‹ La famille d'AilleboutChapitre 4 sur 46 · C 3 — LOUIS D'AILLEBOUT DE COULONGE · texte numérisé non relu

C 3 — LOUIS D'AILLEBOUT DE COULONGE

'Né en 1612 à Ancy-le-Franc, en 'Champa.srne. Fils d'Antoine d'Aillebout et de sa seconde femme, Suzanne Hotman.

A l'âge de 26 ans, le 6 septembre 1638, devant Mtre Philippe Perrier, à Paris, il signe son contrat de mariage avec Marie Barbe de Boullongne, âgée de 20 ans, fille de feu Florentin de Boullongne et d'honorable femme Eustache Quéan ou Quen, du village de Ravière, en Champagne.

Voici le préambule et la conclusion du contrat de mariage de Louis d'Aillebout, d'après une copie authentique délivrée sur la minute le 20 janvier 1672:

2Q LA FAMILLE D'AILLBBOUT

"Furent présents en leurs personnes Honnorable Femme Eustache Quéan, veusve de feu Florentin de Boulogne, vivant habitant du lieu de Eavières au comté de Tonnerre demeurant au dict Eavières, tant en son nom que comme stipullante en ceste partie pour Bari:>e de Boulogne, fille du dict deffunct et d'elle, à ce présente de son voulloir et consentement estant de présent en ceste ville de Paris logée aux deux anges place Maubert paroisse Sainct Estienne du Mont d'une part, et Louis dailliboust, fils de deffunct Antboine daillibou.-it et Suzanne de Hotman ses père et mère, natif d'Ancy-le-franc, aagé de vingt six ans, demeurant à Paris rue de Bievre paroisse susdicte, pour luy et en son nom d'autre part,

"Lesquelles parties en la présence de l'advis de leurs parents et amis cy après nommé, sçavoir de la part du dict sieur dallibonst, de vénérable et discrette personne Maistre Jean Sauldin, principal du collège de Cambray dict les Trois Evêques et Maistre Louis Saudin son frère, procureur du dict collège, amis, et de la part de la dicte fille avecq sa dicte mère, de Maistre Nicolas Boivin, commis au bureau du clergé de France, cousin germain maternel, damoiselle Françoise despoisse, fille majeure, cousinne maternelle, maistre Frédéricq masson, commis au Controlle général des rentes de la ville de Paris, amiy et Maistre Pierre Biercy, bourgeois de cette ville de Paris, aussy amy,

"Eecognurent et confessèrent avoir faict entre elles de bonne foy les traictés de mariage, dons, douaire, promesses et conventions qui en suivent

"Faict et passé en la dicte maison des deux anges où la dicte future espouse et sa mère sont logées dicte place Maubert l'an mil six cent trente huict ce sixième septembre après midy et ont signé,'

"Ainsy signé, Dailleboust, Barbe de Boulogne, Eustache Quéan, Boivin, Sauldin, Sauldin, Le Masson, Biercy, Françoise despoisse, Saulnier, Perrier".

Après s'être associé à la Compagnie de Montréal, sur le conseil du père Charles Lalemant, il s'embarqua en 1643, avec sa femme et sa belle-soeur, en destination de Ville-Marie où il se proposait de collaborer à l'oeuvre de son compatriote champenois, M. de Maisonneuve.

Les Relations des Jésuites nous apprennent que M. d'Aillebout avait 3a réputation d'être un habile ingénieur; il rendit en effet de grands services pour la oonstruction des bastions du nouveau fort de ViUe-Marie.

M. d'Aillebout devint gouverneur intérimaire de Montréal en octobre 1645 à la place de Maisonneuve, appelé en France. Lui-même partit pour la France on 1647, chargé par les habitants du Canada, avec son compagnon, M. Juchereau des Châtelets, de demander au roi certaines modifications à l'arrêt du 27 mars 1647. Au cours ae ce voyage, il fut choisi par ^lazarin, sur la recommandation de la Compagnie des Cent-Associés, pour succéder à M. de ^Montmagny au gouvernement de la Nouvelle-France. Sa commission, retrouvée par M. Ernest Gagnon, dans les Archives de l'Hôtel-Dieu de, Québec, date du 2 mars 1648. (Feuilles volantes et Pages d'Histoire, p. 213).

M. d'Aillebout fut de retour à Québec le 20 août 1648. [Journal des Jésuites). L'abbé Tanguay {Dictionnaire, I, p. 152) cite cette date de façon à faire croire qu'elle est celle de la première arrivée de M. d'Aillebout en ce pays. Nous avons déjà vu qu'il vint au Canada en 1643.

Nous lisons aussi dans Charlevoix (Hist. de la Nouvelle France, V. I, p. 282) que M. d'Aillebout devint gouverneur des Trois-Rivières en 1648, C'est une erreur que plusieurs historiens ont reprise à leuir compte et qui a été réfutée sans trop de peine par M. Benjamin Suite. (B. R. H., 1896, p. 68). C'est Charles Le Gardeur de Tilly qui fut gouverneur des Trois-Rivières après septembre 1648. M. d'Aillebout n'arriva de son premier voyage en France que le 20 août 1648, pour occuper les fonctions de gouverneur de toute la ïTouvelle- Fraticc. L'erreur de Charlevoix provient ipeut-être de ce que M. d'Aillebout, gouverneur, s'intéressa de près à la défense des Trois- Rivières et en fit refaire les fortifications, mais ses instructions à Pierre Boucher, capitaine du bourg, datent de 1650 et non de 1648. {TIufjuet-Latour, Annuaire de Ville-Marie, 1867).

Louis d'Aillebout remplit les fonctions de gouverneur pendant trois ans, aux termes de sa commission, et en 1651, il céda la place à son successeur, Jean de Lauzon, qui arriva à Québec en octobre de la même année.

En 1649, il achète la terre de Coulonge qui, après avoir été agrandie, fut érigée en cOuiteltenie le' 9 avril 1657 et porte aujourd'hui le nom de Spencer- Wood. Les lettres patentes érigeant la terre

de Coulonge en châtellenie ont été publiées par M. Ernest Gagnon dans ses Feuilles volantes (p. 270).

Le 23 juillet 1652, M. d'Aillebout obtint la concession d'un fief dans Tîle d'Orléans (paroisse de Saint-François), et il l'appela d'Argentenay, d'après un petit village de la Champagne.

Enfin, l'année suivante, le 4 janvier 1653, le sénéchal de Lauzon lui concédait, dans la seigneurie de Lauzon, l'arrière-fief de Saint- Vilmé, et il agrandissait cette concession le 28 mai 1658 [cf. J.-E. Roy: Hist. de la Seigneurie de Lauzon^ I, pp. 95-96).

De 1651 à 1658, M. d'Aillebout résida à Québec sur sa terre de Coulonge.

Vers la fin de 1655, M. d'Aillebout partit pour la France avec M. de Maisonneuve et avec son neveu Charles d'Aillebout des Musseaux, afin de discuter avec la Compagnie de Montréal les moyens d'assurer la permanence de Ville-Marie. Après un an passé dans son pays natal, il était de retour à Québec le 29 juillet 1657. Presque aussitôt, en septembre suivant, il est appelé par M. de Charny à le remplacer comme gouverneur intérimaire de la Nouvelle-France. Le 11 juillet 1658 il remet les rênes au nouveau gouverneur, M. d'Axgenson, et le 21 août suivant, il part pour Montréal, accompagné de M. de Queylus et de 60 colons.

Entre l'arrivée du nouveau gouverneur, Pierre Voyer, vicomte d'Argenson, et le départ de M. d'Aillebout pour Ville-Marie, il ne s'écoula qu'un peu plus d'un mois. Ce fut assez cependant pour mettre aux prises le nouveau gouverneur et l'ancien. Francis Parkman, {Old Régime, I, p. 176), cite à ce propos une lettre piquante de M. d'Argenson qu'il aurait rencontrée dans les Papiers d'Argenson sous l'endos : 'TDouble de la lettre escripte par le Vaisseau du Gaigneur parti le 6 septembre (1658)."

'•'In a letter, éc-rit Parkman, d'Argenson complains of d'Ailleboust, vrho had preceded him in the govemment. . . .

"He says that, on going out to fight the Iroquois, he left d'Ailleboust at Québec, to act as his lieutenant; that, instead of doing so, he had assumed to govern by his own right, that he had taken possession of his absent superior's fumiture, drawn his pay and, in other respects, behaved as if he had never expected to see him again.

'nVhen I returned, continues the governor, I made him director in the Council, without pay, as there was none to give him. It was this, I think, that made him remove to Montréal, for which I do not care, provided the glory of our master suffer no iprejudice thereby."

L'on peut croire cependant que M. d'Aillebout avait d'autres raisons de se diriger vers Montréal. Il suffit de rappeler son étroite association avec la Compagnie de Montréal et sa constante préailection pour cette colonie naissante.

De la lettre de M. d'Argenson nous ne retiendrons que le passage où il dit avoir fait M. d'Aillebout membre du conseil sans appointements. Il s'agit de l'ancien conseil de Québec qui précéda le Conseil souverain de 16G3 et dont nous ne connaissons que peu de chose, ses registres ayant été consumés par l'incendie de 1713. Ce conseil avait été institué par le règlement royal de 1648 qui fut, à vrai dire, la première charte canadienne. M. d'Aillebout en fit partie ex-officio comme gouverneur dès sa création. Après l'expiration de son terme, en 1651, il devait encore en faire partie comme ancien gouverneur, Jean de Lauzon ayant quitté le ipays, et il avait encore le même titre à siéger au conseil. (Ferïand, Cours d'histoire). Il n'est pas étonnant que M. d'Aillebout se soit insurgé contre M. d'Argenson qui ne semblait l'admettre au conseil que par faveur et à titre honoraire.

M. d'Aillebout mourut le 31 mai 1660, à Montréal et non pas à Québec, ainsi qu'il est dit «par une singulière distraction dans l'Histoire du Canada de M. de Belmont, page 11.

La veuve de M. d'Aillebout, Marie-Barbe de Boullongne, après avoir vécu quelque temps à Ville-Marie, se fixa définitivement à Québec en 1663, entra au noviciat des Ursulines pour en sortir bientôt, se donna aux Religieuses Hospitalières en 1670, et mourut finalement le 7 juin 1685, dans sa maison attenante à l'Hôtel-Dieu de Québec.

Plusieurs historiens font descendre à tort les d'Aillebout canadiens du troisième gouverneur de la Nouvelle-France. Louis d'Aillebout ne laissa (pas de postérité et la tradition veut que sa femme et lui aient fait voeu en contractant mariage de vivre en état de virginité. L'historien Parkman lui en fait même un grief assez sévèrement caractérisé: "He was so insanely Trions, écrit-il, that ne îived with bis wife like monk and nun." (Old Régime, Frontenac édition I, p. 165).

A ce sujet, l'on ne lira peut-être pas sans intérêt le passage suivant de VHistoire de l'Hôtel-Dieu de Québec par la mère Juchereau de Saint Ignace (p. 267):

"(Barbare de Boulogne) était une âme prévenue de la grâce dès le berceau ; elle ne se maria que par le conseil de son Confesseur, et à condition que Monsieur d'Aillebout, qu'elle épousa, lui laisserait gar-

der inviolablement le voeu de virginité qu'elle avait fait dès son enfance. Ce confesseur était un Jésuite, grand serviteur de Dieu, qui apparemment n'agissait pas en cela sans l'avoir consulté. Il dit à Monsieur d'Aillebout en lui montrant sa future épouse: "Voici une Vierge que Dieu vous confie ipour en être le gardien; si vous oubliez la promesse que vous lui faites, et que vous ayez la hardiesse de donner quelque atteinte à sa pureté. Dieu vous châtiera terriblement." Ces paroles menaçantes confirmèrent Monsieur d'Aillebout dans la résolution où il était de vivre en continence.

'^'Cependant après quelques années, il fit des grandes peines à son épouse, au sujet de son voeu qu'il voulait rompre; mais sa patience, son courage la firent triompher. Son époux rentra dans les sentiments de fidélité dont il voulait s'écarter; de sorte que, après cette attaque, qui fut longue, il la laissa paisible, et mourut fort chrétiennement en Canada, où il avait été Gouverneur."

Quoiqu'il en soit du voeu de virginité, il est certain que Louis d'Aillebout et Barbe de Boulogne n'eurent pas d'enfants de leur mariage. L'arrêt du conseil d'Etat maintenant en noblesse les fils d'Argenteuil le dit expressément: "Louis d'Aillebout de Coulonges, mort sans enfants de Barbe de Boulongne, son épouse." De son côté, M. de Maisonneuve l'atteste dans un document daté du 12 août 1664.

"Je soussigné. Gouverneur de l'Isle de Montréal en la jSTouvelIe- France, certifie à tous qu'il appartiendra, que deffunt Messire Louys d'Ailleboust, chevallier. Seigneur de Coulonge, Lieutenant Général pour Sa Majesté en la N'ouvelle France, est décédé au dict Montréal le dernier jour de May mil six cent soixante, sans avoir laissé aucuns enfants procréés du mariage d'entre luy et Barbe de Boullongne son épouse. En foy de quoy j'ay signé le iprésent certificat à Québec, le douziesme jour d'aoust mil six cent soixante quatre. (Signé), De Maisonneuve."

Dans le premier volume de son Dictionnaire généalogique, M. l'abbé Tanguay dit bien, à la page 152, que Louis d'Aillebout eut une fille. Barbe, mariée à Jean de Lauzon, et à la page 172, que Jean de Lauzon eut pour seconde femme Barbe, fille de Louis d'Aillebout, mais c'est une erreur que M. Emest jlJyrand a suffisamment réfutée par sa concluante étude: "Mme d'Aillebout et le Dictionnaire généalogique", publiée dans le Bulletin des Recherches Historiques de 1899 (vol. 5, p. 43). Nous la rencontrons encore cependant jusque dans la grande édition des Relations des Jésuites, publiée par Thwaites (t. XXIII, p. 328).

Il y eut une autre Barbe d'Aillebout que Mme de Coulonge. Elle était la fille de Charles d'Aillebout des Musseaux, née en 1650. Jean de Lauzon, qui avait 70 ans lors de sa naissance, fut, non pas Bon époux, mais son parrain.

D NICOLAS D'AILLEBOUT, SIEUR DE COULONGE (Cl)

Frère aîné de Louis d'Aillebout, 3e gouverneur de la Nouvelle- France, il ne vint jamais au Canada. Seigneur de Coulonge et de la Madeleine, il était commissaire des poudres et salpêtres pour le Roy à Sedan.

Le 6 mai 1620, il épousa à Paris Dorothée de Manthet, fille de Jean de Manthet, sieur d'Argenlenay et de Suzanne Hotman. Xous avons déjà vu que Louis d'Aillebout de Coulonges, 3e gouverneur de la Nouvelle-France, frère de Nicolas, était le fils d'Antoine d'Aillebout et Suzanne TTotman. Est-ce qu'il n'y a pas confusion? Nous sommes simplement en présence d'un cas d'alliance compliquée. Suzanne Hotman, d'un premier mariage avec Jean de Manthet, avait eu une fille, Dorothée. Devenue veuve, elle se remaria avec Antoine d'Aillebout, veuf lui aussi, et en eut notre gouverneur, Louis d'Aillebout. C^est vraisemblablement après son second mariage qu'elle maria sa fille Dorothée avec son beau-fils, Nicolas, né du premier mariage de son second mari.

Par suite d'un étrange lapsus, M. l'abbé Daniel, dans ses "Notes relatives aux grandes familles du Canada" [p. 42), a cru faire la correction suivante à son "Uistoire des grandes familles": "Madame Dorothée de Manthet, épouse de Nicolas d'Aillebout de Coulonge, était dame d'honneur de la duchesse de Vendôme, laquelle assista à son contrat de mariage qui eut lieu, non le 3 septembre 1632, mais le 3 septembre 1652."

Le passage de la duchesse de Vendôme à Québec en 1652 est assez inattendu. C'est le contrat de mariage de Charles d'Aillenout des a\[usseaux et de Catherine Le Gardeur qui fut passé à Québec, le 3 septembre 1652.

Nous croyons intéressant de reproduire les passages principaux du contrat de mariage de Nicolas d'Aillebout, d'après une copie authentique délivrée sur la minute en 1720 et conservée dans la famille d'Aillebout.

LA FAilILLE D'AILLEBOUT

"Furent présents et comparurent personnellement Nicolas d'Ailleboust, escuyer, sieur de Colonges, pays de Tonneroys, demeurant à Ancy-le-Franc, audit pays de Tonneroys, de présent en cette ville de Paris logé au fauxbourg Saint-Germain des Prés sur le fossé d'entre les tailles de Bussy et de Nelle, paroisse Saint-Sulpice d'une part,

"Et Damoiselle Dorothée de Montet, fille de deffunct Sieur de Montet, E&euyer, sieur d'Argentenay et de damoiselle Suzanne de Hotman, ses père et mère, l'une des filles d'honneur de Mesdames les duchesses de Mercoeur et de Vendosme, de présent estant avec ma dite dame de Vendosme à Paris en l'Hostel de Mercoeur, ladite damoiselle assistée de l'autorité de Damoiselle Suzanne de Hotman, sa mère, veuve en dernières noces de deffunt Noble Homme Antoine d'Ailleboust vivant conseiller ordinaire au conseil de Monseigneur le prince de Condé, présente et comparante d'autre part.

"Lesquels Sieur de Colonges et damoiselle de Montet de l'autorité susditte, ont de leur bonne volonté, sans aucune force ny contrainte recognu et confessé, en la présence, de l'avis et du dit consentement tant de mes dittes dames duchesses de Mercoeur et de Vendosme, maditte dame de Vendosme présente et comparante; de Jehan Hotman, escuyer, sieur de Villiers Saint-Paul, oncle maternel de laditte damoiselle de Montet: de noble Homme Maistre Pierre Chaspelain, Conseiller, intendant de maison et affaires de maditte dame duchesse de Mercoeur pour et au nom et comme ayant charge expresse de révérend père en Dieu Messire Daniel Hotman, abbé de Saint-Nicaise de Rheims, aussi oncle maternel d'icelle damoiselle de Montet; de Maistre George Barguenon, conseiller et secrétaire ordinaire de Monseigneur le prince de Condé, chargé de demoiselle Théodore Hotman, tante de laditte future épouse, et Noble Homme Mr Pierre Hotman, conseiller du Roy en son Chastelet de Paris; de Noble Homme jMaistre Jacques Hotman, Conseiller du Roy, trésorier de la guerre en la province de Bourgogne et intendant de la maison et affaires de Madame la duchesse de Guise; de Jacob Anjorran, escuyer, sieur de Conthe et Abimelech de Cumont, sieur de Boiscrolier, conseiller du Roy en sa Cour de Parlement à Paris, tous cousins et et parents proches de laditte future espouse. Avoir fait et accordé entre eux de bonne foy. . . .les accords, dons, douaires promesses et conventions de mariage cy après déclarés,

"C'est a sçavoir que les dits dieur de Colonges et damoiselle de Montet, de l'autorité et consentement susdits, ont promis et promettent se prendre l'un deux l'autre femme et espoux, par foy, loy et

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nom de mariag-e en face de Notre mère Sainte Eglise Catholique, apostolique et romaine,

'•'Fait et passé double en l'Hostel de Mercoeur, fauxbourg Saint- Germain, le mercredi après midy, sixième jour de May mil six cent vingt et ont signé ainsi.

Signé, Françoise de Lorraine, Suzanne Hotman d'ailleboust, Dorothée de Menteth, J. Hotman, Anjorran, Barguenon, Hotman de Saint-Martin, Abimelech de Cumont, Chapellain, et Daniel, avec Dupuy et Nutrat, notaires "

Ajoutons seulement que, d'après la teneur du contrat, les biens apportés par la future épouse consistent entre autres choses de * "trois mille livres tournois en deniers comptant à elle donnés gratuitement en faveur du présent mariage, à savoir quinze cent livres tournois par le sieur révérend abbé de Saint-Nicaise, six cent livres tournois par Madame la duchesse de Mercoeur, trois cent livres tournois par Madame la duchesse de Vendôme, et le surplus montant à six cent livres ioumois que laditte demoiselle a en sa possession provenant des dons et gratifications à elle faites par Mesdames duchesses de Mercoeur et de Vendôme."

L'on peut voir par ce contrat peu banal que le père de nos d'Aillebout canadiens entrait dans la carrière du mariage sous les plus brillants auspices. Madame la duchesse de Mercoeur, l'une des hautes protectrices de Dorothée de Manthet, n'était autre que la veuve de Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur qui joua un si grand rôle «-ous la Ligue et qui entretint un moment l'espoir de devenir roi de France après la mort de Henri III, son beau-frère. Elle était avant son mariage Mlle de Martigue, fille unique de Sébastien de Luxembourg, duc de Penthiè^Te. Quant à FTançoise de lorraine, duchesse de Vendôme, elle était la fille du duc et de la duchesse de Mercoeur, et réunissait en sa personne deux des plus grandes maisons de France, Lorraine et Penthièvre. En 1609, elle avait épousé César, duc de Vendôme, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, légitimé de France en 1595. N'est-il pas assez curieux de voir le duc de Vendôme prêter sa maison à Nicolas d'Aillebout pour son mariage, après avoir été, un quart de siècle plus t^t, s'il faut en croire Dlusieurs historiens, l'occasion de l'empoisonnement du grand-père, Jean d'Aillebout?

Le contrat dont nous venons de reproduire le préambule est particulièrement intéressant en ce qu'il nous révèle l'étroite parenté <îes d'Aillebout canadiens avec une famille des plus notables dans l'histoire du protestantisme français Nicolas d'Aillebout, en épousant Dorothée de Manthet, devenait le gendre de sa belle-mère, c'est-à-dire, au sens original du mot, de sa marâtre, Suzanne Hotman, la deuxième femme de son père, Antoine d'Aillebout. Or, Suzanne Hotman était la fille du célèbre jurisconsulte François Hotman.

Au commencement du XVIe siècle, les Hotman passaient déjà pour une des premières familles de robe de Paris. Plusieurs d'entre eux ont joué un rôle important sous Charles IX, Henri III et Henri IV. Notons entre autres Antoine Hotman qui fut avocat général du Parlement de Paris au temps de la Ligue et risqua courageusement sa vie dans l'accomplissement des devoirs de sa charge. Mais le plus célèbre de tous fut sans contredit François Hotman, le frère du précédent.

François Hotman, né en 152-1, fut attiré de bonne heure par la réforme de Calvin et il n'hésita pas à s'aliéner sa famille en se faisant protestant. Professeur de droit à Bourges et rival des Cujas et dea Dumoulin, ses contemporains, il échappa à grand peine au massacre de la Saint-Barthélémy. Toute sa vie il lutta par la plume en faveur de la religion réformée. Ses ouvrages étaient répandus par toute l'Europe. C'est lui qui écrivit et publia sous l'anonymat la fameuse" "Epître au tigre de la France" qui valut au libraire Martin Lhomme d'être pendu ... à sa place. A l'exemple de tous les autres savants et lettrés, Montaigne s'arrêta à Bâle en 1580, pour lui rendre visite {Journal de voyage, t. I, pp. 41, 171). Il mourut à Bâle en octobre 1590.

M. Dareste lui a consacré une importante étude dans la Bévue Historique de juillet et décembre 1876.

De son mariage avec Claude Aubelin, la fille d'un autre protestant réfugié, François Hotman eut plusieurs enfants:

lo. — Jean Hotman, sieur de Villiers, l'aîné, et l'héritier des doctrines religieuses de son père. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages qui ont fait du bruit en leur temps.

2o. — Theagès, un filleul de Pierre Martyr, qui, après avoir été au service des Châtillon, mourut dans le Languedoc en 1582.

3o. — Daniel qui, après avoir été confié au landgrave de Hesse, se mit à mal tourner, suivant l'expression de son père, et finit par être déshérité.

4o. — Marie, née à Strasbourg en 1558.

5o. — Pierre, né en 1563, qui s'adonna au commerce.

60. — Suzanne qui, après être devenue veuve du sieur de Manthet, devint la deuxième femme d'Antoine d'Aillebout. Elle fut mère de notre troisième gouverneur Louis Antoine d'Aillebout de Coulonge, et la grand'mère maternelle de Charles Joseph d'Aillebout des Musseaux.

7o. — Théodora ou Théodorula, la plus jeune qui était la filleule d'Amerbach.

De ces 7 enfants, six tout au plus sur\avaient en 1620 et nous en voyons paraître quatre au contrat de mariage de Nicolas d'Aillebout avec Dorothée de Manthet, Suzanne, Théodora, Jean, sieur de Villiers, et le révérend père en Dieu Daniel Hotman, abbé de St-Nicaise qui n'est autre que le Daniel plus haut nommé, celui qui a mal tourné .... en se faisant catholique. (Gallia Christiana, VIII, 1678).

Jean Hotman de Villiers quoique présent au mariage de sa nièce catholique, était certainement resté protestant; il pouvait d'ailleurs dificilement refuser son assentiment à un mariage patronné et voulu par très haute et très puissante dame, Françoise de Lorraine, duchesse de Vendôme.

Quant à sa soeur Suzanne, qui avait été élevée protestante elle aussi, il paraît assez clair qu'elle s'est convertie au catholicisme, peutêtre même avant son premier mariage avec le sieur de Manthet.

Quoiqu'il en soit, Pon connaît trois enfants à Nicolas d'Aillebout et à Dorothée de Manthet:

D 1 — ROCtEK ANTOINE D'AILLEBOUT

Eesté en France, il fut le père d'Alexandre Antoine d'Aillebout de St-Michel, garde du corps, maintenu dans sa noblesse en 1717. La Chesnaye Desbois prétend que Alexandre Antoine d'Aillebout de St- Michel vint en Canada, mais nous n'en avons rencontré aucune preuve.

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