AVANT-PROPOS
Les idées morales ont leur source dans les réalités de la vie et n'en expriment que les tendances les
plusintimes. Dans les péripéties de cette vie, homme
perd souvent la faculté de voir au fond des choses, et les autorités formées dans les siècles passés et
transmises jusqu’à nous par la voie de la tradition lui
semblent alors sans connexion intime avec les petits faits de tous les Jours; au contraire, elles se présentent comme des forces divines, inaltérables, mYysliques et à l'abri de toute critique. La science de la
morale devient alors chargée d'éclairer l’homme sur
le processus qui constitue véritablement les précep-
tes moraux, elle donne à l’homme le courage de nier
l’aulorité des préceptes qui n’ont jamais exprimé ou
n’expriment plus les tendances les plus fondamentales du temps, et aussi elle fortifie la base des préceptes qui ménace de s’ébranler par la complexité
croissante des relations humaines.
Pour étudier les phénomènes de la vie morale, 1l
. faut alors qu'on étudie avant tout l'évolution de la
vie réelle. On ne peut connaître ce que la vie doit
être que quand on a compris ce qu'elle est réelle-
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. ment. Guidé par ces pensées, Je crus — 1l y a dix ans — que le traité de morale, que J'avais déjà en . vue, devait être précédé par une élude sérieuse des
fi AVANT-PROPOS faits sociologiques, et je publiai alors mon livre : La famille primitive (Bibliothèque scientifique internationale, LXXI,1891, Paris, Alcan). De 1894-1897, je publiai, en danois, trois volumes formant ensemble un traité complet de morale et tirant les conséquences des idées présentées dans mon premier livre. L’obligeance des éditeurs et l'amitié de M. René Worms m'ont donné l’occasion de présenter aujourd’hui au public français la dernière et la plus importante partie de ce traité. Elle forme par la portée de son sujet un tout. C'est dans ce monde intime des relations de la famille que les problèmes moraux se posent de la manière la plus sérieuse et que les combats moraux les plus importants sont livrés. Mais, c'est aussi là que les idées du temps sont les plus confuses et ont le plus besoin d’une analyse sociologique. |
La traduction de ce livre a été faite par Madame Madvig et je lui suis bien sincèrement obligé pour les soins qu’elle a apportés à cette tâche délicate.
Copenhague, 27 septembre 1898.