La famille d'Aillebout
Enregistré par l'éditeur, cm Ministère de l'Agriculture et de la statistique, à Ottaica, en l'année 1917, conformément aux dispositions de l'Acte du Parlement du Canada, concernant la propriété littéraire et artistique.
La Cie d'Imprimkkib Godin Limité», 41, ru© Bonsecoure, Montréal, Can.
Avant-propos
Ce travail qui n*a aucunement la prétention d'être définitif, a été entrepris par un simple plaisir de chercheur, et si TAuteur a consenti à le livrer à l'impression, ce n'a été que sur les instances de quelques confrères et amis qui lui ont représenté que, même sous sa forme imparfaite, il pouvait être de quelque utilité à ceux qui s'occupent de notre histoire canadienne.
Cette nouvelle généalogie de la famille d'Aillebout a été édifiée en bonne partie à l'aide de documents inédits, de papiers de famille surtout qui appartiennent à la collection Baby, déposée par l'Université Laval de Montréal à la Bibliothèque Saint-Sulpice. Ces précieux manuscrits ont permis de rectifier plusieurs erreurs courantes et principalement de faire mieux connaître certains des personnages les plus intéressants de la famille d'Aillebout.
L'on remarquera sans doute que le système adopté pour la distribution des personnages dans leur ordre généalogique est un" peu différent de celui qui est généralement suivi. C'est une innovation peut-être heureuse, peut-être malheureuse; le lecteur seul pourra l'apprécier.
La famille d'Aillebout a été partagée en deux sections, la française et la canadienne. Dans la première section', l'ordre généalogique est marqué par le moyen d'une lettre majuscule ^ule ou suivie d'un chiffre selon le cas. Dans la deuxième section, l'ordre généalogique est marqué au moyen d'un chiffre romain seul ou suivi d'une ou deux lettres minuscules selon le cas.
Dans la section française, chacune des lettres majuscules marque une génération différente dans Tordre descendant de l'alphabet. Les chiffres différents qui suivent une même lettre majuscule marquent l'ordre de naissance dans une même génération. Ainsi B représente le continuateur de la lignée en deuxième génération, B 1 le premier enfant de B continuateur de la lignée, et ainsi de suite.
Dans la section* canadienne, chacun des chiffres romains seuls, de I à XIV, est attribué, d'après leur ordre de naissance, à chacun des 14 enfants de l'unique souche canadienne. Chacun des enfants
issus de l'un quelconque de ces 14 premiers d'Aillebout canadiens, est marqué du même chiffre que son auteur mais modifié par une lettre minuscule, suivant son rang. Les enfants de la 3e génération à leur tour, sont marqués du même chiffre romain et de la même minuscule que leur auteur immédiat, mais avec l'adjonction d'une deuxième minuscule suivant leur rang. Ainsi IV représente le quatrième enfant de la première génération canadienne, IV b, le deuxième enfant de IV, et IV ca, le premier enfant de IV c, c'est-à-dire du 3e enfant de IV. Ce système a paru avantageux en ce sens qu'il permet d'épuiser toute la descendance généalogique d'une même branche avant de passer à une autre et indique surtout du premier coup-d'oeil le rapport de chacun des membres de la famille avec son auteur premier.
En terminant, l'Auteur désire exprimer sa gratitude à tous ceux qui ont bien voulu l'aider, particulièrement à MM. Pierre- Georges Roy et Placide Gaudet qui, avec une obligeance inlassable, ont fréquemment placé à sa disposition d'abondantes notes personnelles.
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La famille d'Aillebout occupe dans nos annales une place aussi large qu'honorable. Quoique éteinte aujourdTiui, elle reste sans contredit une des plus importantes du Canada français. Son association avec cette colonie date des premiers temps. Elle a donné à la Nouvelle France un gouverneur et quelques-uns djs ses guerriers les plus glorieux. Peu de familles canadiennes peuvent d'ailleurs se vanter d'une origine aussi ancienne. Avant même de s'établir au Canada, la famille d'Aillebout s'était assuré en France un rang distingué et, dès le commencement du XVIe siècle, plusieurs de ses membres y occupaient déjà de hautes situations.
L'intendant Tailon, dans son Mémoire sur l'état du Canada, aare»- Bé à Colbert, non pas en 1667, comme il est dit en marge, mais en 1669, dit qu'à cette date la noblesse de la colonie n'était composée que de quatre anciens nobles, et de quatre autres chefs de Tamllle récemment honorés de ses lettres par le Roi.
Francis Parkman, interprétant ce passage de Talon, range sans hésiter les d'Aillebout parmi les quatre familles nobles qui remontent aux origines de la colonie. (Old Régime, Frontenac édition, II, p. 55). Le même historien attribue les trois autres places aux Repentigny, aux Tilly et aux Le Neuf. Cela ne fait en réalité que trois familles, de Repentigny et de Tilly étant deux frères LeGardeur.
Or, ces trois ou ces quatre familles ont commencé d'avoir ensemble les relations les plus étroites dès les débuts de la colonie, l'auteur de tous les d'Aillebout canadiens, Charles d'Aillebout des Musseaux ayant épousé en 1652 une fille du premier de Repentigny, l'amiral, et deux de ses fils, Pierre et Nicolas, ayant épousé chacun en 1687 et en 1696 une fille de Pierre Denys de la Eonde et de Catherine Le Neuf de la Potherie.
Nous allons essayer de retracer aussi brièvement que possible l'histoire de cette famille remarquable entre toutes.
g LA FAMILLE D'AILLEBOUT
Le plus ancien d^Aillebout connu jusqu'ici. Nous ne savons sur quelle autorité l'on est convenu de dire que sa famille était d'origine allemande. Ce qui paraît certain, c'est qu'arprès avoir été médecin ordinaire du roi François 1er, il mourut en 1531. D'après les pièces justificatives qui accompagnent l'ordonnance du conseil d'Etat maintenant en noblesse les fils d'Argenteuil en 1720, il serait mort le 21 août 1531, mais un correspondant de V Intermédiaire des Chercheurs et Curieux qui signe P. le j. (vol. 69, 30 juin 1909, col. 967), veut qu'il soit mort le 3 septembre 1531 et qu'il ait été enterré à Autun dans le monument de sa famille, qui était placé dans la Chapelle de Saint-Cosme et Saint Damien de l'Eglise Saint- Jean-de-la- Grotte. On y lisait, paraît-il, son épitaphe jusqu'en 1783, année où cette crypte et la basili([ue de Saint-Xazaiie qui tombaient en ruines furent démolies.
Tandis que l'arrêt de maintien en noblesse de 1720 ne fait pas conn?"tre le nom de sa femme et ne nomme que deux de ses enfants, Charles, l'évêque d' Autun, et Jean, le médecin de Henri IV, nous voyons que d'une part le Gallia Christidna, (IV, 426) lui donne pour épouse une demoiselle de Messey et que d'autre part le correspondant de V Intermédiaire, sur nous ne savons quelle autorité, le fait marier avec Pierrette de Seez et lui attribue sept enfants, six garçons et une fille.
Il se peut très bien que Pierre d'Aillebout, médecin de François 1er, ait convolé deux fois, la première avec une demoiselle (3e Messey et la seconde avec Pierrette de Seez ou vice versa. Quoiqu'il en soit, il paraît suffisamment confirmé que les sept enfants qui suivent sont issus de lui.
L'aîné de sept enfants, il n'a pu naître beaucoup plus tard qu'en 1518, son père étant mort en 1531. On l'a souvent confondu avec son frère plus jeune, appelé aussi Jean et médecin comme lui. Après avoir pratiqué la médecine à Autun, il s'établit à Sens. Il s'est acquis une certaine notoriété par la publication d'une obsen^ation curieuse
d'enfant resté dans la matrice pendant vingt ans et complètement pétrifié.
Voici en effet comment le Catalogue de la Bibliothèque Nationale enregistre cette thèse latine et sa traduction française:
AILLEBOUT (Jean). — Portentosum lithopaedion, sive embryon petrefactum urbis senonensis; adjecta. . . exercitatione. . . de hnjus indurations caussis naturalibus (auctore Joanne Albosio). — Senonis, a.pud J. Savine, 1582. In-8o. Pièce.
— Le Prodigieux Enfant pétrifié de la ville de Sens, avec une légère et briefve question problématique des causes naturelles de rmduration d'iceluy. (Par Jean Ailleboust). Le tout traduit de latin en français par M. Siméon de Provanchères, médecin en ladict« ville, et accru de son opinion sut ledit problème. . . — A Sens, par J. Savine, 1582. In-8o. Pièce.
D'après ime réponse d'A. Cordes à un certain Dr Maxime dans Vlntermédiaire de 1909, (col. 967), des informations plus complètes peuvent être obtenues en recourant à Witkowski, Histoire des Accouchements, p. 272, ou à Dechambre, Dictionnaire des Sciences médicales, t. 1, p. 229, a^icle d'Aillebout, et p. 417, article Albosius.
Jean d'Aillebout l'aîné était depuis 1578 le médecin du duc d'Alençon, le plus jeune fils de 'Catherine de Médicis. Ayant perdu son protecteur en 1584 et craignant pour sa tranquillité en France, car il appartenait à la religion réformée, il dut émigrer à Bâle, en Suisse, vers 1586, et il ne cessa d'y être un ardent propagandiste des doctrines calvinistes jusqu'à sa mort dans les dernières années du XYIe siècle.
De son mariage avec Marguerite Mesnager, il eut au moins deux enfants, un fils du nom de Jean, et une fille, nommée Suzanne, qui, après être devenue veuve de Christophe LeBoullanger, sieur du Clos, était remariée en 1602 au sieur de ra3'e.
A 2 — AXDRE D'AILLEBOUT
Seigneur de Collonge-la Madeleine, il vit ses biens vendus en justice vers 1602, et cette saisie donna lieu à un procès de famille dont nous aurons occasion de reparler plus loin. L'examen de la procédure en cette affaire nous permet de penser qu'il n'avait pas ou n'avait plus d'enfant à cette époque de son mariage avec Odette RoUet.
Evêque d'Autun, et non pas d'Auxerre, comime l'ont écrit l'abbé Daniel dans son "Histoire des Grandes Familles", et M. Ernest Gagnon, dans "Feuilles volantes et Pages d'histoire" (p. 174, note). Il mourut le 29 avril 1535 et fut inhumé k Saint- Jean de la Grotte. Voici la courte mais louangeuse biographie qu'en fait le Gallia Christiana, édition de 1720, t. IV, p. 426 :
'Tarolus d^Aillebout, Pétri m'edici Francisci régis et de
Messey filius, prophanis ac sacris studiis continuam naTavit opexam .... Juris utriusque, philosophiae ac mathesis peritissimus evasit, fuit primum canonicus Eduensis et capituli procurator, abbas Septemfontium hujus dioecesis ordinis Cisterciensis, cleri Gallicani procurator generalis, demum Augustoduni patriae suae autistes designatus 1573, mittitur in posisessionem 24 januarii 1577, comitiis regni Blesis habitis interfuit anno /577. . . . e vitâ migravit 29 aprilis 1585."
Sur deux pomts au moins le savant auteur du Gallia Christiana n'est pas d'aocord avec l'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux de juin 1909. Tandis que le premier fait de Charles d'Aillebout un fils d'une demoiselle de ]\Iessey et place la date de sa mort au 29 avril 1585, le second en fait un fils de Pierrette de Seez et place la date de sa mort au 29 décembre 1585.
Dans le même numéro de V Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, un autre correspondant qui signe Nolliacus, après avoir référé, pour de plus amples renseignements, les chercheurs à un ouvrage du Dr Guyton, publié à Autun, chez de Jussieu: "Les Médecins à Autun", ajoute: "La famille d'Aillebout a joué un rôle important à Autun, à l'époque de la Ligue. L'un de ses membres, chanoine dans cette ville, est connu des bibliophiles comane titulaire de l'un des premiers ex-libris français."
Cet ancêtre des bibliophiles français n'est autre que Charles d'Aillebout qui, avant de devenir évêque d'Autùn, avait été chanoine de la même ville. Son célèbre ex-libris a été reproduit par M. Eouveyre dans ses "Connaissances nécessaires à un bibliophile" (vol. VI, p. 157).
Ex Bibliotheca
Caroli Albosij, E. Eduensis
Ex labore Quies
L'ex-libris •ci-haut n'est pas armorié, mais on retrouYe figuré dans les manuscrits de Pierre Palliot un sceau aux armes de Tévêque d'Autun. Ce sont les mêmes armes que nous retrouvons sur tous les cachets des d'Aillebout,* jusqu'au 19e siècle, et qui sont consignées dans Y Armoriai général de Eietstap : De gueules au chevron d'or, accompagné de trois étoiles du même, deu-x en chef et une en pointe, avec cette seule différence que le sceau de l'évêque d'Autun porte l'étoile de la pointe soutenue d'un coeur, avec cette devise: Ex labore quies.
Chanoine de Saint-Lazare d'Autun.