A SALABERRY
Quoi ! pas un mot pour te défendre ! ■ Ta gloire, tes exploits, tout cela dans l'oubli !
Ton nom est-il enseveli
Pour toujours sous ta cendre ?
Toi le héros de Châteauguay, Toi, le vainqueur de la Pointe-aux- Erables,
Ces noms impérissables Passeraient sans le tien à la postérité ?
Chaque fois qu'on écrit l'almanach des grands hommes, Déchire-t-on la page où brillait ton talent ? L'encre est-elle effacée, ou si le firmament Qu'habite ton étoile échappe aux astronomes ? Où sont donc ces obus, ces bombes, ces boulets,
(i) Spectateur^ 25 novembre 1813.
Dont les Américains ont senti la brûlure, Et qui, sur leurs canons, gravait ta signature Au bas de tes hauts faits !
Où sont-ils donc ces jours d'orgueilleuse mémoire Où les feux du génie auréolaient ton front, Et séduisaient Clio qui cousait à l'histoire lyC feuillet qu'elle fit pour illustrer ton nom ? Il était beau ce temps où tu voyais tout rose ! Voir au ciel, et pour nous l'horizon s'éclaircir,
Et contempler dans l' avenir
Le socle où son apothéose
S'élève grandiose.
N'est-ce pas l'idéal du bonheur, du plaisir ?
Quand, de gloire enivrée, une jeunesse altière Se ruait âme et corps sur les rangs ennemis Qui cédant au courage allaient dans la poussière
Former des monceaux de débris ; Ici, sous le plomb mortel qui rasait ton panache, Tu marchais à la tête, et montrais le chemin Où tes jeunes guerriers glanaient à pleine main
Leur part des lauriers qu'on t'arrache.
Ces braves Voltigeurs, trempés à ton creuset. Ils étaient beaux à voir sur le champ de bataille ! Demi-dieux par le cœur et géants par la taille, Ils tordaient dans leurs bras l'Amérique en arrêt !
Quand la mort vint poser ses doigts nus et livides Sur ton front où Bellone avait tracé des rides
Et l'immortalité ; Quand ton âme, fuyant sa demeure argileuse, S'élançait vers son Dieu pour prendre, radieuse,
Sa place à son côté ; Vit-on nos citoyens, dans des groupes funèbres, Se pencher sur la tombe et répandre des pleurs ? Ce jour fut-il inscrit parmi les jours célèbres.
Dans le livre des cœurs ?
Mais j'interroge en vain : depuis longtemps la place N'était plus dans les cœurs qu'un vide, qu'un espace L,e poète a jeté pour toi dans l'avenir De l'encens et du baume ,- Mais l'histoire dira qu'un héros, un grand homme, Trahit la liberté, qu'il aurait dû servir.
J. PhElan (i)
COUPI.ETS
Sur l'air : Loin des embarras et du bruit y etc, ou Mon p'ère était pot.
De notre pays les héros Ont chassé les alarmes ; Ils nous font goûter du repos La douceur et les charmes.
Ces moments de paix Ce sont leurs bienfaits, Les fruits de leur courage.
Du pays l'honneur Est de leur valeur • Et le prix et l'ouvrage.
De ma muse, Salaberry,
Daigne accepter l'hommage,
Dans tous nos cœurs ton nom chéri
Doit vivre d'âge en âge,
Briller désormais,
Rester à jamais.
Au temple de mémoire ;
La postérité
L'y verra gravé
Des mains de la victoire.
Morrisson tu brilles aussi Des rayons de la gloire, Pourrions-nous mettre dans l'oublî
(i) 'LiS. Minerve, 28 décembre 1835.
De ton nom la mémoire ?
Il est célébré
Il sera chanté
Par la reconnaissance ;
On doit le repos
Aux braves héros
Qu'a conduits ta vaillance.
En vain l'Amérique enverra Dans sa fureur altière, Pour soumettre le Canada Sa phalange guerrière ; Aux champs de l'honneur Toujours la valeur Peut braver sa puissance, Quand Mars et Pallas Pour guider nos pas Semblent faire alliance.
Nos pères furent triomphants
Des horreurs de la guerre :
Puissent de leurs noms leurs enfants
Remplir aussi la terre.
Dans leur noble ardeur
De l'antique honneur
Toujours suivre la trace,
Encor plus heureux
Couronner nos vœux
Montrant la même audace.
Un Canadien