‹ La famille d'Irumberry de SalaberryChapitre 1 sur 53 · IMPRIMEUR QUEBEC · texte numérisé non relu

IMPRIMEUR QUEBEC

" La maison d'Irumberry, d'origine royale, tire son nom d'un château seigneurial situé au pays de Cize, non loin de Saint-Jean- Pied-de-Port, et compte parmi les plus distinguées de l'ancienne chevalerie du royaume de Navarre. Elle est branche cadette de l'illustre famille vicomtale de Sault, issue elle-même en ligne directe et masculine des rois de Navarre et des ducs et comtes de Gascogne, qui a vu ses rameaux s'étendre en Gascogne, en Béarn, en Labourd et en Navarre, et y occuper dans la haute noblesse un rang considérable en rapport avec son extraction. " (i)

La maison d'Irumberry se subdivisa, pendant plusieurs générations, en deux branches. Le dernier représentant de la branche cadette est décédé en 187 1; celle d'Irumberry de Salaberry est donc seule subsistante.

Les d' Irumberry de Salaberry rendirent d'éminents services aux rois de Navarre, et ceux-ci, à maintes reprises, les reconnurent par des lettres patentes conservées aux archives des Basses- Pyrénées, de Pampelune et de Simancas.

La filiation de la maison de Salaberry commence

(i) J.-B.-E. de Jaurgain, Nobiliaire dti Béarn, t. I, p. 176.

à Pierre d'Irumberry, seigneur d'Irumberry de Salaberry, qui vivait en 1467. Il était domicilié à Saint- Jean- Pied-de- Port, au royaume de Navarre.

Jean d'Irumberry de Salaberry, qualifié fils aîné, était seigneur d'Irumberry et de Salaberry au pays de Cissa. Il épousa, le 19 janvier 1467, Léonore de Sans- Perre, sœur de dom Raymond de Sans-Perre.

Jean d'Irumberry de Salaberry, fils aîné et seigneur propriétaire d'Irumberry et de Salaberry, dans la vallée de Cissa, fut déclaré héritier de son père, à condition qu'il donnerait la moitié du revenu de ses biens à Pierre de Salaberry, son frère, et à ses trois sœurs. Il fut déchargé de sa quote-part des sommes accordées au roi de Navarre par les Trois Etats du dit pays pour les années 152^, 1527, 1528, 1529 et 1530, suivant un arrêt contradi<itoire rendu à l'audience de la chancellerie tenue au lieu de Lassarbau en Béarn le 2 août 1533 entre lui et les syndics et habitants de la paroisse de Bussanuritz, au pays de Cissa. Il épousa, par contrat du 22 septembre 1505, Clara de Larramende, du lieu de Suxie, dans la terre d'Ostabares.

Pierre d'Irumberry fut nommé par Charles IX maître de camp de sa garde, Brantôme le cite comme " un des braves capitaines d'aucunes retraites de guerre, "

Jean- Jules de Salaberry entra au service en 1562. Il fut page au service du prince de Béarn, depuis roi de Navarre, ensuite roi de France, sous le nom de Henri IV.

Charles-Antoine de Salaberry fut capitaine d'infanterie dans le régiment de Navarre. Il épousa, en 161 3, Philippe-Hermine, fille aînée de Philippe d'Armontgorry et de Julie de Carmanet.

Cliarles-Sinîoii de Salaberry fut nommé conseiller en la Cour Souveraine d'Arche par lettres patentes du duc de Mantoue, souverain de cette principauté, données à Mantoue le 22 juin 1658. Il est aussi qualifié bailli d'épée et perceveur des rentes des pavillons de la souveraineté d'Arche. Il fut appelé aux états généraux de Navarre pour le service du Roi, comme étant du corps de la noblesse de ce pays. Il fut l'ancêtre des Salaberry du Canada.

Vincent de Salaberry de Benneville, second fils de Charles-Simon de Salaberry, fut capitaine de vaisseau du Roi, puis chef d'escadre le 27 mars 1723, ensuite lieutenant-général des armées navales, grand-croix de l'ordre de Saint-Iyouis, gouverneur de Château- Porcien, et enfin vice-amiral de Fr&nce. Il mourut en

lyOuis-Charles- Vincent de Salaberr)', aliter Tabbé de Salaberry, fut conseiller clerc en la Grande Chambre en 1736 et conseiller d'Etat en 1758. Il mourut en 176 1. (i)

Joseph-Charles de Salaberry de Benneville, frère de l'abbé de Salaberry, fut d'abord capitaine de cavalerie au régiment de L<aMotte-Houdencourt en 1734, puis lieutenant-colonel de celui de la Rochefoucault, et chevalier de l'Ordre du Roi.

Louis-Charles de Salaberry fut reçu de minorité de l'ordre de Malte au grand prieuré de France en vertu d'un bref de la cour de Romedu 27 février 1706.

(i) Il avait beaucoup d'amitié pour Michel de Salaberry, le premier Salaberry qui vint au Canada. Plusieurs fois il mit sa haute influence à sa disposition. 11 entretint un commerce de lettres très suivi avec son parent. La famille de Salaberry conserve précieusement plusietirs des lettres de l'abbé de Salaberry,

Il fut plus tard capitaine au régiment de Piedmond^ et ministre du roi de France dans les cercles de l'Empire.

A l'avènement de Henri IV au trône de France, plusieurs familles de Béarn et des pays basques allèrent se fixer dans les provinces du centre. De ce nombre fut une branche de la famille de Salaberry.

Charles de Salaberry eut pour parrain le duc de Mantoue. Il fut bailli d'épée de la souveraineté d'Arche et fut appelé en 1692 et en 1704, aux états de la noblesse du royaume de Navarre. En 1 691, il avait été fait maître des comptes, charge créée au mois de décembre de l'année précédente. Il fut nommé président de cette chambre par lettres du 20 octobre lyiOr

Son fils, Charles- François de Salaberry, chevalier, seigneur de Mareuil et autres lieux, fut conseiller au Grand Conseil en 1717, et ensuite président de la Chambre des Comptes oii il fut reçu le 22 juin 1739. Il mourut le 2 juillet 1750.

Charles- Victoire-François, fils de Charles- François dé Salaberry, fut pourvu à l'âge de seize ans et demi, par lettres données à Versailles le 14 février 1750, de l'office de président de la Chambre des Comptes en survivance. Il exerça cette charge à la mort de son père. Il avait fixé sa résidence à Fossé, dans les environs de Blois. Il fut victime de la Révolution, Arrêté à Blois, en juillet 1793, il fut envoyé au tribunal révolutionnaire de Paris. Malgré les démarches faites par les députations des communes voisines de Fossé, où M. de Salaberry était aimé comme un père, il se vit condamné à mort le ler avril 1794- Dans son ouvrage Loin du pays (volume deuxième,, page 88,) le regretté Faucher de Saint-Maurice donne des détails intéressants sur l'arrestation et le procès

de M. de Salaberry. Celui-ci, pour ne pas compromettre son géolicr, refusa de s'évader de la prison où il était détenu, (i)

Le comte Charles-Marie de Salaberry, fils de Charles- Victoire-François, né en 1766, combattit avec les royalistes du Maine, et commanda une compagnie de cavalerie. Sous le Consulat et l'Empire, le comte de Salaberry, ardent royaliste, se tint éloigné des affaires publiques. Sous la Restauration, il fut élu, à plusieurs reprises, pour représenter Blois à la Chambre des députés. Après la révolution de 1830, M. de Salaberry se retira dans son château de Fossé, où il s'occupa à des travaux littéraires. Il mourut le 7 janvier 1847, dans des sentiments très chrétiens. Il avait publié une trentaine d'ouvrages dont les plus connus sont : Voyage à Constantinople, en Italie et aux îles de V Archipel : Lord Wiseby ; Savinien Rivets; Histoire de V empire ottomari; Essais sur la Valachie et la Moldavie ; Etudes littéraires pour servir à V histoire de Blois et du Blésois, etc, etc. (2) Il avait épousé, en 1796, une demoiselle de la Porte, fille d'un ancien intendant du Roussillon et de Lorraine.

Son fils, Louis- François-Georges-Erard d'Irum-

(i) M. de Salaberry eut de fréquentes relations avec les Salaberry du Canada. Le 9 janvier 1787, il était parrain, par procuration, de Charlotte-Hermine-Louise-Catherine, fille de l'honorable Ignace-Michel-Louis-Antoine de Salaberry et de Françoise- Catherine Hertel. Il fut représenté à ce baptême par l'honorable Joseph- Gaspard Chaussegros de Léry, membre du Conseil du Roi. Il lui avait donné procuration en son hôtel, rue du faubourg Saint-Honoré, à Paris, le 3 mai 1785» devant les notaires Giret et Rameau»

(2) En 1900, son petit-fils, le comte de Salaberry, a publié ses Souvenirs politiqîies sur la Restauration. 2

lO

berry, comte de Salaberry, épousa mademoiselle de Saint-Luc, fille du comte de Saint-Luc, préfet de Loiret-Cher.

Louis-Anne-Marie - Henry - Hubert d'Irumberry, comte de Salaberry, fils du précédent, fut maire de Fossé pendant plusieurs années. Il fut fait chevalier des ordres de Pie IX et de Saint-Grégoire-le-Grand. Le comte de Salaberry est décédé au château de Fossé le 15 octobre 1904, dans sa soixante-dixième année.

Neuf enfants lui survivent : le comte Bernard d' Irumberry de Salaberry, le vicomte Jean d' Irumberry de Salaberry, le vicomte Antoine d'Irumberry de Salaberry, madame Hermine d'Irumberry de Salaberry, Religieuse Auxiliatrice, madame Auguste de Gargaii, la comtesse Guyon de Montlivault, la comtesse Berthen de Pommery, la comtesse Guilhem de Pothuau, et mademoiselle Victoire d'Irumberry de Salaberry.

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os

Parti au premier d'or à un lion de gueules et à deux taureaux de même posés un et un. Au deuxième de gueules à la croix d'argent et à la bordure d'azur chargée de huit croisettes d'or. L'écu est supporté par deux lions et surmonté de la couronne de marquis.

Cette devise, d'après une tradition conservée dans la famille, date de la bataille de Coutras en 1587. Un Salaberry tua un gendarme ennemi, fier de sa haute taillf et de sa force, et en blessa un autre qui, renversé sur le champ de bataille, lui demanda la vie, qu'il lui accorda. En ce moment parut le roi de Navarre, depuis Henri IV de France, dont l'active intrépidité le portait toujours au plus fort de la mêlée. Le héros généreux, appréciant ces deux beaux faits de son gendarme, lui cria avec sa gaieté ordinaire dans les combats : " Force à superbe, mercy à faible ", c'est ta devise."

Première génération: Mîciiel dirumberry de Salaberry

MICHEIv D'IRUMBERRY DE SA.I.ABERRY

Michel d'Iruraberry de Salaberry, le chef de la famille de Salaberry au Canada, était originaire de la paroisse de Saint-Vincent de Ciboure, au diocèse de Bayonnc. Il était fils de Martin (i) de Salaberry et de Marie de Michelance.

Il entra, très jeune, dans la marice.

En 1735, il était déjà capitaine de navire marchand.

En 1742, M. de Salaberry était propriétaire et capitaine du navire Le Fidèle.

Sur la fin de l'automne di 1745, M. de Maurepas, ministre de la marine, avait des ordres urgents à faire parvenir au Canada. M. de Salaberry qui était alors à La Rochelle s'ofiFrit pour accomplir cette mission assez périlleuse puisque les vaisseaux de guerre anglais parcouraient les mers en tous sens.

Le ler novembre 1745, M. de Maurepas écrivait de Fontainebleau à M. de Salaberry :

" Je vous sais beaucoup de gré, monsieur, du zèle qui vous a porté à entreprendre le voyage de Canada. Il est à désirer que vous puissiez l'exécuter sans accident. Vous rendrez un grand service au Roi et à la

(i) Le contrat de mariage de Michel de Salaberry, reçu par le notaire Pinguet à Québec le 13 mai 1735, lui donne le prénom de Marsans. Il y a erreur évidemment.

colonie ; Et vous pourrez compter sur mon attention à vous en procurer la récompense. "

De son côté, Bigot écrivait de Rochefort au ministre, le 2 novembre 1745 :

" Je partis de Bordeaux aussitôt que j'eus appris que vous aviez accepté l'offre que les sieurs Hiriart et Salaberry m'avaient fait d'aller au Canada porter vos ordres. J'arrivai ici avant-hier où j'ai vu que le sieur Hiriart s'était dédit de la parole qu'il m'a-y^ait donnée sous prétexte de temps écoulé, mais que le sieur Salaberry persistait dans la meilleure volonté du monde, qu'il armait avec zèle la goélette qu'on lui a donnée au lieu du navire qu'il avait demandé, ce qui, à ce que je pense, convient aussi bien attendu la nécessité qu'il parte promptement et que ce petit bâtiment pourra entrer dans des havres où des navires n'entreront pas. Tout ce qu'il y a à craindre est qu'il ne puisse résister à la mer comme pourrait faire un navire d'une certaine force.

'* J'espère que le sieur Salaberry partira sous quatre jours. M. de Hiriart me dit toujours qu'il est prêt mais je sais qu'il ne l'est pas encore. Je me joins à ce capitaine podr obtenir sur le champ de lui tout ce qui lui est nécessaire. " ( i )

M. de Salaberry mit à la voile de I^a Rochelle le 16 novembre. Le 6 janvier suivant (1746), il mouillait aux îles Saint- Pierre, à l'entrée du golfe Saint- Laurent. Le mauvais temps et d'autres accidents le forcèrent de relâcher à la Martinique où il arriva le n février.

Là, un procès- verbal de ce voyage accidenté fut dressé i

(i) Correspondanee générale, île Royale, vol. 27, c. 11.

'* Nous soussignés officiers majors et mariniers sur la goélette du Roi nommée La Marie certifions à tous qu' il sera vu appartenir que nous aurions mis à la voile de la flotte rade de Larochelle le i6 novembre dernier pour notre voyage ordonné par Sa Majesté et aurions le 6 janvier dernier mouillé à l'abri des îles Saint-Pierre, côte de Terre-Neuve, pour tâcher de nous mettre à l'abri du mauvais temps qu'il faisait depuis le 14 décembre aussi dernier que nous avions eu la sonde ayant déjà cassé cinq chaînes de aubans, cassé la hune de misaine, le bout-dehors cassé, toutes les voiles déchirées. Le 7 du mois de janvier la tempête s'étant plus manifesté et nous appercevant que nous allions être jetés à la côte nous avons été contraints de couper un cable ou nous aurions perdu notre ancre d'environ quatre cents livres de poids et aussi environ septante brasses du dit cable de six pouces de grosseur ce qui nous aurait obligé d'appareiller pour donner dans la rivière de Québec, pendant lequel temps la misaine fut emportée par la violence des- vents qui régnaient lors de la part du sud-est lesquels ayant varié et renforcé de la part du nord nord-ouest, le 8 ne voyant aucune apparence de pouvoir entrer dans la dite rivière de Québec et étant continuellement couverts de vent arrière par les coups de mer, toutes les manœuvres en pagaie, l'équipage par le froid gelé et tous hors d'état de pouvoir résister partie même étant malades, n'y ayant plus que cinq hommes qui quoiqu' incommodés pouvaient agir avec peine. Le capitaine Salaberry étant lui-même très malade, nous aurions pris le parti de conférer ensemble, ensuite aurions représenté au dit sieur Salaberry que nous étions en danger de périr s'il ne consentait que nous eussions fait route pour la première île française de l'Améri-

que que nous pourrions attraper et en effet aurions fait route pour cette île Martinique, sans cependant que notre intention fût de manquer à nous rendre à notre destination sitôt que nous serions rétablis et que la saison le pourrait permettre et serions arrivé à l'île de la Martinique ce jour 1 1 février, de tout quoi nous aurions dressé le présent procès-verbal et remis au dit sieur Salaberry pour s'en servir au besoin et le déposer au greffe de la Prévôté de cette ville du fort Royal pour recours. Fait à bord de la goélette La Marie le II février 1746.

Mathieu Vitré Grancourt

Vincent Saint- Martin François Beaudry ' '

Ce procès-verbal fut enregistré au greffe de l'amirauté de la Martinique, comme en fait foi le document suivant :

" Aujourd'hui, deuxième jour du mois d'avril, mil sept cent quarante six du matin, en la chambre du greffe, devant nous Joseph Emmanuel, conseiller du Roi, lieutenant-général de l'amirauté au siège du fort Royal de l'île la Martinique, Jean- Joseph Bizeul, conseiller du Roi et son procureur au dit siège, présent, de la réquisition du sieur Michel Salaberry, capitaine de la goélette du Roi nommée La Marie actuellement mouillée dans le bassin de cette dite ville, sont comparus les sieurs Mathieu Vitré, à présent second capitaine, Ivouis-Michel Grancourt, lieutenant, Vincent Saint-Martin, pilotin, et François Beaudry, maître charpentier, tous de l'équipage de la dite goélette, lesquels après serment par eux pris et reçus au cas requis et accoutumé de dire vérité, présence du dit

procureur du Roi et que lecture leur a été présentement faite du procès-verbal de la relâche des autres parts fait le ii février dernier ont dit, juré et affirmé après l'avoir ouïe que le dit procès-verbal est véritable en tout son contenu desquelles comparutions et affirmations le dit sieur Salaberry pour le présent nous a requis et demandé acte ainsi que du dépôt des présents pour lui en être délibéré. Les expéditions nécessaires à lui accordées du consentement du dit procureur du Roi pour lui servir et valoir ce que de raison et ont signé avec nous à la minute.

Salaberry

Mathieu Vitré

Grancourt

Vincent Saint-Martin

François Baudiy

Bizeul

Emmanuel

Bosc, commis- greffier " (i)

Après avoir radoubé son vaisseau, M. de Salaberry se remit en route, le 20 avril, pour retourner au Canada. Un corsaire français escortait la Marie. Ils ne tardèrent pas à être attaqués par un corsaire anglais. Pendant que les deux corsaires se battaient, la Matie put se sauver. Elle entra dans le port de Québec le 6 juin 1746. (2)

Le gouverneur de Beauharnois profita du séjour de M. de Salaberry dans le port de Québec pour lui confier une mission très délicate. Le 3 août 1746, il lui donnait l'ordre suivant :

(i) Correspondance générale, vol. 85, c. il. (2) Collection de documents relatifs à la Nouielle-France^ vol. III, p. 280. 3

^' Charles, marquis de Beauharnois, commandeur tle l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, chef d'escadre des armées navales de Sa Majesté, gouverneur et lieutenant-général pour le Roi en toute la Nouvelle- France, terres et pays de la Louisiane.

" Il est ordonné au sieur Salaberry, commandant une biscaïenne du Roi, de se rendre au bas du fleuve jusques au Cap Chat même du Cap Chat à la Trinité pour obser\'er les mouvements de l'escadre ennemie que différents prisonniers assurent devoir venir nous attaquer à Québec.

" Etant au Cap Chat il informera le sieur Bazin des derniers avis que nous avons eu par différents prisonniers, de l'attaque générale que les Anglais se préparent de faire contre ce pays- ci, qu'ils font avancer un corps de troupes considérable dans le dessein d'attaquer le fort Saint-Frédéric, et peut-être de tomber sur Montréal. Tous les derniers prisonniers qui ont été faits s'accordent sur ces nouvelles ; ils ajoutent qu'il était parti de Boston, dès le commencement de juillet, soixante vaisseaux pour se rendre à l'île Royale, et de l'île Royale ici avec des forces pour attaquer Québec.

*' Nous espérons qu'ils trouveront un obstacle à leur entreprise de la part de l'escadre du Roi qui doit être actuellement rendue à la côte de l'Acadie ; d'un autre côté, si les ennemis avaient une escadre supérieure et qu'elle eût combattu et battu la nôtre, rien n'empêcherait les ennemis de suivre leur entreprise. C'est dans ces dernières circonstances que le sieur Salaberry doit être extrêmement sur .ses gardes pour n'être pas surpris. S'il venait à apercevoir plus de ioài2 bâtiments à la vue, il aurait lieu de juger

que c'est la tête de la flotte ennemie. Dans ce cas îî observera par manœuvre et il reviendra à Québec pour nous informer de tout.

" Il est à croire que si les ennemis font une entreprise sur Québec par la rivière, ils ne seront montés que de moyens bâtiments et laisseront leurs vaisseaux de force à l'entrée du fleuve ou vers Gaspé, pour empêcher notre escadre de pénétrer.

" D'un autre côté, si le commandant de l'escadre française avait su à la côte de l'Acadie les mouvements des ennemis, et qu'il eût devancé leur escadre pour entrer en rivière, dans ce cas-là le sieur Salaberry pourra être embarrassé sur le parti qu'il aurait à prendre il n'en pourra juger que par la manoeuvre que nos vaisseaux feront. Si, malgré les précautions qu'il prendra, il ne pouvait éviter d'être pris par l'ennemi, il jettera nos dépêches et la présente instruction à la mer. " (i)

M. de Salaberry fit le guet tout près de deux mois. lyC 29 septembre, il était de retour à Québec et informait M. de Beauharnois qu'il avait vu un gros navire qu'il avait raison de croire anglais. (2)

MM. de Beauharnois, gouverneur, et Hocquart, intendant, écrivaient au ministre le 7 octobre 1746 :

" Nous avons reçu le 6 juin la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous écrire le ler novembre dernier par le sieur Salaberry, commandant la goélette la Marie. Ce ' capitaine qui était parti des rades de Larochelle le 16 du dit (mois) prit sonde le

(i) Correspondance générale, vol. 85, c. ti.[ (2) Collection de documents relatifs à la Nouvelle-France^ vol. III, pp. 293, 306.

î4 décembre et après avoir été battu de la mer et du mauvais temps jusques au 6 janvier (1746) qu'il mouilla aux îles Saint-Pierre, il fut enfin obligé de relâcher à la Martinique d'où il est parti le 20 avril et arriva à Québec le dit jour 6 juin avec sa cargaison bien conditionnée. La hardiesse de l'entreprise et le service que le sieur Salaberr> a rendu dans cette occasion mérite, monseigneur, que vous vouliez bien y avoir égard en lui accordant une gratification telle que vous la jugerez convenable. " ( i)

L<e roi fit mieux encore que de donner une gratification au capitaine de Salaberry. Il jugea qu'un brave et habile marin comme lui pouvait le servir avec profit et gloire et il lui donna une commission dans sa marine de guerre.

En 1750, M. de Salaberry était capitaine de flûte du Roi et servait comme ofiBcier sur la frégate de Sa Majesté V Anglezea, commandée par le sieur Gomain, lieutenant de vaisseau.

En 1752, M. de Salaberry commandait la flûte le Chariot Royal. C'est lui qui fut chargé de transmettre les dépêches du Roi à MM. de Raymond, gouverneur de l'île Royale, et Prévost, ordonnateur.

Ces hauts fonctionnaires écrivaient au ministre le îi juin 1752 :

"M. de Salaberry, commandant la flûte le Chariot Royal, qui mouilla ici le 17 du mois dernier, nous a remis toutes les dépêches auxquelles nous avons l'honneur de vous répondre par son retour. " (2)

(i) Correspondance générale, vol. 85, c. ir.

(2) Correspondance génét aie, île Royale, vol. 32, c. 11.

Le ministre de la marine, satisfait de la diligence qu'avait apportée M. de Salaberry à s'acquitter de cette mission, lui écrivit pour le remercier et l'assurer qu'il ne l'oublierait pas à l'occasion :

" A Compeigne, le 3 août 1752.

*' J'ai appris avec plaisir votre retour de l'île Royale. Je suis très satisfait de la diligence que vous avez faite dans cette campagne, et des témoignages qui nie sont revenus de la conduite que vous y avez tenue ; et je profiterai de la première occasion pour vous procurer quelque grâce du Roy,

Rouillé. "

L,e 20 octobre 1757, M. de Salaberry était fait lieutenant de vaisseau. Il en fut informé par le «linistre de la marine lui-même :

" A Versailles, le 26 novembre 1757.

" J'ai représenté au Roi vos services, monsieur. Sa Majesté a bien voulu vous donner une nouvelle marque de la satisfaction qu'elle en a en vous accor* dant le grade de lieutenant de vaisseau. Je vous en informe avec plaisir et je ne doute pas que cette grâce n'augmente encore votre zèle pour le service de Sa Majesté.

" Je suis, monsieur, très parfaitement à vous,

de Moras. "

En 1758, M. de Salaberry commandait la frégate La Fidèle. Cette frégate put se rendre à Louisbourg en dépit des nombreux vaisseaux de guerre anglais qui croisaient dans les environs de ce port, (i)

Malgré ses brillants états de services, M. de Salaberry n'avait jamais été gâté par les faveurs royales.

(i) Mgr Tanguay, A travers Us registres, p. 184.

En 1765, il demanda la croix de Saint-Louis. Le ministre de la marine lui répondit :

"A Versailles, le 27 décembre 1765.

J'ai reçu, monsieur, avec votre lettre du 7 de ce mc'is l'état de vos services qui y était joint. Je les représenterai au Roy avec plaisir lorsque Sa Majesté nommera des chevaliers de Saint- Louis, et je serai bien aise de vous faire obtenir les grâces dont vous serez susceptibles.

Je suis très parfaitement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Le duc de Choiseul."

» L'année suivante, en 1766, le roi nommait enfin M. de Salaberry chevalier de Saint-Louis.

En 1767, par un brevet signé de sa main Louis XV accordait une pension de mille livres à M. de Salaberry.

"Sa Majesté, était-il dit dans ce brevet, voulant lui marquer la satisfaction qu'Elle a des services qu il lui a rendus, Elle lui a accordé sa vie durant uue pension de mille livres, .^ avoir, cinq cents livres sur le Trtsor Royal, et cinq cents livres sur les fonds de la Marine à commencer de ce jour d'hui.

"Fait à Compeigne le 18 août 1767.

Louis Choiseul, duc de Praslin."

Le brave marin ne jouit pas longtemps de la faveur de son souverain puisqu'il mourut à La Rochelle dans le cours de l'année 1768.

M. de Salaberry avait épousé, à Québec, le 14 mai 1735, Marie-Catherine Rouer «le Villeray, veuve de Michel Drouard, et fille de Augustin Rouer, sieur

de la Cardonnière, et de Marie-Louise Le Gardeur de Tilly. Elle mourut subitement à Québec le 26 août 1740. Elle avait eu cinq enfants de son mariage avec M. de Salaberry : (i) I Marie- Angélique ; II Michel ; III Angélique ; IV Denise ; V Louise-Geneviève.

En secondes noces, à Beauport, le 30 juillet 1750, M. de Salaberiy épousa Madeleine-Louise, fille de Ignace Juchereau Duchesnay de Saint-Denys, seigneur de Beauport, et de Marie-Catherine Peuvret. Madame de Salaberry qui était allé rejoindre son mari en France en 1761 mourut à La Rochelle avant 1765. De ce second mariage naquit un seul enfant : VI Ignace-Michel-Louis-Antoine.

Marie- Angélique d'Irumberry de Salaberrv

Née à Québec le 20 novembre 1735.

Elle passa en France. (2)

MiCHEi. d'Irumberry de Salaberry

Né à Québec le 7 septembre 1736.

Décédé au même endroit le 12 novembre 1736, et inhumé dans le cimetière paroissial.

(i) De son mariage avec M. Droviard elle avait également eu cinq enfants.

(2) Jiains notre Pamille Juchereau Duchesnay, p. 80, nous avons confondu Marie-Angélique de Salaberry avec Louise- Catherine Drouard née du premier mariage de sa mère.

Angélique d'Irumberry de Sai^aberry

Née à Québec le 5 mai 1737.

Décédée au même endroit le 6 juin 1737, et inhumée dans le cimetière paroissial,

Denise d'Irumberry de Salaberry

Née à Québec le 5 mai 1737.

Décédée au même endroit le 6 juin 1737, et inhumée dans le cimetière paroissial.

t,ouisE- Geneviève d'Irumberry de Salaberry

Née à Québec le 2 juin 1739.

" Elle n'eut pas besoin d'un séjour prolongé au milieu du monde pour en sentir le vide et le néant ; elle comprit de bonne heure qu'un cœur chrétien a des destinées immortelles, et qu'il est glorieux de mépriser tout le reste pour l'unique chose nécessaire ; il lui parut long d'attendre l'âge de quatorze ans pour quitter vSans retour le toit paternel, et pour offrir au service et à la gloire de Dieu les qualités physiques et morales dont elle était ornée .

" Le 2 juillet 1753, elle revêtait le saint habit au monastère de l' Hôpital-Général de Québec, et le 3 juin 1755, elle faisait sa profession solennelle,

" Surmonter courageusement ses dégoûts parmi les immondices d'un hôpital, faire face à la sensualité

qui abhorre naturellement ce saint exercicejsi agréable à Jésus-Christ Notre-Seigneur, rendre aux pauvres et aux malades tous les services que pouvaient réclamer leurs besoins : c'est en quoi la mère Louise-Geneviève d'Irumberry de Salaberry de Sainte-Catherine faisait consister son mérite. C'est ainsi que, sans déroger à son origine, elle entendait faire l'application de la noble devise de sa famille : horce à superbe, merci à faible ; et tandis que ceux de sa race et de son nom s'illustraient au service de la patrie, et se faisaient inscrire avec honneur dans les fastes de l'histoire, elle, humble hospitalière, oublieuse de cette gloire mondaine, ne songeait qu'à conquérir la gloire immortelle promise à ceux qui sont vainqueurs de leurs inclinations jusque dans les plus petites choses.

" Elle fournit dans le cloître une carrière de soixante et dix ans, Recoramandable par son exactitude aux observances, elle manifesta particulièrement la bonté de son cœur et sa charité dans les emplois d'hospitalière et d'assistante,

" C'est le 2 décembre 1823, dans sa quatre-vingtcinquième année, que la mère Sainte- Catherine fut appelée à recevoir la récompense de Sis vertus et de ses travaux, " (i)

lGN,-MlCHEI<-L,S.-x\lsrT, d'IrUxMBSRKY de SAt,A.BIÎRRY

Le continuateur de la lignée.

(i) Monseigneur de Sxint-Vallier et V Hôpital-Général de Québec, p. 621. 4

Première génération j Michel d'Irumberry de Salafaerry Deuxième génération : I.-M.-L.-A. d'I. de Salafaerry

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