LOUIS D'AILLEBOUT D'ARGENTEUIL
Baptisé à Montréal le 23 août 1690, ayant pour parrain Louis de Buade, comte de Palluau et Frontenac, gouverneur de la Nouvelle France.
A 19 ans, nous le trouvons à Plaisance, Terre Neuve. Voici comment, dans une lettre écrite de Port-Eoyal, le 21 avril 1709, Simon Pierre Denys de Bonaventure rend compte à sa soeur Mme
d'Aillebout d'Argenteuil des 4 garçons qu'elle lui a en quelque sorte confiés.
"La Eonde (un autre frère de Mme d'Argenteuil) a gardé à Plaisance d'Aillebout qui doit ser\'ir d'enseigne ... et d'Argenteuil qui est très hardi à la mer; on peut dire qu'il est bon matelot. St- Yilmé s'est attaché cet hp-er à la navigation et il l'a bien apprise. Janot (Jean d'Aillebout) est grand, bien fait, mais il n'aime pas l'étude. M. de Subercase en prend grand soin."
Ainsi que la lettre de son oncle Bonaventure le fait d'ailleurs présager, Louis d'Argenteuil fut surtout navigateur quoiqu'en 1713 il apparaisse comme enseigne au mariage de Eené Lemoine Despins à Montréal. Ainsi, en 1719 nous le voyons à Québec où, au sujet de la cargaison du navire Le PoJy dont il est capitaine, il a un long et difficultueux procès devant le Conseil Supérieur avec un nommé Richard, intéressé dans son navire. L'intendant Begon finit par obtenir que le différend fut soumis à deux arbitres qui prononcèernt contre Louis d'Argenteuil. Pendant ce temps-là, à l'Ile Royale, nous apprend une lettre de son frère d'Aillebout (7 nov. 1719), M. de St. Ovide et son oncle La Ronde lui font bâtir un navire d'environ 70 tonneaux, pour faire le commerce avec les Iles.
Il était honnête homme, mais peu méthodique, s'il faut en croire un de ses associés, le sieur Faure, de la Martinique, qui, parlant de lui et de son frère Cerry, éarit en 1733 au chevalier d'Aillebout: "Vos frères sont remplis d'honneur et de probité, mais comme ils ne sont pas au fait des affaires, ils ne tiennent pas dans leurs écritures l'ordre qu'ils devraient."
En 1743 cependant il était installé à la Martinique. Dans l'état des nobles dont les titres sont enregistrés au Conseil Souverain de la Martinique, nous trouvons, à la date du 10 mai 1743, Louis d'Aillel)cnit d'Argenteuil. {Annules du Cons. Souv, de la Martinique, t. II, p. VIII).
Cette même année, son frère St-Vilmé, qui fait escale à la Martinique, le trouve en train d'y établir une sucrerie. Mais presque aussitôt, vers la fin de 1743, ou au commencement de 1744, il part avec sa femme et ses enfants pour la Grenade où il a acheté une plantation. Aux yeux de sa famille, il est en passe de devenir riche.
Louis d'Argenteuil a dû se marier au plus tard en 1785, puisque dans une lettre à son frère du 16 mai 1735 il parle de son troisième et dernier enfant qui a eu 6 ans le 18 octobre précédent. Nous ignorons qui il épousa. Il est possible qu'il se soit marié à la Martinique
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car, tout ei;, naviguant continuellement, il a pu, dès avant 1725, établir sa demeure en cette colonie. En 1735 du moins, il écrit de Saint-Pierre, et il parle de sa famille qui est avec lui en sa maison. Tout ce que nous savons c'est que j\1. d'Argenteuil vivait encore à la Grenade en 1752. Sa femme était morte entre 1749 et juin 1752. De leur mariage sont issus les 3 enfants qui suivent:
IV ba — LOUIS D'AILLEBOUT D'ARGENTEUIL
A dû naître vers 1726, au plus tard, puisque d'apèrs une lettre de sou père du 15 mai 1735, il a, à cette époque, deux soeurs dont la plus jeune a G ans, et qu'il est lui-même pensionnaire au collège en Canada.
C'étaient son oncle et sa tante d'Aillebout de Cerry qui, vivant à Québec, veillaient de près à ses petits intérêts. Parmi les papiers inédits de la famille d'Argenteuil nous trouvons cette pièce autographe qui nous apprend que le jeune d'Aillebout était élève du collège des Jésuites, à Québec.
"Reçu de Mme Serry la somme de 139 livres 11 sols pour le restant de la pension de son neveu à Québec, ce 29 mars 1742.
G. de Klasten, S. J."
En 1743, il a quitté le collège de Québec et il est de retour aux Iles. A sa mère qui s'inquiète de l'avenir de son petit-fils, Louis d'Aillebout d'Argenteuil répond, le 16 juin, qu'il se propose de l'envoyer en France. "Il ne peut, écrit-il, faire d'établissement riche qu'il ne soit dans le service, car l'ambition et l'orgueil gouvernent tout ici. Au reste il me c-oûterait plus ici qu'en France .... C'est pourquoi vous voudrez bien me permettre d'exécuter ce que j'ai projeté sur son compte, d'autant qu'il est si grossier qu'il lui faut un peu de service en France pour se dégoudir. . . Je l'ai laissé sur l'habitation pendant mon voyage à la Martinique, et j'attends la réponse de M. de Beauhamois pour l'envoyer en France ; je vous dirai cependant que si elle ne venait pas, comme je l'attends, je l'enverrais toujours .-0U9 d'autres auspices."
Les lettres subséquentes de Louis d'Argenteuil ne nous apprennent pas s'il envoya effectivement son fils en France. Tout ce que nous savons c'est que deux ans plus tard, il était dans le service, et ?e distinguait avec éclat dans un combat naval. Avec une fierté toute
paternelle, voici ce que Louis d'Argenteuil en écrit de la Grenade à sa vieille mère en Canada, le 23 avril 1745 :
"Je pardonne à d'Argenteuil son échaufourrée en considération du témoignage qu'en a rendu M. de La Touche, et je suis persuadé que vos seules prières Font garanti d'être tué, puisque de 55 hommes il n'en est revenu que 12 et encore presque tous blessés et estropiés, et lui aussi d'un coup de mitraille à la mâchoire. Enfin, M. de la Touche en fait une louange au-dessus de ce que je puis vous dire."
Malheureusement, les vaisseaux partent et M. d'Argenteuil s'evcuse de n'avoir pas le temps de faire le détail de l'affaire.
Quatre ans iplus tard, dans une lettre à son frère du 6 avril 17i9, M. d'Argenteuil déplore la mort de ce cher fils "qui avait fait paraître, dans le combat de La Touche, une valeur qui faisait tout espérer de lui."
IV bb — LOUISE D'AILLEBOUT D'ARGENTEUIL
A dû naître aux environs de 1727. Le 5 avril 1732, un Sieur Faure écrit de la Martinique au chevalier d'Aillebout: "J'ai à la maison depuis trois ans la petite du Sieur d'Argenteuil qui est fort jolie et que nous regardons comme notre fille; il n'en coûte n'y pension n'y entretien à M. d'Argenteuil.' Une lettre de son père nous apprend qu'en mai 1735, pendant que ses parents sont a Saint-Pierre de la Martinique, elle est pensionnaire chez les Ursulines de Québec, à 400 francs par an. Elle épousa à la Grenade un M. Dabillon, probablement vers la fin de 1747, puisque, le 30 mal 1749, elle écirit à son oncle du Canada qu'après neuf mois elle n'est pas encore rétablie de ses couches et ne ^peut quitter la chambre.
IV bc — D'AILLEBOUT D'AEGEXTEUIL
L^ne fille, née le 18 octobre 1728. En effet, dans sa lettre du 16 mai 1735, le père nous apprend que sa troisième fille, la dernière qu'a eu sa femme, est à la maison et a eu 6 ans le 18 octobre précédent. Epouse en 1752 M. de La Pérouse. "Ma famille a augmenté, écrit Louis d'Argenteuil à son frère Jean, le 2 juin 1752; votre chère nièce a épousé M. de la Pérouse, son frère est venu le voir. M. l'abbé de Savignac a envoyé à M. Dabillon le chevalier de Maubec ; tout cela est à la maison. Vous voyez que la mort de ma chère femme n a rien diminué pour la dépense."
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Ce M. de La Pérouse, gendre de d'Argenteuil, a-t-il quelque lien (le parenté avec le célèbre navigateur du même nom? La question est intéressante à éclaircir. Nous croyons qu'elle est restée jusqu'ici saiis réponse quoique un correspondant l'ait soulevée dans le Bulletin des Recherches Historiques {vol. II, p. 64) en disant avoir lu dans un ouvrage publié à Paris en 1888: "Le célèbre navigateur La Pérouse épousa une demoiselle d'Aillebout d'Argenteuil."
Il est regrettable que le correspondant du Bulletin n'ait pas cru devoir indiquer l'ouvrage auquel il faisait allusion. Nous présumons qu'il s'agit du numéro spécial du Bulletin Trimestriel de la Société (le Géographie publié en 1888 à l'occasion du centenaire de la mort de La Pérouse.
Jean François Galaup de la Pérouse épousa le 17 juin 1783, Louise Eléonore Branden, née à Nantes, d'après la Biographie générale de Hoefer, ou Mlle Broudou, née à l'Ile de France, d'après la Biographie universelle de Michaud. Il mourut sans enfants, ne laissaut que deux soeurs. Mais peut-être était-il veuf de Mlle d'Argenteuil lorsqu'il épousa Mlle Branden en 1783. Nous ne croyons pas que cela puisse se soutenir. C'est le 2 juin 1752 que M. d'Argenteuil annonce à son frère le mariage de sa fille avec M. de La Pérouse, et il est permis de penser que le mariage avait été célébré depuis quelques mois déjà. Or, Jean François de Galaup de la Pérouse, le navigateur, n'avait pas encore 11 ans à cette date, étant né à Albi le 23 août 1741. Et ce n'est qu'en 1756, à l'âge encore tendre de 15 ans qu'fl entra dans la marine. C'est l'année suivante qu'il vint à Québec au cours de sa première campagne à bord du "Célèbre". (Bull. Rech. Hv<t., II, p. 94). L'identité du mari de Mlle d'Argenteuil reste donc à découvrir.
Il y a cependant lieu de croire que le mari de Mlle d'Argenteuil était apparenté à Jean François Galaup de la Pérouse, le navigateur. Le premier était, comme le second, originaire du Languedoc ainsi qu'en fait foi le passage suivant d'une lettre de M. de Lignery écrite de la Martinique le 20 mars 1752 au chevalier d'Aillebout:
"Vous avez sans doute dans cette saison des nouvelles de M. d'Argenteuil, cependant je vous diray qu'il se portait bien le mois passé que je reçus une de ses lettres. Il a marié depuis peu ma filleule sa seconde fille avec un gentilhomme de Languedoc qui ne luy apporte pas une fortune, mais qui peut >e tirer d'affaire à la Grenade et qui con\'ient d'ailleurs."
lyQ LA FAMILLE D'AILLEBOUT