‹ La famille d'Irumberry de SalaberryChapitre 34 sur 53 · TOINE DE SALABERRY · texte numérisé non relu

TOINE DE SALABERRY

[28 juin 1792.

Monsieur,

Si je ne suis pas des premiers qui par lettre ou par écrit ont eu l'honneur de vous féliciter sur votre élection, j'ai la satisfaction néanmoins d'y avoir pris une part particulière par mes vœux précédents, et la joie que j'ai ressentie en l'apprenant : et en vérité je félicite autant le comté de Québec de son choix que celui qui a su réunir par son mérite des voix et des inclinations si différentes. Quoiqu'il en soit, j'espère et je me flatte que les vrais intérêts de la province vous seront aussi à cœur que ceux du comté de Québec: Le nom dé Salaberry est aussi conru que chéri de tous les Canadiens qu'il l'est à Beauport.

J'ai l'honneur d'être.

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Ch. F. de Capse.

XET^TRES DE I.A SŒUR MARIE-CATHERINE- FRANÇOISE. CÉIvORON DE BLAINVILLE A SON COUSIN, VHON. IGNACE- MICHEL-I.OUIS-ANTOINE DE SALABERRY (i)

Hôtel- Dieu, Montréal,

24 décembre 1797.

Ma chère cousine,

Après avoir feuilleté tous nos martyrologes pour trouver Sainte Souris, nom d'amitié donné par M. de Salaberry à sa femme, je suis restée bien persuadée que vous serez la première Souris qui entrera au Royaume des cieux. Cette vérité bien établie, il me restait un autre embarras, c'est que j'avais oublié votre nom de baptême ; j'ai découvert enfin que vous portiez celui de Catherine, et je viens vous souhaiter votre fête sans art, sans élégance, mais avec toute la sincérité d' un cœur qui vous aime avec toute la tendresse dont il est capable. J'ose vous offrir une pelotte de toilette ; c'est bien peu de chose, si vous n'avez égard au désir que j'aurais de vous présenter quelque chose qui fut digne de vous, mais où le prendre ? Mes respects à notre major. . . . . .ou pour mieux dire, mille

amitiés à notre cher Sa Sa Sa Salaberry,

Je suis avec toute l'estime et l'amitié que vous me connaissez,

Ma chère cousine, votre très-humble servante et bonne amie.

Sœur CÊi^ORON.

Hôtel-Dieu, Montréal,

10 décembre 1799.

Savez-vôus bien, mon cher cousin.

Que je suis toute fière et encore plus satisfaite de

(i) La sœur Céloron mourut à THôtel-Dieu de Montréal le 25 tuai 1809, après 47 ans de profession.

penser que mon premier miracle a été fait en votrefaveur ? S'il plaît à Dieu, ce ne sera pas le dernier, et je me mettrai sur le pied d'en faire au moins trois par semaine, qui auront tous pour objet votre bonheur et celui de votre charmante famille, qui m'est bien plus chère que je ne puis l'exprimer. Je n'ai pas oublié la chère, belle et bonne Souris, le jour de sa fête, et je lui ai donné un bouquet tout spirituel : vous savez que les Saints n'en donnent point d'autres, et qu'ils ont le précieux secret de tout spiritualiser. Ne soyez pas inquiet de la santé de M. Roques ; il se porte bien, les confessions d'une sainte ne doivent pas beaucoup fatiguer, et je va toujours mon train, je crois même que je suis obligée à quelques séances de plus, car comme vous êtes sans prêtres dans votre gouvernement,, je me propose de me confesser à votre place, envoyezmoi votre procuration en bonne forme pour traiter de vos affaires, car on ne voudrait peut-être pas me croire sur ma parole, et nous vivons dans un siècle où on a multiplié les formalités à l'infini.

I^'envoi que vous faites du meilleur savonnier de votre gouvernement, mérite de notre part, la plus sincère reconnaissance ; cependant je ne vous en remercierai point, je vous connais trop bien, monsieur le gouverneur, pour ne pas savoir que le plaisir de nous obliger, est pour vous une jouissance des plus pures ; nous tâcherons de nous procurer ce plaisir le plus souvent que nous pourrons.

Notre mère vous dit mille choses affectueuses et/ respectueuses, ainsi qu'à madame de Salaberry. Pour moi, j'embrasse la mère et tous les aimables enfants,, excepté Edouard qui le souffrira mieux de loin que de près.

Adieu donc, mon cher de Salaberry, je suis avec tous les sentiments que vous connaissez et que je vous laisse le soin de caractériser, votre vraie amie et cousine.

Sœur CÊlorOn.

30 décembre 1 799.

Bonjour, mon cher cousin.

Je vous souhaite une bonne et heureuse année, à

'VOUS, à ma chère Souris, à tous les souriceaux, de !a -part de toutes vos cousines et surtout de la cousine supérieure ; la cousine Lepailleur fera ses commissions elle-même, c'est caquet-bon bec, mais non pas sous tous les rapports.

Je vous dois une réponse pour votre spirituelle épitre, mais je vous avoue que je ne sais comment m'y prendre ; mettez-vous à ma place ; j'arrive de la crèche où j'ai fait une longue station ! j'ai fait présent du gouverneur, de la gouvernante et de toute leur famille à l'enfant Jésus et à la Sainte Vierge, etc., tout cela ne m'a pas donné l'esprit qu'il me faudrait pour répondre à de si jolies choses ; je n'ai acquis dans mon voj^age, aucune ressemblance avec la divinité, mais beaucoup avec le bœuf et l'âne.... Sancho dirait : dis moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. Quoiqu'il

en soit, je crois que l'ancienne s'en serait

mieux acquitté que la nouvelle. Ce n'était pas à Bethléem que la gaillarde faisait ses pèlerinages, ni qu'elle prenait ses leçons, malgré cela, je ne me changerais pas, tant il est vrai que chacun est fott de sa marotte. Vous apercevez- vous que je suis farcie de proverbes, mon cher de Salaberry, il vous faut bien de la patience pour me lire, mais l'amitié couvre tous les défauts de ses amies. Et à propos d'amis, vous paraissez désolé de la maladie du docteur Lœdel ; je vous annonce qu'il est hors de danger depuis plusieurs jours, à ce que m'a dit monsieur I^yon qui le soigne, il est encore très faible, et le sera, dit-on, le reste de l'hiver.

Adieu, mon cher cousin, je vous réitère les remerciments de la communauté pour toutes vos politesses, pour tout le bien que vous nous faites, et plus encore, pour celui que vous voudriez nous faire ; elle vous assure de leur respectueux attachement, ainsi que ma chère cousine que j'embrasse de tout mon cœur, sans attendre vingt-deux ans, cela est bon pour M. le gouverneur qui pourra dire avec David : Expectans Expectavi ....

Ce qui ne vous empêchera pas d'être toujours

avec l'amitié la plus sincère, sa chère cousine.

Sœur CÊLORON.

Hôtel -Dieu, Montréal,

i6 mars 1800.

Mon cher cousin,

Il y a bien longtemps, bien longtemps que je ne vous ai écrit, et si vous voulez en savoir la raison, c'est que je crains de vous obliger à des réponses, qui nécessairement doivent vous surcharger. Monsieur de Montigny m'a fait un détail de vos occupations, et surtout de vos énormes correspondances, qui m'a effrayé. Ce n'est pas qu'au fond je ne sois bien convaincue, que la mienne vous plaît peut-être plus que celle de bien d'autres, et cette conviction ne vient point, ce me semble, d'amour propre, (car jamais il n'a logé sous un voile) mais de la connaissance que j'ai de votre amitié et de votre excellent coeur. Voyez comme je rends justice à mes amis, j'espère que vous' avez de moi les mêmes sentiments, et que vous êtes persuadé que soit que je vous écrive ou non, mon affection, pour tout ce qui porte le nom de Salaberry ne souffrira jamais de diminution.

Comment se porte ma chère Souris ? Dites-lui, je vous prie, mille choses de ma part, je l'embrasse de tout mon cœur, ainsi que son aimable famille dont tout le monde chante les louanges ; quand on est sur cet article, on ne cherche plus de sujets de conversation ; elle est intarissable, encore on ne dit pas tout.

On nous menace de ne pas vous revoir, on dit que vous partirez de Saint-Jean pour Québec, et que le Prince vous a déjà adressé plusieurs lettres à Beauport ; cela est expressif et marque clairement son intention. Vous avez en lui, un ami et un protecteur tels que vous méritez d'en avoir ; quand on use, comme vous, de sa faveur, que pour faire des heureux, on ne fait point de jaloux, et c'est sur ce ton que j'entends tout le monde s'en expliquer. Recommandez-

îui notre pauvre maison, et vos pauvres cousines, et mettez -nous toutes sous sa royale protection. Comme il viendra, dit-on, ce printemps, et que je ne vous aurai pas à côté de moi, il faut que vous me fassiez uti plaisir d'avance, et je l'exige absolument : c'est de m' envoyer le modèle d'une lettre de compliment pour son arrivée ; je ne sais point écrire à des altesses ; d'ailleurs, vous le connaissez mieux que personne et vous savez quel langage lui plaît le plus. N'oubliez pas de me donner jusqu'à son adresse. Je me regarde si sûre que vous ne me refuserez pas, que je vous err remercie d'^avance. Point d'objections, je les prévoie toutes, elles portent à faux. Quand je vous écris, mon cher de Salaberry, je n'ai pas besoin d'emprunter un style étranger, parce que mon cœur conduit ma main, mais il ne parle pas de même pour tout le monde, et quand il ne dit mot, je suis sotte comme un vison. Voyez quelle confiance j'ai en vous, pour vous faire un aveu que je ne ferais pas à monsieur Roques.

Adieu, mon cher cousin, notre mère vous assure de son respect ainsi que M. de Salaberry, et moi je vous dis tout sinxplement que je suis votre cousine.

Sœur CÊr.aRON.

Hôtel-EHeu, Montréal,

29 décembre 1800, Mon cher cousin,

S'il me reste encore une teinture de mythologie, il me semble que les anciens faisaient, le premier de janvier, la fête de Jauus à deux visages, et peut-être quelques modernes en font-ils encore autant ; mais pour moi, qui ne rend aucun culte à cette double divinité, et qui n'ai qu'un visage comme je n'ai qu'un cœur, je viens vous renouveler, au commencement de cette année, les sentiments que je vous ai voués, ainsi qu'à ma chère Souris que j'embravSse de tout mon simple cœur, aussi fort que si j'en avais deux. Mon estime et ma tendresse pour vous et pour elle, sont chez moi un sentiment nécessaire et attaché à mon ex-

istence et le moyen de ne pas estimer ce qui est estî* niable, et de s'empêcher d'aimer ce qui est si aimable ! Aussi ne fais-je aucun effort pour cela ; je me livre tranquillement aux douces impressions que vos vertus font sur mon cœur, et je suis au commencement de ce siècle c€ que j'étais à la fin de l'autre, car ne vous en déplaise, monsieur le chronologiste, nous commençons le dix-neuvième siècle.

Je n'ai pu m'empêcher de rire de la rigueur du sort qui poursuivait vos dernières lettres, mais vous ne savez pas que peu s'en est fallu qu'elles n'aient été à dix lieues, avant de venir jusqu'à moi. Vous les aviez mises sous l'adresse de Mlle de St-Ours qui était alors chez son frère le chevalier ; heureusement que la grosseur du paquet engagea la sœur Lepailleur, qui ne pouvait se résoudre à le mettre à la poste, de le décacheter ; elle s'en sçut bon gré, car elle en avait ainsi que moi, et nous les aurions attendues longtemps.

J'ai ri de bon cœur de la proposition que vous me faites d'envoyer ma lettre à Son Altesse Royale, vrai' ment, le tour serait joli, et je ne vous le défenderais . pas, si vous vouliez me permettre de la refaire, et de lui donner une petite tournure à la Salaberry ; je passerais alors pour une femme d'esprit auprès du prince et sans doute, il y aurait de quoi flatter un amour' propre qui, quoique voilé, n'en est pas moins délicat ; mais si vous les laissez telles que je les ai écrites à mon cher cousin, je vous prie de les garder sous le silence, et pour votre honneur et pour le mien, car vous passeriez pour un homme de mauvais goût, et je veux vous conserver votre réputation.

Notre mère vous présente ainsi qu'à madame de Salaberry, son très-humble respect ; elle se flatte que vous voudrez bien recevoir par moi, l'expression de ses sentiments d'estime et de gratitude pour les bontés que vous avez pour la maison, dont vous nous avez donné des preuves réitérées, et nous vous tenons compte de la volonté que vous avez de nous rendre service, lors même que vous n'en trouvez pas l'occa' sion.

Adieu, mon cher de Salaberry, ce n'est pas une

lettre du jour de l'an, car on dit qu'elles doivent être courtes, mais c'est que les lettres du jour de l'an ne sont pas toujours des lettres de cœur, et celle-ci en vient, ainsi que les sentiments avec lesquels je suis,

Mon cher cousin, Votre très humble et obéissante servante

Sœur CêivORON

Hôtel-Dieu, Montréal,

28 décembre 1803.

Mon cher cousin,

Je me rappelle que l'année dernière, vous me marquâtes que ma lettre était arrivée comme vous entriez à table, le plaisir de la lire vous avait empêché de manger, je ne veux pas que cela arrive davantage, et si elle prend si mal son temps, je vous prie de la garder pour le dessert, car ne point dîner pour entendre dire : ' ' mon cher de Salaberry, je vous souhaite une bonne et heureuse année, ainsi qu'à ma chère Souris et à sa nombreuse et charmante famille ; je prie Dieu de répandre sur vous, ses plus abondantes bénédictions, et s'il daigne exaucer mes vœux, il ne manquera rien à votre bonheur, je désire, etc, etc, etc, tout cela, dis-je, ne remplit pas l'estomac, c'est de la viande crue, et bon à entendre, quand on a pris le café ; je suis sûre qu'Edouard sera de mon sentiment, et sur cet article, je m'en rapporte à son avis que je vous prie de suivre.

Je crois, mon cher cousin, que voilà la dernière lettre que je vous écrirai, car je suis dans ma soixantième année (sous votre respect), et je me souviens de vous avoir vu faire la grimace, quand on parlait devant vous d'une femme de soixante ans ; je les aurai complets au mois d'août, et alors je me tiendrai dans un humble silence, je ne serais pas bonne à être lue même après le diner.... tiens, ma Souris, lis si tu

veux, la lettre de ta vieille cousine. . . ►.. pour moi, jV

ah j'entends tout cela d'avance, et je ne m'exr

poserai pas à de telles humiliations ; cette pauvre sœur", avec ses soixante ans, elle commence à radoter, et elle croit bonnement qu'elle doit plaire par droit de . . . ...

vétérance, etc., etc.

Notre mère, quoiqu'elle aie soixante et douze ans, vous offre, ainsi qu'à madame, son respectueux hom^ mage ; ma sœur Lepailleur qui n'en a que cinquantedeux, a encore huit ans à figurer, elle vous présente le sien. Je n'irai pas plus loin, car je vous enverrais l'extrait baptistaire de toutes les sœurs.

Adieu, mon cher cousin, adieu pour la dernière fois, je suis votre cousine et meilleure amie.

Sœur CÊi<ORON,

Hôtel-Dieu, i6 juillet 1804, Mon cher cousin,

Tout bien considéré, je n'ai pas encore 60 ans et j'ai encore un mois à me voir, je puis donc vous écrire sans vous faire évanouir ; je vais en profiter car outre mon inclination naturelle qui me porte à m' entretenir avec vous, j'ai pour cette fois un motif de plus, c'est de vous congratuler, au nom de notre mère et de toute la communauté, de la marque publique d'estime que vous venez de recevoir et qui vous était si justement due.

Il y avait longtemps, mon bon ami, que notre maison votait pour vous et c'est dommage qu'on ne fasse pas aux femmes l'honneur de prendre leur suffrage, on verrait ce qu'elles savent faire. Après- tout, il me semble qu'on devrait plutôt complimenter ceux qui vous ont élu, car, par votre élection, ils ont donné une preuve de leur discernement qui certainement leur fait beaucoup d'honneur. Quant à moi, je suis peu propre à faire un compliment, quand mon cœur n'est pas d'intelligence avec ma plume, mais avec vous, mon cher de Salaberry, l'esprit n'est d'aucun usage, et le

^^"Oeur seul en fait tous les frais. Au reste, ce cœuf) ■quoique sexagénaire ne mérite pas qu'on le méprise, car il a si peu de service qu'il en vaut presqu'un neuf. La sœur Lepailleur, en qualité de dépositaire, dit qu'elle vous fait son compliment double et qu'elle met la maison sous votre protection. Elle a déjà de grands projets, pour la réussite desquels elle pense que vous lui serez d'une grande utilité ; pour moi, je ne vous recommande rien, persuadée que toute la maison vous prierait en vain de ne lui rendre aucun service, et que vous nous obligeriez malgré nous.

Mais que dirai-je à ma chère sœur ? ou plutôt que ne lui dirai-je pas ? je vous laisse carte blanche, ne craignez pas d'excéder, vous n'irez jamais aussi loin que moi. Savez -vous que je n'entends parler que de votre famille ? De la beauté des filles, des talents prématurés des garçons, etc. Je dis quelquefois sur le ton de l'humeur : quoi ! je n'entendrai parler que

des de Salaberry Eh quelle merveille donc qu'un

bon arbre produise de bons fruits ? Si les choses étaient autrement, je pardonnerais la surprise, mais je ne vois rien que de naturel dans le mérite de cette postérité ; c'est même un article de foi qu'ils doivent être ce qu'ils sont, et on pourrait leur appliquer la réponse du général des Jésuites à Clément IV : " Sint ut sunt aut non sint."

En qualité d'ami de notre mai.son, je me fais un plaisir de vous annoncer que M. McTavish a légué mille louis à l'Hôtel- Dieu, dont moitié à la communauté et l'autre à l'hôpital ; voilà un grand trait de générosité, et qui nous a d'autant plus étonné que nous n'étions pas du tout en connaissance avec lui.

Adieu, mon cher cousin, quand vous m'écrirez, donnez-moi donc votre adresse avec tous vos titres, car je ne connais guère les usages du monde ; il me semble pourtant, que pour les représentants, on met : à l'honorable ; mais moi qui vous trouve très-honorable sans être représentant, je vous aurais toujours titré de la sorte, si je n'avais cru que cela allait sans dire. Adieu encore une fois, je suis, avec tous les sentiments

que vous me connaissez, votre cousine et très-humbleservante,

Sœur CÊtORON.

Hôtel-Dieu, Montl-éal,

le 2 1 décembre 1 804.

Mon cher cousin,

Comment vous ex primerais- je la satisfaction que j'ai ressentie, en voyant vos chers enfants ? Ce sont de ces sensations qui nç se rendent point. Maurice a tellement grandi que je ne l'aurais pas reconnu, si quelque chose de doux et de noble dans sa figure ne m'eut annoncé que c'était un de Salaberry, avant même qu'il m'eut remis votre lettre, A son retour de Saint-Jean, il m'a présenté le capitaine, le seul de la famille que je ne connaissais que de réputation, car il a fait un tel bruit, qu'il a percé les cloîtres, et je croisqu'on parle de lui chez les carmélites. J'ai été bien mortifié, mon cher cousin, de ne pouvoir vous écrire par eux mais depuis leur visite jusqu'^à leur départ, iî n'y avait qu'une heure d'intervalle qui était rempli par des devoirs auxquels je ne pouvais me refuser. En vain mon cœur réclamait contre, il a fallu lui imposer silence et l'obliger à sacrifier ;: ce n'est pas la première fois que j'ai agi de la sorte ave? lui ; il devait être accoutumé à mes manières, mais il a beaucoup de peine à contracter cette habitude.^

Je vous prie, cher cousin, de dire mille choses à ma chère cousine, je prends tant de part à la joie que je crois la sentir ; je m'imagine la voir au milieu de sa belle et nombreuse famille, il n'est pas commun d'en voir une si bien composée, mais il est vrai qu'il y a de grandes raisons pour cela .... je les salue tous et les aime de tout mon cœur.

Notre mère supérieure vous présente son respect ainsi qu'à madame ; la sœur Lepailleur me charge de vous remercier de la mention particulière que vous faites d'elle, et vous assure de ses respectueux sentiments ; pour moi, mon cher de Salaberry, je vous dis rien des miens, vous les connaissez, ils sont toujours

iés mêmes. Je vous prie d'en être persuadé et de me croire, pour la vie,

Votre chère cousine,

-. .Sœur CÊi,ORON

Hôtel- Dieu, Montréal,

27 décembre 1804.

Eh bien, mon cher cousin,

Me voilà encore avec toute ma suite qui consiste en soixante ans, quatre mois, vingt-sept jours, huit heures, trente-deux minutes et treize secondes, j'ai l'horloge sous les yeux (car la chose est importante et il faut être exacte) tout cela se présente aujourd'hui devant vous, pour vous offrir le plus respectueux hommage et vous souhaiter une boime année. Vous ne direz pas que je suis isolée, car ce cortège m'accompagne partout, et même ma cour grossit tous les jours. Parmi toutes ces personnes, il n'en est pas une qui ne vous soit pas dévouée, ainsi que moi, et qui ne désire être un jour à votre ser\'ice et à celui de ma chère cousine que j'aime, comme on aime à quinze ans, car le cœur ne vieillit pas. Dites-lui, je vous prie, en mon nom, tout ce que la tendresse et l'estime peuvent inspirer. Vous voyez que mon âge ne me fait pas perdre courage, et que je vous écris comme si de rien n'était, quoique bien informée de vos dédains pour les femmes de soixante ans ; j'ai même trouvé le secret d'en tirer vanité et peut-être serez- vous de mon avis, n'est-il pas vrai, mon cher cousin, que j'ai plus de printemps que les roses et les lis ? Car après tout, ils n'en ont qu'un, et moi j'en ai soixante, et bientôt Soixante et un.

^ Notre mère vous présente ses souhaits les plus sincères et les plus amples, aussi ceux de toute la communauté ; en particulier, je vous offre ceux de ma sœur Lepailleur qui vient de faire environ six mille livres de savon avec les lards gâtés du gouvernement ; elle a si bien appris de Smith, qu'elle le fait aussi bien que lui, sans le secours de personne, et c'est à vous qu'elle est redevable de cet avantage.

Je souhaite l' aimée la plus heureuse à toute votrq famille, surtout à M. le capitaine, et j'embrasse de tout mon cœur les demoiselles.

Adieu, mon cher et bon ami, je me port i bien, à quelques gentillesses près qui se produisent à soixante ans : l'ouïe un peu dure, un œil qui pleure, les dents qui tombent, l'humeur un peu chagrine, etc., mais tout cela n'est rien et ne m'empêche pas d'être, mon cher cousin.

Votre très-humble et obéissante servante,

Sœur CÊLORON.

Hôtel-Dieu, Montréal,

1 6 septembre 1805.

Mou cher cousin,

Il y a longtemps que je ne vous ai écrit et que je ne vous ai remercié des peines que vous avez prises auprès de M. Dunu et de l' avocat-général, pour nos intérêts. Pour ce qui regarde ce dernier, je vous avoue que je ne puis m' empêcher de rire en lisant, dans votre lettré, qu'il n'avait pas voulu vous remettre nos titres, parce qu'il se réservait le plaisir de nous les remettre lui-même, etc ; je pénétrai sa finesse, et que pour vous empêcher de réitérer vos demandes (car tout le monde connaît votre zèle à servir vos amis) il vous fermerait la bouche pat cette défaite si polie ; comment, mon cher de Salaberry, avec sa candeur et sa franchise militaire, qui mourrait plutôt que de manquer à sa parole, pourrait-il se défier des ruses du barreau ? Ces gens-là tiennent boutique et vous n'êtes pas à bout. Je lui ai écrit quelques jours avant son départ pour Québec, et je lui disais que : Monsieur de Salaberry m' ayant marqué qu'il voulait bien nous rendre nos papiers, et que, prévoyant que ses grandes occupations ne lui permettaient pas de nous procurer l'honneur et le plaisir de les recevoir de sa main, je le priais de nous les envoyer, etc ; je n'ai pas même eu de réponse et le voilà parti .... Je vous prie, mon cher cousin, de

r^sr

ne pas vous rebuter et de tâcher de les tirer dé searmains. Je ne les croirai en sûreté que quand ils seront dans les vôtres. Il faut que je vous fasse ma confession toute entière ;; quand je vis avec quelle bonne foi vous aviez donné dans le piège de M. Sewell, je vous donnai le titre que vous donniez à notre bon gouverneur, et je m' écriai : Ah ! le bon Salaberry, le voilà pris ...» il a peine à croire que tout le monde ne soit pas aussi vrai que lui f Me pardonnez -vous cela^ mon cher cousin ? Qh ! oui, j'en suis sûre, et que vous n'en serez pas moins ardent pour me rendre service.

Toute la communauté vous salue respectueusement^ en particulier, mes sœurs l'assistante et IvCpailleur, mille tendres choses à ma chère Souris et à toute la^ famille que je chérie si tendrement \ tous les jours, je recommande à Dieu tout ce qui porte le nom de Salaberry, et s'il exauce les vœux que je lui adresse pour vous, il ne manquera rien à votre bonheur. Adieu, mon cher cousin, je suis, avec tous les sentimentsque vous me connaissez, mon cher cousin,

Vptre très-humble et affectionnée,

Sœur CÊi^ORON..

Hôtel-Dieu, Montréal, 1806^

Mon cher de Salaberry,

Vous ne voulez pas les honnetrrs do triomphe et moi je vous les décerne ; votre victoire est plus glorieuse que toutes celles de Bonaparte : en conséquence, je vais vous faire élever un arc ou autre monument au milieu de la communauté pour éterniser la mémoire de cette mémorable expédition. En attendant cette marque de ma vive et sincère gratitude recevez mes remerciments, et ceux de la communauté pour cette faveur signalée. Ne m'envoyez pas les paspiers par les courriers, à moins que Mademmselle de Saint-Ours ne trouve le moyen de me les faire parvenir par Séguin, sans qu'il sache ce que c'est ; si non, attendez l'occasion de quelques honnêtes gens qui ne soient pas du

■barreau, et surtout que l' avocat-général ne sache pas quand vous les ferez partir, de peur qu'il ne fasse courir après.

Vous avez dû recevoir une lettre de moi qui vous apprend que j'ai vu Monsieur Lebreton ; il me parait que ce Monsieur est resté longtemps par les chemins ^ je l'ai vu le soir et il partait le lendemain matin ; je n'ai pu écrire à mon pauvre frère, mais je tâcherai de renouer k partie.

Je vous adresse une lettre pour le coadjuteur, et vous prie de la faire parvenir, le plus tôt possible. Si la suscription n'est pas dans les formes, remettez une seconde enveloppe et une nouvelle adresse; il excusera bien une pauvre religieuse qui n'en sait pas plus long.

Toute la communauté vous salue, particulièrement mes sœurs, l'assistante et l^epailleur. J'embrasse ma chère Souris et toute l'aimable famille, surtout ma chère Adélaïde. Adieu, mon cher cousin, je suis, avec tous les sentiments que vous me connaissez,

Votre cousine et très-humble servante.

Sœur CÊLORON,

Mon cher cousin.

Je commence par vous faire un procès sur le peu d'étendue que vous supposez à mes sentiments ; vous craignez que votre lettre m' étant remise par Mlle de St-Ours, que je n'avais pas vue depuis longtemps, le plaisir de la retrouver ne fut un obstacle à la lecture de votre aimable épitre. Oh ! vous ne connaissez pas encore mon cœur, il n'est pas si étroit, qu'il ne puisse embrasser deux objets ; eh ! bien, monsieur le major, apprenez que j'ai lu votre lettre en la recevant, et que je l'ai fait lire à Mlle de Saint-Ours. Et d'abord, je vous remercie de toutes les peines que vous avez eues pour nos papiers, qui sont enfin entre nos mains ; il nous a été facile de voir qu'ils ne les ont pas même regardés ; l'arc de triomphe vous est dû en toute justice,

mais pour la sta:tue, vous avez deviné. . . .^je craindrais qu'elle ne se contentât pas de faire signe, comme celle du festin de Pierre, ou bien, le signe vaudrait le jeu, ce serait un beau train .... Allons, allons, point de statue, voilà qui est décidé.

Rassurez-vous, mon cher de Salaberry, au sujet du coadjuteur, il est vraiment digne de l'épiscopat, puisqu' ayant reçu ma lettre le mercredi, il m'a fait l'honneur de me répondre le jeudi, par le retour de la poste. Mlle de St-Ours, qui me fit part de vos inquiétudes, à ce sujet, me dit que s'il ne l'eut pas fait, elle aurait craint que vous n'eussiez traversé son élection, et nous avons ri ensemble comme vous pouvez imaginer ; elle dit que vous allez en concevoir la plus grande opinion, et que voilà sa réputation établie dans votre esprit, d'une manière si solide, qu'il serait impossible d'y donner atteinte.

J'embrasse mille fois ma chère cousine, et toute son aimable famille qui m'est si chère. Quand vous écrirez à vos cher» enfants absents, dites leur de ma part tout ce que vous pouvez imaginer de plus affectueux et ne craignez pas d'excéder. Quand vous en recevrez des nouvelles, faites m'en part et ne doutez pas du vif intérêt que je prends à tout ce qui porte le nom de Salaberry.

Toute la communauté vous salue respectueusement, ainsi que ma chère cousine. Mes sœurs l'assistante et lyepailleur veulent que je les mentionne en particulier. Pour moi, mes sentiments vous sont connus depuis longtemps, et je craindrais que la répétition ne vous ennuyât, car a.ssurément, ils n'auraient pas pour vous les charmes de la nouveauté. Je termine donc tout simplement, en vous assurant que je suis, à l'ordinaire,

Mmi cher cousin.

Votre très humble

et très-obéissante servante,

Sœur CÊi,ORON.

Page 1