LA BATAILLE DE CHATEAUGUAY
3 novembre. 181 3.
Comme un détail circonstancié de l'affaire récente
sur la rivière de Châteauguay pourrait ne pas déplaire à vos lecteurs, je vous prie d'insérer dans votre gazette l'ébauche suivante. Quelque diffuse et quelque défectueuse qu'elle soit, comme description, elle a au moins le mérite de l'exactitude, ayant été écrite par un
Témoin oculaire.
ïv' armée américaine stationnée à Four Corners, sous le général Hampton, après avoir si longtemps JSxé l'attention de nos troupes, commença enfin à s'approcher de nos frontières, le 21 du mois dernier. I^e même jour, vers quatre heures de l'après-midi, son avant-garde poussa notre piquet stationné à Piper's Road, à environ dix lieues de l'église de Châteauguay. Aussitôt que le major Henry, de la milice de Beauharnois, commandant à la rivière des Anglais, eût reçu avis de l'approche de l'ennemi, il en informa le major de Watteville et fit avancer immédiatement les capitaines Levesque et Debartzch avec les compagnies du •flanc du 5 ème bataillon de la milice incorporée, et environ deux cents hommes de la division de Beauharnois. Cette force s'avança d'environ deux lieues cette nuit là, et s'arrêta à l'entrée dun bois au travers duquel il n'aurait pas été prudent de passer. Le lendemain au matin, de bonne heure, ils furent joints par le lieutenant-colonel de Salaberry, avec ses Voltigeurs, et la compagnie légère du capitaine Ferguson, du régiment canadien. Le lieutenant-colonel de Salaberry remonta à près d'une lieue sur la rive gauche de la rivière, à l'autre extrémité, et une patrouille de l'ennemi s' étant montrée à quelque distance, il fit faire halte à sa petite force. Le lieutenant- colonel, qui avait eu l'avantage de reconnaître tout le pays au-dessus de Châteauguay dans une expédition sur la frontière américaine, quelques semaines auparavant, savait que le bord de la rivière ne pouvait fournir une meilleure position. Le bois était rempli de ravines profondes, sur quatre desquelles il établit quatre ligr^es de défense, l'une après l'autre. Les premières lignes étaient
distantes l'une de l'autre d'environ deux cents pas ; la^ quatrième était à peu près un demi -mille en arrière, et commandait sur la rive droite de la rivière un gué qu'il était très-important de défendre, afin de protéger la rive gauche. Il fit faire sur chacune de ces lignes une espèce de parapet qui s'étendait à quelque distance dans le bois, pour garantir sa droite. Le parapet sur la première ligne formait un angle obtus à la droite du chemin, et s'étendait le long des détours du fossé. Toute cette première journée fut employée à fortifier cette position, qui, quant à la force, ne le cède à pas une de celles qu'on aurait pu choisir. Elle avait aussi l'avantage de forcer l'ennemi, s'il était disposé à attaquer, de traverser une grande étendue de terrain inhabité et de s'éloigner de ses ressources, tandis qu'au contraire nos troupes avaient tout à souhait et étaient bien soutenues à l'arrière.
La rive droite de la rivière était couverte d'un bois épais, et l'on eut aussi soin de se mettre en garde auprès du gué, et l'on posta en avant de l'autre un piquet de soixante hommes de la milice de Beauharnois.
* Le lieutenant-colonel ne borna pas son attention aux ouvrages ci-dessus. Pour assurer sa protectiondavantage, il ordonna à un parti de tiente bûcherons, de la division de Beauhaniois, d'aller en avant de la première ligne, afin de détruire les ponts, et de faire des abatis. En conséquence, tous les ponts furent détruits dans l'espace d'une lieue et demie, et il fut fait un abatis formidable à environ un mille en avant de la première ligne, s' étendant du bord de la rivière à trois ou quatre arpents dans le bois, où il joignait, sur la droite, une terre marécageuse, ou savanne, par laquelle il était presque impossible de passer. Les quatre lignes étaient ainsi complètement à couvert. On savait bien que l'ennemi avait une dizaine de canons, et il lui devenait impossible de les amener.
C'est à la force de la position choisie et fortifiée de la sorte, ainsi qu'à l'héroïsme de notre petite armée, que nous devons la victoire brillante qui a été obtenue. Les talents et l'habileté d'un ofiicier commandant ne
se distinguent pas moins sans doute dans le choix de son terrain avant la bataille, que dans la disposition de ses troupes au fort de la mêlée, et l'on ne fera que rendre justice au lieutenant-colonel de Salaberry en disant que lui seul doit être loué de l'arrangement admirable établi pour la défense de son poste.
Après que le colonel de Salaberry eut fait ces dispositions judicieuses, le major-général de Watteville vint voir son camp, et lui fit l'honneur d'approuver tout ce qu'il avait fait.
Quoique les abatis eussent été achevés le second jour on tint continuellement en cet endroit des partis de travailleurs, afin de le rendre encore plus formidable ; on envoya des troupes en avant pour les protéger, et il y avait toujours en outre â l'arrière un piquet nombreux. Le 29 du mois passé, vers dix heures du matin, une avant- garde de l'ennemi vint à portée de mousquet de l' abatis. Le lieutenant Guy, des Voltigeurs, qui était en front av^ec une vingtaine d'hommes, fut contraint de reculer après avoir échangé quelques coups de fusil, et fut soutenu par le lieutenant Johnson, du même corps, qui commandait le piquet à l'arrière des travailleurs, qui .se virent dans la nécessité 'de retraiter et ne se remirent pas à l'ouvrage de tout le jour.
Dès que le lieutenant-colonel de Salaberry eut entendu le feu, il partit du front de la première ligne. Il prit avec lui trois compagnies du capitaine Ferguson, du régiment canadien, qu'il déploya à la droite et à l'avant de l'abatis ; celle du capitaine J. B. Duchesnay, à qui il ordonna d'occuper la gauche, ens'étendant eh même temps du côté de la rivière, et celle du capitaine Juchereau-Duchesnay qui, avec environ 50 ou 60 miliciens de Beauharnois, fut placée derrière, en potence, à la gauche de l'abatis, de manière à pouvoir prendre l'ennemi en flanc, s'il avançait contre la milice de Beauharnois, sur la rive droite de la rivière. J'oubliais de dire qu'il y avait environ une vingtaine de sauvages avec les hommes de la compagnie du capitaine Ferguson sur la droite. Le lieutenant-colonel se plaça au centre de la ligne du front. Tl voyait alors devant
lui un ennemi avec lequel il s'était deux fois efforcé d'en venir aux prises depuis le commencement de cette campagne ; l'occasion tant désirée se présentait, et l'événement a montré comment il a su en profiter. Entre l'abatis et la première ligne étaient placées là compagnie de Voltigeurs du capitaine Ecuyer et la compagnie légère du capitaine Debartzch, du 5me bataillon de la milice incorporée, ayant leurs piquets de flanc sur la droite. Un gros corps de sauvages, sous le capitaine I^amothe, était répandu dans le bois, à la droite du capitaine Debartzch, Le lieutenantcolonel McDonell, de l'infanterie légère de Glengarry, se transporta avec une partie de sa brigade légère, de la 3me et 4me lignes à la ire et la 2me. Tous ces mouvements se firent avec une grande rapidité.
Sur ces entrefaites, l'ennemi commença à se former dans une grande plaine qui aboutissait presque à une pointe en front de l'abatis. Le général HamptOii commandait en personne sur la rive gauche de la rivière ; il avait avec lui le lome, le 31 me et autres régiments, fai.^ant environ trois mille ou trois mille cinq cents hommes, avec trois escadrons de cavalerie et quatre pièces d'artillerie. Néanmoins, l'artillerie ne fut pas employée dans l'action. Un gros parti de l'ennemi, se montant à environ quinze cents hommes, pénétra à travers les bois sur la rive droite de la rivière ; il était composé des 4me, 33me, 35me, et des bataillons de Chasseurs volontaires. Le reste de l'armée américaine se formait derrière la force qui était sur la rive gauche.
Peu après que le colonel de Salaberry eut fait ses dispositions, comme on a déjà dit, une forte colonne d'infanterie s'avança par la plaine au devant de là, et le colonel, voyant que cette colonne s'était exposée à être prise en front et en flanc, avantage qu'il avait attendu quelque temps, il tira le premier, et l'on s'aperçut que son feu avait jeté bas un ofîicier à cheval ; c'était un bon augure. Alors il ordonna au trompette de sonner la charge, et aussitôt les compagnies du front firent un feu vif et bien dirigé qui arrêta quelques minutes la marche de l'ennemi. Il demeura quelque
temps en repos, puis, faisant un tour à gaucbe, il se forma en ligne, et dans cette position, lâcha plusieurs volées. Néanmoins, par ce mouvement, le feu de la gauche de sa ligne porta entièrement sur la partie du bois qui n'était pas occupée par nos troupes ; mais le feu de sa droite fut assez fort pour obliger nos piquets à venir chercher un abri derrière l'abatis. ly'ennenii prit ce mouvement pour le commencement d'une retraite, et fut bien trompé, car il ne put s'emparer d'un pouce de l'abatis. Les huzzas retentissaient d'urr bout à l'autre de son armée : mais nous ne lui cédâmes pas même dans le combat de cris ; nos compagnies du front crièrent à leur tour, et les huzzas furent répétés par celles de la queue, et ensuite par les troupes de la première ligne, qui fit jouer les trompettes dans toutes les directions pour porter l'ennemi à croire que nousétions en plus grand nombre. Cette ruse de guerre eut l'effet désiré, car nous avons ensuite appris des prisonniers qu'ils estimaient notre force à 6 ou 7000 hommes. Après ces clameurs mutuelles, on tira pendant quelques volées de part et d'autres. L'ennemi n'essaya pas une fois de pénétrer dans l'abatis. Il continua cependant son feu, qui fut rendu à propos,, particulièrement par ceux de la gauche. Peu après, il commença à se ralentir, comme si l'attention de l'ennemi eût été dirigée de l'autre côté de la rivière. Là les trompettes, qui étaient au front, donnèrent le signal d'avancer, en conséquence de quelques manœuvres, et le lieutenant-colonel McDonell, curieux d'ajouter de nouveaux lauriers à ceux qu'il avait déjà cueillis à Ogdensburg, vint de la première et seconde ligne avec la compagnie du capitaine Levesque, comme je crois, et une autre.
Vers la fin de l'engaeeraent sur la rive gauche, l'ennemi qui, sur la droite, avait fait reculer les miliciens de Beauharnois, commença sur notre gauche, un feu vif, qui lui fut rendu par la gauche de la compagnie du capitaine J.-B. Ducliesnay et la droite de celle du capitaine Juchereau-Duchesnay. Alors le lieutenantcolonel de Salaberry ordonna au lieutenant-coîonel McDonell, qui avait repris sa position, d'empêcher
V ennemi d'avancer. Le capitaine Daly, qui fut choisi pour ce service, traversa au gué, amena avec lui les restes de la milice sédentaire de l'autre côté, et s'avança •avec rapidité le long de la rivière.
Le feu de l'ennemi ayant presque cessé à l'abatis, et le lieutenant-colonel de Salaberry voyant que l'action allait devenir sérieuse sur la droite, laissa sa situation au centre du front et se plaça sur la gauche avec les troupes jetées derrière en potence. Là, il monta sur un gros tronc d'arbre, et quoique très-exposé au feu de l'ennemi, l'examina de sang-froid avec la longue-vue. Alors, il donna ses ordres en français au capitaine Daly, et lui enjoignit de répondre dans la même langire afin de n'être pas entendu de l'ennemi. T,e capitaine Daly poussa vaillamment les ennemis de- \'ant lui pendant quelque temps ; mais, se ralliant sur leurs troupes de derrière, qui étaient presque en ligne avec la force sur la rive gauche, ils attendirent son approche et le reçurent avec un feu bien entretenu. Il fut blessé dès l'abord ; nonobstant sa blessure, il continua de pousser en avant avec sa compagnie, et dans le temps qu'il encourageait ses hommes, et par ses paroles et par son exemple, il fut blessé pour la seconde fois et tomba. Le capitaine Bruyères, de la milice de Beauharnois, fut aussi blessé dans le même temps, mais légèrement. Leurs hommes, n'étant plus en état de résister à une force si supérieure, furent contraints de reculer, ce qui se fit dans un fort bon ordre, sous le commandement du lieutenant Schiller ; et l'on entendit, encore une fois, les cris joyeux des ennemis, mais leur joie fut celle d'un moment ; car ils ne furent pas plutôt arrivés vis-à-vis de la potence, que, par l'ordre du lieutenant-colonel ae Salaberry, les troupes qui se trouvaient là firent sur eux un feu vif et bien dirigé, qui les arrêta tout-à-coup dans leur marche hardie et les mit dans la plus grande confusion. Vainement tâchèrent-ils de résister ; ils se dispersèrent et retraitèrent avec précipitation. Il était alors environ deux heures et demie de l'après-midi ; et le général Hampton, voyant que ses troupes sur la rive droite ne réussissaient pas mieux que celles de la rive gauche, or-
donna à ces dernières de retraiter, après être demeurées kiactives pendant près d'une heure, bien qu'elles fussent assaillies de temps à autre par nos escarmoucheurs, qui étaient parfaitement à couvert dans l'abatis. No» troupes restèrent dans leur position et couchèrent, cette nuit-là, sur le terrain qu'elles avaient occupé durant la journée. Le lendemain, au point du jour, elleî furent renforcées par la compagnie des Voltigeurs du capitaine Rouville et la compagnie de grenadiers du capitaine Levesque, du 5e bataillon de la milice incorporée, et de soixante hommes de la division de Beauharnois, le tout sons le commandement du lieutenantcolonel McDonelL Ce fut à cet officier distingué que le lieutenant-colon-l de Salaberry confia le soin de la défense de l'abatis. On poussa des piquets à deux milles plus avant qu'on avait encore fait ; la journée se passa dans l'attente d'une seconde attaque, mais nul ennemi ne se montra. Ses piquets étaient postés de telle sorte qu'une vingtaine d'hommes tombèrent entre nos mains sur la riv^e droite de la rivière. On trouva aussi sur cttte même rive, une grande quantité de fusils, de tambours, de havresacs, de provisions, etc. Tout indiquait fortement dans quel désordre l'ennemi avait été jeté et avait effectué sa retraite. Nos troupes enterrèrent plu^s de 40 de leurs gens, outre ceux qu'ils enterrèrent eux-mêmes, et parmi lesquels se trouvaient deux ou trois officiers de distinction. On trouva deux chevaux morts sur la rive gauche, et l'ennemi emmena dans des charriots plusieurs de ses blessés de ce côté de la rivière.
Le 28 au matin, le capitaine Lamothe, avec environ 150 sauvages, alla reconnaître l'ennemi, qui, suivant le rapport du colonel Hughes, des ingénieurs, avait abandonné son camp le jour précédent. Un parti des miliciens de Beauharnois, soutenu par le capitaine Debartzch, brûla et détruisit les ponts nouvellement érigés à un mille de l'ennemi, qui avait transporté son camp à environ une demi-lieue de Piper's Road, c'està-dire à environ deux lieues de sa première position. Le capitaine Lamothe pénétra dans le bois aveî ses sauvages, et malgré l'infériorité de sa force, cet officier
actif et zélé engagea un combat partiel ave:^ Tennenif^ qui eut un homme tué et sept blessés.
Le 30, un parti de chasseurs sauvages, sous le capitaine Ducharme, donna avis que l'ennemi avait, le 29, abandonné son camp à Piper's Road dans le plus grand désordre, et était sur le chemin des Quatre- Fourches.
Ici finit l'expédition du général Hampton contre le Bas -Canada. Je me suis étendu dans la description de la scène du combat, de la position et des mouvements des troupes engagées, sans craindre de lasser la patience du lecteur. Sur un tel sujet, l'attente empressée d'un public canadien recherchera naturellement avec anxiété toute espèce d'information, et dans un démêlé aussi difficile et aussi mémorable, il n'est pas de circonstance, quelque petite qu'elle soit, qui n'ait son intérêt particulier.
D'après toutes les informations qu'on a pu tirer des prisonniers, il paraît que l'intention de l'ennemi était de s'avancer p;ir la rivière de Châteauguay jusqu'aux bords du Saint-Laurent, pour y attendre la coopération du général Wilkinson, qui devait prendre Kingston dans sa route en descendant :
' ' Rusticus expedat dum defluat amnis ' '
On a aussi appris des prisonniers que la force de l'ennemi se montait à 7000 hommes d'infanterie, 400 de cavalerie et 10 ou 12 pièces de canon. Le lecteur éloigné ou imbu de préjugés ne croira peut-être pas que toute la force engagée de notre côté n'excédait pas 300 hommes ; mais c'est le fait ; nous l'affirmons sans crainte d'être contredit. Le reste de notre armée était en réserve par derrière.
Il est tout-à-fait flatteur de pouvoir ajouter que ces trois cents hommes et leur brave commandant étaient tous Canadiens, à l'exception du brave capitaine Ferguson, de trois hommes de sa compagnie et de trois officiers appartenant à d'autres corps. Qu'on le dise toutes les fois qu'on fera mention de la bataille de Châteauguay, et il faudra que le préjugé cache sa tête hideuse et que les murmures de la malveillance soient étouffés par la honte et la confusion.
Les officiers et soldats engagés dans cette journée "méinorable se sont tous couverts de gloire. Le capitaine Ferguson, de l'infanterie légère du régiment t;anadien, et les deux capitaines Duchesnay se sont grandement distingués dans le commandement de leurs compagnies respectives et en exécutant plusieurs mouvements difficiles avec autant de sang-froid et de précision qu'en un jour de parade. La bravoure du capitaine Daly, de la brigade de flanc de la milice, qui conduisit, à la lettre, sa compagnie au milieu des ennemis, ne pouvait être surpassée. On n'a pas moins remarqué, dans ce combat séx^ère, le courage et la bravoure du capitaine Lamothe, du département des «auvages,<3u lieutenant Pinguet, de l'infanterie légère canadienne, du lieutenant et adjudant Hebden, des Voltigeurs, du lieutenant Schiller, de la compagnie du capitaine Daly. Les lieutenants Guy et Johnson, des Voltigeurs, formèrent leurs piquets sur la ligne de ■défense, après qu'ils se furent retirés, et se conduisirent avec une grande bravoure durant tout l'engagement. Le capitaine Ecuyer, des Voltigeurs, et le lieutenant Powell, de la compagnie du capitaine Levesque, se sont fait beaucoup d'honneur par leurs efforts pour s'assurer des prisonniers dans les bois, en s'exposant à un péril imminent. Les capitaines Longtin et Huneau, de la milice de Beauharnois, se sont fait remarquer par leur bonne conduite ; le premier se mit à genoux au commencement de l'action, fit une courte prière avec ses hommes, et leur dit, en se relevant, qu'à présent c[u'ils avaient rempli leur devoir envers leur Dieu, ils faisaient leur devoir pour leur Roi. Louis Langlade, Noël Annance et Barlet Lyons, du département des sauvages, étaient dans l'action du 26 et l'affaire du 28, Leur conduite a été remarquable durant tout ce temps.
Je ne passerai pas sous silence les noms des soldats Vincent, Pelletier, Vervais, Dubois et Caron, des Voltigeurs, dont quelques-uns traversèrent la rivière à la nage, et firent prisonniers ceux qui refusaient de se rendre.
A l'égard du lieutenant-colonel de Salaberry, le
plus égoïste doit avouer que ses services importants le rendent digne de remerciements et de la reconnaissance de sa patrie.
On ne sait ce qu'on doit admirer d'avantage, ou son courage personnel comme individu, ou son habileté et ses talents comme commandant. Nous le voyons, longtemps avant le combat, montrer le plus profond jugement dans le choix de sa position et la fortifier ensuite par tous les moyens que lui suggèrent sa sagacité. Nous le voyons, au fort de l'action, embrasser tout par des vues grandes et étendues, défendant chaque point, et pourvoyant à tout accident. Mais son mérite et celui de sa petite armée devient encore plus éclatant quand nous réfléchissons à l' étatcritique des temps, immédiatement avant cette brillante victoire. L,es affaires paraissaient désespérées dans le Haut- Canada ; le découragement commençait à faire sentir ses tristes effets ; on nous avait même dit, sous haute autorité, " que très-probablement le moment approchait où il serait finalement déterminé si l'attente présomptueuse de l'ennemi devait être réalisée par l'invasion et la conquête de cette province, ou s'il ne devait trouver que la défaite dans son entreprise." Ce moment est passé : les amis de leur pays se le rappelèrent avec reconnaissance ; l'aspect des affaires est changé. L'ennemi, pour nous servir d'une phrase à la mode, a bien "pollué notre sol," mais il a été repoussé par un commandant canadien, à la tête d'une troupe de Canadiens qui ne se montait pas à la vingtième partie de la force qui leur était opposée, (i)