‹ La famille d'Irumberry de SalaberryChapitre 21 sur 53 · CHATEAUGUAY · texte numérisé non relu

CHATEAUGUAY

traite. Il avait échoué sur toute la ligue. Il se décida à repasser la frontière.

La perte de l'ennemi fut considérable. Salaberry n'avait perdu que deux hommes !

" Tel est ce combat de Châteauguay, remarque M. Adélard Boucher, où les Canadiens se couvrirent d'une gloire immortelle, pour avoir tenu en échec, et finalement forcé à la retraite, une armée vingt fois plus nombreuse, pleine de confiance dans ses propres forces, et dont le chef s'était vanté de venir établir ses quartiers d'hiver à Montréal. On avait vu, sans doute, des batailles plus acharnées et plus meurtrières, mais aucune dont les résultats furent acquis si glorieusement et à si peu de frais. Cet exploit sauva le pays." (i)

Le 25 janvier 1814, la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada votait unanimement une résolution de remerciements au lieutenant-colonel de Salaberry et à ses braves.

Le 2 février suivant, le Conseil législatif adoptait également une résolution très flatteuse pour M. de Salaberry.

L'Angleterre elle-même déclara, parla bouche du prince régent et du duc de Kent, que Salaberry et ses trois cents guerriers étaient les sauveurs du pays. Le prince régent fit même frapper une médaille commeniorative lie Châteauguay et il la fit envoyer au héros avec prière de la porter.

(i) Echo du cabinet de lecture pcirohsiat.voX. I, p. 8. Sur la bataille de Châteaugiiay on peut consulter Suite, La bataille de Châteauguay ; Vf.-!). Lightîiall, An account of the battle of Châteauguay ; \Vilîiam-F. Cofl&n, 1812, the war and ils moral ; L.-O. David, Le héros de Châteauguay ; W.-J. Anderson, The lije of Edward, duke 0/ Kent, etc., etc. 13

Le lieutenant-colonel de Salaberry fut mis à la demi-paye le 25 juillet 181 5.

" Il n'eut plus l'occasion de se signaler, dit M. L.-O. David. Il avait conquis tous les grades que l'Angleterre pouvait accorder à un soldat catholique et canadien-français. ; la protection même du duc de Kent n'aurait pu le faire sortir des rangs accessibles aux médiocrités. Une telle position ne devait pas convenir à notre immortel compatriote. Il avait assez fait, d'ailleurs, pour un gouvernement qui avait eu l'ingratitude d'enlever à son illustre père la derai-pensioî^ qu'il avait si noblement gagnée en combattant pour l'Angleterre. Il renonça à la carrière militaire et vécut ensuite pour sa famille, s'occupant d'administrer la seigneurie que mademoiselle Hertel de Rouville lui avait apportée sous forme de dot. Il avait épousé cette noble demoiselle quelques mois avant la bataille de Cliâteauguay. Belle alliance ! dont le duc de Kent le félicita.

'• C'est à Chambly qu'il fixa sa résidence, au milieu de la population témoin de sa valeur et de sa gloire pendant la guerre. Sur la rivière Chambly, qu'on appelait le grenier du Bas-Canada, vivaient alors des familles remarquables par leur origine ou leurs talents, qui se disputaient la palme des belles manières, de la libéralité et de la fidélité aux traditions du passé. On y menait joyeuse vie ; c'était pendant l'hiver une succession de fêtes, de promenades et àç. fricots légendaires. Ou luttait à qui ferait le plus et le mieux.

" On partait le matin ; on dînait chez le seigneur Jacob ; on prenait les amis en passant, et on allait passer la soirée chez M, Cartier, de Saint- Antoine, ou chez les messieurs Drolet, Franchère et autres. Quel

bruit ! Quel entrain ! On se séparait à regret, avec la promesse de se revoir bientôt. •

" C'était une grande joie dans la tribu, lorsqu'on voyait arriver le brave colonel, car il n'était pas le moins bruyant, et lorsque venait son tour de chanter ou de prendre part à un cotillon emporté, à un réel favori, il ne tirait pas en arrière. Tout le monde l'admirait pour sa gloire et l'aimait pour la gaieté et l'affabilité de son caractère. " (i)

lyC 5 février 1817, près de quatre années après son immortelle victoire, M. de Salaberry était fait compagnon du Très honorable ordre militaire du Bain ( C. B. ). On avouera que l'Angleterre prit son temps pour reconnaître les services de ce valeureux soldat.

Le 14 décembre 1818, M. de Salaberry était appelé au Conseil législatif de la province du Bas-C inada, oii siégeait déjà son père. On fit alors en sa faveur exception à la règle qui défendait au père et au fils de siéger ensemble au Conseil législatif. (2)

Le Léonidas canadien fut frappé d'apoplexie, dans une réunion de famille, chez M. Hatt, à Chambly, le 26 février 1829. Il mourut le lendemain, et fut inhumé dans l'église de Chambly,

Charles - Michel de Salaberry avait épousé, à Chambly, le 14 mai 181 2, Marie- Anne-Julie, fille de- Jean-Baptiste-Melchior Hertel de Rouville, seigneur de Rouville, Chambly, Saint -Olivier, et autres lieux, et de Marie-Anne Hervieux.

Elle se remaria, à Chambly, le 15 janvier 1840,

(i) L.-O. David, Le héros de'^Oiâteauguay, p. 28.

(2) Bulletin des Recherches Historiques, vol. sixième, p. 145.

lOO

au colonel John Glen, ci-devant de Barronquilla, province de Carthagène, Amérique du sud.

Madame Glen décéda à Saint-Matliias de Rouville, chez son fils, le 20 avril 1855, et fut inhumée dans le cimetière de Chambly.

Enfants du lieutenant-colonel de Salaberry et de Marie-Anne-Julie Hertel de Rouville :

Melchior-Alphonse d'Irumberry de Sat.aberry Le continuateur de la lignée.

Marie-Anne-Hërmink d'Irumberry de Sai^aberry

Née à Chambly le 29 juillet 18 15.

Mariée, à Chambly, le 10 février 1836, au docteur Jacob Glen.

M, Glen mourut à Chambly le 19 mai 1837, à l'âge de 30 ans.

Madame Glen décéda au même endroit le 17 mars 1844, et fut inhumée dans l'église paroissiale.

Nous lisons dans la Minerve du 18 mars 1844 :

*' L/SL courte existence de madame Glen a été marquée par les plus rudes épreuves, mais pour les supporter, sa piété profonde et sa résignation aux volontés divines, si cruelles qu'elles fussent, lui donnèrent les forces nécessaires. Après avoir perdu son père en 1829, sa jeune sœur en 1832, elle eut à pleurer la mort d'un frère en avril 1837, et le mois de mai suivant, après quinze mois de mariage, son époux lui était enlevé. Alors elle relevait à peine d' une longue maladie

loi

de six mois, et ce ne fut que dans les tendres soins de sa famille et dans l'attachement qu'elle avait pour son fils, alors âgé de quelques mois qu'elle trouva assez de courage pour ne pas succomber à son affliction ; les deux dernières années ajoutèrent encore à ses chagrins et elle se vit ravir dans l'espace de quelques mois et soa beau-père et sa belle-mère. Tant d'échecs répétés devaient l'accabler et cependant elle montra beaucoup plus de force d'âme qu'on aurait dû en attendre d'une personne épuisée par les maladies et les souffrances du cœur ; mais à la fin les forces physiques la trahirent et quand sa dernière maladie eut lieu, elle semblait ne plus rien désirer que d'aller retrouver ceux qu'elle avait tant pleures, et regardait sa vie comme un fardeau, et pour elle et pour ceux qui l'entouraient. Enfin dimanche à midi et demi, après avoir reçu les sacrements la veille avec cette dévotion qui l'avait toujours fait lemarquer sans qu'elle le voulut, elle cessa de souffrir et alla recevoir sans doute la récompense de tout ce qu'elle avait eu à endurer icibas."

Madame Glen laissait un fils :

Chari.es- Witshere-Edward Glen

Né à Chambly le 21 décembre 1836.

Il est médecin et demeure à Chambly.

Il ne s'est pas marié.

Charlotte-Emêue d'Irumberry de Salaberry

Née à Chambly le 16 mars 1817.

Mariée, à Saint-Hilaire de Rouville, le 28 février

1838, à Augustus Hatt, surintendant des travaux publics de l'écluse de Saint-Ours.

M. Hatt mourut à Saint-Ours le 28 mars 1853, et fut inhumé dans le cimetière anglican de Sorel.

Madame Hatt mourut à Montréal le 21 septembre 1896, et fut inhumée dans le cimetière catholique de Sorel.

De leur mariage étaient nés neuf enfants :

Page 1