B JEAN D'AILLEBOUT (A
Naquit au plus tard en 1531, son ipère, le médecin de François 1er, étant mort en août ou septembre de cette année. Il embrassa la carrière de son père et devint premier médecin de Henri IV.
Le Dr Cabanes (Indiscrétions de Vliistoire, t. I, p. 84, note) nou5 dit que ''durant un règne relativement court, Henri IV n'eut
LA FAMILLE IVAILLEBOUT
pas moins de cmq premiers médecins: Dailleboust, plus connu sous le nom de Dalibour, Eibbitz de la Eivière, André de Laurens, Antoine Petit et Pierre Milon."
D'autre part, d'après les Archives Nationales, {Comptes de la maison du roi, K K, 150), Jehan d'Aillebout aurait succédé en 1593 à Marc Miron comme premier médecin du roi.
Si Jean d'Aillebout ne devint premier médelin qu'en 1593, il était déjà depuis quelques années l'un des médecins de Henri IV. Voici en effet ce qu'écrit Sully dans ses Mémoires, [Liège 1738^ II, p. 13) au sujet du premier siège de Paris en 1590:
'lie roi se retira sur la montagne de Montmartre, pour être à portée de donner' du secours à ceux qui en auraient besoin. Il se plaça dans l'abbaye, où il fut suivi non seulement des blessés, qui ne pouvaient partager la gloire de cette nuit, mais encore de tous les vieillards et des gens de robe et de plume. Il me donna place à la fenêtre, par laquelle il regardait l'action, et il s'entretint, pendant qu'elle dura, avec du Plessis, Rusé, de Fresne, d'Alibour et moi/*
S'il faut en croire le bon chroniqueur Pierre de l'Estoile, Jean d'Aillebout eut l'honneur, à l'occasion de la naissance de César de Vendôme, d'encourir la disgrâce de la célèbre maîtresse de Henri IV, Gabrielle d'Estrées et mourut même empoisonné par son ordre.
Voici comment Pierre de L'Estoile raconte cette aventure dans ees Mémoires et Journaux (édition Lemerre, 1888, t. 6, p. 218-219) :
"24 juillet 1594. — Ce jour même, on eut des nouvelles à Paris de la mort de M. Daliboust, premier médecin du Eoy, auquel on disait qu'une parole libre qu'il avait dite à Sa Majesté touchant son petit Caesar, avait cousté la vie, non de la part du Roy qui ne cognoit point ces bestes et monstres de poisons, mais de la part de celle, (comme tout le monde tenoit) qui s'y sentoit intéressée: à laquelle le Roy contre sa promesse l'avoit redit, ne pensant qu'il en deust couster la vie à ce bon homme de médecin, fidèle serviteur de Sa Majesté."
Sullv, qui n'aimait guère Gabrielle d'Estrées, alors Mme de Liancourt, s'étend un peu plus longuement sur cette affaire, dans ses Mémoires, mais il a la précaution de se retrancher derrière Harlay de Sancy :
"Je ne sais si le conte que je vais rapporter, a jamais été, en effet, autre chose qu'un conte : En ce cas, Sancy n'en auroit que plus de tort de lui avoir donné cours: Quoi qu'il en soit, voici comme il
courut, dans Paris. Alibour, premier médecin du roi, ayant été enfoyé, par S. 3^1., visiter Madame de Liancourt, qui avait mal passé la nuit (c'était au commencement de ses poursuites amoureuses près de cette dame), vint lui redire qu'à Ha vérité, il avoit trouvé un pen d'émotion à la malade, mais que S. M. ne devoit point s'en mettre en peine, et qu^assurément, la fin en seroit bonne. "Mais, ne la tou- *1ez-vous pas saigner et purger, lui dit le roi? — Je m'en donnerai "bien de garde, répondit le bon vieillard, avec la même candeur, avant "qu'elle soit à mi-terme. — Comment, reprit le roi, surpris et ému au "dernier point, que voulez-vous dire, bon-homme? je crois que vous "rêvez, et n'êtes pas en votre bon sens". Alibour appuya son sentiment de bonnes preuves, que le prince crut bien détruire, en lui apprenant, plus particulièrement, en quels termes il en étoit avec la dame. "Je ne sais, répartit le vieux médecin avec beaucoup de "phlegme, ce que vous avez fait ou point fait" ; & il le remit, pour la preuve complette, à six ou sept mois de là. Le roi quitta Alibour extrêmement en colère, & s'en alla, de ce pas, gronder la belle malade, qui sut bien riiabiller tout ce qu'avoit dit, ignoramment, le bon-homme; car on ne vit aucune mésintelligence entre le roi & sa maîtresse. Il est bien vrai que l'effet fut, de tout point, conforme à la prédiction d' Alibour."
Sancy trouva à parier jusque sur la mort du bonhonmie
Alibour et il l'aurait trouvée plus naturelle, si elle ne fut point arrivée avant l'accomplissement de sa prédiction." [Sully: Mémoires, Liège, 1788, t. H, pp. 341-342).
L'insinuation est ici aussi claire que dans le récit de Pierre <3e TEstoile.
M. Desclozeaux consacre tout un chapitre de son ouvrage sur Gabrielle d'Estrées à réfuter cetto légende. Ce fervent panégyriste de la trop célèbre Gabrielle ne veut pas croire que son héroïne eût i'âme aussi noire et traite de conte ridicule l'histoire du médecin d'Aillebout. {Desclozeaux, Gabrielle d'Estrées, 1889, p. 196).
Tallemant des Eeaux, dans ses Historiettes (édition Paulin Paris, I, p. 79) donne une autre version du même conte, mais elle est encore moins vraisemblable, puisqu'elle fait vivre encore Jean d'Aillebout en 1598.
Ce qui est certain, c'est que le premier médecin, "faute de bon appareil, ou autrement", comme dit Sully, mourut en juillet 15^4. Presque tous ceux qui en ont parlé à cette date l'appellent "le vieux monsieur Ailleboust ou Alibour.' Il devait donc être d'un âge assez
avancé. Nous en avons fait le dernier fils de Pierre d'Aillebout pour nous conformer à l'ordre établi par le correspondant de l'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, plus haut cité, mais dans ce cas il n'aurait eu à sa mort que 64 ou 65 ans. Peut-être est-ce lui qu'il faut placer comme l'aîné de la famille à la place de l'autre Jean, le médecin calviniste de Sens qui lui a d'ailleurs survécu.
Jean, médecin de Henri IV, fut-il lui aussi calviniste? On peut le présumer puisque nous l'avons vu un des familiers de ce prince dès 1580, en même temps que Sully et que Duplessis-Mornay, deui réformés impénitents. Henri IV n'abjura qu'en juillet 1593. Son médecin a pu suivre alors son exemple. Quoiqu'il en soit, ses enfants furent de la religion catholique. Et, d'après l'ordonnance du Conseil d'Etat maintenant en noblesse les fils d'Argenteuil en 1720, il eut au moins les deux suivants: