‹ La famille chrétienneChapitre 18 sur 36 · I. — Au foyer · texte numérisé non relu

I. — Au foyer

Commençons par étudier la jeune fille dans l'intérieur de sa maison. Parmi les nombreuses qualités et vertus qui lui sont nécessaires, je n'en veux mentionner, pour être- bref, que trois : la simplicité dans les goûts, l'amour du travail, l'humeur aimable.

Les pauvres gens s'imaginent, d'ordinaire, que le mot grande dame est synonyme -de femme amie du luxe. Grave erreur.

Il arrive sans doute, que chaque année, en certaines circonstances solennelles, les personnes de la haute société sont tenues de paraître à des fêtes, dans fout l'éclat qui convient à leur rang. Mais ces réceptions, rares d'ailleurs, sont généralement considérées comme des corvées auxquelles, s'il était possible, on serait heureux de se dérober.

Les grandes dames affectent de ne se distinguer en rien des autres femmes, si ce n'est par une extrême simplicité; tellement que, si l'on devait juger des gens sur leur costume, on pourrait prendre les princesses pour des ser-

vantes et des filles d'ouvriers pour des princesses.

Vous souriez, vous croyez que j'exagère ? Nullement. Cette observation était courante il y a quelques années, à Ottawa, au sujet de la princesse Louise, fille de la reine Victoria et femme du Gouverneur, marquis de Lomé, que l'on voyait souvent se promener à pied dans les rues de la capitale, et visiter les magasins dans un costume que beaucoup de jeunes filles auraient dédaigné.

Ce que je dis ici des femmes s'applique aux hommes également. Les hommes rougiraient de s'occuper de la toilette. Nous avons vu ces années dernières, au Canada, des personnages royaux, le comte de Paris, le prince de Galles. A-t-on remarqué quelque luxe dans leurs vêtements? Non, certes! Ils avaient le goût trop distingué pour tomber dans une telle puérilité. La seule observation qui fut faite regarda le duc de Norfolk, dont la générosité pour les œuvres catholiques est proverbiale; on admira la pauvreté de son costume.

Soyez donc, mes chères enfants, simples comme des princesses. Je parle sincèrement, mais non pas sans une pointe dïronie, en pensant à ces petites servantes et à ces petites ouvrières qui viennent à la messe en toilette tapageuse, agitant leurs aigrettes et leurs plumes d'autruche. Les pauvres filles ! Si elles voyaient les sourires, si elles entendaient les propos que suscite leur vanité, elles rentre-

raient sous terre. On se demande tout simplement combien leur élégance de mauvais ton leur coûte d'argent, et, cet argent, comment elles l'ont gagné.

Est-ce à dire qu'une jeune personne doive être nécessairement mal habillée ? Non. La simplicité n'exclut pas le bon goût; loin de là; elle en est, au contraire, la preuve. Soyez donc élégantes autant qu'il vous plaira, mais d'une élégance modeste et peu coûteuse.

L'opinion se répand de plus en plus, parmi les jeunes gens, que le luxe des femmes est ruineux; aussi beaucoup d'entre eux, dont les revenus sont modestes, n'osent-ils plus affronter les risques du mariage, et laissent-ils les filles vieillir dans la solitude, victimes du préjugé.

Je dis préjugé. C'en est un, en effet, dans bien des cas. Il est certain qu'une jeune fille dont les goûts sont simples, et qui fait elle-même ses costumes, ne mérite pas les reproches qu'on prodigue facilement aux personnes du sexe.

Vous devez donc, mes chères enfants, savoir travailler et vous montrer passionnées pour le travail. Malheur à la jeune fille oisive, malheur à la liseuse de romans. Son imagination se remplit de mauvais rêves, son cœur de mauvaises pensées, de mauvais désirs même. On se dégoûte de son état, de son humble et monotone existence, on attend toujours quelque chose, quelqu'un. Quoi ? On l'ignore, mais on attend. Celui qui vient, c'est le démon, l'homme du

LÀ JEUNE FILLE fit

mauvais conseil. Et notez que, par oisiveté, j'entends non seulement l'oisiveté absolue, mais encore les occupations frivoles, et ce qu'on est convenu d'appeler les arts d'agrément.

Mais les arts d'agrément sont-ils dont condamnables? Non; pourvu qu'on n'en fasse pas le principal de la vie. La récréation est bonne, les jeux sont bons; mais la récréation n'est qu'un repos, qu'une halte dans la marche douloureuse et méritoire qui doit nous conduire au Paradis.

Pensez-vous qu'on vous épousera pour faire de vous une poupée avec quoi l'on joue, un instrument avec quoi l'on chante et l'on danse? Voyez vos mères? Ont-elles le temps de broder ou de faire de la musique ?

Quand un homme se marie, quand sur ses épaules s'appesantit le joug qui s'appelle l'entretien d'une famille, il ne tarde pas à succomber sous le pesant fardeau, à moins qu'une main amie ne vienne essuyer son front, décharger avec une vigueur qu'on ne lui soupçonnait point, le faix écrasant qui l'oppresse. Cette main est celle de la femme forte. Soyez donc des femmes fortes.

Apprenez à coudre, à faire une bonne cuisine, à nettoyer, à entretenir une maison. Soyez des secondes mères pour vos petits frères et vos petites sœurs. Ne rougissez point des soins les plus vils du ménage. Ils sont plus nobles, mille fois, que tous les arts d'agrément; et dans Nazareth, jadis, c'est à ces soins que la Vierge

Marie consacrait son existence. Vous pouvez, d'ailleurs, s'ils vous répugnent, les surnaturaliser par la prière et les offrir au bon Dieu qui les agréera volontiers.

Etre une jeune fille simple dans ses goûts et laborieuse c'est beaucoup, mais ce n'est point assez: il faut qu'elle soit la joie de la famille.

Avez-vous remarqué, dans la mauvaise saison, quand le ciel est gris, quand la terre est blanche, quand les arbres noirs et dénudés, ont des aspects de cadavres, combien un rayon de soleil nous réjouit, combien une petite fleur dans notre chambre nous intéresse, combien le chant d'un oiseau sautillant dans sa cage dorée nous distrait?

Eh bien : mes enfants dans une famille, les mauvais jours sont nombreux, dans le cœur de vos parents souvent se font sentir les froideurs et les chagrins: la vie est terne.

A vous d'illuminer ces ténèbres, de réjouir, de distraire. Ah ! si la jeune fille savait combien son sourire est doux à son père lorsqu'il revient le soir de sa rude journée, combien un baiser console une mère accablée de soucis, quel culte lui vouent ses frères et ses sœurs apaisés et caressés dans leurs querelles et leurs larmes, elle ne voudrait jamais prendre l'air maussade et boudeur qui, parfois, la défigure.

Page 1