‹ La famille d'AilleboutChapitre 14 sur 46 · PIERRE D'AILLEBOUT D'ARGENTEUIL · texte numérisé non relu

PIERRE D'AILLEBOUT D'ARGENTEUIL

Xé à Québec, le 19 juin 1659, et baptisé au même endroit, le 21 du même mois, par le P. Le Mercier, d'après une copie authentique délivrée sur l'original le 12 octobre 1719; quatrième enfant de Charies Joseph d'Aillebout, sieur des Musseaux et de Catherine Le Gardeur de Eepentigny.

Il tire son surnom d'Àrgenteuil d'un village du même nom, situé dans l'arrondissement de Tonnerre, département de l'Yonne, (en Champagne).

D'après l'abbé Daniel, il était lieutenant dans les troupes en 1691.

En 1693, M. de Frontenac chargea d'Aillebout d'Argenteuil d'un important message pour M. de Louvigny, commandant à Michilimackinac, et, enfin de l'escorter avec ses dix-huit compagnons, il dépêcha Charles Séraphin Margane de la Valtrie avec 20 volontaires et plusieurs sauvages. Tout alla bien jusqu'au retour, en juin 1693, alors que l'escorte fut attaquée par les Iroquois et que M. de Lavaltrie fut tué, ainsi que trois de ses compagnons.

(Boy {P. G.) : Famille Lavaltrie, dans B. R. H., février 1917).

M. d'Argenteuil qui, pendant ce temps, était rendu à son poste, n'en réussit pas moins à remplir sa mission. Un des objets principaux de sa dangereuse expédition était d'assurer le transport à Montréal d'un lot considérable de pelleteries qui étaient impatiemment attendues. Le 4 août 1693, l'on vit arriver à Montréal 200 canots chargés de pelleteries sous la direction de M. d'Argenteuil. Il y avait pour 80,000 francs en valeur de castor. Ce fut une grande réjouissance; M. de Frontenac lui-même crut devoir monter Se Québec à cette occasion. [Charlevoix, Hist. of New France, édit. Shea, IV, p. 241).

Après avoir ramené ce castor de Michilimackinac, M. d'Argenteuil y retourna aussitôt comme lieutenant de M. de Louvigny.

En août 1G96, M. de Frontenac rencontre à Montréal M. d'Argenteuil qui arrivait de Mackinac avec 50 Français pour prendre part à l'expédition d'Onondaga. Le brave lieutenant arrivait trop tard, mais il apportait de bonnes nouvelles des dispositions favorables des Sauvages. {Charlevoix, édition Shea, V, p. 22).

Le 1er janvier 1709, lors de l'attaque et de la prise de Saint- Jean de Terreneuve, sous les ordres de M. de St-Ovide, d'Aillebout d'Argenteuil et son frère d'Aillebout furent des premiers à entrer dans la place. [Ihid., V, p. 213).

Le 30 juin 1707, le ministre écrit à M. d'Argenteuil et lui fait savoir combien il est aise qu'il ait suivi au Détroit M. de Cadillac. (Rapp. Archives 1899, suppl. Richard, p. 389).

Ce n'est que le 10 mai 1710, peu de temps avant sa mort que M. d'Argenteuil fut promu capitaine d'une compagnie. (Rapp. Archives 1899, Suppl., p. 422.) Vers le même temps il a dû solliciter un avancement d'autre sorte, car, à la page 389 du rapport des archives précité, nous voyons que le ministre lui écrit qu'il n'a pu le proposer au roi pour le commandement de Michilimakinac et qu'on attend de lui plus d'application. Cette lettre est datée du 7 juillet 1711. Il y avait plus de trois mois que son destinataire était mort et enterré, heureusement sans avoir connu cette demi-rebuffade. M. d'Aillebout d'Argenteuil, en effet, mourut assez inopinément en mars 1711, à l'âge d'environ 50 ans, au moment où il s'apprêtait à repartir pour les pays d'en haut, en mission chez les nations, c'est-à-dire chez les sauvages.

Le 25 avril 1711, M. de Vaudreuil annonce sa mort en ces termes à M. de Pontchartrain : "Le Sieur d'iVrgenteuil que j'avais choisi, à la suggestion de M. de Ramezay, pour porter mes instructions au Détroit et en ramener les sauvages, est mort d'apoplexie deux jours après que j'eus quitté Montréal. (Cf. O'CalJaghan: Doc. relative to Colonial IliM. of the State of N.-Y. IX, p. 855).

Voici ce que son fils Jean d'Argenteuil en écrivait, un peu après 1720, au cours d'une requête adressée à M. de Maurepas.

"Pierre d'Aillebout, sieur d'Argenteuil, capitaine, est mort en 1711, lorsqu'il allait dans les pays d'en haut inviter les Outaouais et autres nations de venir se joindre à nous pour s'opposer aux Anglais qui venaient avec une flotte pour faire la conquête du Canada. Il avait été employé «plusieurs fois à des négociations de cette nature et

y était très nécessaire, y ayant toujours réussi avec succès pour le bien du service du Eoy et du pays par l'ascendant qu'il avait sur Tesprit des sauvages." (Document inédit).

Ainsi que son illustre frère Nicolas d'Aillebout de Manthet, il jouissait d'une influence considérable sur les tribus sauvages, influence hautement appréciée par les gouverneurs d'alors qui surent l'utiliser, et même après sa mort. C'est ainsi que le 2T mars 1711, neuf jours après son inhumation qui eut lieu à Montréal, le 16 mars précédent, M. de Vaudreuil lui rend cet hommage dans une lettre à M. de Eamezay : "Il faut dire aux nations que M. d'Argenteuil (Louis d'Aillebout, Sieur d'Argenteuil) va les voir à la place de son père." (Rapp. Archives 1899, Suppl., p. 111).

M, Philias Gagnon, qui possédait de lui une lettre autographe, (Essai de bibliographie, II, No 2532), nous dit que "c'était un garçon instruit et qui écrivait bien." Il s'est trompé cependant, avec beaucoup d'autres d'ailleurs, en le faisant naître en 1669. Cela provient sans doute d'une erreur de M. l'abbé Tanguay qui n'est peutêtre qu'une faute d'impression, puisque dans le même article où il fait baptiser Pierre d'Aillebout d'Argenteuil, le 24 juin 1669, il enregistre le baptême de sa soeur Catherine à la date exacte du 27 mai 1669. D'ailleurs le contrat de mariage de Pierre d'Argenteuil passé à Québec, devant Genaple, le 2 novembre 1687, le dit âgé de 27 à 28 ans.

C'est en effet le 4 novembre 1687, que Pierre d'Aillebout d'Argenteuil épousa à Québec, Marie Louise, fille de Pierre Denys, Sr de la Eonde, et de Catherine Le Neuf de La Potherie, baptisée h Québec le 27 janvier 1671. Il devenait ainsi le beau-frère de Denis de Bonaventure, de Thomas de La Naudière, de Charles Aubert de la Chesnaye, de Claude de Eamezay, etc., et il allait l'être de son propre frère, Nicolas d'Aillebout de Manthet.

Marie Louise Denys survécut plus de 35 ans à son mari, et une nombreuse correspondance originale qu'il nous a été donné de parcourir, nous montre que pendant ce temps, elle a su gérer ses affaires avec une rare maîtrise.

L'abbé Daniel nous dit que, devenue veuve, elle obtint une pension de 150 livres. Si elle l'obtint ce ne fut que fort tard. En effet, le 20 juin 1713, le ministre écrit à M. de Eamezay qu'il "ne peut accorder de pension à Mme d'Argenteuil (sa belle-soeur), parce qu'il n'y en a pas de vacante." (Rapp. Archives 1899, Suppl., p. 457). Qua-

torze ans plus tard, le 23 octobre 1727, M. de Beaiihamois sollicitait encore en son nom la faveur d'une pension.

Un peu pour cette raison probablement, ilme d'Argenteuil passa en France. La suscription d'une lettre qui lui est adressée par un de ses fils en 1720, nous apprend que pendant ce voyage, elle fit un séjour chez M. de Subercase, à Cannes, près Montereau-Faut- Yonne. Cannes, ( aujourd'hui Cannes-Ecluse, dans le département de Seine et Marne) est précisément l'endroit où mourut en 1732 le célèbre gouverneur de l'Acadie. Mme d'Argenteuil profita sans doute de son passage à Paris pour pousser plus activement devant le Conseil d'Etat l'instance qu'elle avait entreprise, avec l'appui de son beau-frère Louis d'Aillebout de Coulonge, pour obtenir le maintien en noblesse de ses sept fils et elle y réussit parfaitement.

Le 11 juin 1720, en effet, le conseil d'Etat rendait son arrêt ordonnant le maintien en noblesse des fils d'Argenteuil. Cette ordonnance ne fut cependant enregistrée à Québec que le 5 mars 1736.

Voici (le texte de cet important document d'après une copie authentique faite en 1736, et que nous retrouvons parmi les papiers de la famille d'Argenteuil, dans la collection de manuscrits Baby:

EXTEAIT DES EEGISTEES DU CONSEIL D'ETAT

"SUR LA REQUETE PRESENTEE AU ROY Estant en Conseil par Louis d'Ailleboust, Ecuyer Sr de Coulonges, Délie Marie Louise Denis veuve de pierre d'ailleboust, Ecuyer, sr d'Argenteuil, Capitaine d'Infantrie Entretenu en Canada tant en son nom qu'en celuy de Charles Joseph d'ailleboust, Ecuyer Enseigne d'Infanterie en l'Isle Royale, Louis d'ailleboust Ecuyer sr d'Argenteuil, Pierre hector d'ailleboust Ecuyer sr de Villemer, Jean d'ailleboust Ecuyer Lieutenant d'Infanterie aux isles de l'Amérique, Paul alexandre d'ailleboust Ecuyer sr de Cuisy, Claude Daniel d'ailleboust Ecuyer sr de Lavillon et Philipes d'ailleboust Ecuyer sr de Cerry, ses Enfants; Paul d'ailleboust Ecuyer sr de Perrigny Capitaine d'Inf.i literie en Canada et Jean baptiste d'ailleboust Ecuyer sr des Musseaux, Les dits Louis, Pifn-e, Paul et jean bp.pti5i"e d'ailleboust f ror s demeurant en Canada; Contenant que sur une requête cy devant présentée à sa Ma*^ par alexandre antoine d'aillebout Ecuyer sr de St Michel d'ailleboust. Election de Beauvais, généralité de Paris, leur Cousin pour estre maintenu dans sa Noblesse, il auroit esté par ordre de sa Majesté Ecrit par le sr Comte de Pontchartrain, Secrétaire d'Estat

au sr Begon iuteiiclant le la Xoiivelle france ou C'anacla pour avoir les titres de cette famille qui Si trouve Etablie depuis près de Cent ans que Louis d'ailleboust chevalier seigneur de Coulonges grand oncle des Supplians en avoit esté fait Gouverneur General dès Mil six Cent quarante huit; qu'en Execution des dites ordres il avoit fait perquisition des dits titres, en avoit fait un inventaire qu'il avoit Envoyé avec des copies vidimées aux quels avoient esté jointes ceux mentionnez dans la ditte requête d'alexandre antoine d'ailleboust sr de St Michel, que par ces titres il paroist qu'ils sont descendus de Pierre d'ailleboust Médecin ordinaire de Roy françois premier mort le vingt un aoust mil cinq cens trente un, qu'il eut pour enfants Charles d'ailleboust, Evêque d'Autun, Jean d'ailleboust premier Médecin du Roy henry quatre duquel sont descendus les Srs d'ailleboust de Mivoisin, Election de Montargis, généralité d'Orléans, maintenus dans Leurs noblesse par Le sr de Machaut intendant de cette généralité en mil Six cens Soixante sept et antoine d'ailleboust Conseiller au Conseil de M. Le Prince de Condé, hisayeul et Trisayeul des Suplians ; que le d. antoine d'A'lleboust avoit eu deux fils, Scavoir Louis d'ailleboust chevalier seigneur de Coulonge, Gouverneur et Lieutenant général de la nouvelle france ou Canada mort sans enfans à Montréal de Barbe de Boulogne sa femme et Nicolas d'ailleboust Ecuyer sr de Coulonge, mary de Délie Dorothée de Montet d'Argentenay sa femme, ayeuls et bisayeuls que de ce mariage Sortirent charles d'ailleboust Ecuyer sr des Musseaux et Roger antoine d'ailleboust Ecuyer Garde du Corps du Roy, père d'Alexandre antoine d'ailleboust Ecuyer sr de St Michel Garde du Corps de sa Majesté qui a esté maintenu dans sa noblesse par arrest du Conseil d'Estat du quatre Juin mil sept cens dix sept; le d. charles d'ailleboust Seigneur des Musseaux Establit en Canada et y rendit à l'Exemple de son oncle des services considérables aussy bien que ses descendans tant a l'Etablissement que pour La deffense de cette Colonie, il s'y maria avec Délie Catherine le Gardeur, Père et Mère et ayeuls des Suplians, lesquels portent pour armes des gueule au Chevron d'or accompagné de trois Etoilles de même deux en Chef et une en pointe.

"A CES CAUSES ils requièrent en conséquence de ce que dessus et des titres quils raportent pour Le prouver qu'il plaise à sa Ma^^ de Les maintenir dans Les privilège de leur nohlesse, Yeu la déclaration du seize Janvier Mil sept cens quatorze et Les arrêtés du Conseil rendus en Conséquence; la Requête; les généalogies et armes des Suplians; un Extrait de Lestât de La Maison du Roy françois premier

dans lequel pierre cVailleboust est Employé comme son Médecin ordinaire et qivil estoit mort le vingt vn aoust ]\Iil Cinq cens trente vn; vne Lettre Patente du Roy henry quatre en faveur de jean d'ailleboust son premier Médecin du Douze Mars i\Iil Cinq Cens quatre vingt treize; Extrait du Deuxiesme Tome Page Cinquante quatre du Gallia Christiona dans Lequel il est raporté que Charles d'ailleboust abbô de sept fons fut nommé Eveque d'Autun en Mil Cinq cens soixante douze et qu'il en prit possession l'an Mil Cinq cens Soixante quatorze ; Expédition du Contract de Mariage de Nicolas d'ailleboust Ecuyer sr de Coulonges en Tonnerois, fils d'antoine d'ailleboust Conseiller ordinaire au Conseil de M. Le Prince de Condé avec Délie Dorothée de Montet fille de jean de Montet Ecuyer sr d'Argentenay et de Deîle Suzanne hotman veuve en dernier Noces du d. Antoine d'Ailleboust, ce contract passé par devant Dupuis et Nurat Nottaires au Chatelet de Paris et délivré sur la minutte le douze avril mil sept Cent vingt signé de Plasses; prouisions de Gouverneur et Lieutenant gênerai dans l'Etendue du fleve St Laurent en la Nouvelle france isles et terre adjacentes en faveur de Louis D'ailleboust Ecuyer du deux Mars mil six cens quarante huit, avec des Lettres d'attaché de La Eeine Mère du Roy en qualité de Chef et Surintendante de la Navigation et Commerce de france; Lettre du Roy au d, sr d'ailleiDoust de Coulonge pour se rendre en france après ses trois années de gouvernement et rendre compte à Sa Ma*^ de Letat du pays du vingt neuf avril mil Six cens Cinquante; deux Commission de Charles de Lauzon Gouverneur et Lieutenant gênerai de La nouvelle france à Louis d'ailleboust chevalier Seigneur de Coulonges pour L'Etablir et faire reconnaître Gouverneur en son absence du d. pays du vingt- Six aoust mil Six Cent Cinquante sept; Contrat de Mariage passé devant Guillaume Audouart Notaire Royal a Québec du trois Septembre mil six cent Cinquante deux de charles d'ailleboust Ecuyer sr des Musseaux, fils de Nicolas Ecuyer sr de Coulonges et de Délie Dorothée ^lontet, avec Délie Catherine Le Gardeur fille de Pierre L-e Gardeur Ecuyer sr de Repentigny, et de Marie de favery; Contrat hq Mariage passé devant françois Genaple Notaire Royal en La provoté de Québec le deux novembre mil six cens quatre vingt sept de Pierre d'ailleboust Ecuyer sr d'Argenteuil, âgé de vingt sept a vingt huit ans, fils de Charles d'ailleboust Ecuyer sr des Musseaux et de Délie Catherine Le Gardeur, avec Délie Marie Louise fille de Pierre Denis Ecuyer 'sr de La ronde et de Délie Marie Catherine le Neuf. Le a.

LA FAMILLE D'AILLEEOLT

er des Musseaux (1) assisté de Louis D'Ailleboust Ecuyer sr de Coulonges, de Paul dailleboust Ecuyer sr de Perrigny et de jean baptiste d'ailleboust Ecuyer sr des Musseaux Ses frères; Lettre du sr Compte de Pontchartrin secrétaire d'Estat au sr Begon intendant de Canada du Deux aoust 1716; Lettre et mémoire du d. sr Begon du quatorze Nouembre mil sept cens dix neuf, contenant l'inventaire des Requête et titres du sr D'ailleboust, et que du mariage de Pierre d'ailleboust Ecuyer sr de Coulonge avec Délie Marie Louise Denis Sont issus sept garçons, Scavoir charles Joseph d'ailleboust Ecuyer Enseigne d'une Compagnie d'infanterie Entretenue en l'Isle Eoyale en Canada, Louis d'ailleboust Ecuyer sr d'argenteuil, Pierre hector d'ailleboust Ecuyer sr de Villemer. jean d'ailleboust Ecuyer dit le chevalier d'ailleboust. Lieutenant d'une Compagnie d'infanterie aux Isles de l'Ajnerique, Paul alexandre d'ailleboust Ecuyer sr de Cuisy Cadet dans les troupes, Claude Daniel d'ailleboust Ecuyer sr Lavillon et Philipes d'ailleboust Ecuyer sr de Cerr}-; Arrest du Conseil d'Est-at qui maintient dans sa noblesse alexandre Antoine D'ailleboust Ecuyer sr de St Michel Cousin des Suplians du quatre Juin mil sept Cent dix sept signé Philipeaux: Extrait du Jugement rendu par le sr de Mâchant Intendant de la généralité d'orleans en faveur d'henr}' d'ailleboust, sr de Mivoisin de l'an mil Six cens soixante sept. "ÔUY Le rapport et tout considéré Le EOY ESTAXT EN SON CONSEIL de L'Avis de Monsieur Le Duc d'orleans, Eegent, a maintenu et maintient les dits Louis d'ailleboust sr de Coulonge, Paul d'ailleboust sr de Perrigny Capitaine Entretenu en Canada, et Jean baptiste d'Ailleboust sr des Musseaux, frères, Charles Joseph d'ailleboust, eneigne d'infanterie en Lisle Eoyale, Louis d'ailleboust sr dargenteuil, Pierre hector d'aillelx)ust sr de Yillemer, Jean d'ailleboust Lieutenant d'infanterie aux Isles de l'amerique, Paul alexandre d'Ailleboust sr de Cuisy, Claude Daniel d'ailleboust sr de La Villon et Philipes d'Ailleboust sr de Cerry, frères, enfants du dit feu Pierre d'ailleboust sr Dargenteuil et de la d. Délie Marie Louise sa veuve dans leur noblesse et qualité d'Ecuyer, Et la d. marie Louise Denis Dans Les privilèges de Veuve d'un Gentilhomme tant qu'elle sera en viduité, A ordonné et ordonne qu'ils jouiront et Leurs posteritez nez et à naître en Légitime mariage de tous les privilèges, honneurs, franchises et Exemptions dont jouissent Les gentils hommes du Royaume et pays soumis a Lobeissanc-e de sa Ma^^, fait deffenses de Les y troubler tant quil viveront noblement et qu'ils ne feront acte dero- (1) Des Musseaux est évidemment ici un lapsus pour d'Argenteuil.

géant, et que pour cet Effet ils seront inscrits dans le Catalogue des Nobles du Eoyaume et pays Soumis a sa Ma*^ conformément aux arrêts du Conseil des vingt deux Mars mil six cens soixante Six et vingt six février mil six cens quatre vingt dix sept, fait et arrêté au Conseil d'Bstat du Eoy sa Ma*^ y estant tenu a Paris le onze Juin mil sept Cens vingt. — signé

Fleurieau.

"Registre Es Registre du Conseil supérieur de La Nouvelle france ouy Le Procureur General du Roy Suivant Larrest de ce jour pour jouir par la Dame Veuve D'argenteuil Es noms jouir de Leffet es Contenu au présent arrest du Conseil d'Estat du Roy par Nous Conseiller secrétaire du Roy Greffier En chef du d. Conseil Soussigné à Québec Le Cinq Mars 1736.

Signé DAINE."

Mais le but principal du voyage de Mme d'Argenteuil était d'obtenir un règlement de la difficulté survenue entre elle et les Messieurs de Saint-Sulpice au sujet de sa concession du Lac des Deux- Montagnes. Il s'agissait du fief d'Argenteuil contigu à celui des Ecclésiastiques du Séminaire, et l'on ne s'entendait pas sur la délimitation des bornes de chacun. Ce qui rendait plus difficile la position de Mme d'Argenteuil, c'est qu'elle ne possédait pas un titre définitif de concession. Son beau-père, Charles d'Aillebout, Sieur des Musseaux n'avait jamais pu obtenir de l'intendant Duchesneau, le 7 juin 1680, et du comte de Frontenac, le 15 juin 1682, qu'une promesse de concession. Quoiqu'il en fût, le 13 février 1697, Charles d'Aillebout des Musseaux et sa femme Catherine Le Gardeur vendaient la seigneurie à leur fils Pierre d'Aillebout d'Argenteuil. Ce dernier, écrit M. P. G. Roy (Les Noms Géographiques, p. 39) "prêta le serment de fidélité en 1725 et fit légaliser la promesse ae 1682." Nous avons vu que M. d'Argenteuil, en 1725, était mort depuis quatorze ans. C'est sa veuve qui, en 1725, sur production des promesses Duchesneau-Frontenac, obtint de M. Begon une concession et fut admise à prêter le serment de fidélité pour son fief d'Argenteuil. Mais la contestation entre elle et les Messieurs de Saint- Siûpice, qui avait commencé longtemps auparavant, se continua encore longtemps uprès. Il en est question fréquemment dans la correspondance officielle entre le Président du Conseil de la marine et M. de Beauhamois. L'on cherche à régler l'affaire au moyen d'un com-

LA J'AMILLE D'AILLEBOUT

promis. Ce n'est que le 6 mai 1732 que le Eoi ratifie la concession. M, de Maurepas écrit à MM. de Beauhamois et Hocquart:

"Suï le compte que j'ai rendu du tout au Roy, S. M. a bien voulu laisser à la dame d'Argenteuil la jouissance de la seigneurie en question conformément au rumb de vent réglé par l'arrêt du Conseil Supérieur de Québec du 7 octobre 1722, à condition qu'elle l'établira, qu'elle n'y attirera point le commerce des sauvages et qu'elle ne nuira point au progrès de la religion." (^Documents seigneuriaux: Tableau des concessions, No 382).

Le 5 février 1781, le fils de Mme d'Argenteuil, Paul Alex. d'Aillebout de Cuisy, tant en son nom que comme fondé de pouvoir de ses co-héritiers, vendait ce même fief d'Argenteuil à Pierre Louis Panet. L'acte de vente ie décrit ainsi : "un fief et seigneurie en titre de haute, moyenne et basse justice, sis et situé au-dessus de l'île de Montréal, sur le côté du nord, de deux lieues de front sur quatre de profondeur, la rivière du nord comprise; à prendre la dite seigneurie depuis le bas du Long Sault avec les îles, îlots et battures qui se trouvent à la dite étendue de deux lieues de front, dont l'île Carion fait partie "

Quoiqu'il en fût du succès ou de l'insuccès de son voyage en France, Mme d'Argenteuil dut repasser au Canada vers la fin de 1720 ou le commencement de 1721. Nous voyons en effet qu'en 1720, le passage pour le Canada est accordé à M. de Ramezay et à Mme d'Argenteuil, sa belle-soeur, sur le navire "le Chameau", probablement le même qui devait périr si tristement trois ans plus tard au large de Louisbourg. Toutefois ]\I. de Ramezay passa seul au Canada en 1720, car à son retour de Québec, le 18 octobre de la même année, il écrivait à Mme d'Argenteuil qui était encore en France.

Mme d'Argenteuil mourut âgée de 77 ans et fut inhumée à Montréal le 5 novembre 1747. Le partage de sa succession se fit par les soins de Danré de Blanzy, notaire, le 1er mars 1749, et les frais communs déduits, il resta à partager entre les sept enfants vivants, 46,646 livres, 10 sols et 5 deniers.

Du mariage de Pierre d'Aillebout d'Argenteuil avec Marie Louise Denis, sont issus les enfants suivants:

IV a CHAELES JOSEPH D'AILLEBOUT

Baptisé à Montréal le 5 décembre 1688; il était l'aîné de ila famille d'Argenteuil et le premier des petits-fils de Charles d'Aillebont des Musseaux, Il fut toujours connu et désigné sous le nom de d'Aillebout tout court.

La première intention de ses parents fut évidemment de l'envoyer servir en France, puisque en novembre 1707, son onde, Claude de Ramezay demande ipour lui des lettres de garde-marine. Mais il ne paraît pas que la supplique de M. de Ramezay ait été exaucée, car le 6 juin 1708, le ministre écrit à M. de Subercase, gouverneur de l'Acadie, qu'à la prochaine vacance il accordera une enseigne au Sieur d'Aillebout. Et, en effet, le 10 mai 1710, le ministre annonce à M. de Falaise qu'il a accordé à d'Aillebout une des deux enseignes alors vacantes. (Rapp. Archives 1899, Suppl., pp. 208, 401, 426).

Un peu après 1710, M. d'Aillebout a dû repasser d'Acadie en Canada, puisque, le 19 mars 1714, le ministre donne instruction à MM. de Vaudreuil et Begon de faire passer un vaisseau à l'île Royale avec MM. de Cannes, de la Tour, d'Aillebout .... et 30 soldats. {Ihideîïi, p. 463).

En mars 1714, M. de Subercase, qui était retourné en France mais ne cessait pas de s'intéresser à ses protégés, écrit la lettre suivante à Charles- Joseph d'Aillebout:

*'Je suis charmé que vous soyez au Cap Breton. Attaches vous à vostre métier et à vos commandants. C'est le moyen de parvenir à quelque chose, et assures vous que je ne vous seray pas inutile en ce pais icy et que je doneray mes soins pour rostre establissement et avancement, et je me flate que vous ne seres pas longtemps sans en avoir des marques

"Comme je ne crois pas que vos affaires soient dans une situation bien avantageuse, demandés de ma part trente pistoles à !M. de ramezay pour achepter les choses qui vous seront nécessaires pour le commencement de votre establissement. Faits luy voir ma lettre et donnez-lui votre ressu. Je luy passeray à compte et vous me payere7.

si tost que vous le pourrez

Subercase."

A l'exception de quelques courts congés en Canada et en France, M. d'Aillel)out ne cesisera depuis lors jusqu'en 1754 de sen'ir à l'Ile Eoyale. Ce ne fut pas toujours de bon gré cependant, car pendant tout ce temps, nous le voyons souvent solliciter avec la plus vive instance la permission de servir en Canada. Dans une lettre écrite le 4 septembre 1719, à sa mère qui part pour la France, il la supplie de travailler pour qu'il revienne au Canada, car il meurt de chagrin. lî compte beaucoup svir une lieutenance prochaine pour avancer son projet. En effet, il est promu lieutenant, le 7 juillet 1720, mais. . . . il reste en Acadie. Et huit ans plus tard, à demi résigné sans doute, il s'y marie. Son temps se passe partagé entre le service militaire et le commerce. Comme la plupart des officiers de l'Ile Eoyale, en effet, M. d'Aillebout cherchait à se faire un pécule en affrétant des navires, ^die moitié avec d'autres, et en vendant la cargaison.

Lieutenant depuis 1720, M. d'Aillebout fut promu capitaine d'une compagnie le 20 juin 1730. {Rapp. Archives 1904, p. 133), et en même temps que M. de Cannes, son camarade de promotion, il est chargé de la levée des recrues, (^ihid., p. 147).

Pendant ce temps l'officier n'a pas cessé de soupirer après son transfert en Canada. Nous lisons en effet, dans une lettre du président du Conseil de Marine à M. de St-Ovide, le 8 mai 1736, que M. d'Aillebout pourra aller servir au Canada s'il trouve an capitaine qui veuille échanger avec lui. Mais il dut chercher vainement ce capitaine bénévole, puisqu'il fut longtemps encore en Acadie.

Le 22 octobre 1736, M. de Brouillan sollicite pour lui la croix de St-Louis. Cette demande est renouvelée avec instance par M. de Forant, le 14 novembre 1739 et le 19 octobre 1741, par M. Duquesnel. (Rapp. Arcliives 1881, pp. 289, 292, 302). Mais M. d'Ailleobut, en cette dernière année ne reçoit qu'une assurance du président du Conseil de marine qu'il ne perdra pas l'occasion de lui accorder la croix de Saint-Louis. Cette occasion tant désirée ne devait se présenter qu'en 1745, avec le siège de Louisbuorg.

Dans son ouvrage "Une Seconde Acadie", {page 101), M. l'abbé Casgrain raconte en détail, d'après le rapport de M. du Chambon publié au 2e volume de la "Collection des manuscrits relatifs à la Nouvelle-France", la belle défense de l'Ile de l'Entrée qui fut certainement le plus magnifique épisode du premier siège de Louisbourg, et il en attribue la gloire à M. d'Aillebout de Saint-Vilmé. C'est ici le temps de rendre à César ce qui est à César. Le vrai héros de la défense de l'Ile de l'Entrée fut, non pas d'x\ilIebout de Saint-Vilmé,

LlA famille D'AILi.EBOUT 55

mais son frère aîné, Charles Joseph d'Aillebout. Du Chambon, d'ailleurs, parle du capitaine d'Aillebout, et non de M. d'Aillebout de St-Vilmé.

Le capitaine d'Aillebout, avec 180 soldats et 39 pièces d'artillerie, défendait la batterie de l'île de l'Entrée qui fermait le port de Louisbourg, lorsqu'elle fut attaquée par 1,000 Anglais, disent les Français, par 5 à 600, disent les Anglais. L'attaque, commandée par Brooks, se fit la nuit du 6 au 7 juin 1745; elle fut vaillamment repornssée par ]\I. d'Aillebout que, avec ^I. Eury de la Pérelle, paya bravement de sa 'personne. On fit 119 ^prisonniers, et il y eut chez les assiégeants 250 tués, noyés et blessés.

Voici comment le même incident est relaté en termes plus succincts dans la ^'Lettre d'un habitant de Louisbourg", publiée à Pana, en 1745.

"Les assiégeants tentèrent de nous surprendre la batterie de l'Entrée: un détachement d'environ 500 hommes s'y étant transporté pendant la nuit du G au 7, fut taillé en pièces par le Sr Dailleboust,

capitaine de compagnie qui y commandait " (Edition Wronff,

Cet exploit réjouit fort la population de Louisbourg, mais ne réussit pas à sauver la ville elle-même qui, le 27 juin suivant, dut capituler aux mains des Anglais après 46 jours de siège. La garni- 1 on, qui avait obtenu les honneurs de la guerre,* fut immédiatement transportée en France, à Rochefort. M. d'Aillebout resta en arrière, chargé d'accompagner un peu plus tard le transport composé d'habitants. Mais la renommée de ses exploits l'avait déjà précédé en France. Le 1er avril 1745, à bord du "Lainceston", M. Bigot écnvait au ministre pour lui rendre compte des derniers événements et il glorifiait hautement la belle conduite de M. d'Aillebout au siège de Louisbourg. (Rapp. Archives 1905, vol. I, 6e partie, p. 488.) Et dès le 14 septembre suivant, le ministre lui-même fait savoir à M. d'Aillebout que "le roi pour lui témoigner sa satisfaction de sa conduite au siège de Louisbourg, particulièrement de la défense qu'il a faite à l'île de l'Entrée, lui accorde la croix de Saint-Louis." {Idid., p. 61). M. d'Aillebout nous apprend par une lettre à son frère daree de Rochefort, le 20 juin 1746, qu'il obtint en plus, à son arrivée, en France, une gratification de 600 livres. Voici enfin ce qu'en écrit, avec un orgueil fraternel, M. d'Aillebout de Saint-Vilmé lui-même, dans une lettre écrite de Bordeaux, le 26 février 1746, et adresséée à im autre de ses frères, Jean d'Argenteuil : "Daillebout a eu la croix

de Saint-Louis et c'est celuy de tous les officiers qui a le mieux fait à ce que l'on dit, quoiqu'ils se soient tous bien battus."

Fort heureusement pour lui, ayant été désigné avec sa compagnie pour garder le port de Eochefort, M. d'Aillebout ne s'embarqua pas sur l'escadre du duc d'AnviUe, partie dans l'été de 1746 à destination de rile Eoyale et dont faisaient partie M. de la Jonquière, le gouverneur nommé de la Nouvelle-France, et Bigot. On sait quel désastre ruina cette malheureuse expédition. Mais il s'embarqua l'année suivante, en mai 1747, sur une nouvelle escadre aux ordres de M. de la Jonquière, et, dans la rencontre inégale qui eut lieu entre les 9 vaisseaux de la flotte française et les 19 vaisseaux de l'amiral Anson, il faut fait prisonnier avec le détachement des troupes de l'Ile Eoyale qu'il commandait. Sa famille fut probablement prisonnière en même temps et conduite avec lui en Angleterre. En effet, le 7 mars 1747, avant le départ de l'escadre le président du Conseil de Marine avait décidé qu'il n'y aurait que les sieurs d'Aillebout et Prévost qui embarqueraient leurs familles, et qu'une gratification serait accordée aux autres officiers des troupes' de l'Ile Eoyale laissant leurs femmes en France. Quoiqu'il en soit, dès le 14 septembre 1747, bien avant M. de la Jonquière qui ne fut relâché qu'à la signature du traité d'Aix-la-Chapelle, le 30 avril 1749, M. d'Aillebout était de retour en France, avec les autres officiers de son détachement, et le même jour le Président du Conseil de Marine le félicitait sur son retour d'Angleterre, et lui exprimait sa satisfaction de la valeur déployée par les troupes de l'Ile Eoyale en cette occasion. [Rapp. Archives, vol. I, 6e partie, pp. 89, 91, 94).

Le 21 décembre 1747, M. d'Aillebout est prévenu qu'il devra s'embarquer de bonne heure l'an prochain pour le Canada avec la plupart des officiers des compagnies qui se trouvent en France. Il dut s'embarquer en effet sur les premiers vaisseaux, emportant l'assurance d'un bon avancement en Canada à la prochaine occasion. Mais le sort devait encore décider qu'il retournerait en Acadie, contre sa volonté et à son grand chagrin. L'Ile Eoyale ayant été restituée à la France par le traité d'Aix-la-Chapelle, ordre est donné, le 28 février 1749, à tous les officiers et soldats de l'ancienne garnison qui sont en Canada de repasser à Louisbourg dans le cours de juin . En effet, le 4 juillet 1749, M. d'Aillebout écrit de Québec à son frère le Chevalier qu'il part le lendemain pour l'Ile Eoyale, où il espère avoir le commandement des troupes. Mais, dès le 28 février 1749, le président du Conseil de la marine avait avisé M. de la Jonquière encore

LA FAMILLE D'AILLEBOUT gij'

en France que M. d'Aillebout avait été choisi pour être lieutenant de roi à Louisbourg. En outre de sa commission de lieutenant de roi datée du 1er mars 1749, M. d'Aillebout reçut en 1750 la bonne nouvelle d'une gratification de 800 livres en considération de ses services pendant le siège et du dommage subi par ses propriétés, (Ihid., p. 108, 503).

Après avoir vainement sollicité en 1752 le commandement de l'île Saint-Jean où il eut aimé retrouver son frère le Chevalier, il fut chargé du gouvernement par intérim de la colonie de l'île Eoyale, depuis le départ du comte de Eaymond, en octobre 1753, jusqu'à l'arrivée de M. de Drucourt en août 1754.

M. d'Aillebout, comme commandant intérimaire de la colonie est fort maltraité par les correspondants de Courtois de Surlaville dont M. Du Bosq de Beaumont a publié les lettres dans les "Derniers Jours de VAcadie française". Le Chevalier de la Houssaye surtout, qui mettait au service de Surlaville une si belle haine de tous les officiers canadiens, ne ménage pas à M. d'Aillebout les aménités, ni les injustices. Le 13 juillet 1754, il écrit au sujet de M. d'Aillebout: "Notre commandant attend, avec impatience M. Drucourt pour lui remettre les rênes du commandement, fardeau au-dessus de ses forces ; c'est une vraie tête de gelinotte, (sic.)'' Evidemment, le chevalier de la Houssaye ne savait pas que M. d'Aillebout venait d'être nommé le 20 mai précédent lieutenant de roi aux Trois-Eivières, car alors il eût mieux compris son impatience. L'arrivée de M. de Drucourt allait enfin le libérer de l'Acadie, et lui permettre ■àe retourner au Canada, rêve qu'il chérissait depuis près de quarante ans.

M. d'Aillebout n'occupa son nouveau poste que peu de temps. Le 31 mars 1756, il était remplacé aux Trois-Rivières par M. de Novan, et lui-même était appelé à remplacer, comme lieutenant de roi à Montréal, M. de Lantagnac trop âgé. En lui annonçant cette nouvelle, le président du Conseil de marine prend soin de faire remarquer '^'que cette promotion est une marque particulière de confiance, attendu que le gouvernement de ]\Iontréal restera sans titulaire cette année CM. de Longueuil étant mort et ne devant pas être immédiatement remplacé.) (Rapp. Arcîiives 1905, vol. I, 6e partie, p. 221.)

M. d'Aillebout fut le dernier lieutenant de roi à Montréal. Yers la fin de 1757 il fut sur le point d'être nommé au gouvernement des Trois-Rivières, à la î>lace de M. Rigaud de Vaudreuil, nommé à Montréal, mais sur la recommandation du marquis de Vaudreuil, la Cour lui préféra le chevalier Paul Joseph Lemoyne de Longueuil.

Voici ce qu'en écrit le président du Conseil de marine à M. de Vaudreuil, le 28 janvier 1759 : "M. d'Aillebout, lieutenant de roi à Mont-réal, représente que M. de Longueuil a été fait gouverneur des Trois- Eivières à son préjudice. Tous deux, il est vrai, sont lieutenant (de roi) depuis 1749, mais M. de Longueuil n'est entré au service en Canada qu'en 1726, lorsque M. d'Aillebout sert depuis 1712, qu'il a rendu des services avant et pendant le siège de Louisbourg en 1745, et depuis en Canada."

Le ministre ajoute qu'il ne "blâme pas M, de Vaudreuil d'avoir préféré M. de Longueuil, mais qu'il tenait à lui faire part des représentations de M. d'Aillebout." (Rapp. Archives 1905, vol. I, 6e partie, p. 280).

Compris dans la capitulation de Montréal, M. d'Aillebout a dû s'embarquer pour la France avec sa famille vers la fin de 1760 ou au commencement de 1761. Mais il ne survécut pas longtemps au désastre du Canada. Le document suivant signé par son peit-fils, Jean Baptiste Phillipe d'Estiniauville de Beaumouchel nous apprend la date approximative de sa mort:

"Je certifie et atteste que Monsieur Charles d'Aillebout, mon grand'père, est mort à Rochefort dans le mois de décembre mil sept cent soixante et un, à son retour de Versailles d'où il venait de toucher l'argent des appointements de mon oncle le chevalier d'Aillel^our à Montréal. Ce 4 octobre, mil sept cent quatre vingt un.

(Signé) D'Estimauville."

Mais il faut croire qu'à vingt ans de distance les souvenirs de M. d'Estimauville n'étaient pas bien précis. Ce n'est pas en décembre mais le 13 octobre 1761 que M. d'Aillebout mourut à Eochefort. C'est d'Aillebout de Cerry fils qui l'écrivit de La Rochelle à sa tante La Valtrie, le 25 février 1762 : "Mon oncle d'Aillebout est mort à Rochefort, le 13 octobre dernier." Il était par conséquent âgé de 73 ans.

M. d'Aillebout s'était marié deux fois. Il épousa d'abord à Port Toulouse, le 15 mai 1728, Dame Josephte Bertrand, veuve de Gabriel Rousseau, Sieur de Villejoin. L'abbé Daniel, dans son Histoire des grandes familles, fixe la date de ce mariage à 1728, tandis que La Chesnaye-Desbois, d'après M. Régis Roy, la fixe à 1729. La Chesnaye-Desbois et l'abbé Daniel se trouvent à avoir raison tous les deux, comme on peut le voir par l'acte de mariage suivant qui est extrait des registres de Louisbourg et qui nous a été fort obligeamment communiqué par M. Placide Gaudet:

"Nous, frère Zacharie Caradec, ancien lecteur de théologie, commissaire des récolets missionnaires, vicaire général dans l'Isle Royale, Supérieur curé de Louisbourg, approuvons le mariage qui a été contracté le qunzième may mil sept cent vingt huit en présence du Ed. père Joseph Denis, religieux récolet de la province de Saint- Denis en France, commissaire des dits religieux aux ports Toulouse et autres, entre le sieur Charles Joseph Daillebout, lieutenant de compagnie au détachement de la marine, fils légitime de Pierre Daillebout, écuyer, sieur d'Argenteuil, de son vivant capitaine de compagnie au Canada, et de Dame Louise Denis, ses père et mère, le dit Sieur Daillebout natif de Montréal évêché de Québec d'une part, et dame Marie Joseph Bertrand fille légitime du sieur François Bertrand et de demoiselle Jeanne Giraudet, ses père et mère, la dite dame Marie Joseph Bertrand native de Plaisance, évêché de Québec, veuve de feu Gabriel Rousseau, écuyer, Sieur de Yiljoin, de son vivant capitaine de Compagnie au détachement de la marine de cette garnison d'autre part, en présence de parents, amis et plusieurs autres témoins qui ont signé avec moi à Louisbourg, ce 16 janvier 1729. "Daillebout, Marie Bertrand, Rousseau de Souvigny, St. Ovide De Brouillan, la baronne de l'espérance, née Dangeac, Despiet, témoin, Dangeac, Rousseau de Villejoin, Courtville, le baron de l'espérance, le Jeune, la Rousseau, Dangeac, marie Dangeac, Fr. Zacharie Caradec, missionnaire récolet, commissaire des récolets missionnaires de Bretagne, vicaire général dans l'Isle Royale, supérieur curé de Louisbourg."

Notons en passant que le Père Joseph Denis, récollet, ici nommé, était l'oncle maternel de Charles Joseph d'Aillebout.

De son premier mariage avec Gabriel Rousseau, ]\rarie Joseph 'Bertrand eut plusieurs enfants dont nous connaissons Rousseau de Villejoin qui fut gouverneur de l'île Saint-Jean, et ^Marguerite Rousseau qui, le 29 septbmbre 1737, épousa à Louisbourg, Robert Duhagct, lieutenant de compagnie, plus tard capitaine. M. Du Haget devint donc le gendre de Marie Joseph Bertrand après le mariage de cette dernière avec M. d'Aillebout, ce qui explique ce passage d'une lettre de chevalier de la Houssaye à M. de Surlaville où il parle de M. Duhaget, "gendre de M. d'Aillebout, commandant." {Du Bosq de Beaumont : Derniers jours de VAcadie française, p. 109).

M, d'Aillebout a dû perdre sa première femme entre 174G et 1748, durant son séjour forcé en France après la prise de Louisbourg, probablement des suites de la maladie qu'elle avait contractée

à Eochefort en même temps qu'un grand nombre des habitants de nie Royale dont des centaines moururent.

Le 23 janvier 1758, aux Trois-Eivières, il convole en deuxième noce avec Françoise Charlotte, fille du chirurgien Charles Alavoine et de Marie Anne Lefebvre LaSisseraye, avec laquelle il avait probablement lié connaissance durant sa lieutenance des Trois-Rivières. Il y avait une sérieuse disparité d'âge entre les deux conjoints. M. d'Aillebout était entré dans sa 70e année et Charlotte Alavoine, née en 1738, n'avait que 20 ans.

Du premier mariage de M. d'Aillebout avec Marie Joseph Bictrand sont issus les enfants .-uivants:

IV aa — 3kL\EIE CHAKLOTTE D'AILLEBOUT

IN'ée et baptisée à Louisbourg, le 22 juin 1731. Parrain, Michel de Cannes, capitaine; marraine, Marie Anne de Villejoin, épouse de François Le Coutre de Boun-ille.

Elle épousa le 3 août 1749, à Louisbourg, Jean Baptiste Philippe d'Estimauville, seigneur de Beaumouchel, né à Trouville en 1714, venu à l'île Royale en 1748, comme capitaine de brûlot, fait capitaine d'une compagnie de 15 avril 1750, décoré de la croix de Saint- Louis, le 15 avril 1755, retourné en France en 1758 et mort à Palaiseau, près Paris, le 8 fructidor, an VIII (8 septembre 1800), chez son fils le général d'Estimauville des Marres. (P. G. Roy: Famille d'Estimauville de Beaumouchel).

M. d'Estimauville repasse en France en 1758, et non en 1761, comme l'a écrit M. P. G. Roy, dans la Généalogie de la Famille d'Estimauville, p. 7. Il dut quitter l'Ile Royale comme les autres officiers après le dernier siège de Louisbourg.

Le 9 octobre 1758, de président du Conseil de marine lui écrit qu'il a "reçu sa lettre du 30 du mois dernier lui apprenant son arriyée à Rochefort revenant de Louisbourg et que, fâché du triste état où il est réduit, il lui procurera les grâces du roi."

Le 14 septembre de l'année suivante en 1759, il lui écrit de nouveau à Pont-1'Evêque, dans le Calvados, pour lui annoncer qu'un congé d'un mois lui est accordé et qu'il doit s'adresser au maréchal de Belle-Isle pour placer ses enfants soit à l'Ecole militaire, soit à Saint-Cyr." {Rapp. Archives 1905, vol. I, 6e partie, pp. 175, 299.) M. d'Estimauville paraît avoir intéressé à son sort un non moindre protecteur que M. le prince de Condé à qui le président du Conseil

de marine écrit le 14 novembre 1766, qu'il est bien vrai que le roi lui a accordé en 1763 une gratification de 400 livres, mais que c'était une grâce extraordinaire pour lui permettre d'attendre l'échéance de sa pension de retraite. [Ihidem, p. 378). En 1770, le roi, en considération de ses services, augmente sa pension de 200 livres. {Ibidem, p. 394).

Mme d'Estimauville languit valétudinaire en France pendant plusieurs années. Voici ce qu'en écrivait son mari à son oncle, Jean d'Aillebout d'Argenteuil, dans une lettre datée de Palaiseau, près Long Jumeau, le 10 avril 1768: "L'état de ma femme est toujours le même du côté des souffrances; elle est perdue de tout son corps d'un humeur de goutte dont toute la médecine la plus éprouvée de Paris n'a pu arrêter les progrès. Voilà trois ans qu'elle est réduite à ne point sortir de son appartement, et marche avec deux béquilles pour aller de son lit à son fauteuil, et souvent est-on encore obligé de la soutenir par derrière. Elle a été quinze mois au lait froid pour toute nourriture et boisson. Elle supporte toutes ces douleurs avec une constance au-dessus des forces humaines. C'est une mère de douleurs que Dieu éprouve dans ce monde-ci pour la récompenser dans l'autre. Je souhaiterais avoir autant de patience qu'elle, mais je n'ai pas la même vertu ni docilité, car je trouve bien dur de voir souffrir ce que l'on a de plus cher et que l'on aime le plus dans le monde."

Cependant, elle ne mourut certainement pas avant 1771, puisque le 11 novembre de cette même année, dans une lettre datée de Toulon, M. d'Aillebout Carej'on écrit à un de ses oncles du Canada que "Mme d'Estimauville est toujours dans un état de souffrance digne de pitié."

De ce mariage sont issus:

1°. — Jean Baptiste Philippe 'Charles d'Estimauville, né à Louisbourg le 21 mai 1750. Une lettre de son père du 10 avril 1768 nous apprend qu'il vient de partir pour la légion de Saint-Domingue où il a été fait officier. D'autres lettres de son cousin d'Aillebout Careyon nous apprennent qu'en 1771 il est encore à Saint-Domingue sous-ilieutenant, mais donne à son père peu de satisfaction ; qu'en 1775 il est dans le régiment de l'Ile de Prance et que son père n'en est pas plus content; qu'en mars 1776 il doit être parti pour le Canada, la seule colonie qu'il lui reste à parcourir.

J. B. Ph, d'Estimauville vient en effet se fixer au Canada, vers ce temps. Nous avons de lui une lettre écrite de Terrebonne, le 13

mai 1777. Il épousa à Montréal, le 13 mai 1782, Marie Josephte Courraud de la Côte. Le 6 novembre 1809, il était nommé grand voyer pour le district de Québec, et, en octobre 1816, le gouverneur Sherbrooke lui accordait la commission de colonel pour les milices de la province du Bas-Canada. C'est de lui que son père écrivait de Louisbourg, le 30 avril 1753, à son oncle d'Aillebout d'Argenteuil : "Mon fils promet tout au monde apprenant tout ce qu'on veut lui apprendre, prières, chansons, vers, et ce qui paraît encore plus fort c'est qu'il connaît toutes ses lettres et épelle son ba be bi bo bu tout seul et couramment, n'ayant pas encore trois ans; je crains qu'un fruit si précoce ne vive pas longtemps." Un autre indice non moins équivoque de précocité, c'est qu'il fut inscrit dès le maillot sur les contrôles de la garnison de Louisbourg comme cadet à l'âge tendre d'un an, s'il faut en croire une note de M. Du Bosq de Beaumont dans les "Derniers joins de VAcadie française" , (/?, 82). Mais, en dépit de sa précocité compromettante, Jean Baptiste Philippe d'Estimauville n'en vécut pas moins jusqu'à 73 ans, et mourut à Québec, le 12 mai 1823, laissant trois enfants, J. B. Philippe d'Estimauville, continuateur de la lignée canadienne, Marie Joséphine qui épousa en 1807, Antoine Ovide Tarieu de Lanaudière et Marguerite qui épousa en 1821, Jean Eoch Eolland, plus tard juge.

2o. — Louise Marguerite Charlotte d'Estimauville, née à Louisbourg, le 4 septembre 1751. Placée à Saint-Cyr après 1763, elle en fut retirée un peu avant 1771 et resta avec ses parents. D'après M. P. G. Eoy {Famille d'Estimauville, p. 8), elle reçut de l'Assemblée Nationale, le 21 février 1791 une pension annuelle de 250 livres, et elle mourut à Palaiseau.

3o. — Louise Josephte d'Estimauville, née à Louisbourg, le 27 juin 1752. Entrée à Saint-Cyr avec sa soeur aînée, elle y resta jusque vers 1774, et en 1791, elle bénéficia elle aussi d'une pension annuelle de 250 livres, accordée par l'Assemblée Nationale.

4o. — G-abriel Philippe d'Estimauville, né à Louisbourg, le 3 décembre 1753. D'après une lettre de d'Aillebout Care3'on, il était, en novembre 1771, garde-marine depuis deux ans. M. P. G. Eoy nous apprend qu'il fut tué à Savermach, étant lieutenant de vaisseau. (Famille d'Estimauville, p. S).

N'est-ce pas plutôt Savannah qu'il faut écrire? Dans l'Histoire de l'infanterie française, par le général Susane (t. Y, p. 175), nous lisons que le régiment de Guadeloupe, dont Louis Le Gardeur de Eepentigny était colonel depuis 1775, prit part en 1779 aux expéditions

LA FAMILLE D'AILLE BOUT g 3

du comte d'Estaing, se distingua le 9 octobre de la même amiée à l'attaque des retranchements de Savannah et y eut plusieurs officiers tués.

5o. Robert- Anne d'Estimauvi'lle de Beaumouchel, né à Louisbourg, le 3 décembre 1754. Entré dans l'armée française, il servait en 1771 dans le génie. Après avoir servi dans les armées prussiennes pendant la Révolution {de Gaspé, Mémoires, p. 330), il passa en Angleterre, puis en Canada. Après avoir été avant 1817 et plus tard en 1821 député de son frère le grand voyer J. Bte. d'Estimauville, il devint en 1823, gentilhomme huissier de la verge noire du Conseil Législatif. Auteur du pamphlet bureaucrate "Cursory view of the Local, Social, Moral and Political State of the Colony of Lower Canada", paru en 1829. Il est le grand'père du célèbre jurisconsulte américain, connu sous le nom de Robert Desty, mais baptisé à Québec, le 16 février 1827, sous les noms de Robert d'Estimauvi'lle de Beaumouchel.

6o. — André d'Estimauville, né en 1758 d'après M. P. G. Roy. Ce sixième enfant a dû mourir jeune, avant 1768 en tous les cas. Dans une lettre de cette même année, écrite de Palaiseau, le 10 avril, M. d'Estimauville, père, rend compte à son oncle d'Argenteuil de l'état de sa famille : "Tous les miens sont placés à la réserve des deux derniers; encore j'espère que l'aîné des deux qui aura huit ans le mois prochain va rejoindre deux de ses frères à l'école Royale militaire; l'aîné de tous est parti pour la légion de St-Domingue où il a été fait officier." L'aîné des deux derniers qui doit avoir 8 ans en mai 1768 ne peut être que J. B. Marie d'Estimauville des Marres, nA le 8 mai 1760, et le tout dernier, Marie Augustin Dorothée. L'aîné de tous à Saint-Domingue est Jean-Baptiste Philippe, le futur grand voyer canadien, et les deux autres à l'école militaire sont Gabriel Philippe et Robert- Anne. Il n'est pas question d'André. D' Aillebout Careyon n'en parle pas non plus dans ses lettres de 1771 et de 1775 où il rend compte des allées et venues des divers fils d'Estimauville. Dans tous les cas, son nom n'apparaît pas aux registres do Louisbourg.

7o. — Jean Baptiste Marie d'Estimauville des Marres, né à Pontl'Evêque (Normandie), le 8 mai 1760. Il fut un des nombreux généraux des armées de la République pendant la Révolution française. C'est lui qui fit connaître à la Convention le dévouement du Jeune Barra à la cause républicaine et sa mort héroïque. Barra, à qui la France à élevé des statues, était de Palaiseau, du village même qu'ha-

bitait la famille d'Estimauville ; il avait suivi le général d'Estimauviile des Marres dans la guerre de Vendée et il appartenait à la division même qu'il commandait.

Voici, d'après la Réimpression de l'Ancien Moniteur, t. XVIII, p. 678, la lettre que le général écrivit è la Convention au sujet de celui qu'il appelait orgueilleusement "son jeune élève"; elle est signée simplement Deemarres, car il n'y avait plus de d'Estimauville possible en ces temps démocratiques. L'on verra avec quelle aisance ce descendant des d'Aillebout, ce fils d'une Canadienne, s'était transformé en sans-culotte et en avait pris le style truculent:

De Cholet, le 18 frimaire.

'''Les brigands commençaient, citoyen ministre, un rassemblement de ces côtés-ci de la Loire. Deux de nos détachements battus successivement, un troisième taillé en pièces, excitaient leur courage et augmentaient leurs prosélytes. Déjà au nombre de quatre mille hommes, ils menaçaient Chollet et Saint-Florent. J'ai été me porter à Jallais, d'où j'ai envoyé incendier leur repaire; ils ont fondu hier matin sur nous; quelques lâches et fuyards ont pensé mettre la déroute dans l'armée; mais la majeure partie s'est montrée telle qu'elle est.

"Nous n'étions sûrement ipas la moitié de la force des briganfls; cependant, après trois heures de combat, nous les avons mis en pleine déroute, nous l'es avons poursuivis plus de trois quarts de lieue la baïonnette dans les reins.

"J'implore ta justice, citoyen ministre, et celle de la Convention pour la famille de Joseph Barra: trop jeune pour entrer dans les troupes de la république, mais brûlant de la servir, cet enfant m'a accompagné depuis l'année dernière, monté et équipé en hussard : toutes l'armée a vu avec étonnement un enfant de treize ans eff router tous les dangers, charger toujours à la tête de la cavalerie ; elle a VTi, une fois, ce faible bras terrasser et amener deux brigands qui avaient osé Fattaquer. Ce généreux enfant, entouré hier par les brigands, a mieux aimé périr que de se rendre et leur 'livrer deux chevaux qu'il conduisait. Aussi vertueux que courageux, se bornant à sa nourriture et à son habillement, il faisait passer à sa mère tout ce qu'il pouvait ^ procurer; il la laisse avec plusieurs filles et son jeune frère infirme sans aucune espèce de secours.

"Je supplie la Convention de ne pas laisser cette malheureuse

LA FAMILLE D'AILLEBOUT g5

mère dans l'horreur de l'indigence; elle demeure dans la commune de Palaiseau, district de Versailles.

"Sitôt qu'il y aura quelque chose de nouveau, je t'en instruirai.

Desmares."

Après lecture de cette lettre, la Convention Nationale, en sa séance du 27 frimaire, an II, sur la proposition de Barère, accorda à la famille du jeune Barra une pension de 1,000 livres et 3,00U livres une fois payées.

Un peu plus tard, le général Desmarres qui tient à ce que le nom du jeune héros ne soit pas séparé du sien, écrit de nouveau :

"Convention Nationale. — Séance du 21 Xivose. an II,

(11 Janvier 1791).

"Un secrétaire lit la lettre suivante:

"Le commandant de l'armée de Bressuire au citoyen président de la

Convention.

"J'apprends par les journaux que la Convention nationale a ac- "cordé les honneurs du Pan'théon à mon jeune élève, à mon fidèle "compagnon d'armes; cependant le corps de ce glorieux jeune homme "est inhumé dans une terre souillée par les brigands; je te prie de "demander à la iConvention qu'elle m'autorise à le faire exhumer et "transporter à Paris. Le citoyen David a été de plus invité à "faire son portrait- Comme cet artiste ne pourrait y réussir n'ayant "aucune notion, je crois devoir t'en donner qui le mettent à même de "travailler, je les joins ici sur une feuille particulière.

"Je crois que l'attitude où il devrait être est celle qu'il avait "lorsqu'il a reçu le* derniers coups, c'est-à-dire à pied, tenant ses deux "chevaux par la bride, entouré de brigands, et répondant à celui qui "s'étant avancé pour les lui faire rendre: "A toi, foutu brigand. . . . "les chevaux du commandant et les miens! Eh bien! oui....'' Ce "sont ces paroles répétées plusieurs fois qui lui ont valu la mort

Desmarres."

(Réimpression de l'Ancien Moniteur, Tome dix-neuvième, p. 177).

La part prise par le général DesMarres à l'affaire Barra est ellemême peu connue et ce n'est que dans le "Moniteur" qu'on en trouve mention.

En effet le général commandant de Bressuire paraît avoir été totalement oublié.

En 1885, un curieux demandait à l'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux (p. 740) "quels étaient les états de service de Jean Baptiste Desmarres, né à Pont-l'Evêque, général commandant l'armée de Bressuire, condamné à mort le 11 nivôse, an II, par la commission militaire d'Angers". Cette demande est restée sans réponse.

Vers la fin de 1903, un autre curieux revenait à la charge et demandait au même Intermédiaire des Chercheurs et curieux {p. 951), 'les états de services et la date de la mort de J. B. d'Etimauville de Beaumarchel (sic), dit le général des Marres qui combattit pour la République dans la guerre de Vendée et qui habitait Palaiseau, près Paris."

Ce n'est que l'année suivante (Intermédiaire, 1904, p. 76), qu'un Rat de biliothèque répondit qu'il n'j' avait aux Archives administratives de la Guerre, ni dans les listes autographiées, ni dans les fiches, du général J. B. d'Estimauville de Beaumarchel, dit des Marres."

Quoiqu'il en soit, si le général Desmarres fut condamné à mort par la commission militaire d'Angers le 11 nivôse, an II (31 décembre 1793), il ne fut certainement pas exécuté immédiatement, car c'est le 22 nivôse, an II (11 janvier 1794) qu'il écrivit sa seconde lettre à la Convention nationale, en qualité de commandant de Bressuire.

D'ailleurs, M. P. G. Roy qui a dû s'appuyer sur quelque document, nous dit que c'est chez lui, à Palaiseau, que mourut son père en 1800.

8o. — Marie Augustin Dorothée d'Estimauville, né à Pont-l'Evêque, le 8 août 1761. Elevé à la Flèche. (P. G. Roy, Famille d'Estimauville, p. 8).

9o.— Elizabeth d'Etimauville, née en 17G2. (Ihid., p. 9).

IV ab — LOUISE MARGUERITE D'AILLEBOUT

Xée le 9 mai 1733, et baptisée le lendemain à Louisbourg. Parrain : François Le Contre de Bourville, lieutenant, et chevalier de Saint-Louis; marraine, dame Marguerite Bertrand, épouse de CJabriel Dangeac, capitaine, chevalier de Saint-Louis. La correspondan-

LA FAMILLE D'AILLEBOUT g^

ce de son père nous montre qu'elle vivait encore en 1746, et qu'elle était avec ses parents à Rochefort après 'le premier siège de Louisbourg. Elle a dû mourir en France un peu avant ou un peu après sa mère, entre 1747 et 1748. A partir de 1749, il n'est plus question dans la correspondance de la famille que d'une seule fille, Mme d'Estimauville.

IV ac — CHAULES IVOCHEL D'AILLEBOUT

Né et baptisé à Louisbourg, le 1er octobre 1735 (non pas le 18 octobre comme l'écrit M. Régis Roy (Famille d'Aillehout, p. î)). Parrain: Michel Le Neuf de la Vallière, chevalier de Saint-Louis, commandant au Port-Toulouse; marraine, Helaine Papin, épouse du Sieur Verrier, premier ingénieur de Louisbourg.

Son père a dû le placer au Séminaire de Québec vers la fin de 1748, à son retour de Rochefort pour l'île Royale par voie du Canada, car nous lisons ce qui suit dans une lettre que lui adressa à Louisbourg, le 24 Juillet 1750, son frère d'AilJebout de Cerry, capitaine de port de Québec : "J'ai retiré aujourd'hui D'Aillebout du Séminaire un peu contre le gré de M. de Lalanne à qui j'ai promis de l'envoyer à demi-pension. Je vous assure qu'il avait besoin de cette sortie pour le décrasser. Je lui donnerai le moins que je pourrai de neuf, mais seulement le faire raccommoder du mieux que nous pourrons. Il n'est encore point ménager, et je ne vous conseille point de le mettre à la tête de votre maison pour cette année .... Je ne vous cache rien fur cet article, tenez-y la main. Du reste, vous aurez lieu d'être content de lui."

Le document inédit qui suit peut nous aider à préciser ce petit fait.

"Reçu de M. Cerry d'Argenteuil 79 livres 8 sols pour pension du sieur Charles d'Argenteuil et ce pour solde du temps qu'il a été au Petit Séminaire. A Québec, ce 24 septembre 1749.

Jacrau, prêtre."

M. d'Aillebout de Cerry. résidant à Québec, rendait à son frère aîné Charles Joseph le service de s'intéresser à son fils.

Quoiqu'il en soit, le 6 décembre 3 750, M. d'Aillebout, appuyé par M. Desherbiers, demande pour son fils des lettres de garde-marine. Le 29 octobre 1751, il écrit à son frère: "J'attends des nouvelles de France ou du Canada pour me déterminer sur le sort de mon fils, je pense cependant que je l'enverrai en France"; et, le 20

g§ LA FAMILLE D'AILLEBOUT

septembre 1752, au même: "J'envoie mon fils en France servir dans la compagnie des Gardes de la marine; cela ne m'arrange point mais il ne faut pas, si je puis, l'exposer à des déboires aussi grands qu'ont essuyé tous les officiers de l'Ile Eoyale cette année." En effet, le 15 mai 1753, M. d'Aillebout reçoit des nouvelles de l'arrivée de son fils en France. Nous ignorons combien de temps Charles Michel d'Aillebout servit en France dans les gardes-marine, mais nous savons qu'il était de retour au Canada dès avant 1759^ puisque le 22 janvier de cette même année, nous retrouvons parrain à Montréal, Charles d'Aillebout, enseigne en pied.

N'est-ce pas encore lui qui apparaît sous la mention suivante dans la liste des officiers tués ou blessés à Québec du 27 avril au 15 mai 1760?

"D'Aillebout, sous-lieutenant de Grenadiers dans les troupes de la colonie, blessé d'un coup de feu à la jambe légèrement." (KnOx's Jowrnal (Champïain Society Edition), III, p. 147).

Quoiqu'il en soit, Charles Michel d'Aillebout quitta le Canada pour la France en 1761, ainsi que l'atteste l'acte de notoriété suivant: "^lontréal, le 1er février 1769, Pierre Mézière, notaire, déclare avoir parfaite connaissance que Charles d'Aillebout, alors âgé d'environ 24 ans, est parti pour la France en juin 1761 et que depuis il n'est pas revenu." {Documents manuscrits recueillis par l'ahbé Paillon, B. S. S.) Enseigne de vaisseau, puis lieutenant, il périt en 1765 à la côte de Saint-Domingue, sur la frégate du roi la Bayonnaise. Son beau-frère, M. d'Estimau ville, le 3 avril 1768, demande à M. d'Aillebout d'Argenteuil les papiers concernant sa famille "pour servir à placer les enfants de ce pauvre d'Aillebout qui s'est perdu il y a deux ans à St-Domingue sur une frégate où il était armé en second."

D'après M, Eégis Eoy [Famille d'Aillebout, p. 9), Charles Michel épousa Françoise Garnier en 1761 et en eut deux enfants: une fille née en 1761 et Pierre- Charles né en 1763. C'est trois enfants qu'il faudrait lire. Mme d'Estimauville, parlant des enfants de son malheureux frère naufragé dans une lettre du 14 mars 1766, écrit: "•"J'ai un petit neveu et deux nièces."

Du second mariage de Charles Joseph d'Aillebout avec Charlotte Alavoine, en 1758, sont issus:

LA FAMILLE D'AILLEBOUT Qf)

IV ad — PIERRE ANTOINE D'AILLEBOUT

Baptisé à Montréal, le 17 août 1759. Parrain: Pierre François de Ri.îîaud de Vaudreuil; marraine, Louise Charlotte d'Aillebout d'Argenteuil, femme de 'SI. de Lavaltrie. L'enfant est décédé en France, avant 1763.

IV ae — JEAN CHARLES D'AILLEBOUT

Baptisé à ^lontréal, le G septembre 1760. Parrain. Jean d'Aillebout, lieutenant, oncle de l'enfant. L'enfant est décédé en France, avant 1763.

Il n'est peut-être pas sans intérêt de consiçfner ici quelques notes sup'plémentaiies sur la carrière en France de la jeune veuve de M. d'Aillebout, <C'liarlotie Alavoine.

Madame veuve d'Aillebout, peu de temps après son mari, perdit les deux enfants qu'elle avait eus de lui. D'Aillebout de Cerry l'annonce ainsi de La Eochelle, le 1er mai 1763, dans une lettre à sa soeur, Mme de Lavaltrie : "Mme d'Aillebout est seule, elle a perdu ses deux héritiers, elle a 800 livres de pension et va se remarier à un jeune homme qui a 3,000 livres de rente après la mort de sa tante." Et Mme d'Estimauville écrit à son tour en 1766 : ''Vous savez que lea enfants (de M. d'Aillebout) sont morts peu de temps après lui; Dieu leur a fait une belle grâce."

Il est vrai qu'une pension do 800 livres fut accordée en novembre 1761 à la veuve du Sr d'Aillebout (cf. Rapp. Archives, vol I, 6e partie, p. 320), mais il ne paraît pas, en revanche, qu'elle ait jamais conclu le roman ébauché avec le jeune homme aux 3000 livres de rente.

Pendant longtemps nous n'entendons pas parler de Mme d'Aillebout qui devait avoir peu de relations avec le reste de la famille, étant probablement considérée par elle comme une sorte d'intruse, parce qu'elle était venue trop tard dans un monde trop vieux. Mais tout indique que Mme d'Aillebout était capable de veiller elle-même à ses propres intérêts. Déjà en Canada, elle passait pour avoir de l'entregent; sa grâce insinuante lui créait facilement des amis et sa présence était toujours fêtée dans la compagnie élégante du temps. Ce passage d'nno lettre fie Montcalm à M. de Bourlamaque â'rite de ^fontréal le 18 mai 1758, le laisse assez voir: ''M. et ]\Ime d'Aillebout arrivés d'avant-hier ; la dame bien accueillie de Mme de Vau-

dreuil, sa marraine, et, dès le jour de son arrivée, d'un petit dîner fin chez Péan à porte fermée, car il n'y avait là que le Marquis de Vaudreuil, M. Deschambault, le Chevalier de Lévis et M. Péan (Col- Icciion des Manuscrits de Lévis: Lettres Bourlamaque, p. 25-i).

Nous ne retrouvons Mme d'Aillebout qu'en 17T8, à la mort au iloriiier i^fouvenienr du Canada-français, le marquis de Vaudreuil, qui l'institue sa légataire universelle. Elle l'annonce elle-même à M. de Lotbinière, agent des Vaudreuil au Canada, dans une lettre datée de Collier, près de St-Dié sur Loire, Je 2 mars 1779 et qui a été publiée par M. de Léry Macdonald en 1884, dans un article sur le Château de Vaudreuil [Revue Canadienne, vol. XX) :

''C'est avec une vive douleur et amertume que j'ai l'honneur. Monsieur, de vous annoncer la mort de M. le Marquis de Vaudreuil, et, en mourant, il a mis le comble à ses bontés en me faisant sa légataire universelle.

Veuve d'Aillebout."

M. de Vaudreuil Cavagual étant mort le 4 avril 1778, son titre de marquis revint à son frère Pierre François de Rigaud de Vaudreuil, ancien" gouverneur de Montréal, qui mouruc à son tour au château de Collier, le 24 août 1779. L'acte de sépulture de ce dernier dont la copie authentique certifiée par le maire de Muides se trouve parmi les manuscrits de la collection Baby, désigne ainsi la veuve d'Aillebout qui était présente : ''Françoise Charlotte Alavoine, veuve d'Aillebout, cousine du côté de M. Daillebout, son mari." Nous ne voyons pas comment Charlotte Alavoine pouvait être cousine avec Rigaud de Vaudreuil du côté de M. d'Aillebout son mari. Tout au plus M. d'Aillbout était-il presque cousin, par approximation, du marquis de Vaudreuil Cavagnal lui-même, par l'alliance de ce dernier avec Jeanne Charlotte Fleury. En effet, Jacques-Alexis Fleury Deschambault avait épousé en 1708 la A'euve de Thomas de La Naudière, Marguerite Renée Denis qui était la soeur de Mme d'Aillebout d'Argenteuil et la tante par conséquent de Charles Joseph d'Aillebout. Mais Jacques Alexis Fleury avait déjà été marié en premières noces à Marguerite Chavigny de la Chevrotière, et c'est de ce premier mariage qu'était née en 1683 Jeanne Charlotte qui, devenue veuve de François Le Verrier, épousa le marquis de Vaudreuil. Quant a Rigaud de Vaudreuil, il avait épousé Louise Thérèse Fleury de la Gorgendière, la nièce et non pas la soeur de la marquise de Vaudreuil-Cavasrnal.

Il convient cependant de rappeler que Charlotte Alavoine, née aux Trois-Eivières en mars 1738, eut pour marraine Jeanne Charlotte Fleurv I)e>c-haml)aiilt, veuve LeVerrier, future fenmie du marquis de Vaudreuil, qui était alors précisément gouverneur des Trois- Eivières et présent au baptême. Il est possible que cette circonstance ait créé entre la marquise de Vaudreuil et sa filleule un lien d'affection tout particulier, et le marquis a dû partager cette complaisance puisqu'il est mort en faisant de Charlotte Alavoine sa légataire universelle.

Il semble que c'était Mme d'Aillebout qui voyait aux affaires du marquis de Vaudreuil sur ses dernières années. Le 9 novembre 1777, le président du Conseil de marine écrit à Mme d'Aillebout qu'il a reçu des administrateurs de St-Domingue une réponse à sa lettre leur demandant de faciliter à M. de Vaudreuil le paiement de 9000 livres dues par le Sr Fleur}' de la Gorgendière. (Eapp. Archives 1905, vol. I, 6e partie, p. 42G).

Ce fut apparemment une assez forte surprise pour un grand nombre de Canadiens du temps d'apprendre que Mme d'Aillebout était l'héritière du marquis de Vaudreuil. Voici ce que Madame de Germain, née Longueuil, en écrivait de France à Mme de Verchères, le 18 mars 1779: ''Le pauvre M. de Vaudreuil est mort; c'est Mme Daibout qui a été son héritière. Vous ne l'auriez pas imaginé."

Quoiqu'il en soit, nous n'entendons plus parler d'elle jusqu'en août 1783, alors que, étant toujours veuve d'Aillebout, elle obtint par son intercession une pension à Mlle de Barante, fille du capitaine de Barante tué au siège de Québec. Mme d'Aillebout payait ainsi en quelque sorte une dette de sa marraine, la marquise de Vaudreuii, dont Mlle de Barante. née d'une Soumande. était en même temps la filleule et l'arrière ])etite-fille.

IV b

Page 1