfectionnement de l'espèce, que mit à la mode, au dix-huitième siècle, le fou qui eut nom Jean-Jacques Rousseau, avec les résultats que l'on sait. Nous connaissons les sauvagesses, ces filles de la nature, nous savons tous qu'elles sont le type achevé de la saleté, de la fainéantise, de l'impudeur et de
la fourberie; tant il est vrai que l'homme est un être déchu.
Et c'est pourquoi la jeune fille catholique, vraiment digne de ce nom, est le produit d'une éducation surnaturelle.
Permettez-moi d'apporter aujourd'hui ma pierre à l'édifice de cette éducation.