‹ La famille d'Irumberry de SalaberryChapitre 52 sur 53 · CHAMBLY · texte numérisé non relu

CHAMBLY

J'ai vu Chambly ; j'ai vu sa fertile campagne, Sa rivière, ses bois et sa triple montagne. J'ai vu dans ses jardins la déesse des fleurs Aux charmes de Pomone unissant ses couleurs. J'ai, sur ses flots d'argent, vu le canot fragile. Aux couplets des rameurs, devenir plus docile.

Dans ce site attrayant, tout plaît et tout séduit,

Excepté le temps seul, qui trop vite s'enfuit.

J'ai vu briller partout les plus belles demeures ;

J'ai tout compté, tout vu, mais sans compter les heures ;

J'ai vu ses habitants, et tous m'ont répété

Que le plus doux devoir est l'hospitalité.

Toujours francs, toujours gais, ils m'ont offert l'image

Des hommes du vieux temps, des héros du bel âge.

C'est là que tout mortel n'obéit qu'à la loi

Et se donne à lui seul lo beau titre de roi.

C'est là qu'un droit égal, une franchise extrême,

En montrant cent maisons, montre toujours la même.

Français de caractère, ils sont Anglais de cœur,

Et doublent leur patrie, en doublant leur bonheur.

C'est ainsi qu'autrefois, au sein de l'harmonie.

Fleurit des premiers grecs l'heureuse colonie.

J'ai vu, j'ai respecté le ministre du lieu ;

Mon âme s'est élevée à l'autel du vrai Dieu :

Mais mon cœur des vertus dût admirer le temple.

Là j'ai vu l'homme heureux qui prêche par l'exemple :

Et chez lui j'ai connu cette pure amitié

Qu'en tout autre pays on ne voit qu'à moitié.

Héros et citoyen, tendre époux et bon maître,

Il est père de tous sans vouloir le paraître.

Au camp L,éonidas, aux champs Cincinnatus,

Thémistocle au conseil, à table Lucullus,

Sans avoir les défauts de la Grèce et de Rome,

Il réunit en lui les vertus du grand homme.

On voit à ses côtés, l'air pur, l'air grand, l'air gai ;

E'air de Chambly s'y joint à l'air de Châteauguay.

On contemple, on admire et bientôt on s'amuse ;

Ee héros devient chantre et fait briller sa muse.

Son aimable compagne aux convives flattés

Présente l'ambroisie et porte des santés ;

L'enfant avec douceur gesticule et sautille ;

Et le bon mot succède au nectar qui pétille

Je me tais, mais où donc ai-je tant vu, tant ri ?

Chacun le devine C'est chez Salaberry.

J. D. Mermet

DISCOURS DU MARQUIS DE LORNE, GOUVER- NEUR-GÉNÉRAL DU CANADA, PRONONCÉ Â CHAMBLY I.E 7 JUIN 1881

Je suis heureux de m'unir à vous dans cette conimémoration des services rendus à la patrie par uû vaillant soldat.

Nous sommes rassemblés pour inaugurer un monument consacré à la mémoire d'un homme qui représente dignement le noble esprit de son temps. Ce même esprit existe encore de nos jours, et si l'occasion s'en présentait, une foule de Canadiens imiteraient l'exemple de ce grand homme et s'efforceraient même de réaliser ses exploits.

Cette statue nous rappelle le trait caractéristique de nos compatriotes. Content de peu pour lui-même, la grandeur seule pouvait le satisfaire quand il s'agissait de sa patrie. Tel était le caractère de Salaberry ; tel est celui du Canadien de nos jours.

C'est à Chambly, c'est près du champ de bataille où il eut la bonne fortune de pouvoir faire éclater cette bravoure, glorieuse tradition de sa race, que nous plaçons cette statue.

Ce n'est pas dans un esprit de vaine gloire que nous élevons ce monument ; mais c'est dans l'espérance que les vertus antiques conservées dans le souvenir de tous, pourront guider et éclairer les générations futures.

Ces vertus brillaient d'un vif éclat dans cet homme distingué que ses talents militaires rendaient apte à accomplir son devoir à la gloire de nos armes.

N'oublions pas en lui élevant ce monument, de rendre, en même temps, à ses frères, le tribut d'hommages qu'ils méritent.

Ils se livrèient, eux aussi, à l'heure du danger, à cette profession des armes qui, en quelque sorte» était innée chez eux. Trois d'entre eux succombèrent en défendant l'honneur de ce drapeau, qui est aujourd'hui le symbole de notre union et de nos libertés.

Dans ce beau pays, autrefois son séjour, il existe entre notre époque et celle où il vécut, un contraste qui s'impose forcément à nos réflexions. Oh nous voyons maintenant de vastes et fertiles campagnes, un pays traversé par nos voies ferrées et où nos rivières permettent à nos bateaux à vapeur d'aborder, on ne voyait, quand cette lutte héroïque était soutenue par de Salaberry, Perrault, Mailloux, Daly, et Duchesnay, que quelques arpents cultivés au milieu de vastes forêts. Trop souvent, hélas ! ces forêts abritaient même des armées ennemies.

Maintenant que nous nous réjouissons au souvenir des hauts faits accomplis à l'endroit où les Canadiens, Anglais et Français, se sont également illustrés, il n'est pas nécessaire de m'arrêter sur les tristes événements de ces jours. Nous sommes en paix, et nous vivons avec le peuple grand et généreux qui nous avoisine, dans les douceurs d'une amitié et d'une alliance qui, nous l'espérons, seront durables.

Alors ils essayèrent de nous vaincre, mais la bravoure des Canadiens sut leur inspirer ce sentiment de respect profond qui est le fondement solide d'une amitié durable.

Nous devons être heureux et nous réjouir de ce que nos rivalités avec eux n'existent maintenant que dans l'arène féconde du commerce.

Grâce à cette ère pacifique, l'accroissement journalier de nos ressources et le développement des forces vives de la nation rendraient toute guerre entreprise contre le Canada longue et difi&cile ; aussi ne désirentils aucunement envahir notre territoire, et, nous l'espérons, un tel désir ne se manifestera plus jamais, car les nations, à moins que la division ne provoque intervention, ne s'interposent pas aujourd'hui aussi souvert qu'autrefois dans les affaires de leurs voisins.

Si en 1 812 le Canada fut si cher aux Canadiens, combien plus ne doit-il pas l'être aujourd'hui ! Alors, en effet, sa population peu nombreuse goûtait les douceurs de la liberté sous l'égide d'une constitution peu libérale ; maintenant, il renferme dans son sein un grand peuple, se développant sans cesse, se gou-

vernant par lui-même à l'intérieur, jouissant avec fierté de la forme de constitution la plus libre, et ayant la faculté, par l'entremise de sa propre représentation, de bénéficier de l'influence diplomatique d'un grand empire pour l'avantage de son commerce avec les nations étrangères. Chez nous, aucun parti ne voudrait provoquer des révolutions ou un changement quelconque de gouvernement. Personne n'a de chance de succès dans la vie publique, en Canada, personne ne reçoit l'appui de notre peuple, s'il n'aime avant tout nos libres institutions.

Le gouverneur-général qui, grâce à votre invitation, se trouve en ce moment au milieu de vous, n'est, en tant que chef de gouvernement fédéral, que le premier et continuel représentant du peuple. Cependant ce n'est pas seulement comme personnage officiel que je me réjouis d'être avec vous aujourd'hui ; c'est pour moi une satisfaction personnelle, ce sont de joyeux instants que ceux où il m'est donné de visiter, en compagnie des membres de la famille de Salaberr}', le théâtre de tant de grandeur et de courage.

La Princesse et moi, nous ne pourrons jamais oublier les relations d'amitié intime qui ont existé entre le prince Edouard, duc de Kent, et le colonel de Salaberry, amitié de famille qui, j'ose l'espérer, ne sera pas restreinte à nos aïeux. La Princesse m'a prié de vous exprimer le profond intérêt qu'elle porte à cette solennité ; elle désire que je vous fasse part du regret qu'elle a de ne pouvoir se trouver avec vous aujourd'hui. Elle espère cependant, pouvoir admirer ce monument où, pour la première fois, l'art d'un de nos sculpteurs a si bien commémoré la loyauté, le courage, etle génie d'un guerrier canadien.

IvES VOLTIGEURS

Vous fûtes glorieux, jours de dix-huit cent douze, Quand nos pères, grands cœurs qui battaient sous la

Oubliant d'immortels affronts, [blouse. Sous les drapeaux anglais, en cohortes altières, I^a carabine au poing, se ruaient aux frontières

En chantant avec les clairons !

Gars à la joue imberbe, hommes aux mains robustes, Toujours prêts à venger toutes les causes justes

Comme à braver tous les pouvoirs !

Toujours prêts — ces héros — au premier cri d'alerte, A répondre, arme au bras et la poitrine ouverte,

A l'appel de tous les devoirs !

Regardez-les passer, ces guerriers d'un autre âge. Conscrits dont le sang-froid, la gaieté, le courage

Font honte au soldat aguerri !

Où vont-ils ? Au combat! D'où viennent-ils! De France! Comment s'appellent-ils ? Ils s'appellent vaillance !

Demandez à Salaberry.

Ce sont les Voltigeurs ! Ils sont trois cents à peine ; Mais, vainqueurs d'une lutte ardente, surhumaine.

Ils vont, de leur sang prodigues, Sous des trombes de feu, riant des projectiles, Un contre vingt, inscrire auprès des Thermopyles,

1,6 nom rival de Châteauguay.

Avenir, saluez ! saluez tous ces braves. Lenr héroïsme a su, repoussant les entraves

Qu'on forgeait pour nos conquérants, Rajeunir sur nos bords la légende de gloire. Qui dit que lorsque Dieu frappe fort dans l'histoire,

C'est toujours par la main des Francs.

Louis Frêchette

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