IGNACE-MICHEL-LOUIS- ANTOINE D' IRUM- BERRY DE SALABERRY
Né à Beauport le 4 juillet 1752.
Il fut le premier élève admis au séminaire de Québec après la conquête, (i^ Son père l'amena terminer ses études eu France.
Lorsqu'il revint dans sa patrie les colonies américaines venaient de lever l'étendard de la révolte contre l'Angleterre et de décider l'invasion du Canada.
M. de Salaberry, comme la grande majorité des seigneurs canadiens d'ailleurs, n'hésita pas un seul instant à offrir ses services à l' Angleterre pour défendre le Canada menacé.
Déjà Ticondéroga et Crown-Point étaient tombés aux mains des envahisseurs. Saint- Jean eut bientôt le même sort. M. de Belestre suivi des seigneurs canadiens leur enleva ce dernier poste. Puis après avoir forcé les envahisseurs à se replier sur l'île-aux-Noix,
(i) M. l'abbé Amédée Gosselin nous a communiqué l'extrait suivant des Annales du Petit Séminaire : " 1765 : Le séminaire qui avait été depuis l'année 1759 dans l'impossibilité de prendre des sujets à cause du siège et de la prise de Québec par les Anglais, commença à reprendre des écoliers. Voici les noms de ceux qui y entrèrent : Salaberry, le 7 octobre, en pension entière de 3ool. Michel Salaberry de Beauport âgé de 13 ans. "
M. de Belestre et ses braves revinrent s'enfermer dans le fort Saint-Jean décidés à y attendre de pied ferme toutes les milices américaines.
Montgomery, nommé commandant en chef de l'armée d'invasion, vint lui-même faire le siège du fort Saint- Jean. Il n'aurait jamais pu s'en emparer, sans la lâcheté du major Stefford qui en se rendant, à Chambly, lui procura dix- sept bouches à feu et une grande quantité de munitions et lui permit ainsi de faire un effort puissant contre Saint-Jean. Désespérant de recevoir du secours et commençant à manquer de provisions et de munitions, l'héroïque garnison se décida à capituler. I^e siège avait duré du 17 septembre au 3 novembre 1775. 500 hommes avaient tenu là en échec pendant quarante-huit jours une armée entière.
M. de Salaberrj'- avait reçu deux blessures pendant le siège.
Deux ans plus tard, en 1777, M. de Salaberry suivit Burgoyne dans sa funeste campagne. Enflé par les succès remportés à Ticondéroga, à Mont-Independance, à Hubertown et au fort Sainte- Anne, le généralissime anglais se crut invincible. Il s'éloigna trop de sa base d'opération, le fort George. Cerné à Sa- -ratoga par une armée de quinze ou seize mille hommes, il fut obligé de se rendre avec son armée, le 16 octobre ^777-
A la paix de 1783, M. de Salaberry fut mis à la demi-paye.
Ive 7 mai 1792, une proclamation du lieutenantgouverneur Alured Clarke divisait le Bas-Canada en 21 comtés, deux cités et deux bourgs, et fixait le nombre des représentants de ces divisions électorales.
lyes élections se firent au mois de juin suivant.
M, de Salaberry fut élu par les comtés de Québec et de Dorchester.
Dans le comté de Dorchester, l'élection s'était faite par acclamation. Dans le comté de Québec, il y avait deux députés à élire et trois candidats étaient sur les rangs, MM. de Salaberry, David Lynd et Berthelot d'Artigny. Au moment où ce dernier allait obtenir la majorité, les amis des deux autres candidats démolirent le liusting, et l'officier rapporteur déclara élus MM. de Salaberry et Lynd qui avaient à ce moment la majorité.
Les électeurs, naturellement, n'aimèrent pas cette manière de procéder, et une émeute éclata.
Le duc de Kent, qui était présent, intervint et son petit speech eut pour effet de calmer les esprits.
Laissons parler la Gazette de Québec :
" Lorsqu'on abattit le husting, c'est-à-dire le bâtiment qui avait été érigé pour tenir la cour d'élection, il y eut une émeute, qui était sur le point d'éclater par des actes de violence. Dès l'instant que le prince apperçut la multitude irritée, il s'avança, et avec une rare présence d'esprit, se posta de manière à pouvoir être vu de tout le monde, et ayant ordonné le silence :
" Messieurs, dit S. A. R. (avec un air de sensi' bilité et un ton d'autorité), y a-t-il parmi vous, qui que ce soit, qui ne regarde le Roi coïnme le père de son peuple ?
" A ces mots, le peuple répondit par des huzzas et des acclamations de vive le Roi I
"Y a-t-il parmi vous, ajouta le prince, qui que ce soit qui ne regarde, ou qui ne croie la nouvelle constitution comme la meilleure qui soit possible pour opé-
rer le bonheur des sujets de S. M. , et le bon gouvernement de ce pays ?
" Xes huzzas furent réitérés,
"Je vous recommande donc, conclut S. A. R. , de vous retirer en paix : je vous recommande Ja paix, la concorde et l'unanimité ; que je n'entende plus parler de cette distinction odieuse d'Anglais et de Français. Vous êtes tous également sujets bien -aimés canadiens de S. M. B.
' ' lycs liuzzas et les cris vive le prince furent réitérés.
" Le tumulte cessa, et les menaces, la rage, la fureur firent place à l'admiration et aux applaudissements. "
M. de Salaberry opta, le ii janvier 1793, pour le comté de Dorchester. Il siégea jusqu'à la dissolution du premier parlement, le 31 mai 1796.
lyC 2 avril 1794, M. de Salaberry était nommé juge de paix pour le district de Québec.
Le 15 février 1794, le ministre Dundas donnait ordre au gouverneur Dorchester de lever un régiment au Canada, le Royal Canadian Volunteers (le Royal Canadien). Ce régiment devait comprendre deux bataillons dont l'un composé exclusivement de Canadiens-Français. Le gouverneur s'occupa activement de cette organisation. Ce ne fut cependant qu'à la fin de 1795 que les officiers en furent choisis. Dominique- Emmanuel LeMoyne de Longueil fut fait lieutenantcolonel du ler bataillon de ce régiment, et M. de Salaberry reçut le grade de major. Il y avait en outre huit capitaines, dix lieutenants et dix enseignes.
Le ler octobre 1801, la paix d'Amiens était signée. L'Angleterre n'ayant plus besoin de troupes
licencia plusieurs régiments. Le Royal Canadien fut licencié en septembre 1802.
Lorsque l'ordre de licenciement arriva à Québec, M. de Salaberry, qui avait le commandement temporaire, assembla son bataillon, et lui fit ses adieux dans des termes qui rappellent les adieux de Napoléon à sa vieille garde, à Fontainebleau.
" Soldats, s'écria-t-il, il a plu à Sa Majesté, d'ordonner le licenciement de notre régiment, et elle vous remercie de vos services. Vous avez toujours rempli vos devoirs avec fidélité. Les punitions ont été bien rares et très légères dans votre bataillon, ce qui est une preuve irrécusable de votre bonne conduite. Maintenant, mes enfants, nous allons nous dire adieu, et nous séparer pour toujours. Vous allez retourner dans vos familles ; mais promettez moi que si jamais \-otre drapeau reparaissait à vos regards, vous le salueriez avec respect. Sa vue vous reportera aux jours que nous avons passés ensemble, et j'espère aussi qu'il vous rappelera votre vieux major, qui vous a toujours beaucoup aimé. ..."
" A ces mots, il veut se dérober à ses soldats pour leur cacher l'émotion qui l'oppresse. Mais ceux-ci ne lui en laissent pas le moyen. Ils se précipitent, ils l'entourent, en poussant des hourrahs frénétiques, l'enlèvent, malgré ses prières et sa résistance, en lui faisant un siège de leurs armes renversées, ils le portent en triomphe jusqu'à sa demeure ! (i)
Le 17 janvier 1801, M. de Salaberry était nommé député-surintendant des Sauvages du district de Québec, en remplacement du lieutenant-colonel Descham-
(i^ Echo du cabinet de lecture paroissial, vol. I, p. 6.
bault, promu député-agent des Sauvages à Montréal. M. de Salaberry conserva cette position jusqu'à sa mort.
Aux élections générales de 1804 pour la Cliambre d'Assemblée, M. de Salaberry brigua les suffrages des électeurs de la basâe-ville de Québec.
Le 28 juin de cette année, il leur adressait la lettre suivante dans la Gazette de Québec.
' ' Aux libres électeurs de la basse-vïlle de Québec.
" Messieurs,
" Puisque ceux d'entre vous qui dernièrement m'ont décidé à m'offrir à cette élection, croient que mes services peuvent être de quelque utilité, je n'ai à répondre que par ma plus respectueuse déférence. Me présenter l'idée d'être utile à mes concitoyens, était me déterminer par le moyen le plus impérieux. Permettez-moi donc, messieurs, de vous offrir à tous publiquement mes services. S'ils peuvent vous être agréables et que vous veuilliez bien m'honorer de vos suffrages, très assurément on me trouvera toujours bien plutôt prêt à travailler au bien de mon pays, que je ne l'ai été â me présenter ici. Cette ferme résolution me sera, j'espère, une excuse pour mon retardement. J'ose vous prier de l'agréer.
J'ai l'honneur d'être respectueusement.
Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur,
ly. de Salaberry Québec, 28 juin 1804. "
Dans les premiers jours de juillet, M. de Salaberry était élu.
Iv'HON. IGNACE-MICHEL-LOUIS- ANTOINE DE SALABERRV
Nous trouvons sa lettre de remerciement dans la Gazette de Québec du 12 juillet 1804 :
" Aux libres et indépendants électeurs de la basse-ville de Québec.
" Messieurs,
'* L'ardeur avec laquelle vous m'avez si affectueusement honoré de vos suffrages, la manière si noble et si parfaitement libérale dont tous les partis de mes concitoyens ont daigné me traiter, me laisseront un long souvenir. Tant de générosité m'inspire une indicible reconnaissance. Le sentiment en est impérissable. Je serai toujours heureux de votre bonheur. Y contribuer de toutes mes forces, me sera constamment un devoir infiniment cher et précieux. Veuillez bien, messieurs, me faire la grâce d'en demeurer persuadés. Je n'épargnerai pour votre avantage aucuns des moyens offerts par une constitution la plus propre à assurer le bonheur et la tranquillité des peuples, surtout quand elle est sous les auspices d'un Souverain digue d'elle.
•' En réitérant mes vœux pour votre parfaite et perJurable prospérité, j'ai l'honneur de me souscrire très respectueusement, et avec une profonde impression de reconnaissance,
Messieurs et généreux concitoyens,
Votre très humble, obéissant et
très dévoué serviteur,